‹ Réfutation de l'histoire de France de l'abbé de MontgaillardChapitre 2 sur 21 · PREMIÈRE LETTRE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE LETTRE

Paiif, I*' nui iSa;,

MoasnuRy

Vous êtes donc un de ces frondeurs incorrigibles , qu*on ne rencontre que trop rarement en province, et qui osent penser autrement que les organes quotidiens de l'opinion, sur les hommes et sur les livres ,'sur les événements du jour comme sur ceux du passé. En vérité, vous êtes bien à plaindre, par. le temps qui court , de tenir ainsi à l'indépendance

a PREMIERE LETTRE.,

de vos jugements î Je vois d'ici les capables de rire 4e vos prétentions, et signaler entre eiix> comme un être bizarre > Fhonïme qui yeut avoir ses idées en propre , au lieu de les recevoir chaque matin de Paris par la malle- poste.

Ainsi, Monsieur, enâéfùtdespompeusesannonces et des recommandations réitérées du Constitutionnel, vous persistez à ne pas trouver tout admirable ds^s l'Histoire de France de M. rsdt>bé de Montgaillard , et vous refusez décidément de vous faire l'écho de ses apologistes périodiques. Mais , ditesvous , qu'en pensez-vous vous-même ? La question serait embarrassante, si on meTadressaît en public. Après la réponse favorable qu'a rendue l'oracle infailHble des salons et des cafés , il ne serait pas prudent dé résister à la contagion dé PenAousiasme, et de hasarder la critique la plus mesurée. Heureusement, c'est soûs le sceau du secret des lettres ^ proclamé inviolable par cette Charte qui ne sait pas bien souvent se préserver elle-même des affronts dont die doit garantir les autres-; c'est dans le mystère d'tme correspondance oonfidéntielle , que vous provoquez ma réponse à des interpellations qu'ailleurs j^appd^ais indiscrètes. Je vais donc vous mander mon- avis , puisque vous l'engez : dùt-il vous déplaire, je l'exprimerai sans détour, comme je fenôs , si fêtais cité au tribunal de rhistoke^ devant lequel surtout il finit dire toute

SUA LE OlSCOUAfi U^BÉUmVAlSLÊ. 3

la vérité et parler sani haine et sans crainte.

Je partage d'abord votre opiuioa sur le style de Tabbé de Montgailiard;. ce qu'on peuteli<Urede mieux, c'est qu'il ade la véhémence et de la chaleur, qualités essentielles pour se faire lire , pourvu qu'oa sache les contenir dans de sages limites. Mab ne trouves-voos pas cpie la chaleur de cet écrivain indique parfois des symptômes de fièvre, et qu'elle tient moins, après tout, du feu qui vivifie que de celui qui brûle? Où reinarque*t-on la vivacité , Ténergie , la rapidité dont on le loue, si ce n'est dans ses( violentes diatribes contre les institutions et lis personnages historiques de l'ancienne France, de la république, de l'empire et de la restauration ? U est facile d échapper au reprocha de mollesse et de froideur, lorsqu'on écrit sous l'influence de 1 irritation et de Ja colère. Avec la ferme résolution de déçhirer les hommes et de dénigrer les çhoses, on est toujours sûr de trouver sous sa plume des expressions virulentes, des termes passionnés, qui donnent du mouvement et de la physionomie au f discours. Or, voyez si ce n'est pas là précisément ce qui est arrivé à M. de r^lontgaillard? D'un bout de son Uvre à l'autre, U se fâche, s'emporte, gronde, tonne, et contre qui? contre tout le monde. Faites y bien attention : si vous trouvez cjuelque part, vous, M. l'ex-député, votre nom dté avec éloge' ne vous pressez pas trop de vous mettre en frais de

4 PlIBHjitaK LKrfAE^

modestie; préparez-vous, au contraire, à la résî» gnation dont bientôt Vous feront un besoin lesin^ jures qui vous attenant à la page suivante; «t ne croyez pas que ce soit une exception , ce que je dis de vous s'applique à peu près à toutes les personnes que nofre irascible , inégal , impétueux historien a pris la peine d'enregistrer dans ses nombreux volumes» Dii moins, s'il était plus calme, plus conséquent y plus d'«ccord avec lui-même,, en fiV>cc»i{»ant des événements ; mais, encoreici sa bouillante imagination le domine ) imprime à ses appréciations le " cachet de sa mobilité , et le fait toipber dans les plus choquantes contradictions. En voulez-vous un exemple? prenez son discours prélimaire; vous y verrez V à la page 5, qu'il considère^ avec tox, hi révolution française comme h pins grand pas /ait pour V ajf raiicliissement total du genre humain à la page lo , que cette révolution a produit des chan* gements immenses dans tous les esprits , et tfve ses principes ont conquis le monde. Comment pensezvous maintenant qu'il envisage l'influence de la po^^ f ulation militaire et révolutionnaire dé la France, jetée pendant quinze ans sur toutes les autres nations européennes, parles triomphes de Napoléon, et laissant partout les traces de ses nouvelles doctrines, de scs^nouvelles habitudes? Vous supposez qu'il voit dans ce contact prolongé des soldats d'un peuple régénéré avec les habitants des pays soumis

