ASSEMBLÉE CONSTITUANTE, I
qae de stériles spéculateurs qui furent emportés par des idées abstraites de bien public^ et se ktiS" sèrent séduire par des systèmes généraux de ré" notation poUtique. Des idées abstraites ! Ënteodez- Tous, Monsieur ? Gela vaut Yidéohgie, D'un trait de plume l'historien condamne dédaigueusemeiit ce que le monarque croyait flétrir d'un mot* Mais Bonaparte avait perdu des batailles, quand il- se fichait contre les idéologues; il avait aperçu la double influence de leurs doctrines dans l'élan national des populations germaniques, et dans le mécontentement du peuple français. M. de Montgaillard, ce me semble, n'avait point contre eux de semblables griefs; et s^l éprouva jamais quelque désappointe* ment dans ses courses de Paris en Afrique, de Gibraltar à Ltondres, de Hambourg à Rastadt, je ne croyais pas qu'il pût l'attribuer aux hommes qui professèrent V amour pur du bien public , et qui .poursuivirent avec une constance admirable Toeuvre de notre régénération. Napoléon d'ailleurs était conséquent, lorsqu'il affectait de ne voir, dans la persévérance des amis de la liberté, que le produit d'tme ténébreuse métaphysique. Il parlait au retour de Moscou , en 1 8 1 2 , comme à la barre des anciens au 18 brumaire ; c'était toujours le détracteur de reprit 'et des farmes démocratiques, ne voyant que désordre et- anarchie dans l'extension de la puissance populaire , et plaçant le bonheur social
86 QUATBIÀHE UTTBE,
dans l'unité et l'intensité du pouvoir suprême. M. de Montgaillard, au contraire, répète incessamment que rère des gouyernements constitutionnels est arrivée, que les principes de notre révolution vont conquérir le monde, qulls affranchiront le genre humain , que Fartillerie est impuissante contre les idées, que le torrent ne peut plus être refoulé, etc.» etc. ; et cependant ces idées et ces prin» cipes, auxquels il promet solennellement la conquête de l'univers entier, ne doivent plus être considérés, selon lui, que comme de vaines abstractions, si l'on vient à s'occuper des personnages historiques qui furent les premiers à les proclamer et qui contribuèrent le plus à leur triomphe. Alors la nécessité d'une révolution politique disparaît pour faire place à l'impossibilité d'appliquer un système général de rénovation à une nation dégra^ dée et corrompue; alors les lambeaux du costume gothique, dont nos pères furent chargés au moyen âge, cessent d'être pesants ou ridicules, et nous devons nous estimer heureux de pouvoir en couvrir notre nudité, indignes que nous sommes de revêtir la robe de l'innocence !
Il arrive pourtant quelquefois à Tabbé de Mont* gaillard, Monsieur, d'avoir pour lui l'opinion publique et Têquité , dans ses jugements les plus sé.vères. £n blâmant indistinctement tous les acteurs du drame révolutionnaire^ ses coups tloivent en effet
ASS£MBLSE COaSTiTUAimt , ^
frapper nécessairement juste, lorsqu'ils viennent à tomber sur quelques uns des grands coupables, qui malheureusemeRt ne furent pas assez rares dans nos débats politiques. Ainsi personne ne songera sans doute à lui reprocher d'avoir calomnié Sieyes, en lui attribuant d'avoir pris une part active aux proscriptions des 18 fructidor et 18 brumaire; et tout le monde s'empressera d'applaudir à larrét de flétrissure lancé contre ce puritain de la lOferté et de r égalité, prenant le titre de comte et se couvrant de cordons. Mais sans absoudre trop coraplaisamment l'apostat républicain, dont la dissimulation profonde et les sourdes intrigues firent tant de mai aux patriotes, ne peut-on pas révoquer eu doute les étranges paroles que lui prête, et que croit avoir entendues Tabbé de Montgaillard? Tout ce qu'un homme peut savoir, je le sais; ,y* j'ai creusé et analysé la législation beaucoup » mieux que Tiocke et Montesquieu: je n'ai plus » rien à apprendre des hommes ( 35- 1 1 ). » Quelque présoroptiimix et vain que se soit montré le sombre publiciste, dont Mirabeau voulut un jour taire considérer le silence comme une calamité publique, est-il permis de supposer que le délire de l'orgueil ait jamais pu altérer assez son caractère mé-' .fiant et taciturne , pour le rendre tout à coup expansif jusqu'à la maladresse et à la sottise ? Non , je ne le pense pas*. Aussi quand notre historien, afin
^8 QUATAlKlfB LETTIIE, '
de fermer la bouche aux incrédules, déclare avoir çnlendu lui*iQéme M* Sieyes proférer phrase que je viens, de transcrire» {e n'hésite pas à le croire dupe de la fécondité de son imagination, qu'en çette occasion, et par mégardC:^ il a dû prendre à çDup sûr pour sa mémoire.
