ASSEMBLÉE CONSTITUANTE, I
» Hugues Capet. » Son pTincipal ministre » ce même
Necker, à qui l'on accordait, à la page 43 1 du premier volume, la science des affaires de ftiumee^ n'est plus, à la page i5 da second volume, qu*iMi banquier ne comprenant pas la science des finances , et ignorant complètement l'art des institutions poli* tiques. « On a fait de M. Necker, dit-il, Un grand » ministre, un homme de génie, un sage, et pres- 9 qu'un de ces sages de l'antiquité dont le nom est 3 synonyme du mot vertu. Rien de tout cela : le » Genevois était tout simplement un intrigant » parvenu, un ambitieux exalté jusqu'à la dé- » menoe..— Quant à ce qu^on appelle strictement » probité , cette grande vertu morale, tout le monde 9 sai^ aujpurd'hui que M. Necker av^it fait.ppur sou n compte particulier des spécaktena .Jur.lesAni» » nuités anglaises, au moment du tralfeé-de paix de » 1783; mais M. Necker avait reçu commission 9 d'acbeter les annuités anglaises, pour un persbn- D nage que sa très haute position tenait aû courant 9 des secrets de l'état; et, tout en ayant l'air d'exé- 3» ciiter)acommi88iondontilétaâtQbargé,M>ilteckev 9 intrigua si bien qu'il joua le personnage et fit là
9 spéculation pour son propre compte Il doit
3» être regardé du reste comme Tun des plus mau-. 9 vais ministres qu'ait eus la France. Nous ajoutie» » rons qu'on peut l'envisager comme l'une des 9 principales causes additionnelles ou d'accident
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» qui précipitèrent les approches de la révolution « française; car les écrits de ce banquier contri- » huèrent puissamment à échauffer les esprits, et m à les diriger vers les innomtions funestes. » 11 est inutile de s'arrêter à Tétrange reproche adressé au ministre genevois d'avoir pris une grande part à la révolution (i), qui doit profiter à l' humanité tout entière^ quoiqu'elle ne soit plus ici qu'une série de Jkfnestef ianovdiiùns. Nous vf^rons plus tat*d que les innovations, conçues par Necker, seront précisément celles dont le rejet causera de vi& regrets à Tabbé deMontgaiBard.Nousavonsdéjà remarqué» au sujet
(t) Madame de Staël a oommisy k Tëgard de SOrabeaii, l'incoDséqnence dans laquelle tombe ici l'abbé de Hon^aillard , an
sujet de son père, M. Necker. Après avoir proclamé la nécessité de la réToIutîon , elle ne yoit plus que des principes désoFgani« saleurs et fune6tea dans les principes réTolutlonnaires de l'an- ' d^Çux tribun , ce qui a fait dire à Bailleul : « Cette accnsation » serait bien placée dans la bouche d'un contre-févolntioniiaiFe; » maïs on ne la conçoit pas dans on ouvrage ou Ton a commencé »' par reconnaître que la révoluttùn de France ett urne des i grandes époques de Pordre social^ qu'elle était néeêfsaire et i inévitable» » Il n'est pas plus aisé de comprendre comment lliistorien qui a voté des remercîments à l'assemblée constituante pour avoir f^op&ommé cette grande rèvoUuitm , peut ne plus considérer que comme un dangereux novateur le ministre qui l'a préparée par son administration et ses écrits , et dont la re* traite, en 1791» si l'on s'en rapporte au même attteur, îa!t âodueillie par les factieux avec wie /oie etmcéntréek ( Tome Ti, pag. a59.)
asscmblAb coNSTJTnurTE , 1789. 79
de rédit dçla. dQubk^ représentation du tiers-état^ qu'il pensait sur ce point comme V intrigant parvenu.
J'ajouterai qu'il considère, comme irréfragable, l'avis d'ulii membre du conseil relatif àla nécessité de fonder la représentation sur la propriété seule ( i \ « ce que la » force des choses, dit-il, ce que l'opinion , éclairée » par de çrueis événements , ont enfin établi. » Il est bon de prendre acte de ce^ profession de foi Jtant soit peu hostile à Tindustrie , aux arts et aux sci^nçes.2 dont les prpgr^ font pourtant la gloirç de notre époque. Peut-être n'arriyeronsrnous.pas ^ la fin de l'ouvrage sans ^voir à signaler plus d'unç
(i) La proposition de Mal*»slierbcs était une amclioratîon 'à l'époque où elle fut faite, puisqu'elle tendait à associer tous le? pvf^priéui^eii^ à la pui&sauc« polUique | sans diitjnr.ti<y de ra^ig et de fiBÎSMiice», dAU un temps où la naissance et le rang ooiw centiateat cette même puissance dans les ordres priyiié|;iés ^ on dans certaines corporations. Depuis l'assemlilée cônstitttjiiite', 1b scènè a duingé de fbce et Tiimovation -de Malesherbei « eêsié d'aToir un earaètère progreseX Cest œ 4çA échappe id \ Tabbé de Montgaillard, quand il s'applaudit de l'applibation qu'a obtenue de nos jours le principe de l'ami de Turgot. L'amendement que la chambre des pairs a fait insérer cette anné^'dao^ la loi sur le-juri ^ en fiiveur des licenciés ou docteurs des quatse facultés , prouve que les liommes lés plus endins par leur posî* tion à faire prédominer la qualité de prapriétiUrr i ont sôiti que la société était au-delà de oétte prédottmianee eridushie , et qu^ y avait de nouveaux intérêts sociaux qu'on ne pouvait laisser plus long- temps sans danger ^ hors de la considéraûon politique.