SUR LB DISGOUBfi PKàSJMlNàJRE. 5

i Bos armes; vous supposez qu'il y voit un des grands moyens par lesquels les principes de la ré*

solution sont parvenu^ à conquérir le monde. Pas du tout, de Mgntgs^Uardf ^ trop» invaincu de I*inan£iéde la,gloire fnilitùire dfmi N^pMofk éblouU et clwmfL, les FrançaU; il est. trop préoccupé du besoin de flétrir lies» intqi^tions.illibérale&.de ce superbe conquérant, pour reconnaître qu0 ses conquêtes, en dépit de sa volonté despotique , purent avoir des résultats, favorables à la liberté^ Les grands chan^emei^ts moraux, survenus, dans les esprits , depuis le débordement des générations de la Franc^.nouvelle sur la vieille £urope, s'effacent tout à coup de sa mémoire , et voulant , à tout prix , ternir oii rapetisser ce qu'il ne comprend pas, il termine ainsi sa> boutadi^ contre- les illusions, et la vanité de la gloire qui s^acquiert par les armes : « Après tout, la campagne si peu célèbre de 1734, » qui réunit la Lorraine, a^plus de mérite positif, » plus de valeur réelle que toutes les conquêtes j} merveilleuses qui fondaient sur, le sable le grand D. empire de Napoléon. » Je vous TavoueFai^Monsieup^ la premiène fois que-je lus cette phrase , je fus quelque temps à soupçonner la fidélité de n>es yeux. £nQor.e peu fajagiUiarisé ayjec la. manière , les bonds, les saccades de notre auteur,, je ne pouvais croire qu'il eût réellement terminé par une comparaison aussi bizarre et des considération» au^isi

6 PRÈMIÊBB EKTTBXy

mesquines, ses fastueuses déclamations contre la fausse gloire <|ue lés gens de guerre moissonnent dans les camps. Comment , me disais-je , ce profond publiciste , cet historien philosophe , qui naguère semblait regarder en pitié les écrivains, ses devanciers , trop servilement attachés aux détails , à la partie matérielle de l'histoire; ce penseur audacieuse» qui planait sur les faits dramatiques de notre réf lution , pour en saisir l'enchaînement et l'ensemble, pour en indiquer les immenses résultats moraux sur le sort de tout lé genre humain, serait tombé tout à coup dans Tornière des chroniqueurs vulgaires ! Sa vue n'embrasserait plus le vaste tableau de la régénération tmiverselie, commencée en France et communiquée au reste du monde, au milieu des glorieuses relations que le mouvement révolutionnaire, la victoire et le bruit de nps trionaphes nous ouvrirent sur tous les points du globe! Son œil d'aigle, qui, des sommités de la haute politique, signalait les progrès et ilnfluence des doctiines libérales sur la civilisation de tous les peuples , aurait été frappé soudainement d'une telle myopie , qu'il n'apercevrait plus que le côté grossier des choses! Qu'il ne verrait plus dans le résultat de nos grandes commotions , pendant vingtcinq ans , que l'absence d'accroissement territorial ! Non, non, ajoutai-je, M. de Montgaîllard n'a pu descendre si bas , après avoir voulu monter si haut.

SUR LE DISCOUBS P&iUMlNAlJlC. 7

De pareille» dmtes ne sont permises que , par privilège , aux hommes de génie; et notre bouillant abbé, quelqae bonne opinion qu'il parut avoir de son mérite, n^auraît certainement pas osé se donner de^ airs d'Homère et de Corneille. Cependant le Uvre était là qui repoussait énergiquement mes. doutes et mon ineràdulité; après l'avoir pris et repris , examiné , médité , commenté , force fut eniin.de céder à l'évidence.

