‹ Réfutation de l'histoire de France de l'abbé de MontgaillardChapitre 17 sur 21 · tome VII · texte numérisé non relu

tome VII

Napoléon fut grand jusqu'au traité Amiens l L'iûstoriea veut sons doute parler ici de cette grandeur, qui est la source de la véritable gloire, et qui se fonde sur Timportance des services reudus aux nationa; car s'il n!accordait à Bonaparte le titre de grand qu*à raison de son génie et des prodiges de toute nature, dont sa carrière fut marquée, il se garderait certainement de le lui con* tester, même après le traité d'Âmiens. Gomment donc concilier cette qualification, prise ainsi dans un sens populaire, avec le reproche d*avoir violé les libertés nationales, le plus grand crime que puisse commettre le chef d'une nation ? ( 9,^1 et suiv.y tom. F*. ) Napoléon avait commis ce cri/ne long-temps avant le traité d'Âmiens.

Napoléon fut héroïque jusqu'au traité de Tilsitt! Depuis, il aurait donc cessé de l'être? Mais à qui l'abbé de Montgaillard s'est-il flatté de faire croire que Thomme qui, à Essling (1), à ïlanau, dans toute la campagne de France, à son retour de

f i) A Efsliiig, Napoléon s'exposa tdlement au len de rennemr

que ses ofHciers furent obligés de lui dire qu'ils le feraient enlerer par les grenadiers , s'il ne se retirait promptemont du poste périlleux qu'il avait choisi. C'est pourtant cette b.it.TÏlle qui altéra , selon l'abbé de Montgaillard, la réputation de l'empereur, comme général et comme homme de résolution. ( 404 et suit. , VL }

TREIZIÈME LETTRE

File JElbe ( i ) , affronta lesplus grands dangers, sans

perdre un instant le calme admirable qui le distingua à toutes les époques mémorables de sa vie (la jonmée de Saint-Gloud exceptée), ne se montra plus béroïque après la paix du Niémen ? Cet écrivain nous dit pourtant lui-mcme, à la page 365 deson-septième volume, qu'à Ards^ Napoléondonna à ses troupes F exemple du plus haut degré de sangfroid et d intrépidité*

NapoUon fut profond politique jusqu* au traité de Bayonnel Et l'bistorien qui le caractérise ainsi vient de nous dire, à l'occasion du traité de Tilsitt, que si Napoléon avait eu une politique sincère et véritablement grande, qu'il eût moins songé à la fortune de sa famille, à sa prépondérance personnelle et au viager de sa puissance, qu'au repos de la France et à Tavenir de TEurope , il aurait profité

(2) En 181S, sous les mnn de Grenoble, Napoléon prouTa que le sang-froid des héros ne l'avait pas abandonné dès 1807. Arrivé à peu de distance de la porte de Bonne, qne la garnison tenait fermée , H entendit nn brait Cannes dans la plaee, et tout le monde crut qu'on y fifisaifc des préparatifs hostiles, a Les ca- » nonniers vont faire feu , s'écria une voix , » et la foule, s.iisie d!ef£roi, ch<?rcba aussitôt un abri contre la mitraille, derrière les maisons les plus prochaines. Napoléon, inaccessible à fat contagion de la peur, resta immobile en £ice des batteries , et son attitude calme produisit une réaction rapide sur l'esprit de la multitude. £ri peu d'instants il se vit presser de nouveau par Im nombreux citoyens qui étaient accourus à sa rencontre.

