‹ Réfutation de l'histoire de France de l'abbé de MontgaillardChapitre 5 sur 21 · DEUXIÈME LETTRE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME LETTRE

» les NoailleSy les Montmorency, les Beamreatiy

» les d'Aiguillon, les d'Estaing, les Grillon, les » Clermont-Tonnerre, les Lameth, le comte de Mi- 9 rabeau, le comte de Lalli-Tolendal , le comte de » Lusignan , le marquis de Nesle, etc. , etc. , l'évêque » d'Autun, Talleyrand Périgord, l'archevêque de » Vienne, Lefranc dePompignan, l'archeTéque de 3» Bordeaux , Champion de Gicé, etc. , etc. On accuse » bien gratuitement la nation, ajoute-t-il, d'avoik' 9 bouleversé la monarchie; elle ne prit m^e part » active à la révolution , que lorsque la cour, la no- » blesse, le clergé et les parlements Vy eurent for- » mellement appelée. ( a3i et a33.)>» Mais la révolution n'est donc pas un événement aussi heureux que vous nous le disiez naguère, M. de Montgaillard, puisque vous voulez en faire tomber la responsa* bilité sur une classe, que vous n'avez pas coutume de traiter favorablement, et que vous pensez désigner par là à l'animadversion publique ? puisque vous vous croyez obligé de justifier la nation du reproche d'avoir pris l'initiative de cette grande réforme ! Mais la nation n'est pas forcée elle-même de vous suivre dans toutes vos contradictions. Faites, tant qu'il vous plaira , de l'élan patriotique qui renversa la monarchie de Versailles, tantôt l'objet de votre admiration , tantôt celui de vos déclamations injurieuses, selon que vous voudrez en faire honneur à vos amis, ou l'imputer à crime à vos ennemis \

SDR L'xifTRODCCTiOJiï HISTORIQUE. 55

r Opinion dti peuple français, moins versatile que la vôtre, restera toujours la même, pour attester la justice de la cause que rassemblée constituante fit triompher, et pour accorder, sans distinction de rang et de naissance , aux hommes qui s'associèrent à ce succès national, la part de gloire due à leur coopération et à leurs services. Vous voyez , Monsieur , que je m'adresse à M. de Montgailiard comme s'il pouvait m'entendre, comme s'il vivait encore. Je sais bien que quelques personnes prétendent qu'il n'est pas mort tout entier, et citent en preuve les modifications qu'on croit avmr été faites à son livre , depuis le jour où son trépas fut officieHemeitt constaté. Mais peu disposé à admettre qu'on puisse mourir à demi, et n'ajoutant pas beaucoup de foi aux revenants, je ne puis plus croire à l'existence de ces modifications, additions et soustractions, après ladéclaration négative et solennelle que les éditeurs viennent de faire, et à laquelle le Cbnstitutionnel a daigné accorder les honneurs de l'insertion.

Nous allons enfin aborder. Monsieur, l'examen de rhistoire contemporaine: j'espère vous démontrer qu'elle n'a pas été écrite avec moins de légèreté et d'injustice, que le discours préliminaire et l'introduction historique. Dans une troisième lettre , je vous ferai part de mes observations sur les commencements du règne de Louis XYI ^ et les premiers évélkements de la révolution.

J'ai l'honneur etc.

56 TROISIEME LETTRE

TROISIÈME LETTRE

Monsieur ,

Avant de passer à l'eauimeii du livre premier de

rhistoire de Tabbé de Montgaillard , je dois revenir sur certaines conjectures relatives à la £si03euse note ^ discours préliminaire ( page 3i ), et vous apprendre que , loin d'être aussi fondées que je le pensais, elles sont incontestablement Hausses, puisque les éditeurs dej'ôuvrage^très proches^parenta des écrivains honorables que je croyais victimes d'une perfidie, viennent de déclarer bautement que les notes, comme le texte, ont été publiées sur les manuscrits autographes de l'auteur, et qu'ainsi c'est bien la main de ce dernier qui traça les quelques lignes , où MM. Jay , £tienne , etc. , spnt non seulement exceptés de la réprobation générale lancée contre presque tous les écrivains de notre époque, comme atteints et convaincus d'avoir célébré tour à tour le despotisme et la liberté, mais sont encore recommandés à l'estime nationale. Il n'est plus permis maintenant , Monsieur, de conserver le

ASSEMBLÉE CONSTJTUAIIXE , 1 789. S'J

moindre doute à cet égard; TexccptioB que j'attrn

buais à la malveillance, est le fait de M. de Montgaillard; et lors même que les intentions de cet écrivain n'auraient pas été exemptes de malignité, les exceptés étant eux-mêmes persuadés que la note est un hommage rendu à l'invariabilité de leurs princqies politiques, il en résulte qu'eUe ne saurait être réellement injurieuse pour eux , puisque , comme disent les jurisconsultes : Folerui non fit ùyuria.