Mais lorsque j*ens fait une connaissance plus intime avec cet écrivain, je m'aperçus bientôt, Monsieur, que j'avais ea tort de témoigner tant de sur» prise>^ Tincohérenoe et de Fétrangelé de ses appréciations, et je me sentis disposé à ne plusm'étonner de rien. Sans sortir du cercle même de son discours préliminaire, j'aurais trouvé matière à jrfusieurs volumes , si j'eusse voulu me charger de signaler toutes lesanomaUes,.toutes les erreurs,, tousles écarts d'imagination. qu!il renferme. Que pensea-vous, par exemple, de cette profonde admiration (pag. 47) pour le- mot de Voltaire,, faussement attribué à . Louis XY : « L'Europe finit et l'Amérique commence. » Dans la bouche de l'homme qui vient de célébrer la. jeunesse et la vigueur de l'Europe constitutionnelle ( pages 3, 4) 5 et ro); qui semble tout fier ( à bon droit sans doute) de pouvoir placer en Europe, et dans sa propre patrie, l'impulsion primitive et créatrice, d'où résultera la régénération

8 PREMlÈaS LETTRE,

du inonde; qui nous rocmtre f industrie ^ékaèarU

tTune course rapide dans des routes nouvelles^ à la voix de assemblée constituante; qui, votant des remerciements à ce sénat européen , au nom de Tunivers entier , proclame que V influence de ses doctrines doit se projeter sur les siècles à venu* et s* étendre sûr la surface entière* du globe habité; qui finit, en disant, avec Fox, de la révolution £ran-r çaise , que cest le plus grand pas fait pour r offrais faussement du genre humain ? Concevez-vous que la même main qui traça ces phrases pompeuses en ilioBBeur de notre renaissance industi^ielle et po-» Htiqùe 9 ait pu se prêter ensuite à exprimer la fei la plus vive , à Fégard de la sinistre prophétie qui nous menace d'une fin prochaine, comme si nous étions parvenus au dernier terme de la décrépi<» tude? «Depuis trente ans^ ajoute notre auteur, » il s'est opéré de si grands changements dans le » système général de la puissance, qu'il serait » presque permis aujourd'hui de conjecturer , qu'a- 3» vaut la fin du 19^ siècle, TEurope sera sous le . barbare joug de la Russie , et l'Amérique sous les ' » heureuses lois des États-Unis. » (Pages 47 et 4B) et Vère des gomernements constitutionnels qui est arrivée en Europe l et les changements immenses produits dans tous les esprits par la révolution franr çaise! et les fondements du corps social quelle a mis à découvert I et ses principes qui ont eonquis le

SUR LB DISCOURS PR£LIMmAIIlE. 9

monde ! Que yoiit*ib devenir sous le barbare joug des Moscovites ? Ah ! M. l'abbé de Moiitgaillard , pourquoi nous faire un si brillant tableau des biei^ fidts de la révolution , et de ses vastes résultats su? l'avenir du genre humain , si nous^evons en être sitôt déshérités? Pourquoi nous commander d'abord l'enthousiasme par la peinture éloquente des améliorations sociales dont nous jonissous, ou sommes prêta à jouir, pour nous abandonner ensuite au désespoir.? ITavee-vous reçu dui del une si bautç prévoyance que pour signaler , en des temps et des Ueux identiques , des éxépe^ents dont la co-exir et^ce est impossible? que pour fiûre des prédictions qui s'entredétruisent ? JJ Europe finit y dites-vous ! Mais ainsi s'exprimait M. de Maistre^ l'inflexible > diampion des institutions du moyen âge : « Je fini^ » avec V Europe y est s'en aller en bonne compagnie.^ Tel fi|t son dernier, cri , qui ne précéda que de quelques instants son dernier soupir. H était conséquent^ lui , dont la téte opiniâtrément ftodale , ne concevait d'ordre social possible qu'avec la féodalité. Dans son système, la fin de Fancien régime devait être la fin du monde, ou du moins la fin de FEurope. £t c'est vous , le chantre enthousiaste de la révolur tion firamçaise, vous qui places incessamment en elle les sources d'une nouvelle vie, non seulement pour la société- européenne 9 mais pour le genre humain tout entier; c'est vous qui consentez ^deyenir l'édK»

la PREMikRE LETT&Ey

de ce Jérémie de la vieille eùrope j qui n'su vu qu'un

abîme et le néant au-delà de notre immortelle révolutiau! C'est vous qui entonnez l'hymne de mort pour cette noble portion de rhumanité^à laquellevous promettiâk naguère de si brillantes destinées !!! Ïranquiliiâe^-Yousy uo» uevmK.'^M, Tabbé ne tardera pas de révoquer ce que ses prophéties peuvent avoir de sinistre. H boude moins long-temps la pos-térité que ses contemporains , et après tout, il est. permis de croire que Texaltatuni sjbilUque n'est pas toujours la preuve certaine de la connaissance de l'avenir.