CONVENTION NA.TIONAUB, 1 793-1 794. 897

de la conjoncture pour demander à la Russie , et pour négocier avec l'Autriche la restitution des territoires polonais échus à ces deux puissances en 1 795 ! Et cet historien a ajouté que la politique de !Napoléon offrait toujours quelque chose de gigantesque, de hasardeux, dïncohérent, d'inachevé, que n'eurent point les conceptions de Richelieu et de Mazarin ( 267 , VI ) ; que l arrogance de ce triomphateur, plus cruelle que la blessure de ses armes, ulcéra Famé du vaincu, et ne cessa de l'exciter aux extrêmes résolutions de la vengeance ; qu'après d'aussi grands succès, il aurait été beau de se reposer, de donner le bonheur à la France et la paix au monde; mais que Napoléon s'irritait d'apercevoir au loin des bornes à sa puissance ; que sa devise étsAt: Périsse le monde, et que sur ses dé^ combres s élève le trône de Napoléon ( 27 1 , VI ) ; qu'à peine avait-il terminé la guerre dans le Nord , qu'il dirigea sa politique destructive et porta ses armes au-delà des Pyrénées (ana, VI) 1! 1 Pouvons* nous croire maintenant. Monsieur , que le conque- 'rant, dont la politique destructible fait ainsi dire à l'abbé deMpntgailiard, dès 1807, qu'elle offrait Km^ jours quelque chose de gigantesque, de hasardeux ^ d' incohérent et d'inachevé, fut un politique profond jusqu'en i8e8? Il serait difficile d'admettre une telle conclusion, si nous étions réduits à tenir pour fondés les faits et les observations qui lui servent

3^8 TREIZliM£ LETTRlEy

ici de prémisses ; mais la réputation d'un homme de génie ne saurait dépendre de ia logique défectueuse de son historien. J'essaierai bientôt moimême, Monsieur, de caractériser la politique du restaurateur de la monarchie française.

Depuis le traité de BayonnBy Napoléon fut oppresseur de ses concitoyens! Mais n'avons-nous rien lu, dans l'abbé de Montgaillard, qui £Eisse peser le reproche d'oppression et de tyrannie sur l'empereur , antérieurement à cette époque ? La relation des événements de 1804 9 résumée dans Ja table analytique, ne nous apprend-elle pas qu'après avoir' été le bienfaiteur de la France, comme consul (^i), Napoléon étendit sur elle le bras de fer du despotisme ; et qu'on vît renaître l'étiquette de Versailles ,

(i ) NouTelle contradiction à signaler ! Le consul Bonaparte fol le bieuiaiteiir de la France ; c'est M. deMonlgaiUard q.ui l'assure 9 et l'histoire de Tère consulaire , par cet abbé, n'est pourtant qu'une longue diatribe contre le chef du gouTernuuient. Je |nends au basard divers passages qui suffiront ]>our attester la yérité de ce que j'avance. « Le gouvernement, dit-il , abusant déjà du ca- » ractcre officiel dont il a revêtu le Moniteur ^ fait altérer dans 9 ce journal le texte du discours de Dauiiou cl réprimander le » ton de ses observations. Son collèguei Gioguené, qui s'est for- » tement élevé contre le projet deloi (sur l'établissement des cours » prév^taies) , se voit obligé de laisser ûire des changements

M dans son discours mis à l'impression On ne saurait outrager

« plus fortement la vérité, et se jouer avec plus d'inipudeur des » premières autorités de l'état que «e le fait Bonaparte dans son

CONVBNTfOir NATfOVALB, I793-I794v 899

les liabitudes serviies de i ancienne cour, etc., etc.; que le nouveau monarque inaugura la légion d'hon* neur précisément le jour anniversaire de la prise de la Bastille, du renversement du despotisme ministériel et aristocratique, et qu'il s'efforça de re* construire, à force de titres de comte et de baron, et à force de rubans rouges, bleus , jaunes, et la Bastille, et l'aristocratie, et le despotisme? Oui,

• Monsieur, nous avons vu tout cela dans de nombreuses pages du commencement du sixième volume ( de 75 à i4i )» et l'abbé de Monigaillftrd n'en prétend pas moins à la fin du septième, que Napoléon n'opprima la France qu'après le traité de Bayonne, c'est à dire Icn^-temps après tous les actes despotiques dont il n'a cessé de l'accuser,

» Moniiettr officiel. Mais c*«ftt ainM qfte Bonaparte décèle » deisein» poiicrétablisseinciit dn pouvoir absolu. Dans ce pro- » digienx nombre de lois saccessiTement soumises , depuis son » avènement, ira cor;)s législatif et au tribunal, qui sont tenus

» de les rejeter ou de les admettre en entier, on voit se déve- » lopper rapidement toutes les combinaisons d'un -vigoureux

• despotisme. » ( 4^/i et 4^5 , V. ) « Le consul , ou plutôt le

i> de la laépnbU^ae de Paria, aait accorder et £iire correspondre .a» les tarift des levées d'espèces métalliques et les contrôles des » reqrues. Le firman qu'il envoie à ses trois cents muets men* » tienne le pied de guerre, et le suppose devenu nécessaire : tout M est remis à l.i discrétion du général consul par ces trois cents b législatetirs qui semblent ne recevoir un salaire de dix mille » francs que pow lifrer les intépéls des Français** ( 473, V.) .

