DEUXIÈME LETTRE
Pari* y x5 mai 1827.
MOKSIEDR f
Je vous remercie bien sincèrement de vos sages réflexions sur la vivacité de ma critique. U est très vrai que pressé de réfuter, dans le livre de M. de Moatgaillard , tout ce qui me paraissait erroné , bizarre, entaché de contradiction , j'ai passé trop légèrement sur quelques belles pages, dont il aurait été raisonnable et juste de tenir compte à cet écrivain. Permettez^moi donc de réparer mes torts, en convenant, avec vous, qu'il y a vraiment de réloquence dans son indignation contre ces caméléons politiques ret^iant à chaque circonstance une forme ncmdle; contre ces dissertaieurs que la versatilité de leurs théories et la flexibilité de leurs opi-^ nions rendent aussi méprisables à la fin de leur car^ rière, qu'Us râpaient été, par la bassesse de leur caractère , ou Jt emportement de leurs passions , le jour de leur entrée en scène, ( Page 66 du discours préliminaire.) Depuis long-temps nous pensions ainsi Tun et l'autre , et si nous n'avons pas su Fex-
sua L^INTRODUCTÎON HISTORIQUE.
primer avec autaot de bonheor que M. de Montgaillard , notre réprobation intérieare n'était pas moins violente que la sienne^ à Tégard des républicains félons, .qa*on a vus successivement affublés de la livrée impériale et fleurdelisés. Je vous dirai maiuteaant, qu après avoir lu, avec une attention scrupuleuse, l'introduction historique, sur laquelle je vousai promis quelques observations , j'ai reconnu qu'elle, reofermait aussi des morceaux dignes d'éloges, sous le double rapport du style et des pensées.'y0USrpreSsentez que je veux parler de Fallo^ cution à Napoléon ( page 96 ) , et du portrait de YoltaUre (.page ôa quoique sur ce dernier point je Tàe sois pas emièranent de l'avis du peintre. Mais ce qui m'a surtout frappé dans cette introduction , c'est la manière dont l'auteur envisage Tordre social des anciens, mis en regard de celui des temps mo« dernes. En lisant , à la page 7 de son discours préliminaire , que les Français déœmposés par la bar^ barie ou. la corrujpfHon de quatorze sièdes'^i hè res* semblent en ri&i aux u^tkéniens dans kf temps de leur glorieuse lutte contre le grand roi et ses satrapes , je m'étais imaginé que M. de Montgaillard était un de ces libéraux antiquaires, qui n'ont d'admiration que pour les lois de Sparte et de Rome, et qui pouséént l'amour de l'égalité jusqu'à riégretter des institiitions où quelques hommes puisaient l'horrible droit de vie et de mort sur leurs semblables.
3o DBmniaii lbttrs,
Heureusement il n'en est point ainsi; je calomniais M. de Montgaillard en kd prêtant une opinion que semblait indiquer sa comparaison des Athéniens et des Français. Voici comment il s'exprime à la page 79 : c Les nations modernes valent mieux à tous » égards que ces peuples anciens (i) nommés hé- 3» roiqueSf dont les pédagogues de nos collèges ne j» eassaient de montrer les grandeura, et seulement » les grandeurs, à la jeunesse abusée. Paris et » Londres sont fort au-dessus de cette Rome et de » cette Athènes, dont les coutumes, les institutions^ » les moeurs et les liunières ne méritent pas, sous » beaucoup de rapports , le culte enthousiaste et » servile que leur avaient voué nos pères. » Bien de plus dair et de plus yrai que ce langage , auquel M. de Montgaillard avait préludé , en se plaignant , avec raifion de la préférence donnée jusqu'ici dans les écoles à l'histoire ancienne sur l'histoire nationale , et en disant , à ce sujet, à la page 73 : <c L'hîs - 9 , toir e ancienne est , à l'égard de l'histoire moderne» » ce que sont ces médailles antiques auprès des » monnaies courantes ; les premières se recueillent » dans les cabinets pour l'information des érudits
(1) M. de HontgatUaid $t «uni (pug* 87 ) : • Si le eomliet » d€8 Thermopyles est beaa, U snbmciiioa du vemgtur est la-
» blime. » Et cela vaut mieiix que la phrase ( page 7 ), où les Français de Jenuiiapeft sont déclarés si inférican aux Grecs de Marathon,
SUR l'uttroductiow histoeiqub. 3i
» ou l'amusetneut des curieux; les secondes circu- » lent dans les deux hémisphères pour le commerce » des peuples. »
Vous le voyez, Monsieur, il ne m'en coûte nullement de rappeler ce qui peut vous disposer favorablement envers un écrivain que , selon votre judicieuse remarque, j'ai traité, de prime abord, avec trop peu de ménagements , et, pour mieux dire, de turc à maure. Mais c'est précisément parce que je trouve çà et là , dans M. de Monlgaillard, des idées saines, énergiqueraent exprimées; parce qu'il se présente quelquefois avec les apparences de l'impartialité, et toujours avec celles de la conviction qui séduit et entraîne ; c'est parce qu'il jette de temps à autre , à travers ses erreurs , quelques traits de lumière qui peuvent éblouir le lecteur , qu'il est essentiel de signaler la fréquence de ses faux pas , et les dangers auxquels on s'exposerait en le prenant pour guide dans une investigation historique. Je m'engage, dès ce moment, avec vous, à étudier soigneusement son livre, et à vous faire passer les observations critiques que cette étude me suggérera, en autant de lettres qu'il en faudra pour former un examen complet de l'ouvrage. Si vous persistez à croire que la publication de cette correspondance puisse avoir quelque utilité pour le public, je vous autorise à en disposer comme de votre chose propre.
