‹ Réfutation de l'histoire de France de l'abbé de MontgaillardChapitre 16 sur 21 · CONVENTION NATIONALE · texte numérisé non relu

CONVENTION NATIONALE

lui aussi! il n'appartient qu'à iui«nième! c'est à

dire qu'à ses passions et à ses vices. Il propose de déchirer entièrement le rideaul Non pas celui, sans doute, qui couvre ses infâmes débauches et la perversité de ses complices ; mais plutôt celui qui a voilé jusqu'ici leurs madiinations souterraines contre les vengeurs de la morale publique qu'ils ont outragée. Billaud appuie la motion de Tallien, et parle de la proposition faite aux jacobins de chasser de la convéuion tous les hommes impitrs. A l'aspect d'un daiii^^er aussi imminent, ces liommes redoublent de fureur et d'impatience; et lorsque Robespierre réclame la parole pour répondre à Billaud et à Tallien, ils se lèvent en masse pour étouffer sa voix sous les cris: à bas le tyran l à bas le tyran! Robespierre, détournant les yeux du coté où s'agitent ses accusateurs intéressés, s'adresse alors, aux membres de la Plaine, dont il avait défendu y plus d\tne fois , la modération contré l'exagération la fUfontagne ^ etcpii, hier encore, voyait l'impression du discours qu'on attaque jsi violemment aujourd'hui: mais la Plaine , où siègent ces députés immobiles^ctsilencietix qui, seloii l'expression de • Lanjuinais, sembieut étrangjers à ce qui se passe autour d'^iix^ . et qui interrogés par Legendre et Tallien^ s'ils voudront les seconder dans Icurt^tr taque , ont répoiidu : Qui, si. vous cies l es plus/oris y non y si vous êtes les plus^/aibies^; Piéêtnej 'fjài

344 PJNZIÈAÎE L£TTR£,

reaferpel^ esprits timides, prudents on ambitieiia,

dont la politique, purement expçctative, t^nt que durera la lutte des part^» leyr permettra de n'enif bra^sser jamais que la c^use victorieiise; (a, Plaifie y çette pépinière des grands seigneurs de l'empire (i), au seiu de laqvi^l^^ Iprii^e déjà le fœtus du sénat deBpnapar^ç; là, Piain^ ^ ojx la ri^ignatio^ ^ppa-. rent«3 aux fonnes de la démocratie ne sert qu'à cacher des dispositipns aristocratiques; 014 le simpl^e titre de citpyeq pèse plus, d'uii cçmte fi]|tur, ^ Plainç est à présent persuadée que Tal|ien et Ler gendre sont déûiiitiyeineat les^pLus, for(s ^ et elle li'li^ite plu$. à s^ prçtnQncer çontre Robespierre. Celui-ci essaie en yain de sei^ire entendre: on ne veyt plus l'çcouter; le président n'accor(iç la pa? rôle qu'à ses accusateurs , et tout à coup, i|pe voii^ jusque-là inconnue à l'as^mblée, démode Farrestatiou du tjran. C'est Louchet , l'obscur Louchet, qui a voulu réaliser ainsi une des pli^ iQgçaLeuse& iabl^ du républicain Lafontaine, La proposition de Louchet, appuj'é^ p^r \in autre approbateur muet (2}

(i) \à siégei^ient lnço(ipt«i. $^7ès» Boiflity ^*Àfi^^ D^is* Pillais, etc.

( I ] Je me .trompe^ Lozeatt ayait pai|é 119e fois pour fiiire traduire au tribunal révolutionnaire le procureur kyikdic et les administrateurs du département de la Moselle, qui furent condamnes à mort pour avoir signé une pétition conlDe leat auteurs 0ç la/ourp^ du 20 Juin j|7S(^

eoinrENTioir ir aïioitaub , 1793-1794* 34S

du régime de la terreur, par Ijozeau qui se révèle pour la première fois à ses collègues en bravaut rhomme qui fat dominatour, et qu'à présent tout le monde abandonne ; la proposition de Louchet est adoptée au cris de vive la république ! Et Robes? pierre de répondre; « La république 1 elle est pep» » due , car les brigands triomphent ! »

Oui, les biigands triomphent l Car c'est vous, Amar, c*est vous , Tallien , c^est vous Fréron, Dumont, Ro^ vère, Bourdon, Fouché etc. ; ignobles débris de la foction d'Hébert, ou du club des Cordeliers, qui dominez aujourd'hui la convention 1 Oui, les brigands trions phentf Car c^est vous, indignes organes de la Mon' tagneywous qui n'entourâtes Danton que parce que ce puissant démagogue, pour s'aider de vos fureurs dans ses travaux révolutionnaires , ne crut pouvoir vous attacher à la cause de la patrie qu'en laissai^t un libre cours à vos passions effrénées;, c'est vous qui commandez les délibérations ! Ouij les brigands triomphent f car c'est vous, misérables inquisiteurs du comité de sûreté générale, vous qui jurâtes de venger les ochlocrates de Ghaumette et de B-onsin , parce que leur système d'immoralité et de désorganisation s'accordait mieux avec vos docttines anarchiques, ou convenait mieux à la noirceur de vos ames , que les principes de vertu et d'unité invoqués par Robespierre; c'est vous qui avez réussi Il sédiûre les t>pns çitoyens, et qui qvez abus^ le$,

34^ ONZIÈME Ll^TXRE,

dé pûtes jétrangers à vos infernales intrigues, jus* qu'à les faire lever, avec vous, contre celui qui avait compté sur eux pour mettre enfin un terme à vos excès et à vos crimes! Oui^ les brigands triomphent! car ceux qui viennent de faire décréter l'arrestation des triun^virs pour avoir conçu le projet de réconcilier la révolution avec la clémence et la justice, vont attester eux-mêmes que c'est au nom de l'anarchie quHls les ont attaqués et rois hors ia loi ! et pour qu*on ne puisse pas se tromper à cet égard ^ ce sera le motionnaire même qui réclama le premier le décret d arrestation contre Robespierre, ce seraLouchet qui proposera de maintenir la terreur à tordre du jour ( i ) !

Mais les. brigands du 9 thermidor ne triomphe-» rpnt pas long-lempâ! Tandis qu'ils outraient le système révolutionnaire , et que des mesures révoltantes signalaient, sur tous les points de la république, le régime de sang auquel les .circonstances Savaient condamnée, le nom dJd Robespierre avait

( f ) Cette motion Ait faite par Loucbet , k la séance du t <^ noAt. Voici ce qu'on lit sur ce conventionnel ilans une Biographie publiée en 1 8 1 5 : "Louchet, ancien professeur au collège de ^» Rhodes , traita Louis XVI de brigand , d'assassin , etc. Il était » toujunrs sur Ix hauteur de la Montagne. En 1 793, il fut envoyé > dan» le département de la , Seine-Inférieure. U n'y vit que la » canaille, et fit arrêter Desprémenil. H tirait ses sentences des • paroles et des écrits deBIarat, qu'il appelait ïeJiaUcieùx et » profond Marat. Le 17 octobre 1795 , il proposa dtt mesures

COHVBHTtON irATfOlTÂtJI , 1793^1794. 34 7

été le plus apparent; et tous les actes odieux > toutes les iniquités, tous les forfaits étaient cènsés commis sous ses auspices et par ses ordres. Il résulta de cette responsabilité exclusive, triste conséquence de sa popularité y que sa chute fut regardée comme la' fin du règne de la terreur , et qu'un mouvement réactionnaire se déclara aussitôt dans la capitale et les départements contre les terroristes , bien qu'ils eussent fait le 9 thermidor , sans que le parti con* tre-révolutionnaire, ainsi réveillé, put s'occuper des véritables in tentions des hommes qui l'avaient involontairement servi. La plupart des ihermidoriena furent emportés par la rapidité de ce mouvement rétrograde, et tombèrent sous les coups des fac* tions qu'ils avaient 'déchaînées; les autres ne trouvèrent grâce auprès dos nouveaux dominateurs, qu'en ajoutant l'apostasie à la liste de leurs crimes , ' qu'en . préchant ou protégeant l'assassinat des patriotes , au nom de la réaction, comme ils avaient activé l'immolation des royalistes, des aristo-

» wn^inaires contre les prêtres, les émigré et leurs parents » qo'il signala comme «anses d|i délabrement des finances. En » vcndénuaire, il fit proaoacer k- misé en jugement de Menou, n et fat -envoyé, après la^session^ âan« le département de la » Somme, en qnafité de commissaire du directoire» H desUtua » presque tous les fonctionnairrs comme n'étant pas à la hauteur. » Il n'oublia pas le receveur général du dé[)ai Icriicnt , dont i) a • pris la place. Devenu fou, il s'est suicidé en i8i4* he pauvre « bonine « Umé Soo^ooo iiraocs de fortune. » > .

3^8 OTSzAlÊE UBTTEB^

crat^s et des modérés , au nom du gouvernement révolutionnaire.

Pespère , Monsieur , que ce coup d*ori1 impartial sur rhistoire des événements qui précédèrent et suivirent le 9 thermidor, suffira jpour vous convaincre , en dépit de Fabbé de Montgaillard, et de tous les écrivains dont il s'est fait ici le copiste, que Robespierre ne fut ni un homme médiocre, ni un ambitieux (i) , impatient de s^âev^r au rang ste