Que vous dirai-je maintenant, Monsieur, du tableau que nous fait Tabbé de Montgaillard du gouvernement de Louis XYI? Cest en vain qu^'on y chercherait des aperçus ou des fiiits nouveaux. Indécision et faiblesse du monarque, mœurs pures de ce prince à coté des prodigalités et de la dissolution de sa cour, vertus de Turgot et de Maiesherbes , radotage et entêtement de Maurepas , incapacité de Yergenncs, talents et immoralité de Galonné, scandale, déprédations , intrigues, ambition et médiocrité de Brienne , conduite et influence diverse de Mojstsieub et du comte d'Artois, portrait hideux du duo d'Orléans et du cardinal de Rohan , crédit de Tabbé de Vermond auprès de la reine , stérilité des assemblées provinciales, opiniâtreté des notables et des ordres privilégiés, inconséquence et téméritédes parlements dans leur appel aux étatsgénéraux, connaissances financières, esprit plus

58 TE01SlàM£ LETTRE 9

cultivé qu'étenda , inexpérience politique et austérité affectée de Necker; voilà les lieux communs que Ton rencontre dans tous les écrits relatifs aux conmiencements de notre révolution , et auxquels M. de Montgaillard , avec toutes les ressources de sa brillante imagination, n'a pu donner, néanmoins, un air de fraîcheur et de nouveauté. Il y a plus. Monsieur, toutes ces fastidieuses répétitions n'ont pas toujours le mérite d'éire reproduites avec ordre, et Ton est souvent frappé d*étonnement de se trouver reporté à 1776 ou 1780, après avoir lu do longues considérations sur les événements de 1786. Si vous joignez à cela que Tauteur se livre parfois à de soudaines digressions sur les afiaires de l'Amérique septentrionale , et qu'il passe brusquement d'un sujet à un autre , sans trop s'embarrasser de lier étroitement les diverses parties de son travail , et comme s'il ne faisait encore qu'une re^^ue ckro^ nohgiqm / vous conviendrez , avec moi, qu'il serait bien difficile de prendre cela pour de l'histoire, et surtout pour une bonne histoire.

Mais ce n'est pas assez. Monsieur, que de caractériser ainsi l'ensemble des divagations historiques de Tabbé de Monigaillard sur le gouvernement de Louis XVI; il faut, quelque pénible que soit cette tâche, vous présenter une critique spéciale des assertions et opinions qui me paraissent surtout fausses ou hasardées, et pour ne pas laisser plus

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ASSEMBLEE CON&TITUAinrB» 1789* Sg

long-temps Totre esprit dans les tourments de Fincertitude, de la curiosité et de lattente, ja me hâte d'entrer en matière.

Galonné et Brienne furent , selon notre historien,

les agents principaux de la destruction de la monarchie, et une flétrissure éternelle doit s'attacher à leur mémoire. A Dieu ne plaise que je cherche à les réiiabiliter dans l'opinion de la France , dont les intérêts les touchèrent moins que ceux du trône, ou que leur propre fortune. Mais sans donner à l'accusateur de Lachalotais le caractère d'un grand citoyen, ni à l'archevêque de Sens celui d'un homme d'état et «fun prélat intègre, il est permis de discuter îes motifs de la réprobation dont les frappe l'abbé de Montgàillard. Ces deux ministres, pressés par la marche des événements et surtout par l'effrayante progression du déficit, imaginèrent de combler l'abîme où l'état allait s'engloutir, avec la générosité des ordres privilégiés; ils assemblèrent les notables pour leur proposer des sacrifices en faveur de la chose publique, et toutes leurs de- Aiandes furent rejetées. M. de Montgàillard qualifie sévèrement, et avec raison , ce refus de la noblesse et du clergé de supporter une partie des charges de la société qui les faisait vivre dans l'abondance et les honneurs , et de se soumettre à l'impôt territorial, tout en possédant la presque totalité du ter- • ritoire. Mais comment se fait il que 1 administration.