£n vérité. Monsieur, le livre de Fabbè de Mont-, gaillard^est tellement hérissé de bévues qu'on ne sait par où le prendre ; à chaque page , à chaquephrase, là même où se-rencontrent parfois une ap-. prédation saine, un emportement légitime, il faudrait s'armer du fouet de la critique. Si la proposition prindpde est vnûe, il est rare qu'eile ne soit pas trop durement exprimée, ou que le-désordre et la confusion des idées ne viennent pas se glisser dans une proposition incidente , dussent-eUes se retrancher derrière ks crochets d'une parenthèse, ou «e placer modestement sous le texte, dans le cadre étroit d'une note. Ainsi, après avoir blâmé sévèrement et justement les soldats de la république , qu i prirent des titres et se donnèrent des airs de grands seigneurs, sous l'ère impénale et depuis la restau-

SUE LB DISCOURS PaÉUMilfAlBE. II

ration; après avoir flétri, sans indulgence et sans crainte, les transfuges de la révolution, pour si éminents en dignité qu'ils puissent être, il se laisse entraîner hors des bornes de la modération et de la justice , pour ne plus écouter, que ses inspirations pailiculière$ et comprendre la yieille arméetoùt enw tière dans ses anathèmes. Il n*y avait plus de patrie pour ces militaires du temps de Tempire, nous dit-il (page i5 ), <3e qui siguifie sans doute que les braves d'Austerlitz et de Wagram, que ceux même de £nenne etdeMontmirail, ne combattaient que pour un homme. Et qulSaurait dit Pillustre Gamot , lui qui, en i8i5, triompha de ses ressentiments personnels, contre cet homme, pour o£û'ir son bras à sa patrie menacée, sltm lui eût découvert quHl n'avait point de patrie à cette époque, et qu'il n'avait servi qu'un oppresseur? que penseront des doutes jetés sur le patriotisine de la vieille année, ces vétérans de notre gloire, plus nombreux que ne semble le penser M. de Montgaillard , et auxquels ne saurait s'appliquer le reproche d'avoir transigé pour de l'argent , des cordons et de vains titres de noblesse , avec le pouvoir absolu et l'émigration nobiliaire? comment les noms desLannes , des Lecourbe , des Drouot, des Foy , des Tareyre, iies Gérard, des Grenier, des Demarçajydes Oudet, etc., etc., etc. (i), ne se sont-

(i) çolonel Oudet, tué dans une embuscade^ la veille

lA PREMIERE LETTRS,

ils pas présentés à l'esprit de cet écrivain, etn'ont-* pas arrêté sa plqinç, lorsqu'elle allait tracer son ^rétde i^probation en term^ gé^éram^ et confondre ainsi l'innocent avec le coupable? mais nos guerriers ne sont les seuls en butte à la pétu- |bu3ce ^pbatique elspi^Ye^t bnAta}e4e notfie abbé. Voyez en effet cpinment il parle des hommes de lettres, à la page 3 1 . SeloA lui^ j^r^s^ue tous les écrimitis 4e notre époque ont puxnsi ^ servi tquri tour la Ubertéf le despotij^ne et l'usurpation ; ils ont déna^ taré tous les faits survenus depuis 1789, et, se car iotnniant euX'mért^ pour d^ i' urgent, essaient tie tromper jusque dans ks choses, dont, nous sommes les témoins. Certes ou ue peut pas contester que la république des lettres n'ait eu ses Qiauv^s ci]tQy<enst,.. que le talent n^ait eu ses jours de prostitution,, que la poésie surtout n'ait chanté plus d'une tyrannie. Mais. presque tous les écrivains denotre époque ont-ils réeLlement trempé dans cette lâche pro&nation du' culte des Muses? le souvenir des Chénier, des Ducis, des Ginguené, etq.3 s'est-U dooç si i^ite efiacé que les pionuments de la. bi^ssesse littéraire soient seuls restés debout ? l'histoire de nos dix dernières années l^e témoigne-t-ellep^ ensuitç énergiquement en fade la bataille de Wagranij était le chef d'une associntion ré- {mblicainei dite des PhUaMphes , qm ét^it Î9f% léfNindue dans ITlunnée.