(1) On a dit aussi de Robespieire ^'ii avsit nn oositr sec et acoessible à Ywne, De tontes les accusations dont ilaété foljet, C^est la seole qui ait été soutenne arec q[aelqiie fondement Cependant toutes nos Biographies , quoique écrites sous l'influence de ses ennemis de diverses couleurs , s'accordent à rappeler des £iits qui décebient en lui une 9me bien£iisante , et qui Ini méritèrent^ avant la rérolution, l'estime universelle de ses concitoyens. On a beaneonp parlé de sa bnraiUerie ayec sa soBor : mais cette mésintelligew est tonft-4-fiit de l'invention de Gonrtois , qni ne craignit pas de présenter > oonviM adressée à Robespierre Tainé , une lettre écrite à Robespierre jeune, à Nice, et dans laquelle sa sœur lui faisait des reproches au sujet de ses liaisons avec qiielques dames de cette ville. Quant à la jalousie de Robespierre, qui aurait senl provoqué le supplice de Danton, elle n^t guère ccnciliable avec ces mots de fiillandrVarennes au 8 âiesmidor.: % La première fois. que. je dénonçai Danton an » comité y Eobespierre.se leva comme.nn feiieuxt en disant cpi'il » voyait mes intentions , que je voulais perdre les meilleurs pa- » triotes. » Si plus tard Robespierre laissa frapper son vieil ami par le comité de salut public, ce ne fut qu'après avoir tenté plusieurs fois de Sam senonces Danton ^ l^alUance des hoiiuucâ

coirvENTloîr vATioNALCy 1793- 1794* 349

prénficl. Ceux qai aspirent à la dictatare ne négli-^ gent pas d'ordinaire d'amasser des richesses pour se fisuire des créatures, et Maximilien ne laissa à sa mort qu'un assignat de cinquante francs avec des mandats de l'assemblée constituante, qu'il avait dédaigné de se £BÀre payer. Mais il parlait inoes'** sarament, di^on, dé la nécessité d'une Tôlonté unique ! oui , sans doute : mais cette unité ne s'appliquait qu'à raction sociale elienméme^ et non point aux personnes chargées de la diriger : son

impnn , ttk l'espèce de patronage qu'il exerçait sur les révolulioonairflfy sonpçonoés ov conTaincus de dilapidation. Danton regardait comme noe niaiserie ranstérité de Robespierre s il croyait que les républicains ne pourraient se maintenir à la di* rection du gouvernement et foire dominèr lenrs doctrines, qu'en s*entourant de la considération que l'on attadie communément à la richesse, et il pensait qu'il fallait, par conséquent, fermer les yeux sur la fortune soudaine de quelques patriotes. Robes' pierre» an contraire, voulait fonder la démocratie sur la vertOy et quand il fut bien persuadé que Danton était un obstacle à ce système, il Tabandonna à Billand.

filadame Koland, dans sa prison , éprouvant le besoin de répondre aux calomnies dont son époux était fobfet, ne songeà qu'à Robespierre, lorsqu'elle conçut l'espoir de ramener les accusateurs de l'intègre ministre à des idées de modération et de justice que les circonstances ne comportaient pas. « Robespierre ! » dit-elle, je l'ai beaucoup connu, et beaucoup estimé ; je l'ai • cru un sincère et ardent and de la liberté. • £Ue voulait loi écrire; mais ses préventions actuelles triomphèrent de ses souvenirs, et eUc n'envoya pu sa lettre.

35o , ' ONZIÈME LKTTilE ,

idée, à cet égard» est clairement expliquée dans le

discours que je vous ai cité , ainsi que dans une des notes produites contre lui par Courtois. « U » £aiut, y est-il dit, une volonté, une, républicaine » ou monarchique. » Cest à dire que le pays soit gouverné par plusieurs magistrats, ou par un seul individu, Faction de Tautorité doit être uniforme # s'appuyer sur de communes affections (i), et faire aboutir les efforts individuels, ceux .des simples citoyens, comme ceux des fonctionnaires, à un but identique. G^était en présence de la rivalité des co* mités, et des funestes conséquences de Tanarcliie, que RobespieiTC réclamait ainsi runité de volonté. Mais il Voyait, lui, que ' cette unité pouvait s'établir en France, sous la forme ropublicaine , comme on peut s'en convaincre, non seulement dans ses propres écrits, mais dans les lettres des hommes qui avaient reçu la confidence de ses pensées et qui pai tageaient ses opinions. Dans le cas . • • ' • ...

(•) Je trouve,, daosla Quotidienne du lo novembre 1827, quelque» pbrascs qui peuvent lerrir à expliquer Je penj^ de Robespierre « suit Tunité» autrement que par des Tuet monajrcbiquet. * Rien ,.dit cette/eiri/fe, ne subsiste que par la loi uni- > verselle de l'ordre qui est l'unité. Ne parlons ici que de la 1) monarchie; ce n'est pas seulement parce qu'elle ne connaît que » la voix d'un seul souveiain que nous disons que sa foice est » dans Tunité. CeUt, etfmêmevrai de /a république ^ où plusieurs » ctHnmandent et représentent le iouvermtt» a

coNyESTion IÎA.T10NALE, 1 793-1 794. 35 1 contraire, l'or ne lui eut pas fait tant de peur (i) , et il n'aurait pas témoigné uue si grande répugnance pour les députés immoraux et cupides, qui seraient devenus, moyennant salaire, les complices les plus empressés de sou usurpation, et dont les vices auraient dû foriner les éléments indispensables de sa nouvelle cour. Uambitieux qiii coavoire la royauté a soin dailleurs de s'entourer dauxi-» liaires assez inférieurs à lui-même en capacité, pour ne pouvoir jamais se soustraire a sôii influence, et se constituer ses concurrents. Quand lionaparte médite la dictature consulaire, ou porteuses vues, sur la 6ottfonne impériale , il ne livi^ pas le'secrel* de ses desseins à ceux de ces compagnons d'armes en qui il pourrait soupçonner des prétèiitibns rivales, soiitenues par des talents transcendants. Après le 1 8 brumaire, la puissance iuteilectiielle de Sieyès l'offusqua, et il se douue mx collègu^.. moins dan-* gereux' et plus docilC', Gainbacérés. ^ Telib^ ;ûé nfiare

point la conduite de Robespierre; loin de là, if cliercba, pai^mi ses collègues , les liommies capables de planer avec lui« sur Je to^urbiilpn révolutionnaire, et deneie considérer quecomm^ungiage passager , aiiu de préparer (Sjqsexpbl^ If^^gouvcrnement

(ij Danton disait de Robespierre : « Il a^pcur dç l'argent, y La rupture qui éclata entre ces deux hoipinpsjiAquit , en effet ^ de leur différente manière deieoo»î4éi^r:l!oi)g«Qt , et de juger les , f ér^lutionnairet qui s'en montraient aWdet. ^

35à DlfZlàlfB LETTRE^

régulier qiie la France exigerait , au retour Ait calme. Dès qu'il eut rencontré Saint-Just, qui était au moins son égal, comme homme <fétat, et qui joignait k sés lumières politiques le courage et peut-être aussi le génie des guerriers^- il se l'attacha irrévocablement^ pour travailler de concert à ses plans de réorganisation^ ét ne se sépara pli:» de lui quesur réchafaud(i);

(i) Les ennemis de Robespierre ayant parié seuls pendant U«nte ans, il n*est pas étonnant qu'on soit parrenu à accréditer Vé» assertiflii^ lét plus famses, sur sa vié et sur sa mort. Le géndarme HMa • préteada » dans aei Mémotrèit , qaH têvKk blessé ànuHtd'iw coqp do pistolet, aamomeDtoii UdieKhaltàseiSBchersoiiides gradins; et ropinion pnblique a cru lonf^^temps à la version du gendarme, comme elle accueillit aussi la fable du grenadier qui disait a%'oir préserve Bonaparte, au 18 brumaire, du poignard des représentants du peuple. Mais la vériré finit tioujoiirs par pcrcet les nuages dont les partis s'efforcent de l'entovccr. On sait anjonrd'hoi que Robespierre se tira iui-jnéme le eoup de pisMkl dont oîi a votdu ftiire honneur ao baron Mtfda (ear le gendarme dn 9 tbcrmidorest derenn baron sons Tempii^ji On sait aussi que , n'ayant pu réussir à se tuer | il montra la pins constante impassibilité, au milieu des Cruelles souffrances occasionnées par sa blessure, et des insultes, des liuées et des mauvais traitements de ses vainqueurs. Coffinhal lui avait conseillé de se mettre à la téte du peuple <|tt4 paraissait disposé à défendre sa cause : mais Robespierre objecta que cette démarche serait celle d*nn tyttfUy qn*îl ne Soldait pètnt s'eiposer à répandre le sang des citoyens poitr Tenter sa propre querelle , ti que f d'ailleurs ^ il éettSk se conformer à H ToloUté du peuplé sonVerain, dont la convention était l'organe.

coNVEimoir hatioisule , 1793-1794* 353

Je ne finirai pas cette lettre, Monsieur, sans vous avoir signalé un passage du volume qui nous occupe , dans lequel l'abbé de Montgaillard , démentant les plus belles pages de notre histoire militaire, ne craint pas d'affirmer que, tant que regnèrerU le carnegç et la démstatùm avec Jiobes^ pierre , Barrère et le comité de \salut public , les armées françaises perdirent leurs avantages ^ sur tous les points, M Nord j sur les bords du Bhin^ et vers les Pyrénées ( 43, IV ).

Il est inconcevable qu'un écrivain contempo^ rain puisse commettre de pareilles bévues , ou hasarder sciemment de telles impostures. Tout le monde sait en France , et nos anciens ennemis ne l'ont pas oublié noa plus, que quatorze armées aucoessivement 'victorieuses furent créées par ce comité de salut public que l'abbé de Mon tgaillard présente comme uu repaire de brigands, aussi ineptes queférooes-Ifest-ce pas en effet du sein de ce comité que Garnot organisa la victoire? N'est-ce pas sous le règne de ce décemvirat que furent gagnées batailles de Turcoing et de Fleurus; qu'Osteude, Mons, Tournay, Gand, Niewport et Bruxelles tombèrent au pouvoir des Français, et que fut ef<% fectuée la seconde conquête de la Belgique ! Tea appelle à M. de Montgaillard : il nous fera lui-même justice de ses outrages à la vérité; et sa rétractation, quant au3( événements militaires de 1 793 et 1 794 se

354 omsiiMS LEmiB,

trouvera encore dans le même volume où nous lisons la pbràse mtmaagère qui nous a soulevés d'indignation. < Les' Français, dît-il, se laissent op- » primer par les plus vils des hommes , et se bat- » lent admirablement contre les troupes les mieux / » exercées de fEurope ( aa5, IV ). €ette extraor- » dinaire valeur des nouveaux combattants ira- )» prime sur l'époque actuelle un caractère ineffa- » çable d'héroïsme militaire, qui recouvrant la flé- » trissuredes crimes politiques, voile les fureurs 9 de Tanarcbie, et, déguisant la serrile soumission 9 des citoyens^ fera rétemelle admiration du » monde. L*éclat du bonnet de grenadier efface » l'opprobre du bonnet rouge. Tous les noms guer- 9 riers de la vieille France ont cessé de paraître : la » révolution lésa dévorés, et de nos rangs à peine » formés l'Europe voit sortir des noms impéris- » sables: Bonaparte, Masséna, Bemadotte, Klé- » ber, Desaix, Championnet, Pérignon , Gouvion- » Saint-Gyr, Moreau, Macdonald, Lefebvre, Du- » gommier, Picbegu, Jourdan, Marceau, Joubert, » Brune : Les voilà ! eût répondu dès l'automne » de 1794* ^ Pytbonisse à ce prince qui lui de- 3» mandait d'évoquer les héros; les voilàl Reviens » bientôt, je t'en montrerai d'autres!!!» (^l'il^et a5 , IV. )