6o TBOlSlÈtfE LETTRE y

qui Intta contre FégoMine opiniâtre des premier»

ordres et qui voulut les amener à des concessions indispensables, se trouve condavbnée précisément pour avoir adopté le système que l'on reproche aux notables d'avoir repoussé? P^'est-ce pas ici une répétition de ce que nous avons vu dans l'introduction historique, au sujet des tyrans féodaux et des despotes Carlovingiens et Capétiens , coupables, les premiers, d'avoir rempli la france de dévastation et de sang en attentant incessamment à la prérogative royale, et les seconds, d'avoir dé^ truit, par leurs empiétements successifs, Tindépendance, et partant le brigandage des barons? On dirait, en vérité , que M. de Montgaillard craint de perdre , par le non usage, le droit qu'il s*est attribué de se contredire formellemeut , et qu'il est obligé de ne pas nous laisser parcourir trop de pages , sans nous offrir un contraste dans ses jugements. Je ne ^ veux pas, au reste, insister d'avantage sur l'irré* fléxion qui l'a &it maudire, à la fois, le ministère et l'opposition de 1787 et 1788; il me suffit de vous avoir indiqué Tantimonie que présente cette double malédiction. Les qualités personnelles de Calonne (i) et de Brienne captivent seules ici l'attention de l'historien, comme il ne voyait naguère

(1) Dans ua avertissement , placé en téte de la collection des mémoires présentés à l'assemblée des notables en 1787 , Galonné s*eiprimait ainsi : a On neooDBaim que ks projets adoptés par

JLSSBMBUÉB GOJISTITDAIITB, 17^9. 6f

en Louis XI, Richelieu et Louis XIV, que leur caractère violent et despotique, sans songer qu'ils Texercèrent, surtout, potu* abaisser la puissance féodale qui pesait sur le peuple, et sans s'occuper

.• Sa Majesté «ont tous projets «actionnés depni* loog-tenps ptr » le public.

» Les assemblées proTÎnciales $ composées des repvésentants » de tous les propriétaires , pour fiilre les rMes et Tassîette dee

• contributions ;

»Lne répartition proportionnelle de l'impôt territorial , sur

• tous les fonds, sans exception quelconque;

» Le remboonement des dettes du clergé , pour cpi*il puisse

• contribuer y comme tons les autres snjeto du roi, aux charges » publiques;

» Un joulageuMat proviscure sur la taille} etc.; • Uabolition de la corvée en nature; » L'entière liberté du commerce des grains , etc. , etc. » Toutes ces vues qui ont été développées aux notables par V ordre du roi, étaient indiquées par le vœu nationaL^

» Des privilèges seront sacrifiés L. Oui, u. ivsncs i»b tsiit,

• le besoin l'eiige; vaudrait-il mieux surcharger encore les non-

• privilégiés , le peuple ?

, »I1 7 aura des rédamations L. On s'y est attendu. Peul->on

w faire le bien général, sans froisser quelques intérêts parti- » culiers? Rt'forme-t-on sans qu'il y ait des plaintes ? »

Galonné reproduisit cet avertissemeut à la fin du livre qu*il publia en ^790, à Londres, sur l'état de la FrcmcCy et qu'il accompagna de cette léflexion : « Voilà l'écrit que Tenvie de me » perdre fit traiter dincendiaire, sans que jamau la vérité de 1» l'exposé ait été contredite. On a trouvé que je n'y parlais pas

• avec assez de ménagements des privilégiés. •

6a TEOISI^E LETTRE,

du résultat de leur règne sur la destruction gra* duelle du régime seigneurial, dont la disparition complète et définitive lui Êiit pourtant voter des remercinients à l'assemblée constituante. H feut être juste envers tout le monde, même envers les ministres côurtisans qui auraient livré le fruit des sueurs du pauvre à Texigeance insatiable des dissi*pateurs, voisins du trône; il faut savoir reconnaître que Galonné et Brienne, justement accablés du poids de la haine et du mépris publics, pour leur profonde immoralité , se trouvaient, en présence des notables, les véritables représentants de l'esprit révolutionnaire, les continuateurs de Mazarin et de Richelieu, et les précurseurs de Necker (i) et de Mirabeau. Je sais bien qu'il serait ridicule de leur savoir gré des concessions qu'ils voulurent imposer à l'aristocratie; je n'ai jamais douté que le désir de remédier à l'embarras des finances et. de mettre le gouvernement à portée de briser toutes les résistances opposées à l'en^pire du bon plaisir, ne les eut seul déterminés à proposer des mesures populaires , telles que la répartition proportionnelle de l'impôt territorial; je suis également persuadé que, dans la convocation des états-généraux, les minis-