3a ixfeiixiiiix iLtntAf
Je oonmence y Monsieur, par prendre note dd jugement de M. de Montgaillàrd stir let historièn$
sortis des cloitres , sur les abbés , les professeurs de coUége^ ou les savants à peu près étrangers au monde j want dattstralemene ou dans Vohsaaité de leur cabinet. J'aime à le voir proclainer que Tiso* lement n'est pas une position avantageuse • pour écrire rhistoire > et c^eaft avec la plus vive satisfiiction que j'ai lu la phrase où îl oppose aux écrivains cénobitiques les grands écrivains de V antiquité^Xénophon^ SaMste^ César ^ Taxite^ à lafms hommes dégoût et de t€denty littérateurs, hommes d'état , qui furent non seulement spectateurs des scènes quils ontretra* céeSf mais çui prirent part à faction^ ou figurèfesiJt dans des scènes anaioguesl (Pages 78 et 79.) Si ja» mais M. de Montgaiiiard se prévaut de Tobscurité de son existence sons la république et sous Tem» pire , pour établir ses droits à frire une bonne his** toire sur ces deux époques; s'il lui arrive de rap« peler, comme en son discours préliminaire (p. 57), qu'il vécut éloigné du choc des partis , dont il s*est constitué l'historien; et s'il tente d'infirmer par là que son récit et ses appréciations doivent être pré* férés à tous autres, éuhib dirons à ses admirateurs qu'il ne saurait exprimer avec exactitude des sentiments que, de son aveu, il n'a pa& éprouvés; que pour juger, en connaissance de cause, la manifes* tation terrible des passions qui dominèrent à une
isùR l'introduction historique. 33
tertaine époque , il ùxtt aroir- vécu au milimi de
ces passions, et pu sàisir le fil qui liait leurs résultats à leurs causes. Nous leur dirons que les hommes notés d'iïiâuBie par la loi de Solon , en expiation de leur indiflfêreiice dans les troubles de leur pays , n'auraient pas été les meilleurs peintres des événements, dont leur prudence les aurait tenus ainsi éloignés; et si toutes ces raisons leur paraissaient peu prépondérantes , nous invoquerions alors l'autorité de M. de Montgaillard lui-même, dans son ingénieuse comparaison des moines de Saint^Benoît avec César et Xénophon. Trop de gens, Monsieur, s'imaginent que Fimpartialité leur est nécessairement «cquise, par cela seul que leur conduite, dans les orages civils, fut purement négative. Rien ne ressemble moins pourtant à la .vraie impartialité, à celle qu'on attribue surtout à k postérité , que cette neutralité des contemporains, à l'égard des partis divers qui occupent la scène politique , et qui possèdent les sentiments et les idées contraires ,^dont se compose l'ensemble du mouvement social de l'époque. La postérité peut apprécier sainement les actes mêmes qui ne sont plus. dans acs moeurs, et / qu'elle repousserait au besoin s'ils venaient à se reproduire, parce que, si elle est étrangère aux intérêts dont le choc amena les faits déplorables qu'on lui dénonce, elle renferme du moins dans sou ^ein le germe et ie prinpipç .des passions , dout
3^ DBimiàin wnrriiB ,
èertaiiM càrconstances rendirent k développement terrible; parco (Qu'elle puise, dans^ principe, un moyen sûr de sympathiser avec la génération qi» ods drconsta^ces environnèrent ; parce qu'elle peut ainsi se placer MiSalemént elle-même <latos ces diw constances, et les caractériser «ans ressentiment et sans prévention. Le contemporain neutre , au contraire, en s'iëolant des af&ires publiques, par dédain, par ittsouciance, ou par peur, dons un mo^ ment où les affaires publiques priment essentiellement le» affaires pmé^ et entrwn«it toutes les tètes; en restant impassible au miUen tfune commotion universelle^ en fermant soigneusement son Bme mx passion» énergiques qui enflamment ses concitoyens; le contemporaîa nêutre se dédare» par toutes les précautions dont il entoure son froid égdlsme, incapable de ocomprendre ce dont U est témoin , de peindre des hommes bwéc lesquels il est san^ rapport possiblp, et de retracer des évéBtements auxquels il a assistté, sans les voir, sans les sentir , avec l'immobâmé éè la statoic.
Je crains bien. Monsieur, que f abbé de UotX* ^gaiUard•ne medonne souvent l'occasion de lui appliquer cette triste mérité sur les netUM^ parmi les* quels il affecte de se ranger (i) ( page 55 ) sans
(x) On a fait celte rematqne, que Vabbé de Montgianatd n« s'était sans doute montré impassible durant tout le Wàn de U léTolttlion, que pour ne rien laisjer exhaler desoa liia«W«tn-
penser à ce qu'il va dire des historiens de cellule^ compfirés à ceux du forum. Mais ne préjugeqna rien; chaque diose doit venir en spn temps : te* prenons Texamen de Tintroduction historique.