SUR BISGQUjaS PEÉUMIKAIAE. l3

yeur de nos écrivains actuels? les poursuites dont

ils 3ont lobjet, l'an iraad version des hommes qui donnât Targent et les cordons, les précautions inouies que le dépit ministériel a conçues pour étouffer leurs accents, n'attestent-elles pas leur probité politique , et ne donnent-elles pas un démenti formel à M. de Montgaillard! Dans quel coin assez solitaire, Cet impitoyable censeur allait-ii donc chercher l'isolement dont il a voulu faire depuis une présomption d'impartialité, pour qu'il ait pu ignorer des faits connus de tout le monde? Où était-il pendant que les hommes de lettres ^e tous les âges, depuis Saint-Simon et Paul-Louis Courier, jusqu'à MM. Comte et Dunoyer; depuis l'Hermite de la Chaussée-d'Antin, jusqu'à M. Duménil; depuis Benjamin Constant jusqu'à l'inimitable Béranger , manifestaient la noble indépendance de leur caractère sur les bancs du tribunal correctioond ! Vivait-il alors loin deia capitale 1 mais les écrivains de nos départements ne forent pas moins dévoués que ceux de Paris. Le Phocéen de Marseille, la Tribune de la Gironde, le Patriote alsacien, r Écho de r ouest, l'Écho du nord, VAmi de la Charte ( du Puy-de-Dome ), VAniide la Cliarte (de Nantes) , VjibeiUe de la Moselle , le Précurseur de Lyon , le Journal libre de V Isère , le Journal politique de la Côte-d'Or, etc. etc. : toutes ces feuilles provinciales rivalisaient de zèle et de civisme avec les plus éner-

l4 . PREMIÈRE LETTRE,

giques des joumaux pamiens, tels que VJiis^

iarque de 1810 , le Censeur européen , le Courrier • frajiçaiSjÏQ Journal du commerceyetc, etc. Là aussi des procédures rigoureuses, constataient l'existence d'écrîvains honorables que ni les menaces ni les caresses du pouvoir n^avaient pu faire désister de leur périlleuse mission. Parlerai-je maintenant des écrits non périodiques qui ont paru dans le même temps? Eh bien ! puisqu'il nes'agitici que de l'indépendapce de réorivain, jedteraid'abdrdlacollection àe&Résumés historiques ( 1 ) et laBihUothèque du dix* neuvième siècle» Ces deux publications importantes ont occupé pendantplusieurs années les littérateurs de la nouvelle France, etFon ne trouverait pas dans les nombreux volumes dont elles se composent , un seul livre, un seul chapitre, qui ne soit dirigé contre les doctrines des puissants du jour, qui n'ait

(1) Gett» ooUeetioii n*«ft pas sealment vu monnoMBl de Pind^itiidttice des éciivBÎiis d« la aouVeUe gënératioiiy «Ue condent avssi plusieurs Tolnmes qui attestent rinstmctioB

solide- et le mérite littéraire de lears aateurs. On peut citer, entre autres, les Rcsumés de V histoire de Russie , d'Espagne et de Portugal, par M. Rabbe ; du Commerce et de l'industrie , par M. Adolphe Blanqnî; de France et d'Angleterre ^ par M. Bodin; de ia RâtxUution /rançaise^ par M. Thiessé; des Traditions morales ^^pn Bf. de Séenicoiir; de VEeosse et des Grecs modernes^ par M. Carrd^ de la BoUande et de V empire germanique , ^nv M, SchdSet.

som LE DiscouAS PHAuMiirànic. i5 *

été inspiré par cette philosophie et cet esprit de 11* • berté,-dont M. Tabbé de Montgaiilard s'est eon-* stitué l'infatigable apôtre. Mais, diront les apologistes de ce dernier , ce sont les historiens de notre révolution , les hommes qui ont écrit sur l'époque contemporaine, qu'il avait surtout en vue dans sa véhémente phihppique. J'entends : pour préparer le succès de son livre, et donner plus d'autorité à sa propre version , sur un sujet tant rebattu , il iallait ruiner préalahlemnnt le crédit de ses devanciers et disposer le public à saluer avec transport la tardive venue du Tacite gascon , après tant de mùérahles écrivassiers qui vendirent leurs plumes aux factions^ depuis Babaut^Saint'Etienne jusqu'à Gohier. Pour un ancien gentilhomme , dont l'éducation dut être nécessairement étrangère aux petites ruses du négoce , et repousser la spéculation comme un acte de dérogeance, ce n'est pas mû calculer. Ainsi nous voilà fixés également sur le sens et le but de Tétrauge phrase qu'on lit k la page 53 , et dans laquelle le corddier CamUk DesmouUns se trouve accolé au famélique Desfontaines ; où sont jetés pèle-méle, et confondus bon gré malgré, le MarseâkUs Barbarxmx , le coiwenOonnet ex'-euré Pagane/, ou bien Vampoulé Thibaudeau , ou la Giron-^ dîne bel esprit Roland, ou V ex-directeur de la ' répuUique, ex^avocat de Bennes Gohier , avec le publiciste Lacretelle jeune et le chansonnier AUssan