(i) Précurseurs de Nccker : ceci se rapporte au second ministère ) pendant lequel celui-ci fit convoqver les états-généraux du GeneroU ^ et rendre Védit de la double vqtfésentalion.

ASSEMBLÉS GOICSXIXUAJNTE^ ^1^9' ^3

très de Louis XYl n^avaient en vue que de se faire

accorder de Targent par les députés des trois ordres, sauf à les renvoyer dès que les subsides auraient été votés (i); mais je pense aussi que le but du gouvernement, dans un acte quelconque, n'en détruit jHàs la oature , et qu'une proposition utile doit conserver son caractère, dans l'histoire, indépen*damment des traver-s ou des vices de rhouime d'état don^elle émane.

^j^ve, Mpnsieur , aux avb salutaires que Tabbé de Montgaillard aurait pu donner à Louis XVI, si Tou eutwSongé à l'appeler dans les conseils de ce prinise^*|R0ur éviter les catastrophes de lai^volution, il fallait se garder le plus possible des innovaUoi^^i. et.se borner à faire revivre l'esprit de nos cotÊlmli^,ptpli(i¥es ( 447). « U convenait, ajoute-t* j» il^ d'interroger les temps antérieurs; on y aurait » \u^ que la distinction des trois ordres n'existait » .pas ^yi#t les Capétiens. Le roi, faisant la loi 9 avec les grands et* les hommes libres, voilà le » régime primitif des Français ! En réunissant donc les paiip^'l^els, dont le nombre s'augmentait » par l'ajiÇe^ction des chefs de plusieurs familles ' » éminentes,on avait une chambre haute composée » d'éléments convenables et homogènes. Les petits

(i) Les intaatîoiit de k court * ^ stqet, sont nalrement dé- Toîléa dans U kitrt de l'abbé Maiiiy à l'abbé de Ycnnond.

64 T&OISI]btE L£TTB£9

9 vassaux, mêlés à la foule obscure des nobles chi j» jour, venaient se fondre dans la représentation » des communes , et cette combinaison , en repro- » duisant le type estimé le plus ancien , s'adaptait » aussi à Tétat, aux besoins, aux lumières de la » société présente. Mais le conseil de Louis XVI ne 9 remonta qu'au moyen âge. » Ainsi ^ pour satisfaire les nouveaux besoins sociaux, pour calmer l'effervescence des esprits, résultat de l'incompatibilité des mœurs actuelles avec des institutions suraniiées, il ne fallait que s'enfoncer encore plus loin que ne le ûrent les courtisans de Versailles, dans les ténèbres dii passé ; c^est à dire que , pour mieux se conformer aux progrès de la raison humaine , on devait rétrograder davantage ! Et M. de Montgaillard nous parle pourtant quelquefois de perfectibi-» ^ lité, de la marche ascendante de la civilisation (79). (3^9 et 33o, introduction historique)! «La révo- » lution française, dit-il, est maîtresse du monde« » Ce n'est pas une révolution survenue dans le » palais ou dans le gouvernement intérieur, mais 9 un changement total opéré dans Tessence même M des esprits et des choses. Toutes les nations sont » en travail, et les révolutions naissent les unes » de^s autres ; encore un demi-siècle, et la révolu- » tion française sera consomiiiée dans l'ancien et » dans le nouveau monde. La révolution française » est indestructible dans sa nature et ses principes ;