Je ne veux point, Monsiéur, chicaner l'abbé de

Montgaillard sur l'opprobre du bonnet rouge ^ ni

riippeler qu'il ne fut pas tout*à-fait sans inCbence

sur les merveilles opérées (i) par le bonnet de grenadier: il me siiffît d*aYoir .fait constater avec toute la pompe de la rhétorique les victou^ rem? portées sous le comité de salut public, parle même historien qui venait de les effacer honteusemont de nos annales, rajouterai qu'à Fépoque où ce comité (a) présidait à nos triomphes militaires, et sauvait ainsi l'indépendance de la patrie, Carnot, Prieur et Fourcroy jetaient les fondements de l'école polytechnique, et préparaient, avec d'autres savants, tels que Guytou-Morveau, Grégoire et Lakanal,

(i) M. de Ch&leanliriand ^ comme Bi. de Maistre , a mieux apfHrécié le;^ serrioei des jacobins qne la plupart de ces ardents ^ amis delà liberté, qui afiectent de dédare^ qu'ils ne la veulent que sage , e'est à dire sans trop d*czigenoe en fait d'eflbris et de saerifices de la part des sectaires qui se passionnent pour die dans les salons. L'auteur de V Essai historique , politique et moral sur les révolutions ^ reconnuit ^ en effet, qne ce sont les jacobins qui ont donné à la France des armées nombreuses, braves et disciplinées ; que ce sont eux qui ont trouvé mqyen de les pe^rf d'approvisionner un grand ptvys sans ressource et entouré ^ennemis ^ ete, ( Essai AisLf etc. ^tomtlp page 84» Londres, 1797.)

(1) La plupart des membres de ce comité restaient quinze ou dix-huit heures courbés sur leurs bureaux , et quand ils avaient passé la journée avec une caraffe de limonade, iU prenaient une demi-heure , dans la soirée , pour aller diner, à trente sols , au restaurant le plus voisin. Ces hommes ont vaincu l'Europe !

356 oiuuiifE UERRE, etc.

réiablissement du Conservatoire des arts et métiers, runiformité des poids et mesures, du bureau des longitudes , du télégraphe et de Vinstitut. La postérité en gardera la mémoire!

J*ai rhoaneur, etc.

oouzfiin unm, «te. 357

DOUZIÈME LETTRE

Puis, lo i^'ootobra iStj.

MomiBini f

Vous craignez donc que l'on ne se méprenne sur

l'esprit et le but de ma dernière lettre, et que certaines gens n'en prennent occasion de répondre à tout ce qui pourra leur déplaire dans mes observations sur l'abbé de Montgaillard, par cette exclamation , que les préjugés du public rendront péremptoire : Cest un démocrate à la Sainte Just! Cest r apologiste de Robespierre l Vous me permettrez. Monsieur, d'être moins touché que vous de ce danger. Après ce que je vous ai dit des émigrés et des révolutionnaires 9 du constitutionnel Mirabeau et du royaliste Rivarol , des girondins Brissot , Vergniaud, Pétion, Gondorcet, et des cordeliers Danton, Hérault et Camille Desmoulins /ainsi que des àntirobospicrristes Cambon, Prieur, Carnot(j) et Lin-

(i) Camot était pkoé titipluatdiuis restime jniblulkiepour que l'abbé de MoiigBÎllardn*«i fit pas Tobjet d'un acharnejwmt tout purticiiliêr. Ainsi, oa le Toit répéter, en eeat endroits de

son livre , que cet illustre citoyen atlacba son nom aux acles Les

358 DOUZlftltfE LEltàX j

ûetf que j,*ai tous défendus également contre la mal- Teillance de notré historien, et dans le seul intérêt de

la vérité , il ne saurait s'élever un doute raisonnable sur l'impartialité de mon opinion relativement à Robespierre. Si j'en ai £aiitun républicain sincère,

supérieur aux passions populaires , dont il accepta passagèrement l'appui, jaloux de relever enfin les autels de la justice et de l'humanité après tant d'excès révolutionnaires qu'il avait moins commandés que subis, comme d'affligeantes nécessités , attachées à l'intervention indispensable de la démago-

plus rérôliifionlikafres; éf S ne dtbjflmftis la Cattier , les lebon, etc. j sans leur donner pour protecteur, ou pour complice , celui dont l'inébranlable civisme et la haute capacité furent &pé« cialement consacrés^ 4<'ii& le comité de «aiut public, à l'oxi^iuiisation de la victoire, et qui» le piemier, deaianda ia mise en acci»lation de Carrier. U est. vrai que eertains apôtres de la lerreor » ayant le 9 tfaennidor , voulnrent , après la dinté de RobespieiTe, fiiirè oublier leurs antébédeiits en se jeiknt partoi les râicteurs , ét en accusant leurs propres agenb ovf leurs ainfs ; mais cette infâme conduite ne fut point celle de Carnot , qui, au contraire, repoussa l'amnistie qu'on lui offrait , au moyen d'une dislinctioa entre lui, Prieui' et Lindet, et les autres membres de r<'incien comité de salut pubUc^et qui réclama généreusement la solidarité pour les actes mêmes auxquels il ayait été moralement étranger. L'abbé de Hontgaillard observe , d'ailleurs , lui-même , que oe grand citoyen dédaigna les farcurs dé Bonaparte consul ^ et de Napoléon empereur, et qu'il ne s'afftiHa point de la toge de sénateur, et de litres nobiliaires, comme Lanjuinais et Boissy d'Anglàs. ( , IV. ) C'est un aveu précieux dans une histoire de ïm

GONVEimoir vhxtovàjLE , 1 793-1 794. 359

gie dans la guerre de la révolution contre ïmcim régime ; si je l'ai peint ennemi de l'ochlocraftisme ,

iDoins sanguinaire qu'on ne Ta cru communément, austère d'ailleurs et incorruptible, c'est qu'il m'ap paraît, avec tous ces attributs, au milieu des décbi^ rements et de la confusion qui accompagnèrent 1^ régénération de la France. Quant à son système or* ganique , sur la conception duquel j'ai établi la sor périorité de ses vues, il sera évident, pour quiconque me lira, sans trop de préçccupation , que |e n'ai considéré cette concçptÎQn que d'une manière

rérolation, o& Boîssy d'Anglas et Lanjuinaii lont présentés ùi-

cessamment à notre admiratioii, comme les seuls et vrais amis de la liberté et de l'égalité , comme les Catons de la république française et les héros du libéralisme. Peut-*étre l'historien , s'il vivait «ncore , pourrait-il nous expliquer cette aoovalie en revendis qomtla pbrâsedatts Uqiidle U ^eisévénnoe jrépablicai^ dt Caroot est opposée i TéléTatioii des comtes I«aiijiiinats et Boissy d'Anglas , et en lejetant sur. l'infinenoe de quelque eoifirie consittuHonneUe , les éloges exdnsils et intenninaUes donnés "k des membres de notre aristocratie héréditaire actuelle, qui , pour s'être conduits avec courage au 3i mai, ou au i**" prairial, et avoir fait honorablement partie de l'opposition depuis 1814, ne sauraient néanmoins, sans tn^ debienT^^lance» être prodamés k» plus constants champions dn pattà déinocratiqne. Une fois déddé & fidre des révélations, l'abbé de MontgaîllaAl. nous dirait aussi , sans doute , à qui nous sommes redevables de lire si souvent dans son livre qne le général Bemadotte fut le plus grand capitaine de la république, et le duc de Bassano le premier diplomate de l'empire.

3(5o DÛUZtèîSE LETTRE,

abstraite, san& rien préjuge^ sur la question et les moyens dTexécutîon ; c^est ii âire que je ne l'ai en*

visnt^ée que comme révélant, chez Robespierre, le désir du retour à Tordre et le sentiment de Tina* nité des formules pblfti[(|ues , privées de l'appui des mœurs et des institutions : car je pense avoir assez indiqué du reste que ses idées de réorganisation , examinées sous le rappbrt de leur Wleur pratique, me semblaient peu susceptibles d'application , tout en convenant qu elles ne pouvaient guère présenter, à cetl^e époque , un àiitré caractère.

Je vous ai fait remarquer, Monsieur, coninient la chute de Robespierre , quoique due aux plus furieux démagogiiesji .ayait imprimé un mouvi^ent rétro^ade à Vofnxn&n publique et ravivé les espérances du royalisme. Il nous reste à rechercher maintenant pai^ quels moyens Vèl révolution , après avoir dévoré elle-même tatit d'illustres défenseurs de sa cause, et s'être rendue veuve successivement de. Ver^^niaud, de Danton .et de $£uot-Just, pour se jeter entre les bras de Tallien ■ et de Billaud, put échapper néanmoins au naufrage que présageait cette impure alliance, et tromper Tespoir des partisans de l'ancien régime, sur les résultats , définitifs^ qu'ils attendaient de la réaction tliermidorienne.

Si la crise de . 1789 n'avait été am^ép que par

l'esprit de sédition et de mutinerie, comme le peu-

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GONVBKTION If ATlON&tB , 1 793-1 794. 36 1

soient tant de gens qui depuis se sont ravisés; si le maintien des réformes» consommées par l'assemblée constituante , n'avait dù être attribué qu'à l'audace et à la violence d'une faction qui n'aurait pas puisé sa force dans les sentiments et les intérêts nationaux, on concevrait qu'un échec, comme celui du 9 thermidor, eut détruit irrévocablement l'empire de cette faction et replacé la France dans le même état où elle se serait tromréé la Teille de la commotion accidentelle qui l'aurait passagèrement troublée : mais la révolution française ne saurait être ainsi rapetissée ; tous ceux de ses anciens ennemis, qui ont quelque valeur intellectuelle, déclarent eux-mêmes qu'ils ne la comprirent pas quand ils s'effopcèrent.de l'étouffer dans son berceau^ et ils s'accordent avec nous pour ne voiren elle qu'une solennelle manifestation des progrès de l'esprit humain, et que l'expression des besoins particuliers du pays où elle prit naissance. Avec ce. caractère d'universalité et de nécessité , il était donc impossible qu'elle fût entraînée dans la ruine des individus ou dans la défaite des partis , et qu elle ne finît pas par triompher , malgré l'incapacité ou l immOf ralité des conventionnels qui devaient être appelée , par les incidents ou les vicissitudes politiques , à "se charger de sa direction et de son salut. Que Kovère , Fréron , etc. , soient en effet les dominateurs du jour ; qu'ils fassent égorger , sous le nom de ter^