400 TREIZIÀMK LETTRE,

en Style déclamatoire, depuis son avènement au pouvoir.

Mais c*est trop s'arrêter aax eonitrailictions d'un

écrivain qui ne pouvait que reproduire, au sujet de Napoléon 9 les appréciations incohérentes, ridi* cules oïl inicpies, qu'araient eu à subir de sa part tous les personnages remarquables de la révolution^ Necker, Mirabeau, Pétion, Condorcet, Carnot, Ghénier, Robespierre» Il est temps. Monsieur, de • vous exposer mes propres idées sur le système de réorganisation interne et de politique extérieiu^e, adopté et suivi par le vainqueur de Saint*Cloud , sous le consulat et sous Tempire.

Porté au gouvernement de la France, par la réaction qui s'était déclarée dans les esprits contre l'ex^ tension donnée au principe démocratique depuis 1 79a , Napoléon se trouva ainsi conduit, tant par les circonstances , que par sa soif de domination et par la violence de son caractère, à fonder son système politique sur la haine des idées libérales qu'il avait détrônées. Constitué dès lors en état d'hostilité visà-vis la doctrine de la liberté et de l'égalité absolues, à laquelle Topinion commune, dont il s'était fait l'organe, attribuait les désordres qui avaient nécessité son avènement, il en vint jusqu'à s'irriter du moindre symptôme de républicanisme, et ne songea qu'à effacer de plus en plus,^dans ses nouvelles combinaisons politiques, tout vestige du régime

CONSULAT. ^BMMRS.

populaire. Sous le titre môâe»le de eonsnl, il exerça réellement la dictature, à la faveur du discréclit où étaittombé le système debclilFusioa des pouvoirs, et de la tendance réactionnaire qui poussait Topinion à la centralisation et à l'unité ; mais cette autorité sans bornés , il la tenait d'une disposition passagère des esprits , et de l'appui d'une' force matérielle que les chances de la guerre et des événements imprévus pouvaient détruire ou i^ESûblir. Jaloux par conséquent de donner d'autres garanties à sa puissance, il essaya de créer des institutions qui pussent concourir à l'affermissement de l'ordre , et lier son existence politique et celle de sa famille, aux mœurs, aux sentiments et aux intérêts sociaux. Parce que les législateurs r^ublicaÎQs avaient été entraînés par les dangers de la patrie à faire une application rigoureuse de leurs spéculations abstraites sur les droits imprescriptibles de Fhomme^ et que leurs idées de liberté et d'égalité avaient fini par enfanter des absolutistes démocratiques,. il se jeta dans l'excès contraire, et. ne crut pouvoir mieux faire que d'opposer des fondations aristocratiques et une concentration violente des forces gouvernementales aux prétentions des niveleurs et au relâchement (i) systématique des ressorts de

(i) 8cm h i^piiUiqiie , il j a^nteii diflbiîoa de lu eapMÎté

politique, exteDsion des droits de souveraineté et relà^cbiSMat

l'administn^on. Chose bîziinre! la première conception dq CQtte puis34ii)te intelligence ne fut qu'un, essai de nltro^datMm » que la reproduction d'une idée du moyen âge, qu'un magnifique plâtrage, en Wd mot, sous lequel Napoléon tenta de remejttre en crédit ce que h. révolution avait eu pourbut de détruire, ce que repoussait surtout l'esprit d'égalité, qui, de son aveu, formi^it le trait caractéristique du Français de notre ige ! Maia la féoda? lité, ainsi rajeunie, eut beau se couvrir d'un voile brillant, elle fut reconnue et désavouée par la l^rance régénérée, qui, bien qu'entraioée dans les camps par des nécessités accidentelles , ne se sentait plus faite pour unc^ constitution militaire ^ et ^ n'attendait que des jours plus heureux pour se livrer ardemment aux travaux pacifiques des scien*

des ressorte administratifs, puisque la multitude avait été appelée à concourir^ directement ou indireptemeat , à la puissance législative et eiécntîve. Mais oe dérétoppement da principe démocratique n'avait pu empêcher cependant la réunion des sopréities pouvo&vs dans une asBemMée unique , ni une eerlaine concentration de fait qui s'établit et se perpétua par l'influence d)i comité de salut public , ou de Ro)>espierre , aussi longtenips qu'elle fut réclamée par les dangers publics. Quand cette centralisation accidentelle disparut ^ il ne resta plus que des principes et des formules de liberté'Ct d'égalîté qui amenèrent le rdAdiement auquel Bonaparte mit un terme, en concentrant en lai~méme , sous le rapport du fait et .du dcoit^ en pratique et en théorie y la souTeraineté nationale*