|6 MpflikKB ijnm,

ChazeÈ. Toujours affaire de concurrence, Monsieur , purç afi^re de cçiji^uri^pce. R^ste à «lyoir si le moineiit était bieiii^lioîsi ppiirdéeiticr aussi ^ffrmr

tément tous les auteurs en qui M. de Montgaillard pouvait aperçeyoir 4^ rivgux ; s'il était p.Q9âiUe que ropinion publique #anQl^omiftt )e« anrê^ t ou plutôt les boutades intéressées de ce fulminant abbé. Taudis qu'il traçait ses ligues diffamatoire» contre une géaératim entière d*éflnYaiQs; quHl frappait surtout de réprobation ceux qui s'atta-» chèreat ^ reproduire l^j^ évépemeuts politique $urvttuy^ eu France dapui^ 1789» la tribiiae patiouale retetitissait des justes éloges donnés à Mignet Thier$ , qui venaient à» publier, sur la révolu* tion 9 deu^ ouvragça repiarquablf^ par le talent , h batdies^e et rimparttalité qu'ils y avaî^^ déployés.

11 est vrai, toutefois, qu'en accusant presque (ous le$ écrivains M notrç époque ^çrvi $çur à

tour h despotisme et la Uberti , M. MopigaUlaid

s'est cru obligé de faire quelques exceptions daus une note de trois lignes (çt dçt^ia, p|a^ au b^s d^ la paga 3i. Mais le croiriezi^vou^ , ai yaqi^ l'ayiea lu comme moi? Sur les dix personnes exceptées, ily euacinqdput la carrière politique et littéraire pourrait aeule expliquer , ainon ju|ltifi^p, )q di^f^l* nement de notre abbé ; c'est à dire qu'après avoir condamné en mas^e, for|. ^i)j,q^tii^(n^pt, v^.ue çlassq honorable deâtoym» ^ s'efflipr^, wfk pa» d'am-

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SUR LE DISpoUa3 PailOAUlTÀjULE. tj

liislîep généreHiemait, mais d'abwmdre et de si* gnaleï* même à Testinie nationale , comme si leur muse courtisane et féconde eut conservé. héroî« cernent sa pureté virginale , prédsément les plus remarquables d'entre les écrivains qui cédèrent aux «éducûons du homme, et suivirenf^complak saïaœeiM: k cbar gknieax de l'cmipire (i). Je mm x^e pour faire disparattre cette bizarre contradiction entre le texte et la note, on a prétendu 919 cette deriiière n^ppartenait jpps plus kM> de Mm^ gaillard^ que l'enfant posthume, né après le dixième mois, depuis la mort du mari , ne peut hfi être légalement altribué^ zqaîsqudkestdoiicla ittaîii dease qui s'est Gfaargée4'ajouter ainsi au désaccord et aux contrastes dont ce livre était déjà rempli? Entre nous^Jesoupçonneles ennemis deA(MI.£fkn<* ne, Jay , etc. , 4^ s'éfre &itsid les annotateiius de

4 blet «mcHnémes Im senrioBB 4pi*ils purent rendre au gouvei^ élément impérial j et loin d'en repousser le souvenir comme injurieux, ils conservent encore aujourd'hui , sans doute, la mémo Admiration pour les prodiges de l'ère brillante qu'ils célébrèrent «tcn prose et en vers. !Nous tenons d'une pefsonnè, qniftit longtemps atta<âKée à Napolébû, TaiieÉdoie sninutte*; «Ai pariait des bominet èe lettre^ deràat fémpéfetor : n Ib tons • lioitllM lo» àé mm aTèBBment^ dit-fl ^ en a'aduttant à quel- » qaet m» "déê étivnâm dont il s'agit ici , et c'est ToaS| mes- » sieurSy avec Esuiénard , qui me les avez amenés. »