36a oDiaiÈME lsttae,

ronstcs, les patriotes qu'ils persécutaient naguère comme modérés; que les hommes de boue, selon Fexpression d'un rédacteur du Globe ^ dissipent le fruit de Tiiitégrité et du talent financier (i) des hoimnes de sang ; que des sansrculottes apostats , ou des républicains abusés secondent les efforts de f aristocratie , et que tout conspire , en apparence , pour le rétablissement de Tancieu ordre de choses ; au moment décisif, lorsque les contre-révolution* naires se croiront assez forts pour opérer une réaction complète contre les idées et les intérêts jiou- ▼eaïKy comme ils l'auront accomplie à Vé^jèrd des hommes , la révolution manifestera la puissance de son principe vital, en se relevant, plus terrible que jamais , de son agonie passagère , pour éçraser ses imprudents adversaires ^ en retenant la victoire sous le drapeau de la liberté , alors même qu'il sera porté par les plus vils de ses défenseurs. lUuuenés à la cause de la patrie par le sentiment de leurs dangers

' (i) ^mlt régime de la terrrar, quarante imitions avaieiit été mis à la disposition da comité de salut pnblic , pour servir spécialement à l'approvisionnement régulier de la capifaTe. Huit millions suffirent pour faciliter l'arrivage des grains et denrées, et la subsistance de Paris se trouva constamment assurée d'avance poor six semaines. Après le 9 thermidor, les trente-deux millions restés dans la caisse nationale , forent dissipés en quelques mois par les réacteurs, et U population parisienne» privée de pain, fut réduite à se ven^^de sa misère, en appliquant le sobriquet de faiiÙÊte aux meoeuss de cette époque.

coNvEimoîr nation a.le, 1793-i]/94* 363

personnélS) les tbérmidorieiis invoqueront les passions révolutionnaires et se constitueront les champions de la république ; ils feront le 1 3 vendémiaire contre les royalistes des Sections , et le 1 8 fructidor Contre les coiijnrés de CHchy; ils frapperont aussi les démocrates , demeurés étrangers à la réaction ^ dès que le réveil de l'énei^ie patriotique pourra faire craindre aux faux répcfblicains qu'on ne leur demande compte de leur lâche désertion et de toute l'infamie de leur carrière publique , avant et après le 9 thefinidor ; et à travers ces proscriptions alter* natives, ces coups d'état, en sens contraii^e , d'où sortira le système de bascule , la révolution , forte de sa coticordance avec les besoins nationaux , poursuivra sa marche , triomphera des factions intérieures et des arméès étrangères , et quand ce double succès aura pHs un caractère déteisif, elle se' laissera dépouiller, à son tour, des formes politiques qu'elle adopta y dans ses périls , par le plus illustre de ses héros , pair un génie extraordinaire, qui, tout en s'efforçant de la détruire, en France , sous le rapport des combinaisons gouvernementales èt des formules administratives « ne fera qu'en colporter lui-même les principes dans toute l'Europe, en mêlant, pendant quinze ans, nos générations émandpées avec les populations esclaves des monarchies absolues.

Vous me demanderez, Monsieur , si j'ai pris dans

364 ]>OUZlàME LETTilB,

le livre de l'abbé de Montgaillai d , cette appréciation sommaire des principaux événements de notre histoire, depuis le 9 thermidor , jusqu'au règne de Napoléon Bonaparte. Pour répondre à cette question , je pourrais me content^ de vous interroger vous-même sur. les résultats de vos méditations, pour savoir si la lecture de cet historien vous a ofjf^t quelque chose qui se rapporte en eflet à cette espèce de résumé; mais j'aime mieux aller au-devant de vos réflexions , et rapprocher de suite les divers tableaux où M. de Montgailiard a retracé les journées le^ plus remarquables de cette période de la révolution, afin de vous signaler dès ce moment tout ce qu'ils présentent de mensonger et de; fléfectueux.

L'abbé de Montgailiard nous assure d'abord que l'insuiTection du 1 3 vendémiaire n'avait pas un but monarchique. « On aurait une bien fausse idée des » temps et des choses, dit-il ', si l'on pensait que le » mouvement contre-révolutionnaire des sections » eût pour objet la restauration) de l'autorité royaleli) ( 38 1 et 38a , IV. ) Cependant quels furent les moteurs de ce nouveau soulèvement populaire ? A quel parti appartenaient les hommes qui dirigeiiient la section Lepelletier, et qui formaient le comité insurgent ? Les Vaublanc, les Laharpe, les Serizi étaient-ils mu? seulement par le désir de mettre un terme à la trop longue omnipotence de la con-

corrvENTievirÀtioNÀLE, 1793- 1794. 365

vention ? M. le marqais Bemôustiers (i), ce diplo* mate, qui depuis a bit tant dé bruit par se$ liai^

sons avec les absolutistes et les apostoliques do Madrid, cédait-il à des inspirations républicaine^, lors-

( t ) L'extrême ^{fférenet qvi ezîtte' entre les «ypvmons poKtîques de M. le marquis Demoustiers et celles que je professe , ne m'empêchera pas de signaler tout ce que l'abbé de Montgaillard a avancé de faux et d'injuste , vis-à-vis du père de l'ex-ambassadeur. Il le fidt, par exemple , intriguer en Suisse , sous le direetoire , et le peint comme un personnage d'une excessive vanité^ (^pourvu de uUènts; ajoutant qn*f7 eH l'un des émigrés qui orit été le pbisfimiBttes à ia cmusede ta matMonde Mewrbon, tant ses intrigues étaient mal ourdies et bruyamment exécutées ( /, 4, Vj, bien que M. le marquis Dcraoustier» n'ait pas quitté un seul instant l'Angleterre ou les états prussiens pendant tout le cours de son émigration y et qu'il résidât à Berlin , dans le moment où ou le suppose occupé à ourdir de misérables intrigues en Uel- ▼élie. Quant au tvproclie d'incapacité ^j'observerai que Louis XVI 4iffint le porte-finulle des affiures étrangères (D) i Pbomme que FaUié de Hontgaillard prodame dépourvu de talents, et que Louis XVIII en fit son interprète ( jE") auprès du roi de Prusse. Montgaillard commet ensuite une nouvelle erreur , s'il ne ment encore s<ûemment| en faisant arriver M. Demoustiers, d'Angleterre sur le continent, avec Dumourier, en 1 804 ( 5x , YI ) ^ à l'époque du meurtre du duc d'£nghien , pour le faire voyager de Berlin à Fkancfartetà Ettenàetm^ tandis que cet émigré ne cessa d'Iuibîter Berlin ou Postdaaii depuis 1796 jusqu'à la fin de 1S06. S'il 7 eut un Demoustiers parmi les émigrés réunis à Offembourg eu i8o4 , ce fut, sans doute, un des deux frères Moustier Sermont , anciens gardes- du-corps du roi, dont Montgaillard aura confondu le nom avec celui du marquis Demoustiers.

366 DOUZlioIB LEITRK,

que, bien jeune encore, il forçait, le pistolet en main, les tambours de sa section à battre la générale contre les représentants^ Ai peuple, au mépris d'un décret de peine de mort ; et qu'il donnait le signal du combat, en tirant sur un piquet de dragons, les premiers otmps de fîisil àe la journée? Je ne le pense pas. Monsieur; et quoique le plus grand nombre des sectionnaires n*eùt certainement pas l'intention de s'armer contre la république , les chefs de l'insurrection n'auraient pas moins fait servir le dévouement de leurs ;soi(jUit# dbusés^urétablissèment delà monardiie, s'ils avaient pu vaincre. Les preuves fournies par les accusateurs elles aveux des accusés justifient également cette conjecture, que je pourrais appuyer aussi sur l'autorité de M. de Montgaillard, s'il fallait le réfuter encore une fois par ses propres arguments, v La section Lepelielier, » diuil en effet, dirigeait le mouvement contr»- » révolutionnaire que les intelligences pratiquées » par les émissaires , par les agents secrets de » Louis XVni et du prince de Condé, étaient par- » venus à organiser à Bans. » Et c'est dans les mêmes pages ( 33o et 38 1, lY) où il considéra comme une grave erreur de pmser que le moupe" ment contre^révohÊtUmnaire dej' section^ eut pour objfet la restauration de 1 autorité royale ; c'est dans les mêmes liages que ce maupement contre^révolur tioTmaire est attribué aux ynadunations des roya-

GONvmmov ifATiovALs, Î793-1794. 367

listes , aux agents de Louis XVin et du prince de Condé ! Il est vraiment inconcevable que des lecteurs éclairés se soient laissés séduire par l'esprit de malignité jusqu'à s'engouer d'un ouvrage écrit avec autant de légèreté, et si peu de suite dans les idées; car c*est trop accorder, ce me semMe, à la causti*cité, que d'en faire ainsi une dispense déraison, de logique et de véracité pour un auteur dont le mérite se réduit à donner à Fhistoire les couleurs du pamphlet.

Non content de se démentir ainsi d une phrase  Fautre , au sujet des iutentioDS qu*il prête aux in*surgés , Vabbé de Montgaillard , quoiqu'il ne paraisse pas d'ailleurs très bien disposé pour les meneurs royalistes des sections, n'oublie pas cependant dë déclarer ici encore contre leurs adversaires, et d'insulter les défenseurs de la convention. Vous savez qu'à l'époque dti i3 vendémiare, il se trour vaît à Farts nn grand nombre de patriotes, chassés de leurs départements par la réaction , et qui cout rurent généreusement aux armes pour combattre les ennemb de la révolution , sous les ordres de leurs propres persécuteurs, dès que la cause des thermidoriens leur parut idratifiée avec celle de la républi- .que : A bien ! M. dè Montgaillard ne voit dans ces auxiliaires inattendus, que le rebut de la classe des prolétaires f que 4^ sans^euloetes déf^mliés^ des homma du\o stoûi, des massacKurs de sepêemirey