Je Qe d^ute p^$, Mpi^^ieur,. que ypus n'approuyies )aJ^tWÇ9(ii9goareusa notre auteur contre le père d'Orléans, Garnier , Villaret , Velly , etc., etc. , ^T^^s^,]^rMendaes histoires ne sont guère , dit-il ^ ^ f^^eci^:^^ rojalçs, et d'UUrigue$
wMliab^s et religieuses (76). Je suis également persuadé que vous applaudissez à la juste sévérité qillM ii^f^^f^i^ du jéau^te ©aniel ^ d^us dans iês rèti^ des combats^ tlans les desôripttom des ^^jçé^p.et silencieux; quand il iagit d'institutions , de rm^ts^^^mfmê^tie progrès de i^espr^ fmffl¥i^ Mais je peos^âusH qtfèyous partagerez mon éton^ nç^\^%^^hyoir reprocher à. ce dernier historien
d'ai^J^fmkk^^^^f^ qmlaphtpmd^ 9^4e'rlap9mil^fmcef plusieurs de la seconde,
quelque uns de la troisième , furent illégitimes , très $Qmim}04sid^mnitifit dt^ul^lefnent ^jbdtétm y mus quece dèfMtfdtjàmeus été considéré comme unmotif de les exclure du trône. Je ne croyais pas vraiment, cheziM. daJ^ontgaiiilard, tant de sollicitude pour la paretè'éolAflg'->de nos rois; je ne pouvais ini^at-
liilairf , doot il préparait une eiEplotm à tom les pfirUiy podv k moment de leur récoiiciliatîon.
36 beOXlitfB LCT«É£,
tendre à lui trouver cette vive susceptibilité monar'» thiçùfi qui le fait s'indigner contre le père Daniel, en songeant que cet écrivain a émis des dodrines pernicieuses et contraires au dogme antique de la iégUùniié dàits la suteession au trône ( page 76 ), iJei^ 'pàrhtes de râncienne couk* domntétre réèllemeiît édifiés à la lecture de ce passage, qu'aC^ cueilleront aussi sahs doute tous ces Grotius {i)et ees Puffekdojf de nùs jours ^ eommé dit M. de Montgaillard, qui font pour de Vargent, du droit ' public et iie la haute politique dans les feuilles et les ^diurës moncarhiques (-page i<fi ). Mais Fadrairation des uns et des autf es n^-siera pas-dé longue durée. Quand ils verront que ce nouveau champion de teiégit!hitté'9'atUchte«Hrt<mt à prouver, dans de nombreuses pages desôn ^llrtWrfttctiôn, que là couiH!>nne ûe fut point héréditaire eous la première et lai»ecDnd6*riLce; quàiidiis4irom, àux pages to5 et 106 , que «siint RéMft ne Versa pointf huile sainte sur le front de Clovis , et qu*aticuii des rois Mérovingiens n'obtint pour ra pouvoir 4a oonsécratioa , . . .•
(1) M. de Montgaillard a traité les morts et les peïsohnrges 4iistoriqv0i arèc la même iné|^lité d'humeur que ses contemponiins. Après «tok lu, i la page.a3 (dise, prél.), que le Hollandais Grotins fut ub lustorkn qui mérite d'être bonorablèznent distingné, on ne conçoit pas que aôn nom devienne A la page loa nne éptdiète ftqoriense .pdilr désirer 4eft étftiraAu mercenaires.
SUR L^JNTRODUCXION HISTORIQUE. 87
Aviné; quand ils arriverontieiifia à fbme de la
p^ge 146, où M. de Mon tgail lard déclare guil est impassible de ne pas œuvenirqueM drai^ divin de la cmifOOne n'est, qu^m système procUané por Im. CQn^ seiUersde Latran , et plus tard parles apologistes de la eouiiia 'plus ignare et la plus corrompue don( les momm/Us^m(odem0s*€0r0nt V exemple; ils ne pour* ront alors que repousser avec dédain, pour ne pas dire avec JbQrreur , le livre qut 1^. s^éduisit d'abord fm «ne: profession .de foi toute mpqai!chique; et ils comprendront que la légitimité, tomme la révolution, (ioi^jse t^oir. ^n garde contre les décla'-
pf/udemment: accepter les éloges qu^aprèâ avoir lu la; dernière ligne de son dernier volume,, c'est à ^f0soiis^,iM^iei»'^ime»t^iM>:
Ne croyez^ pas au reste, Monsieur, que^je vejrille m'engager dans la discussion qu\a, soulevée ]\L de Mcmlgaillard^mil^ véritable ori{^ de qobtesse française. IjÀiiïwas-»le s'évertuer à prouyer^ contre Montesquieu et le coKate d^Boulainvilliers, que lynlm<,VlÊàilp^0kl3^^ i:aison^de ceote^tei^ k
notre fMitridiàedreitd'étendfeses antiqpes. raçip^s jusque dans le^ déserts de la Germanie ; il nous suffit aujb1adlllllkd^8av^i^4j|[u^ l'arbre, aristocratique, luimême oe êirare plus li^ substance nourricière de notre sol, et que la foudre révolutionnaire *en a pnlvérisé les branches. le§ Plus orgueilleuse^ dans
3â DEUXliME LETTRE^
fimmoi»telle nuit du 4 ^ovtt Que nous nnportéÂ
effet la généalogie des Montesquiou , des Mont- . luorency, etc., après qii^e le peuple est parvenu k étabKr, eu déroulent la sienne, qu'il date de plus loin que nos grandes maisons, et qu'il possède lui-même assez de titres pour ne plus soufMr qu'on f opprime en frisant piNBUTe d'un certain nombra de quartiers! puisque les progrès du bon sens national, qui ne so^t autres que ceux de la raisoi^ humaine, nQt;i8 ont conduits à cette beumue situo-i taon où l'aristocratie n'est plus que nominale , ne nous iuquiétons pas de l'importance que les débris. Impuissants de la iéodaUté peuvent obtenir dana l'esprit de certaines gens , et permettons aux desoeiH dan^ de nos auciens maîtres, de faire remonter ^ aussi baut qf^e possible ^ la vapité de leurs funilies^ désormais inoffensive. Il serait peu raisonnable sans doute de s'offusquer du soin puéril qu'on apr porte ordinatremeut à rappdier le haut rang d'uit mort de distinction, en parant son cadavre de toutea les marquer de ses dignités, dans la solennité de ses. funérailles. £hlnen! la noUesse, dépouillée de sea prérogatives, et ne formant plus un ocdre privilégié dans l'état, se trouve réellement placée dans la charte Y en tai|t que corps pohtique, comme dans, un magnifique sarcophage , où U ne hii reste plus que l'étalage de ses grandeurs passées (i). En vérité,
(i) Nous en appelons à M. de Montgaillard lui-iucmei il
SUR Tj*isnom(mom msvoRiQtK.' 39
je vous le demande^Moosieur , cela vaut il la peine d^£3iire de longues recherdies. généalogiques, el de se livrer à de festidieusesb récriminations contre la classe nobiliaire?