L^y u^ud by Googl(

ces, des arts et de l'industrie. J^es triomphes les plus édatanto ne pureot oombler le vÂde des ii»afi<^ tuûaoB qoe le vainqnettr des pois impottift aut nations »doniptées ou séduites ; et lorsque la force sd déplaça'^ au oûlieu du mouvemeiit; uiiiTerael et prolongé qui avait jeté alternativement les peupies^ du nord et du midi de l'Europe , les uns sur les autres, l'honmie là qui réio<jpience et la poésie^ avtfieiif décerné Papothéose, de Éon vivant, et dont les courtisans avaient coutume de dire qu'il possédait la siUatee*du pou^wr^ ciet hiCNoime tomba tans avoir donné à* la* France, en*£Biit d'org^anisation so* ciale et de mœurs^ autre chose que l'habitude de l!^iime et rtoagératiân de la manie des places,, lai qui , naguère , accusait lurafemént Fimpnissattce dfl^ hommes d'état de la révolution, dans ses brusques alkcutions aiix législateurs de remjHre.

Mais prenons-y garde, Afonsiear; quand on Iia^« sarde une opinion sur. les écarts du génie , il faut prooéderavec réserve, et s'être bien assuré d'avance, qu'on ne jugera pas avec trop d'irréflexion et de légèreté. Voyons donc, si. dans le blâme que j'ex*' prime ioi, sur le système oi^ianique de Napoléoiiy je n'oublie pas de lui tenir compté des nécessités du temps, et si le caractère rétrograde de son établissement monarchique, ne peut pas s'expliquer par l'influence irrésistible des faits contemporains, indépendamment des dispositionspersonneliesdufondateur^

4o4 TRElElàME L£TTJi£ ^

• Elevé au faîte du pouvoir par rascendant de sa réputation guerrière, entouré de toutes les illustrations militaires de la révolution, et régnant Éxir un peuple enivré de la gloire des armes , Napoléon , dans ses essais de réorganisation, pouvait d'autant moins évitef de placer les gens de gueiire au sommet de sa nouvelle hiérarchie sociale , que la permanence de l'état d'hostilité envers l'Angleterre ou les autreis monardiies européennes, Tobligeait d'appeler incessamment la population française sur les champs de bataille, et d'environner par conséqu^t le soldat, d'une considération proportionniée à ses sei^ vices. L'erreur , qui lui fît attribuer une importance fondamentale à des faits accidentels , et envisager comme définitives des supérîori^ transitoires, fut donc le résultat des circonstances au milieu desquelles il conçut ses oonstituti<H)s impériales. Peut-être eût^il modifié ses plans, s'il eàt pti voir, du haut du trône, le retour et le règne de la paix (i); s'il lui eût été donné de pouvoir enfin appliquer spécialement son génie à d^utiles créations , et de seconder , de toute la puissance de sa volonté et de Tinfluence magique de son nom, le dé- "veloppement des éléments d'ordre et de prospénté.

(i) ht Mémorial de Sainie-Hélêne atteste qu*il avait aperçu le ^îtabk caractère du nède^ et qu'il t*étatt proposé derefiiirey

plus tard , son système politicpie , dans un sens plus analogue à l'élat social actuel.