3o QUATRIÈME LETTRE.
rétractatioii , implicite ou expresse , dans quelques
pompeuses déclamations en laveur des industriels; des artistes et des savants, ou dans quelques violentes diatribes contre les représentants de la propriété territoriale.
Mais prenons garde, Monsieur, de ne pas nous égarer à la suite de notre auteur, el n'allons pas nous jeter dans un labyrinthe inextricable en cherchant à saisir les innombrables erreurs, faussetés où contresens, dont son livre est rempli. Je vous disais donc, en cômménçant cette lettre, que si l'assemblée constituante forma sa majorité et sa presque unanimité, de prêtres , de nobles et d'avo"* cats , également ignorants ou cupides ^ it était néces^ saire d'admettre qu'elle fut dirigée, dans ses immortels travaux, par l'intelligence supérieure d'un roi, d'un ininistre , ou d'un législateur asisex habile pour tirer un parti merveilleux d'une composition ausisi désespérante. Nous venons de voir que ni le monarque, ni le chef- de son conseil n'avaient reçu du ciel le génie qui pouvait enfanter ce prodige. Reste à examiner si parmi les rares exceptions qui se firent remarquer aiu milieu de l'incapadté et' de l'ambition universelles, on peut trouver l'es véritables moteurs du rouage immense, dont le jeu produisit les impérissables résultats, qui nous font palpiter de reconnaissance au souvenir de cette époque; reste à savoir si les grandes résolutions et
ASSEMBLÉS CONSTITUA ÎTTK», I789. 8?
les actions généreuses, que nous admirons dans rhistoirede 1789, ont leur principe, sinon dans les lumières de Louis XVI et les intentions libérales de Necker, au moins dans la force d'esprit, l'élévation de sentiment, l'enthousiasme et la pureté civiques d'un ou de plusieurs députés , hommes d'état aussi habiles qu'intègres patriotes, et capables de faire concourir une masse d'ignares et d'intrigants à l'accomplissement d'une révolution , où le désintéressement et la capacité politique semblent avoir atteint leur apogée. Eh bien ! Monsieur, ni le caractère, ni les talents des membres influents de l'assemblée constituante n'expliquent encore la régénération que les siècles passés avaient préparée, et qu'elle compléta par ses décrets. Les uns ne songèrent qu'à faire fortune, ou à défendre leurs privilèges; les autres furent des rêveurs. Ecoutez plutôt l'abbé de Montgaillard : « Les chefs de la majorité j» du clergé, dit-il, les chefs de la majorité de la » noblesse sont plus jaloux de conserver les attri- M buts de leur prépondérance, avec leurs prérogaw tives exclusives, que de concourir aux améliora- » tions que réclame l'avantage et même le salut de la » patrie commune. Parmi les députés qui dominent » l'opinion de leurs collègues du tiers-état, Mirabeau, Sieycs, quelques affidés du duc d'Orléans >» conçoivent déjà le dessein d'entretenir les trou- » bles du royaume pour satisfaire leur ambition,
8a QUATRIÈME LETTRE 9
» leur cupidité ou leur orgueil blessé; d'autres,
» Bailly, Lafayette, Thouret, Barnave, Grégoire, » emportés par des idées absti aites de bien public, » séduits par des systèmes généraux de rénoyatioii » politique, se montrent empressés d'en faire l'ap- » plication sur une nation, dégradée et corrompue A depuis tant de siècles par un mauyals gouyeme- » ment, comme s'il sufBsait de présenter à cette » nation la robe de l'innocence, pour lui redonner U cet état. (Page 29, ton^ell). » Voilà qui est ckdr, positif, Monsieur; la plus grande partie des faom* mes quijprétèrent le serment du jeu de paume étsuent mus par des considérations personneUes; «t la faible minorité, accessible aux inspirations du civisme, ne sut rien imaginer d'applicable à la franco du i ft^. siècle, se perdit dans les abstractions, voulut le bien sans le comprendre, et n'embrassa que te fautùme de la prospérité publique. Ainsi lè plus grmd pas vers t affranchissement total €lu genre humain fut fait par des infirmes politiques, et la révolution la plus féconde en éi^énements créa' teurs et en causes génératrices, résultat inoui de la triple incapacité du prince, de son premier ministre et des députés des trois ordres, provient nécessairement de l'impuissance des uns et de la sté* rilité des autres (i). Voyez, au reste, avec quelle
(1] Walicr Scott, dans son TMeau la révoMum fran*