Que pensezhiTDuSy au^ reste, Jfonsîenr , de ce sombre tableau de la monarchie française , où toi^t fait contraste etrien.ne se lie? où la confusion la plus absolue empêche de saisir la véritable couleur que lepeintre-a i»>ulu donner aux divers objets? ITavin* vous pas été frappé, comme moi , devoir M. de MpntgaiUard^ qui nous assurait, à la page io3, que dms ks.ileux premières raees^ la constUuitàn de Vétat ne fut quune anarchie militaire et an despo^ tismfifMal^ déclarer tout à coup, à la page 1044 que s*il, existem faU politique et histonfus quion ne puisse révoquer en doute ^ c'est celui du gouverne" tflpat démocraiiqm de& Français^ sous la preniière race de imrsrokf 4Us Mérr^mgUns? Qu'une telle contradiction, direz-vous sans doute av€Jc moi , se fît remarquer à dix pages d'MteF.valle, on le pardpnn serait àun éonvain qui s'est açquis pur l'habitude cer> tains droits à cette sorte dç distraction : mais sur le même feuillet, sans autre distance que celle du recta
m tmo/ Notre hi^toiieii abuse trsûment.içi de bi
i^exI»!nllfr ainii à la |»age i59.: «£a«dUeMe^ tdle ffa'dle «x2»- » tsity <m prétendait «](|sl(t:r, arjMi^ 17^> ^t AoioiivdlMll «h «]|u>Lvidede.teii». » . . . . . s.':.':
40 ' SCUXliaiE LETTlEy
liberté, qu*il s*est dotiuée trop fréi^uemmeut > de démentir lui^^méme^
Vous me dispenserez. Monsieur , de le< suivre pa» à pas dans toutes ses contradictions, dont Pensemble est pourtant destiné à former un précis historique. Après le rapprochement de» deux feuilles que je viens de vous citer, toute réflexion critique semble superflue^ et il ne reste plus qu'à fermes le livre. Cependant k réputation de l^auteur^ tou« jours croissant, son nom vole de bouche en bouche^ et Ton peut craindre que ses erreuips ne se propa-i gent, sous la puissante protection de quelques an^ cîens interprètes de Minerve, Il n'est donc pas inutile d'insister encore sur la mobilité de jugement et le dé&ut complet de logique, qui se feot remarquer incessamment dans un ouvrage , dont on ne pourrait e^^pliquer le succès, $i Ton ne savait qu'il est sorti de certaine boutique^
Ainsi, Monsieur, après avoir lu ( page io4 ) que le gouvernement français fut démocratique sous les Mérovingien^, vous le retrouver, à la jpage ï a8 , avec le caractère féodal qu'on lui avait attribué sous les mêmes princes, à la page io3, et cette fois la cause de la contradiction se laisse deviner ait sèment. M. de Montgaillard avait des choses duresi à dire àlaliaute noblesse^ c'était de la vieille rancune de nobilioli à gr^ii^ -seigneur, et il n'a. p^s craint d'abjurer son système de l'égalité pmmitive . des
Oigjtized by
SUR L^INTBODUCTIOIf HISTOaiQUE. 4^
Francs et des Gantois, et de nous parler emphatiquement de ViUustration de ces grandes souverain netés/éodaies dont r online se perd dansleberceau 4ela MnénardUe française y afin de l'opposer à /'iflustration moderne dun d'Usez , d'un Lujnes , d'tutlÀf^TréniOiMUe, d'un NonUles, ^un It^dieUeu et de tant dt attires ducs et pairsy sortis delà roture^ de^
puis quatre ou cinq siècles seulement ; sauf à nous répé^.lûentot ce qu'il a dit à la page i x5 , que la dwàtéé Louis XViU n'tf fait que rétablir y dans toute sa pureté , V ancien régime delà première race, et (|ue V égalité politique et civile fut la base des Ui" stituiioiisfranqaiseSy dès félémtion de Càmsautrdne. Cependant il faut en finir, une fois pour toutes, {ivep notre ^^{^^^ur son introduction l^storique, et sur aet IhmiiiImi àppi^éciatimisde l'ancien ordre polîp tique de la France. Voici, ce me semble, en peu de mots , le résumé qu'où peut en faire.