GOir&ULAT.-^EMP]^ 4o5

que renfermait la nouvelle France. Au lieu de chercher alors à replacer la société sur la hase qu'elle avait eue au neuvième a^cle, et de faire ainsi 1^ Charlemagne à contre-temps ; au lieu d'aller demander au passé , avec MM. de Bonald et de Moutlosier (i), des institutions appropriées aux lumières et aux besoins actuels ; au lieu de ressusciter l'aristocratie militaire, pour récompenser les braves qu^ en avaient maintenu l'abolition, contre les efforts de tous les potentats, soulevés en faveur de la féodalité ;I*ïapoléon aurait senti que Ton pouvait échap^ per au danger du nivellement, sans rétablir des classifications qui ne répondaient plus à notre état social, et dpnt Tincompatibilité avec nos idées et

(i) MM. de Bonald et de Montlosier furent en crédit aupre» de Napoléon j et ils durent cette faveor à leur penéréranoe d«ns> les vieilles doctrines féodales. M. de Montlosier, dans sa dénonciation contre le parti prêtre, a prouvé qu'il persistait plus que jamnis à regarder la noblesse héréditaire comme indispensable, et il n'a pas ménagé, à cette occasion , les vanités plébéiennes de la gent libérale ( ce sont ses expressions ). Cependant, le discours que cet honorable écrivain a prononcé , cette année , dans une séance publique de l'académie de ClermontoFerrand'y semble indiquer qu'S ne professe plus le même dédain pour la roture laborieuse , et qnll se laisse emporter, à son tour, parun mouvement d'admiration pour FactÎTité scientifique et industrielle de notre époque. « En quelque sorte conteinpoi ain dfe » deux siècles , dit-il , il m'arrive souvent de les comparer , rela- » tÎTement à l'esprit et à une certaine' élégance de mœurs ; je 9 puis trouver entre eux des rapports ; à beaucoup d'égards^

TBKIZlIaiE UaTKEi

nos mœurs avait provoqué la grande crise de 1789; il aurait senti que, pour concilier l'exigence de f^esprit d*égalité avec cebe de la nature qui fait les individus si inégaux, il fallait graduer aujourd'iiui les existences sociales , selon leur utilité réelle et définitive, sans que la différence pfit jamais devenir humiliante ou onéreuse, pour aucune des classes qui contribueraient, dans leur sphère respective, au bien génèraL Mais rhoitiine qm mérita d'être surnommé le Dieu Mars y et dont l'ambition, l'héiroisme et la prodigieuse activité guerrière avaient pu, seuls, remuer assez profondément I*Europe, pour mettre en communication les peuples les plus éloignés, et pour étendre les racines de la révolu-^

» qu'elle différence ! de toutes parts , c'est aujourd'hui une impé» » tuosité de mouvements»^ de richesses que la France du 18* > aièden'a certainement pas connue. Cet avantage (il e»! gnj&d} » nom le defons à ce r^ioie ide lilierlé raisonnaUe qui, par w .» natoie, anime twutes les industries» exdtetons les talents^ » édhavffe tontes les espérances et tous les esprits. » Je demanderai maintenant à M. de Montlosier s'il est raiiionnable que toutes les industries et tous les talents, ainsi rcchaufTés, subissent^ au i9®aièdef la supériorité ^réditaire des Sommes qui, sans avoir aucun de ces talents, et sens caeicer aucune de ees induatjnes, cEoiraient être qoilftes euTCvs U société aetnelle ei aToîc des droits absolus et irrérocaUes à U prééminence politique , parce que leurs ancêtres furent utiles au moyen âge. Un écrifaîa libéral , fort distingué , M. Botta , vient de mériter les élogei.d# la Gazette ik France , en soutenant l*af£rmalive.

CONSULA.T.— 'EMPIRE. i^Orj

tk>n française , detjàdisf à Moscou; cét boomie'iAe^ vait finir avec le rôle gigantesque que les destin& lui aTaicat réservé, et disparaître de la scène dite quHl ne pourrait plus Foccuper en conquérant. H ne lui était pas plus possible de devenir le héros de la paix, après savoir pkcé toute son eé^istene^ dlins la guerre, qu'il ti'avait-'été permis I Bnbe^ pierre de se faire le réorganisateur de la société^ quand sou crédit politique était irréTOCableménft lié au sort du gouTemement rérolutionnaîre. '