ASSEMBLÉE CONSTITUA ITTE, I 789. 65

9» elle est invincible dans ses attaques, dans ses » effets ; car on ne tue pas les idées , a dit avec » beaucoup de sens un écrivain royaliste. Aujour- » d'hui, ce n'est plus un royaume, ce n'est plus un » seul peuple qui est agité par les principes révo- » lutionnaires ; tous les peuples réclament ou invo- » quent, par un morne silence, le système de gou- » vernement approprié à leurs besoins. Or, les be- » soins cl* un peuple naissent des idées dont il a été » imprégné par les événements sun'enus dans l'ordre » social , dans la marche de la ciuilisation. Lorsque » les barbares du nord ont été conduits à Paris , ils » ont bu dans la coupe de la liberté constitution- » nelle, ils ont entendu les mots liberté, égalité y » mots si doux à l'esprit et au cœur de l'bomme ! » La liberté leur est apparue avec tous ses bien- » faits; ils voudront en jouir; ils l'obtiendront de » manière ou d'autre , et plus tôt qu*on ne le croit, » peut-être, dans les pays du despotisme. )>

Vous préférerez avec moi , Monsieur, cette dernière prédiction, à celle dont le même propbètc a voulu nous effrayer, dans son discours préliminaire, en nous annonçant que l'Europe policée allait finir, et qu'elle se trouverait dans cinquante ans sous le joug barbare de la Russie. Mais quel était donc ce type ancien, qui, après avoir convenu aux peuplades sauvages de la Germanie, pouvait s'adapter également à l'état, aux besoins,

66 ' x ' • TROISIÈME- LETTRE,

• flnux IwDnièmiié la société présente? 'M. de Mont« :^aillard vous l'a dit ; c'est celui oà le pouvoir lér ^bit«i#.aurait.étÀ attribué à deux cbambresy dient ifuDe, formée par la haute aristocratie,' et .l'^autre , composée des petits vassaux., mêlés à la foule obsr •ooré ides nobles du jour^ qui.aà*aieQt 'Tenus se -imévêr dans la refNréaèDtation: des: ooiaiiiune& ^ue ce grand publiciste a été heureux de vivre *jÙ6<pi'eli i8a51 qur'il a dii entonner de bon. ccw 's6n Nane éiùMittis;'^ vojmt accomplir ses :rûsux , et reproduire son tjj>e estimé le plus ancien, audelà . de. ses espérances , par . la. dûubk:; intecvention; dé la noblesse dans; br- représentation nationale ! Cependant , quelles furent les merveilles .en£antées par cette admirable .constitution prir -flntiire,' que les .états-fgénéraus de iïj8^ auraient dii exhumer de la poussière des tombeaux de Clôvis et dePharamond?.M. de Moutgaillard s'est encore chargé^ de nous rs^pveftdre àui-xnéine : des .excès de tout genre, des crimes*, ^dea brigandages, l'anar* xbie féodale avec toutes ses .horreurs. £t c'était la résurrection .du: principe* qui avait produit ces • épou^ntabWs ' désordres , qu'on aurait du réclamei* comme le vrai, moyen d'en tarir la source iet d'en détruire lesiddrmères cbnséqueiiQesI Si (a Eranoé éproiivait. le besoin, d'extirper k féodalité Jusque dans ses plus profondes racines; si la haine .deid'ari&toccajtie eli f amour ' de* Tég^lilé lui inspi-

ASSEMBLlèE COHSTITUàaTB , 1789. 67

raient , seules , les dispositions révolutionnaires qui se manifestaient en elle de toutes parts, il était facile de la satis&tre et de l'apaiser, en donnant une nouvelle vie aux institutions d'où dérivaient les abus qui la poussaient à l'insurrection, en reconstituant, en rajeunissant rarisDocratie £bo* dale! Singulière découverte! bizarre expédient! qui , pour faire cesser le mal , en raviverait le principe l qui placerait Tanéantissenient de l'effet dans raceroissement d'activité de la cause ! Mais n'a-t>-on pas d'ailleurs essayé d'arrêter la révolution , avec la vieille machine que AL de Montgaillard regrette d'avoir vu tomber dans FouUi? Wy eut- il pas aussi, dans l'assemblée constituante, des partisans de YanUquè ûrgtansationy dont le tableau vivant existait par^lelà la Manche? J'en appelle toujours à M. de Montgaillard lui-même. 11 s'est plu à retracer les efforts des Moonier, des Lalh, des Neeker, etc., pour importer en Firance le système an« glais, et je ne vois pas, dans son livre, que ces efforts aient réussi, qu'ils aient répondu à l'exigence de la nation , et qu'ib fussent ainsi de nature à modérer le mouvement révolution naiie.