Notre J^ÎËS^Mtion ^ p^ fot féodale ( io3 et I ^6 ^etaiéinocratique ( i o4 ); la première race n*offre qu'un cqntinuel tableau de crimes, de barbaries, d'innMiiiiHilpiij jtfi déposition de rois et d'attentats exécrabM^eonlpe Tautorité royale et contre les li^ bertés nationales ; la seconde r^ice est remplie des inémes c^ès et desmémesbarbaries, ét ne présente
qu'un spectacle également lionteux et effrayant
( 1^3). L^s rois tendent néanmoins , à la même époque, cpiiiineAm
42 DEUXIÈME LEXT&E,
yeraineté nalioiiale ( 109 ) etlèur mémoire doit être
flétrie, quoique leurs efforts dussent avoir pour résultat de centraliser le pouvoir et de mettre un teime aux excès de Faiiarchie féodale. Philippe-Auguste , Saint-Louis, Philippe-ie-Bel , Charles V, et surtout Louis lUi, Richelieu et Louis mV, ne furent que des t3rrans acharnés contre les libertés nationales, et dont on ne saurait trop réprouver le despotisme royal, qui renversa successivement les anciennes lois(]) ( pages loo, loi et suivantes ); biç^ que
(i) Tandis que les plus capables des tbcologiens traTaillaient I à la désorganisation lente du système tliéocratique, paç Témis- I sion de doctrines de plus en plus hardies, souvent condamnées comme hérétiques., ^es plus puissants d'ent];e les seignçim^ en rompAot violemment réqnilibfe féodal , ea'^appticpiaiit à di^ nmiierle nombre et 1& pniiiemie de (ram iftvanx pour angmett!* ter le nom^ ^ le«n^ eijets f mioMent de Um côté la parMe temporelle d*an édifice social , de jour en joui; moins propre à garantir les intérêts des nations dans leur marche ascendante. Les rois, successeurs de Hugues-Capet, furent les novateurs, politiques de l'ordre tbéologtque féodal, comme Luther et Calr vin en furent ^ noTalenn retigieu^ L'afifram^nafloment des. | commnnea, le droit d^appeltr aux jugea tçifm de« dMI»M, dea jnitioea .aeignenxialea, le. droH de goQBM enlevé «n^ rona , etc., ete.jt tont cela ne porta paa dea oonpa moba rudea.,^ ni moins décisifs à Téconomie féodale, que ceux dirigés parla raison insurgenle de quelques membres du sacerdoce contre, les croyances qui avaient rei^du le pouvoir ecclésiastique prépondérant. C'est dans ce sens qu'on peut dire snrtont ^e les
SOE L'orr&OBUCTIOH HlflVOBIQUE. '4^
SOUS l'empire de ces lois, thomme fût devenu la propriété de V homme ( i a5 ) et que la France eût offert ^n tàUeau eontfiHtefih crimes^ de barbaries ^ ntas^ sassinats , etc. Depuis Louis XI, la France ruinée , opprimée ou déchirée, n'a vu qu'à de rares et courts interralies la liberté prendré qudque essor, e*est à dire qu'avant le règne de ce prince, et durant cette longue période d'anarchie militaire et de despotisme féQdal( io3), oi| Ton rencontre h duH que page des usurpations nobiliaires et sacer* dotales ( n5 }, où notre histoire n'offre que d'exécrables attentats contre les libertés nationi^les ( i a3 ), la liberté régnait paisiblement sur notre belle et riche patrie. !^içhelieu, le Aoberspierre du droit diiin, leplus atroce desmonstres politiques ( i8x tpontîmiil rœuvre de Louis XI; et Louis XIV, en çonsolidant le despotisnie de la couronne , acheva de renverser les anciennes lois , d'abattre les fran* çhises populaires , que nous avaient sans doute lé* louées les i^^rpateurs et les oppresseurs des deux premières races ( 146 ). Alors se trouva fondée lii pÈorêarchie de FérsaâkSy si différente de celle de Clovis ( I02 ) j alors les grands de l'état perdirent la hauteur du caractère de leurs ancêtres (216), et lenr dégénération devint tdle qu'ils n'eurent bientôt plus aucun trait de ressemblance avec ces fiers ba-rons, qui remplirent laFrance de dévastation et de sang sous ies enfimtsdéMéroyéeetde Gl«3u4enli^e.