568 , DOUZIÈME LEITREf

dont il fait la réserve de la convention, et qu'il confond 9cvQc\à,popuUice des faubourgs! (38o, IV.) Quant au général qui conduisit lès républicains à la victoire, et qui, dîins ce^tte journée, fonda sur rescaiior de Saint-lioch, avec la niitradie, cette immense réputation qui devait s'élever au-dessus de toutes les grandes renommées de l'antiquité et des temps modernes, l'abbé de Mon tgailiard veut bien lui accorder de la*" capacité, et convenir qu'il avait fait preuve de courage et d'habileté contre l'armée anglo-espagnole , introduite par la trahison dans ie seul port qui pût protéger le pavillon de la république sur la Méditerranée et les côtes de la Provence. « Bona- » parte, dit-il, qui a montré au siège de Toulon 9 beaucoup de résolution et quelques talents dans » Tanne de l'artillerie, offre ses services à Barras, » et aussitôt ce général de sang et de pillage donne » ail jeune officier le commandement dés troupes 9 conventionnelles. Bonaparte a figuré dans les » troubles qui agitèrent la Corse dès les premiers » jours de la révolution ; il est connu de plusieurs 9 députés, membres du comité de salut public et » de sûreté générale , pour l'exaltation de ses priu- » cipes républicains : et sa conduite politique , de-. » puis le lo août 1792, a été celle d'un jacobin, j> d'un terroriste. Après la chute de Robespierre, il s'est vu rejeté dans les cadres de rin&nterie, et » paraît destiné à y languir dans une stérile inactî-»

CONVENTION NA.XIONàL£.y '79^-1794* ^^9

n vité, lorsque les événements do î3 Tendémiaire » éclatèrent : Bonaparte a sa fortune à iaire, tout à » espérer et fort peu de chose à risquer, même én M fait de renommée, en épousant la cause de la » convention; il s'y dévoue au morne nt où elle trem- » ble de tous ses membres , et dès ce jour il ac- » quiert une importance dont les suites l'étonneront » lui-même. ».( 384, IV. ) Ce n'est point, Monsieur, une révélation que nous fait ici Tabbé de Montgaillard, quand il nous dit que Bonaparte suivit, depuis le lo août 1792 , la fortune du parti démocratique ; aussi me garderai-je de le combattre sur ce point, quoique, après tout, lacondiiite républicaine du vainqueur de vendémiaire eût moins été jusque-là l'expression d'une ejcaitation de principes^ que le résultat de ses calculs ou du désir d*exploiter les circonstances au profit de son ambition ; car l'exaltation de principes suppose toujours une conviction, qui manquait essentiellement à lionapartc , dans ses démonstrations libérales , comme il l a prouvé depuis. Mais ce que je relèverai bardiment,dans le jugement de notre bistorien sur le guerrier que les sectioimaires vaincus essayèrent eu vain de Uétrir en lui appliquant Tépithète de /TittraUleuty cVst Tétonnement qu'on veut lui faire éprouver à lui-même au sujet de son élévation, comuie si clic avait dépassé ce que son génie lui permettait d^attendre. Sans doute Napoléon, com-

DOUZIEME L£TTA£j

maiMlaiil d^artillerie, ne pouvait pas prévoir quHl se

ferait un jour saluer empereur , dans toutes les car pitales du oontinent, par les vieilles races royales, et cpi'un pontife viendrait du fond de l'Italie pour poser la couronne de Charlemagne sur la téte du soldat républicain d'Af cole et de Lodi ; mais sans pressentir ce que le don de prophétie seul aurait pu lui apprendre, il eut d'assez bonne heure le secret de sa supériorité, pour comprendre qu'il était capable de jouer sur la scène politique, ou dans les armes, tel rôle extraordinaire que le cours des événements lui départirait; d'où Ton peut conclure qu'en se voyant porter au dite des grandeurs Inimaînes par les circonstances, il ne trouva rien dans les faveurs de la fortune , dont le sentiment de sa prodigieuse ca* padté ne loi eût ôté le droit de s*étonner, et qu'il ne pùt expliquer par la force et l'activité de son intelligence, bien plus que par les caprices du sort. £t<?est de cet homme, sur la cendre duquel trois mille ans pourront passer aussi, sans qu'il cesse d*étre jeiine encore de gloire et d'immortalité (i); <fest de cet homme , dont le début héroïque enleva aux Anglais le fruit d'une épouvantable perfidie ; c'est de cet homme qu'un employé aux fourrages

(1) Trois mille ans ont passé sur la cendre d'Homève, Et depuis trois mille ans , Homère respecté. Est jeune encor de gloire et d! immortaUté.

CONVENTION NA.TION\LE, lyQ^-I^Q^- ^7 1

dans les années impériales vient de dire qu'il avait

montré quelques talents au siège de Toulon ! Quelques talents ! quand il s'agit de Bonaparte révélant son génie au monde ! Où sont donc les anciens admirateurs du magnifique potentat qui fit trembler l'Europe ? Craignent-ils de placer trop haut, après sa mort, celui qu'ils adulèrent sans re» tenue dans sa toute-puissance, et à Fégard duquel ils épuisèrent toutes les formules de la servilité ? Quoi 1 pas un mot pour venger le plus grand capitaine qui fut jamais , de la concession ridicule que l'abbé de Montgaillard daigne lui faire dans sa niaise bénévolence 1 Poètes et prosateurs de l'empire, qu'étes-vous devenus? Le soin de la réputa-' lion de Talleyrand-Périgord, comme bon citoyen et royaliste fidèle (i) ; de M. Dudon , conime liquidateur irréprochable (2) ; du duc de Ragnse, comme libérateur de la capitale (3) ; ce soin vous occupe-

(i) Voyez la note de la page 194, tome II.

(1) « M. Dudon a confondu ses ennemis. Le Uquideteurde » x8i5 a mis dans tout son jour la loyauté de l'intendant de. » i8i4* » J*ai trouTé cette phrase dans une note de la page 1 79 du septième yolume ! I î

(3) « Marmont , dit l'abbé de Montgaillard , s'est empressé

» d'entrer en pourparlers C'est à cette ré&olation soudaine du

» maréchal, que Paris doit, sans doute, de ne pas devenir un » Teste champ de bataille » et TaTantage d*étre pris par les soU" > » verains alliés, qui ne tarderont guère à reconnaître les droiti » de la maison de Bourbon ^» (Page 397 , tome VII. )

BOUZliMfi LETT&E,

t-il si fortement que vous ne puissiez (léfeudre , d'une pitoyable apologie, la mémoire d'un héros dont TOUS £EÛsiez le rival des dieux, et la merveille des siècles, tandis qu*il pouvait payer, en roi, ces basses flagorneries ? Le duc de Raguse, dites-vous, M. Dudon et Tabbé de Périgord vivent encore ; ils sont en crédit à la cour ;* et Napoléon ne fait plus de gardes-magasins, de superbes espions, de fastueux censeurs j etc., etc. ; il est descendu au tombeau sous le poids d'une double déchéance Je

vous entends : Tadniiration a dû cesser avec les grâces qui Tahmeotaient ; et votre reconnaissance n^est pas de celles qui peuvent s*attachçr à la poussière d'un grand homme !

Mais nous nous occuperons plus tard. Monsieur, d'une manière tout-à-fait spéciale de Napoléon Bonaparte ; continuons à présent Texamen du quatrième volume de l'abbé de Mon tgailiard. Vous y avez remarqué sans doute les deux pages que Fauteur a consacrées à chanter les louanges de la maison d'Orange ; elles sont écrites avec tant de soin et d'élégance, et formentun si éloquent panégyrique , qu'il me parait difficilede lesattribiier à un historien qui se distingue surtout par l'incorrection de son style , par ses formessauvàgeset une malvdllance invétérée. L'apologiste, quel qu'il soit, a choisi, vous le savez, l'époque de la conquête de la Hollande pai Pichegru, pour glisser, dans son récit, les phrases pompeuses des-

CONYSATTION NATlOSikhE^ 179^* 1794* ^7^

tinées peut-être à provoquer quelque mouvement de gratitude à Bruxelles, ou à offrir une occasion de munificence à la cour de La Haye. Je ne puis résister à l'envie de transcrire ici ce passage , qui , abstraction faite des motifs qui peuvent l'avoir dicté, exprime des sentiments que je ne suis pas éloigné de partager. « C'est la maison de Nassau-Orange, » dit l'admirateur de cette auguste famille, qui a » arradié les Provinces-Unies à la superstitieuse et » sanglante tyrannie de l'Espagne. Issus d'une mai- » son royale qui se perd dans la nuit des temps, » les princes d'Orange combattirent pendant un j» demi-siède en £aveiir de la liberté politique et de » la tolérance religieuse ; ils en furent les liéros à » une époque où le double despotisme royal et )» monacal asservissait l'Ëurope : ils déployèrent une » intrépidité et une constance qui pouvaient seules » triompher des forces de Charles-Quinty et de tout » le despotisme de son féroce successeur ! La mai- » son d'Orange éleva dans les marais de la Hollande » im temple à la liberté politique et religieuse: » sous leur commandement, les provinces hollani) daiscs furent l'asile des victimes de toutes sortes » de tyrannies, et devinrent le centre de tous les * » intérêts politiques de l'Europe. Les Provinces- » Unies s'éle\ èreiit*à un degré de prospérité inté- » rîeure et de richesse commerciale auqurl nul » peuple, ancien ou moderne, n'était encore par**

074 IK>UZlàM£ LETTRE f

9 venu ! A Vesemçle de 4a Hollande , à la vtie des

j) merveilleux résultats que la liberté y avait en- » âuités, l'Angleterre secoue ses chaînes , et recon- .9 quit ses libertés publiques: c^est encore à un » prince d'Orange ( au grand Guillaume, devant 9 lequel trembla et s'abaissa Louis XIY ) , que les 9 Anglais furent redevables de l'expulsion des » Stuarts et des jésuites, c'est à dire de la révolu- 9 tion de i6ô8 et de la déclaration des droits qui 9 consolidèrent la liberté nationale, et rendirent » plus tard les Anglais maîtres du commerce de 9 l'univers. Gloire et reconnaissance éternelle dans 9 l'histoire aux princes de Nassau-Orange \ Ils ne » violent pas leurs serments constitutionnels ; ils 9 ne se jouent pas des libertés de la nation ! Intré- 9 pides sur les champs de bataille et sages dans les 9 conseils, ils combattent en personne lorsqu'il 9 s'agit de défendre l'honneur et les intérêts de 9 l'état, et ik voient, jugent et gouvernent par » eux-mêmes, et non par d'indignes favoris ou 9 des ministres pervers ! A la chute de Thomme 9 qui opprimera, pendant quatorze années, la 9 France et l'Europe, les deux mondes verront la 9 maison d'Orange établir et maintenir unesage, une 9 vraie liberté constitutionnelle dans le royaume 9 des Pays-Bas, elle donnera à tous les gouveme- 9 ments l'exemple d'une administration vraiment •» paternelle, vraiment royale 1 Heure royaume»

Goinr£NTiOJ)f iràTioiTiLLEy 1 793-1 794* 375

9 où la loi proté^ avec la même force le riche et .» le pauvre , où la liberté et la propriété indivi- 9 duelle sont sacrées , où la liberté des tniltes est » établie et protégée; où FultraHioiitanisme ne » peut franchir les limites assignées par la loi (i) ; » .où les dépositaires du pouvoir ne sauraient vio* » 1er impunément la loi fondamentale de l'état .; où ïi le monarque , accessible au moindre de ses sujets, » est le père plutôt <iue le prince du peuple ; où le » trône est défendu par l'amour environné des bé- » nédictions de la nation entière ! Quel immense » avenir de force , de prospérité et de gloire n'est » pas réservé au royaume des Pays»-Bas (a) ! » ( 3oS et 309, IV ). Acceptons bien vite, Monsieur, cette heureuse prédiction ! Les brillantes destinées , promises à la nation belge, ne nous sont pas tout-àfait étrangères. Les communications de voisin à voisin sont fréquentes et rapides aujourd'hui ; le

(i) Le concordat que vient de oondore M. de Celles avec la cour de Home, a £iit naître des cnintei qui démentent cette partie da panégyrique.