Ce que je viens de dire, Monsieur, du mélange des nations européennes, par la proloiigation les Vicissitudes de la guerre , stllfit f)our tous explr- \ quer toute ma pensée sur la politique extérieure de Napoléon. Les coalitions aiiiccessives d^ mù^ narques étranger», contre ta tnUm répub^ieâirie^ avaient précipité l'élite de la nation dans les camps„ et provoqué le développemtot d'une ^issànce militaire, qui, apré» avôir pré^erfé le pays de llwvasion et purgé les frontières , devait s'étendre au loin, et porter la .teri*'eur'du noih français dans les capitales des rois, dont les phalanges avaient formé, pendant quelques années , autour de nous, une espèce de blocus, et répandu lés alarmes jusqu'au sein de Paris. Ce fut te génie de Napolédn qui se chargea de présider à cette réaction glorieuse, et rtiistoire dira par quelle série de prodiges il sut accomplir cette grande mission* Quels. ,

4o3 TREIZIÈME LETXRE,

<{«e *paiflsent être en efifet les torts de ce su--

perbe dominateur, dans ses relations avec les divers cabinets, ou dans .«a conduite enVers les

biographe seul doit enregistrer, et qui ont été d'ailleurs plus , que compensés par les torts de plus d'une race royale envers le prisonnier de Sainte- Hélène; il n'en est pas moins vrai que le chef immortel des armées françaises, en faisant mar^ dier sous un seul drapeau , et sous celui du peuple le plus civilisé, la plus grande partie des nations européennes, aplanit les barrières qui les séparaient, hâta la ruine des préjugés locaux, favorisa la tendance universelle vers une agglomération commune, telle que la souhaite, dans ses beaux vers, le sublime Béranger, laissa le germe d'une amélioration^ partout où T esprit français put pénétrer avec nos arra^, et contribua ainsi puissam^ ment., tant aux progrès généraux de la raison bumaine qu'à la propagation spéciale des doctrines libérales qu'il cherchait k comprimer dans ses propres états.

De cette appréciation sommaire du règne de Kapoléop je passe, Monsîeii^r, à l'examen d'un CbàI militaire, qui agita vivement les esprits à Fépoque de sa première abdication, et qui établit une espèce, de controverse, à laquelle l'abbé de Mont* gaillard n'a pris part, ce me semble , que pour

Diyilizea by

CONSULAT. — ^RHPIRI.

accréditer, autant qu'il était- en lui, Topinion 1^ moins raisonnable : je veux parler de la bataille de

Toulouse, et de la discussion élevée à ce sujet, sur la conduite des maréchaux Soult et Spchet.

Après ce que je vous ai dit des héros républi- (;ains, dont Napoléon forma la haute aristocratie de son établissement monarchique» tous n'attendriez pas de moi que je prisse parti entre le duc d'Air buféra et le duc de Dalmatie , s'il s a£;is3ait d'une contestation, politique. Mais la question » que la malveillance de Fabbé de Montgoillard me fait im devoir de soulever, est tout-à-fait étrangère aux doctrines, et n'est relative qu'à des incidents militaires, sur lesquek il importe de rétablir les droits de la vérité historiqiie. Peut-être faudrait-il être plus versé que je ne le ^uis en tactique et en stratégie, pour se mêler, sans trop de témérité, à un débat de ce genre; c'est ce que j'ai long- temps pensé. Cependant Fécrivain^ dont j'ai promis de réfuter les erreurs et les mensonges autant que je le pourrai, n'a pas vécu plus que moi sur les champs de bataille, et il n'a pas craint néanmoins d'oppcn ser son opinion à celte des gens de guerre. Pourquoi hésiterais-je donc à repousser ses assertions hasardées, par.le raisonnement. lumineux et solide

des hommes du métier ( i ), seuls compétents en cette

(i} Je pourrais citer ici dirers passages dû livre publié par .le

4jo treizième lettre^

matière; sartûut si le bon sens suffit pour m'in-

cliquer, duiie manière certaine, que la justice et la raison s'accordent parfaitement ici avec Fezpérience , pour confirmer pleinement la décision des juges naturels du procès? Quand un abbé, tout fier de ses services dans les vivres, croit avoii^ suivi la carrière militaire , et s'arroge le droit de gour* mander un maréchal de France sur ses mouvements et ses manœuvres, comme s'il avait appai^ tenu, lui aussi, à l'école des grands capitaines, il doit être permis d'invoquer l'autorité des généraux qui ont travaillé à Thistoire de nos triomphés et de nos revers, voire le témoignage delïapoléon , pout protéger le guerrier ainsi accusé , contre la sottise ou la malveillance d'un ex-garde-magasin. Je dirai donc, sans entrer dans de phis longs détails, que le général en chef de Tarraée d'Aragon, retenu en Espagne, jusqu'au i3 avril i8i4 (trois jours après la bataille de Toulouse)» par la non «xéco-

génénl Vititâoiiooiirt ; mais un Mal nesulfim pour tépondreà

l'abbé de Montgaillard.