M. deMontgaillard ; c'est sur eux que je ferais peser, si j'avais à m'expiiquer là-dessus, la responsabilité de cet ode addàiottnel. Dans la crainte qii^on ne songeât pas assez tôt à ces messieurs , en lisant la virulente diatribe de Tabbé contre les tardifs libéraux qui n'osèreni pas refuser leur encens à Vusur» paUon y ils ont imaginé , ce me semble, de rappeler leurs noms au lecteur sous les couleurs de la bien* vèillanee, et^ pôut* mieux voiler la perfidie de leurs intentions, ils ont en soin d'y mêler des nom» vraiment étrangers aux fastes de l'adulation bonapartiste y tels que ceux de MM. Dam > Pagës , Hofmen^ Cliiatèkân et Mîgnet. Youë me dirèsK, dans votre réponse, ce que vous pensez de mes conjec-

• Quoique eelte*' lëttre soit- déjà bien longue ,

Monsieur , il ne m'est pai èncdre permis de la clore. Puisque j'ai tant fait que d'entreprendre de TOUS s^gnider les eireurs et lea^cgentradictions pi:in« ^paks du discours préliminaire de M. de Mont* gaillard y il faut que, sans désemparer, j'accomjdisse ma tâche, <pii serait fort imparCsiite, si je la terminais ici.

Nous avons vu naguère, au sujet 4e la £n prodaaine du monde européen » qa# .potre malen* contrenx pfophète, imbu sans doute des principes de M. Azaïs , annonçait aux Âméricains des siècles de prospérité» en compensation des maux

SUR LE DISCOURS PRELIMINAIRE. ig

qu'il prédisait aux enfants de Japhet « Heureuse Amérique, s'écriait-il, où les inquisitions religieuses » et les préjugés nobiliaires de la vieille Europe « sont proscrits par les lois deTétat, et repoussés » par l'esprit de la nation ! >> Certes , je suis loin de vouloir médire de Washmgton et de Bolivar; je m'associe, au contraire, avec empressement à l'admiration de M. de Montgaillard pour les auteurs de la régénération transatlantique; mais Taffranchissement des colonies anglaises et espagnoles, et la préférence qu'elles ont donnée à certaines formes politiques , pour lesquelles , soit dit en passant, je n'éprouve, d'ailleurs, nulle répugnance, n'oni pas détruit, à mes yeux, la supériorité de la civilisation européenne sur celle des États-Unis , de Buénos-Ayrcs , du Pérou, du Mexique et de la Colombie. Si les Américains nous ont dépassé dans leur constitution , nous sommes de beaucoup plus avancés qu'eux sous le rapport des mœurs et des lumières, et l'on sait que ce sont les lumières et les mœurs qui , en définitif, font la législation. Oui , la liberté dont ils jouissent tient surtout aux com-' binaisons gouvernementales , sujettes par essence à de fréquentes vicissitudes, tandis que la nôtre est inhérente à la société elle-même , dont l'existence n'est pas tout-à-fait aussi précaire que celle des constitutions. Comment peut-on parler sérieusement des inquisitions religieuses et des préjugés

JPREMliaiE LETTRE,

nobiliaires d'an pays, où l'élite de la population accompagne tous les jôura, arec recueillement, à leur dernière demeure , les hommes qui osent mourir comme ils ont vécu , c'est à dire* en philosophes; où le noble de race est obligé de fournir double preuve de son mérite personnel pour détruire les préventions défavorables que l'opinion commune a consacrées contre le patriciat héréditaire (i). Ah! que M. Tabbé de la Mennais a bien mieux apprécié notre état social, s'il est vrai qu'il ait dit, comme on l'assure, que ki France n'est au fondqu une démocratie, plus un roi l que M. Charles Supin s'est montré bien plus instruit de notre avei^ir que M. fabbé de Montgaillard , quand il a tracé son magnifique tableau de la progression morale. et industrielle de la France, pour rassurer les esprits timides qui accordent trop d'importance à la rétrogradation politique! En vérité, ce beau travail devrait ranimer un peu le courage des grands errants , à qui l'on est parvenu à faire peur de M. de Peyronnet , des jésuites et du barbare joug de la Russie. 11 peut engager aussi à prendre gaiement patience les admirateurs de Sparte et de Rome,