Autre moyen d'échapper, selon notre auteur, au débordement des passions populaires, et de régénérer paisiblement la i rance. 11 fallait que la noblesse de Provence consentit à honorer le comte de Mirabeau de ses suffrages, au tieu de rejeter

t>8 TAOISliME LETTRE i

cet homme qui devait être étun si grand poids dans la balance (467 et 468). Uabbé de Montgaillard oublie évidemment ici. Monsieur , les reproches qu'il a adressés (227) aux écrivain» royalistes qui donnent trop d'importance aux causes accidentelles de la révoliitioD ; il ne se souvient plus d'avoir dit (228), qu'en voyant un édifice antique toml)er en un clin d'œil , et s'ébouler comme un châteaii de sable, il n'attribuerait pias sa chute à de légers accidents; et pub^ 4aBS quel temps vient-il insinuer que Tinfluence de Mirabeau, rattachée à la cause nobiliaire , si ses pairs n'eussent commis la faute grave -de. le repousser de leur collège^ au* rait pu rendre Télan de 1789 moins hostile aux clasaes privilégiées? C'est loRsque ^histoire nous montre ce tribun 'audadeuz, menacé de perdre sa puissance sur l'opinion publique, et de voir passer en d'autres mains le sceptre révolutionnaire, précisémoit pour s'être cm le maître de la révolution , et avoir tenté de la réconcilier avec la, cour (1). Que dans les premiers jours de l'assemblée constituante, après l«>famu^e séftnce

(i) Ici encore on peut réfuter M. de Montgaillard par laiméine; il dit positivement à la page 368 du second Tolume de son Bistoirei « Miiabeaa lui-môme, dont les révolutionnaires ont fait » Phomme d'éUt par eicellence, Mirabeau, ai prénë et ii dénigré » depnîa trente ans, ne périt-îl pas anssîtôt qttli vonlot oonpri* » mer le ressort rémltttionnaire?*

ASSEKBiiB coirsTiTnurTc, 1789* 69

royale du ^3 juin au 14 juillet, le lendemaiu du 6 octobre, M. de Montgailiard, saisîmint fKir« tout en flagrant délit le crédit immense et le génie ardent de Mirabeau , se fût exagéré Tempire que cet orateur célèbre pouvait exercer sur la marche des événements, son erreur eût été naturelle; mais après tant d'exemples de Tira puissance des hommes, pour modiûer à leur gré le cours irrésistible des choses; après la déchéance successive de tous les potentats de la tribune, qui voulurent diriger, selon leurs vues personnelles, et ralentir arbitrairement le diar de la révolution, depuis Mounier et Mirabeau, Barnave et Lameth, Dupopt et Thouret, jusqu'à Vergniaud. et Brissot, Desmoulins et Danton, prétendre encore que l'élection de tel député , par Tordre de la noblesse , aurait pu changer la. direction des travaux de l'assemblée nationale, et rendre les chances de la .révolution moins défrcvocables à l'aristocratîeJ Reprocher en conséquence- au patriciat français d'avoir commis une &ute grave et. contribué lui-même à la perte de ses privilèges , en refusant de se faire représenter par Mirabeau ! C'est ne tenir aucun compte des leçons de l'expérience, et donner, ce me semble, •beanôouprtropd^mportanoe aux4ndividus, cmme causes occasionnelles.

Vous «m du être bien plus* surpris. Monsieur, en Usante aux pages 3, 4 et 5 du second volum.

7Ô . T£OJ&l£M£ L£ITJiS , '

qae la rérolutionV dont les principes ont heureU"