« Le parti de manœuvrer dans la direction de Toulouse , » dit le général YaudoQcourt , ne pouvait convenir au duc de » Dalmatie , «jae daos le eas où, l'année d'Angon aurait d^i '» éléprôte'àseréimiràlaldtnièielaGatoimê} tncmttettln^ » aait-îi Umjoan «veo lui le dangtr de pevdre BoideaiuL.... B'aîl* » leurs , Tannée d'Aragon n'était pas encore en mesure de qoiu 1» ter ses positions, le duc de Dalmatie ne l'ignorait pas. » ( Hist, des campagnes de i8i4 et iSi5 en krance^ tome U, page 173.}

COirSULÂT. — ^EHPIBE. J\tk

fion du traité de Valençai, c'est à dire par la nécessité de conserver les places fortes de la Catalogne et de couvrir le Roussillon et le Bas-Languedoc, ne pouvait se trouver alors inactif à Perpignan depuis trois semaines, comme le prétend M. de Montgaillard, ni accourir par conséquent au secours du maréchal Soult sur les bords de la Garonne » quc4que pressantes que pussent être les instances de ce dernier. ITajouterai que cette impossibilité résultait non seulement de l'obligation, pour le maréchal Suchet, de défendre la frontière dont la garde lui était confiée y et de la difiiculté de se transporter en vingt-quatre heures de Figuières à Toulouse, mais encore des lois de la discipline militaire, qui ne lui permet-* taient pas de changer la destination de sou corps d'armée, sains im ordre de Fempereur, du majorgénéral,' on du ministre de la guerre, qui, diri* géant seuls Tensemble des opérations militaires, pouvaient seuls aussi apprécier l'urgence et TutlUté d'un pareil déplacement, et balancer le danger d'ouvrir les portes orientales de la France aux Espagnols, avec Tavantage de repousser l'iavaidon des Ânglo -Portugais par les côtes occidentales. • Si Napoléon n'en eût pas jugé ainsi , il se fût bien gardée à son retour de File d'£lbe, d'appeler Suchet au commandement de l'armée des Alpes , et il n'eût pas dit à Sainte-Hélène, comme rattestent

4ia TRBizùm Lsnmx,^

las-Cases et O^Méara^que ce général fut un de ses plus habiles lieutenants.

Mais Tabbé de Montgaillard ne se borne pas à considérer, comme une &ute , la conduite du maréchal Suchet, en cette circonstance; il ose encore l'attribuer à des intelligences criminelles avec les ennemis de la France. Il ne faut pas s'étonner. Monsieur, que l'historien , qui a pris pour héros le soldat français (Bernadotte) (i) , dont la coopération fut si utile aux armées étrangères, et qui proclame libérateurs de Paris les hommes que l'empereur désigna comme traîtres , dans la proclamation qu'il adressa, du golfe Juan, à ses compagnons d'armes;

(i) L'abbé de Montgaillard était tèUemeDt pénétré d'admiration pour le général Bernadotte, qu'il s*est cru obligé de lui consacrer un panégyrique complet dans chacun de ses volumes ( on peut oonsoiter sur ce point la table analytique ). Encore , si cet atgooemeat, qui n'est paa de oomniMide sani doute, ne Teùt pas porté à bner son héros ans dépens d'un grand homme et de k ▼érité. Hais que pouvaient Ja vérité et le souvenir de Napoléon , sur un historien décidé à tout sacrifier pour faire une apologie qui méritât d'être traduite à Stockholm? Égaré par une partialité réyoltante, M. de Moutga illard ose accuser l'empereur d'avoir Tonlu renouveler , sur le prince de Ponte- Corvo, alors prince jcoyal de Suède , l'enlèrement du duc d'£Dghien (67 , VII). Il fiiudiait avoir sens les yeux despreuvesinrécusables pour ajouter foi i une telle imputation, et Phistorien ne donne ici que son propre témoignage , que ses allégations toutes nnes : on ne s'étonnera donc pas si je m'abstiens d'éteudi'C ma réfutation à ce misérable conte.

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