(i) M. de Montgaillard ne croyait pas beaucoup , loi-mème, à la puissance des préjugés nobiliaires parmi nous, lorsqu'il écrivait, page 160 de son premier Tolume : «Les prestiges

de l'ancienne noblesse sont totalement anéantis dans l'opinion

iS

» publique , la nouvelle noblesse a peu de racines dans ropinioo«>

SDR LE DISCOURS PR^UMINAIRE. 21

de New- York et de Bogota , en leur découvrant dans rorganisatioii interne de cette yieille Europe si

dédaignée, les éléments de vingt états libres tels qu'ils peuvent en désirer ; car, si par une de ces grandes catastrophes , dont la colère du cid afflige quelquefois la terre , nos neveux venaient à perdre les traditions de la légitimité, et qu'ils fussent ré* duits à essayer des formes améiioainesy ils seraient tout étonnés de trouver sous leurs pas , du Tage au Niémen , réto£fe d'une douzaine de républiques. £t quelles républiques encore! on n*y verrait pas, comme aux États-Unis, et dans toutes les autres parties du nouveau monde , U noblesse de la peau conservée , et l'homme esclave de Thomme; et si jamais la foudre venait à écraser le clocher d^me paroisse y on ne transformerait pas aussitôt les voyageurs en hérétiques , pour en &ire des victimes expiatoires, en leur imputant d'avoir attiré , par leur présence, cette explosion du courroux céleste (i). Mais ne nous inquiétons pas trop de ce que pourrait être une confédération républicaine en Europe. Il suffit de constater que nos lumières et nos mœurs, c'est à dire notre état social , ren-^

(j) Un fût semblable s'est passé daas une répnbliqae américaine, pendant Pannée 1816. Les journaux nous apprennent aiqoiirdlnii qae le congrès àa. Mexique» imitateur delà CamariUa de Ifadiîd « vient de rendre un décret contre les ftancsr^ maçons.

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ferment tous les trésors démocratiques du nôuveaa monde I et que nous possédona, en fait, sous l'em* pire de la grâce de Dieu, autant de liberté et d'égalité qu'il en existe, en droite par la volonté du peuple', sur les bords dç TOréncque et de l'Obio* Gda paraîtrait sans doute ridicule aux hommes qui ne considèrent que la superficie dans les choses, et qui ne peuvent comprendre que c'est le fait qui , à la longue, détermine le droit; que c'est la société qui modifie inévitablement le gouvernement selon elle , et non vice versa. Mais l'oinnion de ces hommes ne doit pas plus nous toucher que celle de notre abbé déclamateur, qui me semble avoir surtout écrit pour ce genre de public. Oui , Monsieur » nous avançons, et à pas de géant, alors même qu'on nous crie de tout coté que nous marchons à reculons, et que la civilisation va faire comme les eaux du Jourdain. Encore une fois, la rétrogradation n'est qu'à la surface, tandis qu'au fond tout chemine en avant et rapidement Savez- vousî à quoi je compare les publidstes insensés qui croient à la possibilité de nous feire franchir dix siècles de Tahime du passé ^ pour nous reporter aux beaux jours de la théocratie et de la féodalité ; je les compare à des hiboux» qui, surpris par le lever de l'aiurore, s'empresseraient de voler, de toute la force de leurs ailes, vers le couchant, dans Fespoir d'échapper ainsi au mouvement diurne de la terre^ d'occident en orient.

SUR LE DISCOURS PR^UMINAIRE. !lZ

de 86 dérober à la darlédu jour.Us aeronttoiit

étonnés, après tant d'efforts pour se replonger dans cette nuit des temps, qu'iiâ ont coutume d'invoquer k r^^pui de leun prétsntkma; ils aérant tout éfon* nés de se trouver au plein midi de la civilisation, et à peu près brûlés par le soleil quUls auront follement eapéré de pouvoir retenir tous Thonsofi de la France et de l'Europe.

revenons àTabbé de Montgaillard. Avezvou8reBiarqiié,M<msieiir, qu'il bit delà politique et de l'histoire , confine M. de Saint-^Gbaman» £ût de l'économie politique ; ^t qu'au lieu d'applaudir k la t^idanoe philanthropique des peuples vers riieii« reuse alliance qu'a diantée notre grand poète, et dont tous les vrais philosophes appellent le prompt aoeompliaacinent, ila'elfbrce de réveiller les antqyathies nationales^ et nom parle des Anglais , connne au temps de Pitt et de Gobourg. a Jamais dit-il , » ( page 4^ ) une politique fireoiebe, noMe, ap- » prepriée aux droits des monarques on des peu* » pies ne sera professée d'inclination ou franche- » ment, dans ces bureaux où l'on ne calcule que le » bénéfice net des guerres ou des révolutions. » Du moins si M. de Montgaillard avait eu la prudence de borner son accusation au présent et au passé; mais pas du tout, il a décidément la manie de prédire, et l'avenir en sera, quoiqu'un fasse. Voyez cependant qù le mènent ses prophéties. Au moment où son

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