44 BmX^MME, LETTEB
Le pupille de Kazarin osa dire: Pétat c*est moi; et
les grands seigneurs, qui dévoraient le royaume durant ïfA troubles et. les révoltes de la FroQde ( % i 8 )^ furent réduits à rentrer dans Tordre et à se feire courtisans. Après cette affligeante déviation de la constitjtitifiin prin^tiye^. le» çhefs du goitvemement français se plongent dans, la débaiidlijQ et la dissipation ; le régent et Louis XV ne s'occupent que de l^urs plaisirs ^ qui ruineut et corrompent à la fois la nation firaqçaise. C^peçdant le royiiume prospère sous ces deux princes, et c'est une preuve de l'existenced'une providence, selon l'expcession du pape ÇlémeptXIY ( )^ j^Uipâq^Q onyoit aussi
le peuple s'éclairer, la noblesse rétrécir ses petits préjugés ( id, et ce n'en est pas moins une époque de décadente ^ qu*il fiiudrait.pouyoirrjtyer de. nos annales. Elle auira pour résultat inévitable cette même- céxolutiou ( 2^3 ).qHi n'a fait qi^ j^^^ti^r dans de nouvjelle^» dévialtion^ we naUon. jusque-14 si mal dirigée ( 90 ), quoiqu'elle nou? ait donné la pre-c mière constitution fixe dontnou$ayQn$. joui ( io3 ); qu'elle ait abattu, du m^e coup le d^poMme/éo^ dal, kspmiléges.scu^jsrà^f^uxy la,morguejfarlemen* taire, et V autocratie de FersqUks, et qu'elle ait. été signalée comme/e premi^p(9^failvers Vaifro»^ chif sèment total du genre humain (S).
Vpilà , Monsieur , l'histoire de France de l'abbé de jIMiontgaitiard, depuis Pharamond jusqu'àLo^is XYL
sua L'xjfTaoDUcnoN histoaiqvx» ^5
Je vous laisse le soin d'y découvrir quelque liaison dans les idées ^ d'eu tirer quelque conclu^ sion morale, en me réservant de dire aux hommes qui n'ont pas encore In ce morceau curieux. « Qui » que vous soyez, Francs ou Gaulois, pour Tabbé j> Dubosou pOor le comte de BoulainviUiers, pour » les grands seigneurs ou pour les rois, pour les phi* » losophes , ou pour les prêtres , pour les ministres B on pomr les parlements, pour l'ancien irégime on » pour la révolution; attende^vousàn'éprouver tous » qu'une même et commune impression à la vue j» du tableau où M. de Montgaiilard s'est chargé • d'esquisser les divers porunits de vos pères. Tout » le monde était laid, hideux, dans le vieux temps, » et le peintre, pour retracer tant de physiono^ » mies, n'a en besoin que d'un type unique, odui » de la difformité.» Oui, Monsieur, la noblesse fut exclusivement usurpatrice et oppressive (ij; les rois
(i) Si la noUfisse n'avait jamais été qa^tnutile on nuisible à là ■aoàétë, elle n'anratt pas ptf s*j cnramer eomme eUe Ta fait: mais aa milien de la coofiisicni et de l'anardiie qm smTireni te MfléborâetnMt des popaladûns normandes et le mélange dés bais
bares avec les natioDS corrompues de Tempire romain, les îiommes d'armes devinrent les membres les plus importants de rëtat qui, rais en péril par des hostilités toujours renaissantes, ne pouvait exister qûe par eux. La protection dtt baron, devenue fti onérense depms, fut almrs iadispeiMabla au travaillear paisi* lile poor mettre le fruit deson4abeur à l'abri de la rapadié d*wi ▼oiaia redoutable; et le protecteur, s'antotisant naturellement
46 DEUXliMB UBTntB,
qui rébraalèrei^t et détruisirent gradueilement sa tyrannie, ne furentque des despotes; les parlements
qui combattirent le despotisme royal se laissèrent ibriger par des brouillons» et cédèrent à l'esprit de faction et dintrigue (a44>^5, a46, a47 et a48). Le sacerdoce ne cessa de nourrir la plus criminelle et la plus opiniâtre ambition î il eut pour maxime de tout sacr^er à l'agrandi^ment de son orédit et de sa fortune ( jo [ ) ; il fournit à la France une foule de ministres qui, tous» commirent de grands cri-* tn^ ouc^osèrentdegraudsvdéaastres ( iSfet i8a )| quant aux philosophes, dont les écrits servirent à éclair çr le peuple sur les usurpations du sacerdoce» ^ parlements, desrois et des seigneurs» ils ontaussi fait du tuai à la France ( 241 ) ; en général , ils vou** laieAt aP<Jftérii' réputation et fortune» c'était aux fpmà^^'êm riches» k la bonne oompagnie qu'ils
de U force dont il disposait, dut s'adjuger la plus grande partis des liieiis qu'il était chargé de défendre contre les agressions
étrangères. M. de Montgaillard n'avait pas songé san» doute à rutilltc qu'avait pu avoir le vasselage à son origine. S'il vivait encore, je le renverrais à l'étude du moyen âge» dans le livre <pie puidmoMelle d« l^ardière, saur de T^iiorable député deeenop, n publié, sur TAéçrie des hU féodales, et qû» à mon avili, retrace aToc plus d'e^titude. ^ue ne Tofitiait JHablyy Dubos et M. de Mondosier, le tableau de la vieille ' monarchie fi'ançaise. Toutes les institutions humaines ont dû avoir une valeur relative, ou leur fondation et leur durée devicndiaient ioexplicables.
SUR L'inTBOllUOIfOir HJâTORIQUE. 4?
adressaient leimlionttiiages, se souciant assez peu du peuple, dont ils parlaient jsans cesse ( ay'i ). Il faut du reste tes justifier^ eomme d'un grand crime, de leur coopération k la rèoobmion qui doit affranchir le genre humain ( de i36 à ado ); et si Ton veut absolunMAli qu'ils soient les selils promoteurs de ce dé' sordreêoeial ( 277 ),i1s peavent dter en garantie les jésuites, les prêtres, les bénédictins, les minimes , les récollet$ , qui furent chargés de leur édu-* cation.