semçnt conquis le monde , avait été Touvrage d'une assemblée composée de sots, dUgnocants et de per- Ters. Vous n'étiez pas préparé, sans doute^ à cette révélation ; vous ne deviez pas vous y attendre f surtout, si vous tous rappeliez Les rem^rdment» votés à ce sénat illustre, an nom de tout le geme humain, dans le discours préliminaire; mais venant à réfléchir que vous lisiez l'abbé de Mo<it<r gaillard, comment auriez-TOOS pu vous étonner encore? La contradiction, Monsieur, la contradiction ! Voilà ce qui le distingue éminemment de ses devanciers, qui se bornèrent à maltraiter l'un ou l'autre des partis, et ne songèrent jamais au succès réservé à l'historien qui oserait les frapper tous d'une égale r^>robati<m, et pousserait la manie des invectives jusqu'à les faire tomber sur des têtes qu'il aurait déjà environnées de bénédictions. Vous aviez accudlli avec transport, f en suis persuadé. Monsieur, le passage prophétique où l'historien, pressé par ses sublimes inspirations, vous transportait avec lui dans l'avenir, pour vous montrer les doctrines de l'assemblée constituante, s'éten^ dont sur la surface du globe habité : eh bien 1 vous apprenez maintenant que ce conseil amphictio* nique, dont V influence devait se projeter dans les siècles à venir ^ et hâter V affranchissement du genre humaùi, n'était que la réunion des inoapfcCités :el

ASSEMBLÉE COICSTITUAWTE, I789.

des nullités, pour ne pàs dire rei>fc™éefc dans les trois ordres. « Les assemblées bailliagères, » ditM. deMontgaillard, ont envoyé, pour travaillée » àcette.œwresidifficitedei«fai|dro.imétat,iinff » foule de curés de village qui n'eurent jainaî* idée yide^oéi^ttt fait un état y qui, ne reconnaissant rien 9 ^ ce monde au-delà dei bcnrnëft de leur obscure ^ paroisse 'iK^ît vivant dans une pauweté saiïs'Pe4« •sei^esviie^uraient voir qu'avec des yeux d'enwtwim^Mte&^Sovtwae&i aoiteicdésiâstiquesjsoit x> laïques, la majorité des député* du tiers-état «on* Aaairte^ie» praticiens et en membres inférieurs et » ^otsntsuieehaqiïB classe, é^estiiuiire en méca* » niciens de la profession : il y. a iquelquës cxcep digne* d'attention; mais la composition géi>i«iéw*w«eforine tfobscuwfcavdçatsde province, de » commis de petites juridictions locales v'^^ pï»^ vJ^wkoÊ^ ou notaires de petits bourgs , et de toute »^ lu Ij^^i'de^cesîprbceBSife Tnunicipaux,iomen- » tateurs et cHefs des roisérables ^e«lles qui.dé* v^soleut iuoessamment les villages et les petits pro^ *iJprté«tf|eâi* PuisquîU suffirait d'être reconnu ou » simplement toléré noble ou ànobli potw eutreis 3fci^da»*rli38 assemblées de l'ordre de la noMeese, le» » âil6«8b$idevaient se réunir sur un grand nombre i 4e nobles nécessiteux, par oônséqueiûisàiislu^ 1» mières, envieux et remplis de petits pr^ugés.-* Qui recomiattt^ty à: ce tableau , les étals^généraux

fit TROISIEME LETTA£,

de 17899* ies UbénOeùrs du genre humam? Si Ton ne savait que c'est bien d'eux qu'il s'agit ici, on aei*ait tenté de .croire que M. de Montgaiilard a TOiilu £ûre un portrait de âmtaisie, ou qu'il a découvert, en fouillant dans les annales des temps primitifs , l'état personnel, de la représentation na* ttonalet dans quelque dulmp de Mars ou de Mai, et qu'il s^est amusé à laire, sur cet antique modèle, la caricature 'de la premitre de nos assemblées. Sans doute il siprait encore possible aujourd'hui de composer une chambre représentattre, teUe que Fa supposée cet écrivain; mais tous les éléments ne s'en trouToraient pas dans le même pays, et à moins d'aller chercher en Ecosse les successeurs des légistes que Walter-Scott a peints dans ses romans, pour les méler.anx prêtres catholiques de lUnterwalden , que l'on réunirait ensuite aux Gus« man et aux Alvarez de Castille, il faudrait désespérer de voir réalisur k burlesque assçmblagé que l'on ose nous: donner comme un fait historique contemporain. Oui, Monsieur, ce bizarre amal* game poursait seul produire le tableau que vcus a bit Fabbé de Montgaillard de cette assemblée constituante qui, de son propre aveu, mérita la reconnaissance de la France et du mpnde entier. Si les traits sous lesquels il l'a peint j6onl vrais ; si le pinceau de l'historien est fidèle, il ne nous reste plus qu^à no.us humilier devant les décrets

àjWMfBT.IIK COmnTUlHTB , 1789. j3

de la providence y qui fit jaillir tant de lumières du atàn des plus épaisses ténèbres.