(s) Je ne veox pas mettre en doute le Mbéealiaaiedei princes de la maison de Nassau : j'en sonbaite, au contraire , d'aussi bons et d'aussi éclaires à plus d'une nation. Mais tel est l'empire des préjugés aristocratiques sur les grands, qu'ils démentent souvent, pour se conformer à l'étiquette, les principes dont ils^ font d'ailleurs profession. L'anecdote suivante en fournira une pituve. Un cétëtue poëte finançais avait en porte>feuiUe une tmg^dîe, dont le siqet était pris dans lliiitmre des Piovinces

mal ne peut* pas durer long-temps en deçà des frontières quand le bien est immédiatement au-delà, et n'est séparé du peuple souffrant que par un ruisseau. D'ailleurs^ si un immense avenir de gloire et de prospérité attend le royaume de Pays-Bas, cela peut nous faire espérer que r£urope ne sera pas dans' cinquante ans sous le joug barbare de la iiu5sie, comme nous l'a prédit M. de Montgaillard dans son discours préliminaire.

J'aurais bien envie de vous parler, Monsieur, de la journée du J^' prairial , dans laquelle le parti démocratique, un instant victorieux , succomba sous les efforts de cette faction mitoyenne , qui renier^ maitplus de lâcheté que de prudence, plus d'ambition que de sagesse : mais ce dernier soulèvement des masses populaires n'ayant échoué que parce que leur triomplie n'était j)lus nécessaii^ au salut de la révolution , et que le démocratisme de la Montagne

Unies ; il offrit d'en £iire lecture chez le prince (TOrange : aa proposîtion fat acceptée. Tiilma , ami infime de Fanteur, raccompagna à la cour de Bmxelles , et fût même chargé de lise la pièce. Comme elle flattait bcancoop l'orteil national des

auditeurs, elle fut assez bien .K^'cutiliie. Un courtisan dit seulement, à plusieurs reprises, à voix basse, à la princesse d'Olange, qu'il y avait bien de la république là dedans. La lecture terminée, on aerrit du thé à tous les assistants, excepté à ringénieax poète et à Tadmirable artiste, qui, en qualité de plébéiens, ne purent appliquer leurs lèvres roturières sur U royale porcelaine de k maison de sob altesse»

cojivENTioiï wATiowALfi, 1 793-1 794. 377

avait cessé d'être un besoin d'époque, pour n'exister désormais que comme doctrine dans l'esprit de quelques individus (i), je crois inutile de m'arréter à des fails qui n'ocpupent qu'un rang secondaire dans l'histoire de notre régénération, et qui devaient être sans influence sur la conservation des réformes , pour lesquelles la nation s'était si violemment ébranléeen 1789. J'opposerai cependant aux insultes dont les vaincus de /^niirûz/ sont l'objet,, dans le livre deTabbéde Montgai]lard;jeleur oppos^erailesjastes regrets donnés à la mémoire de Homme, de Goujon, de Soubrany, etc., par M. Tbiers et par un rédacteur du Globe, qui n'a p^is craint de placer les noms de ces illustres victimes à coté de ceux de Koland, de Yalazé, de Barbaroux et de Camille Desmoulins. « Pour devenir aussi célèbres, a dit en » effet le courageux journaliste , il ne leur a nian- » qué peut-être que des amis pieux qui recueillis- » sent leurs cendres et relevassent leur mémoire; ai mais ils appartenaient à un parti extrême, et un

(i) La conspiration de B.ibiîiif fat l'œuvre de quelques tins de ces inflexibles seelnires eonseîeiicicusenient obstinés à lîi inocratiâcr la France. L'abbé de Montgaillard les calomnie quand il essaie d'en faire des agents de Foucbè: Antonnelle, Buonarolti et Babeuf, lui-même , étaient des républicains de bonne foi, qui croyaient à la possibilité de réocganber la société française , en faisant une application rigoureuse des principes de la liberté et de légalité naturelles, et en admettant dans toutes set Gonaé-^ «^Hcuccs kl docU'ine de la souTerainctc du peuple.

JH>VZlkhŒ LETTRE ,

9 tel parti n'a jamais deux règnes dans une même

» révolution : une fois tombé, il ne se relève pas; il » est maudit; et ceux qui meurent à son service , » fussent-ils dignes de regrets , ne peuvent espérer, » pour eux, pitié et réparation, qu'après un long 9 temps et auprès de la postérité. » { Le Globe , tom. V, n® n, pag. 59. )

Ce n'est pas , au reste , vous le savez , Monsieur , envers les démocrates seub que M. de Montgaillard se montre opiniâtrément malveillant et injuste. A peine a-t-il laissé en paix la cendre de Romme et de ses amis, qu'il va remuer celle des héros de la Vendée, pour mêler quelque accusation Infamante à des éloges forcés ; Charette et Stofflet surtout y sont peints sous des traits qui inspirent plus souvent l'horreur qu'ils ne commandent l'admiration. ( 4^4 et suiv., tom. IV. )

Mais notre abbé revient bientôt à ses fureurs contre le parti révolutionnaire, et c'est le 18 /ruC' tidor qui lui en fournit roccasion. On dirait d'abord qu'il va applaudir à la chute des clichiens, à la manière dont il traite les écrivains de ce parti. Selon lui, il ny avait pas un pamphlétaire saiarié du parti royaliste , comme Richer^Serizj^ Fontanest qui ne se constituât le premier champion^ le cham' pion nécessaire de Louis XVII I , et qui ne restât persuadé que ce prince allait lui devoir sa couronne. Cependant il déclare aussitôt que les députés qui

GONVBnnoH HATiodfiLi, T 793- 1794* 379

couduisaient les deux conseils ( les meneurs de Clichy ), n'avaient en vue que le retour vers 1* ordre ei la justice dans leur marohe rétrograde, et il ne leur reproche que de l'avoir imprudemment hâtée ( Ga, V ). « S'appuyaut trop sur la bonté de leurs M intentions et de leurs principes, dit*>il, ils mi- » rent de la fougue où la temporisation devait

» produire un effet salutaire Ces raisonneurs

B de tribune ne comprennent pas que si , avec le » temps , Topinion publique ruine la tyrannie , elle » n'est rien au moment même du combat. » ( 6a et 63, y ). Les amis de YiUot et de Pichegru , agents de la maison de Bourbon , avaient donc pour eux Topinion publique , à cette époque ? Les hommes qui conspiraient contre la révolution qui doit affranchir le monde, étaient donc les défenseurs de Tordre^ de la justice et des saines doctrines ? S41s ne triomphèrent pas , c^est que jamais la force mo^ raie ne fit dévier tm boulet de canon ( id. ). Oui , sans doute, la force matérielle peut arrêter, pendant quelque temps., la manifestation de la force morale; mais l'effet du boulet de canon n'est que local et instantané , tandis que la puissance de l'opinion est universelle et permanente. M. de Mbntgaillard nous a appris lui-même qu'on ne pouvait pas sabrer les idées , fusiller les opinions. Si donc les Job- Aimé , les Yaublanc , etc., avaient été réellement les interprètes des vœux publics , le coup

ûiyitizea by ^OOglc

38o DOUZIEME LETTRE ,

d'état de fructidor n'aurait produit qu^me compression passagère, qui eût bientôt provoqua une explosion violente de seutidaents contre-révolutionnaires, et porté à la direction de l'état les proscrits de cette journée. Mais il ne pouvait en être ainsi : la rétrogradation n'était ni dans les intérêts ni dans la pensée du peuple qui iavait &ît tant d'efilbrts et de sacrifices pour s'assurer la jouissance des conquêtes de 1789. La foule des citoyens éclairés» eii montrant de la répugnance pobr les moyens (i) em- PI030S par le directoire; en blâmant Je peu de discernement qu'il avait rois dans ses rigueurs; en conservant, par exemple, plus d'estime pour Carnot, proscrit , que pour le proscripteur Barras; la foule

(j) Scion Montgalllaid, niauamc de btael aurait proposé des mesures plus cruelles encore contre les députés qui furent condamnés à la déportation. » Cette dame, dit>il, l'un des grands » mobiJps de la révolution qui se tc^medans Forobre, la seconde » de tout son esprit , de toute son activité ; tons les moyens lui » paraissent bons pour en assurer le succès. Elle a proposé aux » patriotes du conseil des cinq-cents de tenir une séance de nuit, » et, avec Pappui de la force armée dont dispose Augoreaii, »» de faire jeter soixante députés clichiens dans la Seine. Le len- » demain , l'assemblée eût témoigné la plus vive indignation, » ordonné une enquête, etc.; mais la révolution n'en eût pas » moins été consommée. Nous avons entendu madame de Staël » rapporter ces choses; elles ont été répétées souvent par Tallten, » l'un des hommes les pins influents du parti pnîrîote : tels » étaient, au reste, le besoin et l'esprit d'inlrijjue de madame de

CONVENTION NATIONALE, l-jg/^. 38l

des citoyens éclairés ne cessa pas en effet de con-

sidt'îrer les résultats du 1 8 fructidor comme utiles à la cause nationale, et d'applaudir à la défaite d'un parti qui poursuivait le rétablissement d*un ordre do clioses, alors universellement réprouvé. Ici encore je réfuterai Tabbé de Montgaillard par luimême, en démontrant, par son propre témoignage, ^ que l'opinion publique, en 1797, n'était rit^n inoins que favorable au système politique des conspirateurs de Clîchy. « Il lie fiiut pas croire , dit-il ( les j> événenKMits qui ont eu lieu jusqu'au 1*'^ avril >» iSi/^Vont prouvé), que le rétablissement de la ». royauté fût résulté de la journée du 18 fructidor, » dans le cas où le succès de cette journée eût été » décidé eu faveur de Pichegru et de ses adhé-

w Staël , qu'on disait d'elle dans ce temps-là : Pour faire une » révolution , elle ferait jeter tous ses amis dans la rivière , > quitte à les repécher le lendemain ^ ii la ligne y par bonté » d'ame, » ( 3o , V. ) Quoique personne u*ait réclamé encore contre cette odieuse imputation , je ne puis croire qu'dle soit fondée. Comment admettre, en effet, que madame de Staël, si peu indulgente envers les démagogues qui eurent recours aux moyens homicides quand les circonstances leur en firent une déplorable nécessité , eût conseillé de semblables moyens, lorsque la révolution pouvait repousser les attaques de ses ennemis , sans les immoler, ainsi que les événements le prouvèrent bientôt? Mais, en supposant même le fait vrai» n^adame de Staël s'en serait-elle ▼antée à Tabbé de Montgaillard ? Ceci rappelle trop madame Gampan se glorifiant^ derant cet écrivain, d'avoir trahi k reine.