Après cette analyse exacte et succincte du résumé de M. de Montgaillai^, pênuettee-hioî de passer , Monsieur , à sa longue dissertation sur les "Véritables causes de la révolution. Des esprits étroits, vous le savez, ont voulu attribi^er cette grande c^ise à des «tcddenlB qu*ileût été pos^é d'éviter^ au déficit des finances, pareieinple, à la présence de Mirabeau dans les états-géiiéraux, aux incertitudes de Louis XYI, à rinfluenëé de la reine, etc. M. de Montgaillard , comme vous avez pu le voir, ne js'est point arrêté à de semblable considérations ; loin delii, il s'est élevé hardiment au*dessusdes publi* cistes vulgaires, des historiens superficiels, et n'a point hésité à déclarer que la génération d'un tel phénomène n'a pu s'improviser; que plus l'apparition est merveilleuse, plus long-temps elleadft être préparée. ( a i3 ).« Cepen^nt après avoir c»té à l'appui de cette opinion, u&ptfsagefort remarquable de
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MaUet-Dupan (i); après avoir reproché aux éétï^ vains royalistes de 1790, 1791 , et 1792 de s'en tenir aux^uses accidentelles^ d'oter ainsi de la révo* lution ce qu'elle a de prédotninailt , et dé la réduira à une simple cabale ( î;^?^ ), il accuse, à leur tour, les écrivains qui donnent la révolution comme le produit nécessaire et inévitable de la raison et des
(i) 3e transcru Scî ce passa gé parce qn^il tat parait veUÉennet quelques Térltés générales qui peuTent 8er?ir , mieux qde le livi^ éiitiet dé Montgâillard , à expliquetla rérolution. « Chaque » siècle pèse sur le siècle qui le suit par sa massé inaperçue; il » entraine d'an insensible mouvement les opinions, les iostita- » fions et les rapports sur ksqoeb on les avait fondées. Impi- » toyable horateur , le temps prépaie en secret les métamor- 9 phosés'; rbabileté da législateur eonsitte A marcher du même i» pas que lai, et ft atténuer sa domination en la partageanL » Biais les empires el les usages slécronkat, lorsque les résultats » nécessaires de l'état social ne sont plus en harmonie avec les » lois positives; c'est au moment de leur choc que se développent » les révolutions générales qui renversent des institutions vénés rables ou abusives, dont le ciment se trouve absolumoit dis- » sôus. » SI vons ne personnifies pas l^étre abstrait qu*on' appelle le iejii^;-8l >o«is n'entendes désigner per ee motqtietes indi« «iduaet les fidts dont b snooession pik>graHixe cmtitneiee qu'on appelle la marche de Tesprit humain; û enfin vous substitues i V action secrète du temps ^ dans la préparation des métamorphoses, une action patente et solennelle, telle qu'on peut l'apercevoir dans la manifestation historique de la sociabilité humaine , c*est à dire dans l'ensemble et l'enchafaement des faits sociaux, jn sois loiit-Mût de Tatis de ^aUet^Dopan. '
stTU L^ntftDDuCTioir ttitroRiQui. 49
progrès du siècle, d*en avoir fait ^ pour ainsi dire, UB roman philosophique ( 229 ).
Gomment esf donc venue cette grande réformation , si elle n'a été produite ni par des causes prochaines, ni par des causes éloignées, ni par des causes matérielles, ni par des causes morales, ni par des événements accidentels , ni par le cours irrésistible des choses humaines? devons-nous expliquer l'histoire, comme les dogmes sacrés, par des voies miraculeuses, et faire intervenir les agents occultes de la mythologie dans Tétude des phénomènes delà physique sociale? Lorsqu'on pense avec M. de Montgaillard que les institutions et les hommes, qui dirigèrent pendant quatorze cents ans lamonarchte française, n*en&ntèrentquedes crimes et des entraves, des attentats et des chaînes; et lorsqu'on admet qu'à la suite de cette série continuelle des efforts des nobles, des prêtres, des parlements et des rois pour tenir la nation dans la servitude et l'abrutissement, cette nation s'est pourtant trouvée tout à coup assez éclairée pour réclamer et conquérir la liberté , pour donner le signal de l'affranchissement du monde, il faut bien recourir à l'interventiondes puissances mystérieuses,pour trouver la r^son de ce vaste perfectionnement social, dont on ne pourrait établir la génération, parla succession de Mis iûstoriques auxquels on n'accorde qu'une tendance et qu^une valeur rétrogrades; à
5o DJBUXIÀHB LÉXXhBf
moins toutefois qa'onne veuille supposer que Pes^* prit humain peut se développer indépendamment et en sens inverse du mouvement social par lequel il se manifeste, ce qui serait un véritable rorrmn philosophique y et ferait, de U esprit humain ^ un être réel, quoiqu'invisible» qui, de ia sphère des génies, civiliserait le monde à son insu et malgré lutv Mais M. de Montgaillard, comme je l'ai dit , n'est point pour le roman philosophique; il rejette égale* ment les explications merveilleuses, et ne veut at^tnbuer la révolution ni à la marche lente et irrésistible de la civilisation, ni au conooilrs fortuit de certaines circonstances contemporaines. Il croit donc aux effets sans cause, me dira-t-on, à Fisolement des phénomènes, à la spontanéité des événements, n semble en effet que telle dut être sa conclusion, après ce que nous avons vu précédemment: cependant il n'en est point ainsi. M. de Montgaillard repousse bien l'influence graduelle des causes éloignées et l'action soudaine des causes occasionnelles ; mais il trouve dans la corruption des gr^ds une raison suffisante de la régénération politique, dont il s'est chargé de nous révéler la véritable origine. La corruption des grands! entendez- vous , Monsieur? Ce n'est là ni une circonstance accidentelle, ni une manifestation des progrès de la raison humaine. La corruption des grands 1 £lle tient un juste milieu entre le positif grossier et mesquin du