Mais c'e^ aux arocats que M. de Mootgailkrd en veut principalement : en fait de haine ou de. mépris pour eto, c'est déddément un petit Bonaparte. Il ne dît pas crûment et laconiquement, comme le grand homme, que ce sont des l:iavards; IL cherche à le prouver par de longs commentaires, et finit par déclarer que les jeunes gens qui étudiaient la jurisprudence dans l'ancien régime, ne s'occupant que des lois civiles, leur ignorance politique et constitutionnelle était complète, ce que nos assemblées législatives ont démontré.

Je sais, Monsieur, que vous êtes vous-même assez mal disposé pour les gens de loi , et je vous dirai qu'il ra'arrive aussi quelquefois de me surprendre avec des pré^^entions peu lavorables sur leur cQpmpte; mais il lae smble que l'abbé ck Montgail Lard choisit bien mal ses exemples, quand, pour donner des preuves de la loquacité, de l'ignorance, de Tan^bition èt de l'avidité des avocats, il va les chercher dans les états-généraux de 1 789. Si cette assemblée çl préparé L'affranchissement du genre humain^ quels sont en effet les hommes qui prirent le plus de part à ses immortels travaux , qui déployèrent à la fois de grands talents et de beaux caractères? Ne sortaient-ils pas tous, ou presque tous, .4u barreau? Mounier^ Bar-

74 ' TROISIEME lETTRK ,

nave, Thouret, Tronchet , Target, Threillard, I^njuinais, Buzot, Le ChapeHer, Ghabroud, étaientils de misérables praticiens, étrangers* à la science du pubiiciste , et j^évorés seulement du d^sir d'accroître leur réputàtioii ou leur fortune ?. Eîux qui , après avoir tût admirer tour à tour leur éloquence et leur savoir, à la tribune ou dans les comités, restèrent fidèles k la cause de la révolution, au milieu des plus cmelles yicissitudcs ! M. de Montgaiiiard a oublié sans doute comment ont vécu, comment sont morts ces illustres citoyens. Il ne s^est pas souvenu non plus que Vergniaud , Guadet, Gensonné et les principaux orateurs ou hommes d'état de rassemblée législative et de la convention , appartenaient à cet ordre des avocats, qui renferme, selon lui, les plus verbeux, les plus vains, les plus ambitieux de tous les bommesi Mais pourquoi des annotateurs^ officieux ne solitils pas venus, cette fois, réparer les torts de sa mémoire, faire d'bonorables exceptions, et soustraire au moins leurs amis à Tanathème 'géliérat lancé contre une dassè de Français qui contribua si puissamment à la régénération de la patrie? Cest unevérital^e lacùne à signaler : espérons -qu'elle^ disparaîtra dans une nouvelle édition.

Je termine ici, Monsieur^ et renvoie à ma prochaine lettre les observations que j'ai à vous 'présenter, tant sur la manière dont l'abbé de Mpnt-

ASSEMBLÉS CSOKSTlTn/UITB, I789. 7$

gaillard expose et apprécie les travaux de rassemblée natioDale, que sur les portraits des per-

sounages influents de cette épo(jue, qui m'ont paru le plus souvent défigurés.

J'ai l'bonneur, etc.

QUATRIÈME LETTRE

Pâri», X 5 juillet

Monsutu&y

La condamnation en niasse des membres d'une

assemblée, que l'on reconnaît avoir conçu et exécuté de grandes choses, devrait faire supposer au moins qu'ils furent les dociles instruments de quel* que homme detat extraordinaire, roi, ministre ou législateur, sous les auspices duquel ils purent opérer cette Taste régénération, dont on veut bien leur laisser la gloire. On se tromperait fort cependant si l'on s'attendait à trouver cette conséquence rigoureuse dans un historien dont Fargumentatiou consiste le plus souvent en injures, et qui rejette avec dédain les règles de la logique, comme trop gênantes pour son irascibilité. « Le caractère du monarque » qui convoqua les états-généraux était d'une si » molle contexture , dit l'abbé de Montgaillard , ' » qu'on pourrait Tassiniil^r au plus faible de tous » ses aïeux, si remarquables d'ailleurs par le » nombre d'esprits faibles et d'inconstantes volon- » tés, vices héréditaires dans la succession de

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