38a DOUZIÈME LETIRE, CtC.

» rents. Ily avait t dans la masse de la naiion y trop

» de principes de liberté et d* égalité , trop d'inté- » réts républicains ,et un trop vif enthousiasme de » gloire miàtaire, pour qu'une aussi grande et aussi j) subite transformation , dans la nature du goui^er- » nement^ pût avoir Ueu sans des déchirements et 3» des convulsions incalculables. » ( 65, Y. ) Voilà ce qui contribua, bien plus que la puissance du glaive et du canon , à fàire échouer les projets de la majorité des conseils : Tabbë de Mon^;aillard avait oublié, sans doute, cette prédominance des intérêts et des principes républicains, quand il nous assurait, deux pages auparavant , que la focce morale, Fopinion publique, Tordre, la justice, ^es bons principes étaient du coté des clichiens.

J*ai rhonneur , etc.

TREIZIÈME LETTBf, etC.

n>ftrrixt)UiMi¥MWin''TTiiT'iTiiTrtrrTr*'"'*^'^^^'"'*^

TREIZIÈME LETTRE

Pans, X 5 octobre xSaj.

Monsieur ,

La démocratie ayaît sauté la révolution, et s^était

perdue elle-même. Introduite en France, en 1792, pour y seconder le développement et le jeu des passions populaires , contre FEurope monarchique et les royalistes de l'intérieur, elle avait revêtu la multitude exaspérée de la plénitude du pouvoir souverain , subordonné toutes les capacités sociales à la puissance du nombre , et mis à r ordre du four la terreur et la mort. Un tel système était essentiellement transitoire de sa nature. Conçu au milieu des dangers du pays , il devait disparaître avec les circonstances extraordinaires qui l'avaient fait naître; et comme il n'avait' pu sauver l'état sans le tourmenter et le déchirer cruellement, il était même destiné à tomber sous le poids de la réprobation du peuple, qu'il avait préservé de la honte du joug étranger et des horreurs d'une réaction domestique : c'est, en effet, ce qui arriva en 1799. Après avoir péniblement conquis sa sécurité contre

S84 TRBIZliMB LETÎRX) .

les partisans de Tancien régime , p^r le glaive et par Téchafaud , la France révolutionnaire retourna sut çllc-mcme sa puissance destructive. Vingt partis, ou plutôt vingt coteries , se formèrent dans le parti vainqueur. La plupart d'entre elles ne s'agitèrent que pour s'ai raclier mutuellement le pouvoir ; d'autres, plus désintéressées, ne s entendirent pas mieux sur le choix du port , où le vaisseau -de la république devait trouver un abri contre de nouvelles tempêtes. La lassitude, le (légoiit , l'ambition remplacèrent presque partout l'exaltation civique. Chacun désira un changement , selon ses vues, dans Ja marche des allaires. Les républicains eurent .leurs plans d'organisation démocratique , et cherchèrent à en confier l'exécution à tels ou tels individus; tés aristocrates et les monar chiens, de nouvelle ou d'ancienne origine , s'occupèrent aussi de l'application de leurs doctrines et de l'élévation de leurs adhérents; tous souhaitèrent ardemment , quoique dans un but contraire, de pouvoir calmer l'anxiété générale, et de faire cesser le désordre qui régnait, non seulement dans le gouvernement, mais dans l'universalité des esprits. Le mécanisme politique de la convention , dans l'éloignement des périls qui l'avaient fait établir, ne se présenta plus, ainsi que je viens de le dire, que comme la source de la confusion et de l'anarchie dont tout le monde s'efforçait de sortir, et l'on oublia qu'il avait lait triom-

GO]fY£irrioir iiatiokalb, 1793*1794. 385

pher la liberté de la coalition des puissances européennes et de toutes les tentatives contre-révolu*' tionnaires du sacerdoce et de raristocratie; il en résulta une telle réaction morale contre le régime républicain, qu'en peu d'années l'opinion commune eut posé en principe , et fait considérer comme chose irrévocablement jugée , même pour la foule des anciens démocrates , que ce régime était inap« plicable aux grands états et particulièrement à la France (1).

(ij On commence enfin à sentir le vide des discussions sut les diverses formes de gouvernement , considérées seulement dans leun dénominatioiis oa dans la oombinaûon abstraite det pouvoirs. fUen n'est si vague, en eflfet, que les distinctions adoptées par lespublicistes, en finît d'organisation politique. Chacniie de leurs divisions ofire , suivant les temps et les lieux , tons les degrés de liberté ou d'esclavage , de prospérité ou de misère, sans que l'on puisse en rien inférer pour attribuer le bien ou le mal social, à Tune d'elles plutôt qu'aux autres. Sparte , avec ses ilotes; A.tbènes et Rome, avec leurs esclaves; la Pologne, avee ses setis ; Yenîse, ai^ ses inquisiteurs; Alger, avec ses forbans; les états améiîcaîns, avec leurs nègres» se langent, d'après le système de nos écrivains classiques, comme la Hollande, l*Hélvëtie et Saiot-Marin , dans une même catégorie , et se conroudent dans une qualification commune, celle de république. Deux bommes célèbres de notre époque , IMM. de Tracy et Daunou ont essayé de bannir , de la science politique « ces distinctîoflA superficielles , et dé donner une autre mesure de la bonté ou des vices des diverses Ibrioes de gouvernement , pour édairer Wè peuples dans leur <^tioB.Le ptemier, dans' ses conunentaîm

386 ' TREIZliMB LBITRE,

Dans cette disposition des esprits, la coustitation de Fan 3 trouvait à la merci du premier

ambitieux qui aurait assez de sagacité pour comprendre la situation dés choses, et assez de crédit, de talent et de confiance en lui-même, pmir tenter

de la changer à son profit. Il fallait surtout un ca-

«ir JBloQteâquieu , n'a pas craint de rejeter la dassificadon de

lionaie, et de n'admettre que deux espèces de gouvernement : I* les nationaux ^ qui donnent l'intérêt général pour but à l'action politique ^ a* les spéciaux , qui ne s'appliquent qu'à fiûre tourner les produits sociaux au profit de rautorité. M. Dannou, sans s'occuper aussi du titre des gonvemements, ne les en* visage que sous le rapport des garanties individuelles qu'ils accordent ou refusent aux citoyens. Ce n'est pas ici le lieu d'examiner si cette vue est aussi large et aussi complète qu'on pourrait le désirer : j'observerai, seulement, qu'on n'a pas tout ikit, i mon ETÎs, tant qu'on s'est borné à dire que les gouremements sont nationaux ou ^écûiiur qu'ils accordent ou refusent des garanties, si Ton ii'indique ensuite les moyens par lesqùeb on peut amener les gouvernements a prendre le caractère national, ou à garantir les întcrôts que l'on veut placer sous leur sauve- Ijardei si l'on ne définit, surtout, ce qui constitue la nationalité, QU U concordance avec l'intérêt général, pour chaque gouvernement, et SI l'on ne désigne d'une manière tout-a-fait précise et spédalê les intî^réts k protéger. Aux diverses phases dé la vie du genre humain, Içn mêmes intérêts n'ont pas été prédominants dans la société; de telle sorte qu'un gouvernement, qui fîit nu* tional autrefois, parce qu'il subordonnait son action aux sentiments et aux besoins généraux de l'époque, ne le serait plus aujourd'hui en suivant la même direction , quand ces besoins et CCS sentiments ont perdu leur caractère d'universalité. Ainsi ^

COlfTSimOR IfATlOn-ALB, 1793-1794* ^87

ractère fort, violent peut-être et despotique, pour re&ire Funité sociak , avec tànt d'éléments de dis*, corde- et d'anarchie; et c'était -du milieu des gens de guerre, habitués à courber toutes les volontés indi-. viduelles sous les lois d'une rigoureuse discipline, et nourris, dans les camps, de toutes les maximes'

tout législateur qui, comme Solon, voudrait donner à ses concitoyens la meilleure organisation politifiue qui leur fut applicable, devrait connaitre et constater d'abord la nature des întérdts actneUemeot existants, et s'occuper moins , ensuite, de créée dee formules et d'arranger une macbine k gouTemement , que de diercker les éléments des dîteis ponvoirs à organber , parmi les r^^présentants de ces intéséla. &ïi tivm?aU que te tro<vaf! est de nos jours l'intérêt prédominant des nations européennes, comme la prière et les armes furent celui du moyen âge; s'il pensait, avec M. le comte d'Hauti rive , que la société existe pour l'association des travaux, il n'hésiterait pas à fonder son système po« titifue sur la prépondérance des travailleurs, savants , artistes et indostriels; etsosi gouTemement sefait alors vraiment national, danslesens deU. de Tmey, puisque Tactioii en serait scufliise à la direction des hommes dont les intérêts individuels fermeraient l'intérêt général, et que la prospérité sociale résulterait ainsi des efforts même que chaque membre de l'état , participant de près ou de loin aux affaires gouvernemenUles , pourrait faire dans un but tout personnel. Alors aussi les garanties exigées par le savant et respectable M. Daunou , seraient obtenu^ et consolidées ; et la bonté dn régime politique cessant de déjïendre d'une classification arbitraire, d'une' conception ontologique et des caprices de gouvernements étrangers aux intérêts des gouvernés reposerait sur une base positive, qui rendrait son existence moins précaire que celle de tant de coustilutions.