SUR L mTaODUCTIOIf HISTORIQUE. £|
dèficU des finances ^ et Je vague des consîjclératioiis
philosophiques. Ingénieuse découverte! qui va sans doute nous procurer la meilleure histoire que nous puissions avoir sur la révolution dont les princqfes ont conquis le monde: M. de Montgaillard ne l'aurait pas échangée, j'en suis persuadé, contre celles de Toricelliy de Galilée , de Colomb , de Guttemberg et de Watt; tant il était convaincu de rcxcellence de la trouvaille» Mais nous , Monsieur, qui sommes étrangers à cet enthousiasme tout paternel de l'in» venteur, devons-nous partager l'admiration aveugle de ses partisans? pouvons-nous voir dans la cor' TUj^ion des grands'uue cause impulsive d'un ordre plus élevé que toutes celles mises en avant par les écm^ains royalistes , qui otèrent à la résolution ce qu'eUe aveUt de prédominant? Cette corruption n'entre-t»elle pas, comme les embarras financiers , roppfCi^iJtjion des parlements, etc., dans le concours de^^ drcoBstances contemporaines qui servirent d'expression à l'état social, précurseur nécessaire etimmédiat d'une révolution inévitable? Oui,Monsiem*, dussé-je être accusé de faire m roman phUo' sophique, par les hommes qui pensent .comme l'abbé de Montgaillard, la dépravation des hautes classes de la société , en France, me paraît n'avoir été que le produit forcé du développement graduel de la raison humaine. Dès que la diffusion progressive des lumières eutdiscrédité insensiblement les vieilles
5a DEUXIEME LETTRE,
doctrines et sapé l'autorité morale qui, après avoir gouverné le moyen âge , ne pouvaient plus con» venir au nôtre, il était naturel que les esprits, abjurant les principes surannés et inapplicables sur lesquels reposait l'ancien édifice social, s'abandonnassent au scepticisme (i), euii-eignissent des règles dont la raison primitive n'était plus sentie, et se trouvassent ainsi conduits passagèrement à l'immoralité, paries efforts mêmes de Tesprit humain pour arriver à une rénovation morale. Mais quel est donc le but de M. de Montgaillard, en rejetant Texplosion patriotique de 1 781^ sur la corruption delà no-
(i) Si le dogmatisme est l'état normal des sociétés , le septicisme n'en exerce pas moins nne iofluence puissante et salutaire aussi long-temps (pi'il se tronve en présence d'institutions usées , dont il doit réréler les défectuosités croissantes et saper
l'autorité. Sa mission est de préparer et d'effectuer la transition d'un dogmatisme stationnaire et arriéré à un dogmatisme correspondant à des lumières et des besoins nouveaux : c'est celle que remplit le criticisme des écoles grecques , dans le passage du polythéisme au christianisme. U est permis de croire que les sceptiques du tS* siède, qui ne révèrent que destruction , seraient aiqourd'hui des apôtres moins fervents de la philosophie du doute , et qu'ils songeraient, après la victoire à peu près complète, remportée sur les vieilles doctrines « à donner d'autres liens à la société que ceux d'une incrédulité commune. Si dans les classes instruites , le doute amené par des iuvestigations philosophiques peut se prol<Niger sans danger , il n'en serait pas de même du scepticisme qui régnerait dans les ateliers et dans les fP^mpt.
SUR L'irrrRODUCTION HISTORIQUE. 53
blesse? a-t*il quelque intérêt à trouver une source
impure à ce beau mouvement national , qu'il signale tl ailleurs comme le premier pas fait vers i'afiranchissement total du genre humain, et que M. de Lalli-Tollendal s'estimait si heureux d'avoir vu? Ou bien voudrait-il recommander à la reconnaissance du peuple français et de Thumanité tout entière , les patriciens de la régence et du règne de Louis XV, dont les mœurs dissolues amenèrent la régénération universelle? £st-il dans son intention de les faire considérer comme de généreuses victimes qui se précipitèrent dans la fange du vice, comme autrefois Curtius dans un gouffre, pour sauver leur pays? Je ne le pense pas, Monsieur, et vous serez de mon avis lorsque vous vous rappellerez que cet écrivain, gentiilâtre gascon, ne laisse échapper aucune occasion d'attaquer les grands seigneurs , dont les dédains pesèrent si long-temps sur les nobilions de province. Oubliant qu'il a salué la révolution française, avec l'enthousiasme d*un patriote ardent, qui voyait en elle l'accomplissement des destinées du monde, il en fait tout à coup un grand mme, pour l'imputer aux hommes dont les prétentions nobiliaires, et peut-être aussi l'illustration historique, le mirent si souvent en courroux, a Les » premiers révolutionnaires, dit-il, les premiers j aco- » bins de France , fLirent dès l'ouverture des états^ » généraux, les d'Orléans, les Lai^odiefoucauk»