âd8 TBSIZièME LfiiraK,

du pouvoir absolu , que devait surgir la main vigoureuse réclamée par les circonstauces. Les mi* Utaires d'ailleurs avaient eu la position avantageuse, dans la lutte de la France républicaine contre Tancieu régime. Ils avaient triomphé de leurs adversaires par la baïonnette et le canon, dont les coups procurent à celui qui les dirige ou les porte, d'autant plus do gloire , qu'ils sont plus meurtriers ; tandis que les révolutionnaires de Tordre civil, réduits à hàre tomber leurs ennemis sous le fer du bourreau, s'étaient chargés de la partie odieuse de la tache nationale, et n'avaient pu acquérir qu'une célébrité qui rappelait trop les excès dont on voulait tarir la source. Ainsi , sous tous les rapports , Tannée seule pouvait fournir Thomme audacieux qui donnerait le signal d'une réaction dç centralisation, devenue inévitable , après que le relâchement des ressorts sociaux était arrivé jusqu'à faire craindre la dissolution du corps politique. Les divers partis comprirent cette nécessité , et chacun d'eux chercha, parmi les généraux qui jouissaient d'une grande renommée, l'instrument de ses desseins. On songea, d'un côté, à Moreau (i), de l'autre à

(i) L'abbé de Montgaillard ne laisse échapper aucune occasiou de flétrir le nom de Moreau, au svyet de ses intelligences avec Us Bourbons, sons la république, et de ses services dans Jes rangs des armées étrangères en 1 81 3. Je ne Teux point meconslîtner id le défenseur du Tainquenr de Hoheiiliadea p devenu le

coirv£MTioir n^ATioiiALE, 1793- 1794* 3^

Bernadotte ou à Jourdan ; mais ce n'était pas assez d*uu guerrier habile pour imprimer et conduire le mouvement de réorganisation, dont le besdin'se faisait sentir de tontes parts. Pour domptei^ les passions révolutionnaires qui avaient survécu aux conjonctures difficiles dont elles étaient issues, et qui étaient souvent revêtues du caractère sacré de la bonne foi républicaine; pour briser les résistances que les habitudes et les principes démagogiques allaient opposer à toute tentative qui aurait FUnité pour but, il fallait une vaste ambition soutenue d'une capacité transcendante; et, pour mieux dire^ le génie de César ou de Gromwel.- Ce génie epstait en effet sous les tentes de la république ; il

conseiller intime de remperenr Alexandre. Mais je signalerai encore «ne fois la bizarre justice distributive de l'historien qui ijnpute à crime aux uns ce qu'il loue chez les autres. M. de Montgaillard nous oflr^avec uoe infatigable persévérance, M. le comte Boissy-d'Anglas, comme le modèle des irraîa amis de la liberté, et nous parle, néanmoins, d'une manière tont-à-fait ^giense, des engagements quele noble pair prita^ec Louis XYIII, dés les premiers temps du régime républicain , auquel il était lié par un serment solennel. Pourquoi le général aurait'il donc été coupable là où le représentant du peuple excite une si vive admi» ration ?D*un autre c6t(^, Bernadette, le liéros de l'abbé de Montgaillard, n'a>t-il pas servi plus activement que Moreau les ennemis de la France?...» U est des gens qui pourraient nous expliquer ces appréciation» contradictoirés; mais ce serait de leur part unr coafcisîoB que nous ne devons pas attendre;

3^ . • ..r • TREIZIÈME LETTK£ 9

avait chassé les Anglais de Toulon ', détruit quatre

armées autricliiennes en Italie, et plaijté le drapeau de l^.I-ranoe, au sommet des pyramides. Il n'avait qu'à paraître pmr devenir le centre de tous les pro> jets, de toutes les espérances, de toutes les ambitions ; il se montra» le 19 brumaire, à Saint-Cioud, et la période démocratique de la révolution française fut aussitôt irrévocablement fermée.

Napoléon Bonaparte, initié dès l'enfance au secret de sa prodigieuse capacité, avait trouvé, dans les premières relations et dans chaque événement de sa jeunesse, l'occasion de constater la supériorité^ de son esprit et la force de sa volonté. Cette révélation précoce fit naître en lui un besoin de célébrité, de gloire et d^élévation, qui suivit la progression rapide de son génie. H embrassa ardemment la cause de la révolution , parce qu'il comprit qu'elle n'était point une émeute passagère, mais une nécessité nationale qui pourrait présenter k son ambition les chances les plus favo* rables. Traversant donc la crise populaire sous le drapeau qu*il prévoyait devoir fixer définitivement la victoire, il ne cessa, comme Robespierre et Saint-Just, de dominer le mouvement révolutionnaire, alors même qu'il semblait entraîné par lui, et ne vit dans l'organisation démocratique de 1793 ou de l'an v3, qu'une inévitable transition, pour pas» ser de la monarchie féodale à un ordre nouveau»

coHVEimiâr itâtioiiale, i 793-1 794. Sqi

Mais Roliespierre, s'il fut de beaucoup inférieur à Napoléon sous le rapport de l'étendue des vues et

de la puissance de volonté, avait eu sur lui l'avantage d*un désintéressement complet : aussi, quand il voulut reconstituer l'unité et substituer un état normal aux désordres de roclilocratie, donna-t-ii à ses plans la forme républicaine, et.se résigna- t*il à devenir victimede ses opinions, dans la journée du 9 thermidor, plutôt que de violer le principe de la souveraineté. du peuple, en acceptant les secoHrs de la population parisienne contre la représentation nationale qui venait de le mettre hors la loi ; tandis que Napoléon, planant sur toutes les doctrines et ne s'attachant par conviction à aucune; n'ayant foi qu'à lui-même , et faisant de sa propre fortune le principal objet de ses espérances, ne craignit pas d'accomplir ses projets ambitieux par la vio* lence, et de marcher, au pas de charge, sur les mandataires de la France, pour leur arracher la souveraineté.

Vous savez, Monsieur, ce que j'ai dit ailleurs de la journée de Saint-Cloud : examinant alors, eq biographe, la conduite du chef de la conspiration, je dus m'attacher surtout à retracer sa moralité politique, et ne traiter la question du coup d'état que sous le rapport du but et des intentions de son auteur, en y ajoutant quelques considérations ^ur les moyens dont il avait fait usage contre les é(us

du peuple, pour s'emparer des réoes de rempire. Si fayais à faire encore un portrait particulier du généra! Bonaparte, je reproduirais sans doute mes premières observations , quelque sévères qu'elles pussent paraître aux hommes passionnés qui professent une admiration exclusive pour le grand homme; mais il s'agit moins ici d'apprécier l'in* dividuaUté du héros de brumaire, que de caractériser et de dasser son avènement au pouvoir, dans l'histoire philosophique de notre régénération , et vous me dispenserez , en conséquence, de rentrer dans le cercle de (a personnalité.

Que fait cependant l'abbé de MontgaiUard, dans son cédt des événements de Saint-Cloud? Fidèle à son système mensonger et dififamatoire , qui, dans chaque débat mémorable, le porte à injurier les vainqueurs et les vaincus , les sacrificateurs et les victimes , il commence par regretter que tous les membres du conseil des cinq-cents n'aient pas eu la fermeté de Bigounet, au civisme duquel U semble d'abord vouloir rendre hommage. Si la conduite de ce député eût trouvé des imitateurs dans l'assemblée, «Bonaparte, dit-il, n'eût pas » régné sur la France. » Viennent ensuite des détails inexacts (i) sur la fameuse séance du icj^

(i) Quuiqu'en dite VMté de MontgaiUard, le liéros d*Arcot» ne fat point tiouhié jusqu'à V^roi par l'attitude des représea^

CONVBNTiOir IfATlONALE, 1793-1794.

brumaire, et quelques assertions exagérées sur l'hésitation , Tincertitude et le désappointement du

général, à l'aspect de la résistance imprévue qu'il rencontra dans le conseil. On dirait que l'historien, qui s'attache d*ail leurs à rabaisser l'usurpateur français au-dessous de Gromwel, a pris décidément parti en faveur des rq^résentants de VaU" torité someraine f 271 » V), qu'il lave, à bon droit, de raccusatioii de tentative homicide sur la personne de Bonaparte. (27^, id,) Mais tout à coup cette bienveillance extraordinaire pour ]es députés républicains l'abandonne, et il leur reproche, en termes outrageants, de n'avoir pas osé commettre l'assassinat dont il a cru nécessaire de les justifier, quelques lignes auparavant : « Faut-il » dire que, de tous ces Bru tus de clubs, habitués à 3» répandre le sang des faibles et des innocents, il ne » s'en trouve pas un seul assez hardi pour imiter le n Bru tus de Borne, qui prépara, conduisit et con- ]» somma le présage annoncé pour les ides de a mars? Effectivement, ajoute-t-il, si Marat, Ko-

tants : il 7 a loin d\iae émotion violente et da défiint de sangfroid & 1a peur et à la démeiM^e. Il est juste de dire> ensuite , que

la première idée de la fable des poignards appartient à Lucien Bonaparte, qui en fit le texte de l'odieuse proclamation, par laquelle il excita les grenadiers à dissiper, par la puissance du sabre, les magistrats que le peuple avait chargés de lu confection desloisw

TREIZIÈME LETTRE

vbespieire, Pétion, Barrère, Saint -Just, Lebon^

w furent si lâches, pourquoi voudrait-on, dans leurs «élèves, qui sont aujourd'hui sur l'arène lé- 3»gislative, du courage personnel 1 » (273 et 274 , id.) Que penser à présent, Monsieur, des éloges donnés à Bigonnet, proclamé excellent ctiojren et défenseur zélé de la liberté constitution^ nette y ( 271 , id.) quoiqu*il fôt Fun des chefs de cette opposition républicaine, dont les menabres sont flétris ici comme habitués à répandre le sang des faibles et des innocents? c'est une nouvelle contradiction dont nous ne pouvons guère nous étonner après tant d'autres, et qui ûgure très bien d'ailleurs à côté de l'amalgame monstrueux où les caractères les plus dissemblables se trouvent confondus, comme également féroces et lâches.

Je ne suivrai point, Monsieur, l'abbé de Montgaillard, dans ses narrations minutieuses sur le règne de Napoléon ; il me sufEra de vous en donner un aperçu sommaire, tel qu'il se trouve dans la table analytique de l'ouvrage, et de vous signaler l'incohérence des diverses et principales appréciations qui dominent chaque partie de son histoire de l'empire.

A son avis, Napoléon fut grand jusqu'au traité d'Amiens, héroïque jusqu'à celui de Tilsitt, profond politique jusqu'à celui de Bayonne; depuis lors oppresseur de ses concitoyens , guerrier hasar-

ûiyiiized

CONVENTION WATIONALE, 1 793-1 794. SyS

deux, monarque inconsidéré, (de 4^1 à 5oo»

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