Je n'ai pas encore fini sur l'abbé Sieyes, Monsieur; quoique ce nom sonne mal à vos oreiUes, et que je n*éprouye pas moins de répugnance que tous, poup l'un des principaux meneurs de la faction des constitutionnistes et des diplomates , dont l'influence fut si fsitale à la France ^jfi sens le besoin d*opposer à la condamnation trop rigoureuse et au blâme exagéré deTabbé de Montgaiilard, le souvenir des services que ce métaphysicien fameux rendit à la cause nationale, dans le pénible enfantement de notre liberté. Il est incontestable aujourd'hui que la brochure : Q^' est-ce queieMers^tat? servit réellement de fanal à Topinion publique, sur les questions fondamentales et entièrement neuves mises à l'ordre dur ybnr par les événements de 1788 et 1789; qu'eUe prépara la solution de ces questions par les états généraux , solution qui ne fut autre que la révolution eile-méina }1 n'est pas moins avéré que la motion de donner à la réunion des députés des trois ordres le titre d' as5€7nbli^e des représeutants connus et vérifiés de nation française, amena la proposition plus simple de M. Legrand, et que ce (ut de
AStBMBiiB coHimuAim, 1789. 89
}a fusion des deux motions , qu*à la séance du 1 7 juin, jaillit la déclaration^ par laquelle les mandataires du peuple français, déplaçant le mot de Liouis XIV (i), osèrent dire à Théritier de cet orgueilleux monarque» au patriciat et au sacerdoce : L'état c^est la nation, et nous sommes ses organes. M. de Montgaillard reconnaît lui-même que cet acte, expression manifeste de Faudace qui animait les çhe& du tievs-état, renfermait en lui seul toute la révolution. Si donc nous n'avons pas oublié que la révolution prépara TafEranchissement et le bonheur du genre humain, il nous deyiendra difficile d'in-
(1) Ge mot, qii« Napoléni a reproduit de nos jous , n'a pi^ peu contrîlmé à &ire peser, snr la mémoire dn grand roi, le reproche dUmpopnlarité. Cependant, si l'on réflëcbit que le
peuple n'était pour rien dans cette boutade du maître j qu'il était fLlors inaperçu dans la sphère politique , et que la déclaration superbe de l'autocrate de Versailles ne s'adressait qu'aux classes priTil4||iées qui aTaienI aussi Tamliition de renferme^ Télat en çUes-mémeSy qn finira par se couTaincre que le langage despotiqué de IiOuU XIV fut plus liostOe aux prétentions féodalci^ nitramontaines et parlementaires qu'aux intérêts nationaux, et qu'il ne fit qu'exprimer, le plus laconiquement possible ^ l'état d'anéantissement où étaient tombées les anciennes puissances sociales, et qu'aplanir, Itien innocemment sans doute, les Toies à la résolution : c'est ce qu'a reconnu Vanteur de la Coiyvratioii de Cùtf-Mar^ iJfred de Vigny, en disant 4|ue EicheUeu^ dont Louis XIV lut le continuateur , avait sapé la monarcbie paç sa base, en renversant l'échafaudage aristocratique élevé par féodaUtc.
QO QUATRl£]i£ LETTRE,
criminer, d*une manière absolue , Thomme qui eut
le plus de part à la résolution qui détermina ainsi la crise salutaire, d'où devait résulter l'émancipation universelle des peuples.
» Mais , dit notre historien , le titre d'assein blée » nationale ouvrit à ceux qui la composaient, les » voies à l'absolu pouvoir ; cet acte renversa subite- » ment et sans précaution l'édifice monarchique 9 du i8^ siècle. » L'édiûce monarchique du 18*^ siècle! jusqu'ici on avait considéré ce siècle comme une époque de décadence et de destruction; ce n'était ni au règne de Louis XY , ni à la régence de de Philippe d'Orléans, ni à la vieillesse de Louis XIV, qu'on avait coutume de rattacher Tinstitution de la monarchie qui succomba en ijSq: ou croyait au contraire que le 18^ siècle n'avait fait qu'accélérer et consommer la ruine de l'édifice monarchique , restauré passagèrement, avec les dépouilles de l'aristocratie, par Richelieu et Louis-le-Grand. M. de Montgaillard a pensé autrement. H a vu l'esprit de création dans le développement de la puissance désorganisatrice , et s'est imaginé d'avoir aperçu le génie de Clovis, de Charleraagne ou de Hugues Gapet, soit dans le confessionnal de Leteliier,ou le boudoir de la Pampadour.
Passons sur cette vision , Monsieur, et arrivons au reproche qu'on adresse aux états-généraux, de s'être investis de l'absolu pouvoir « et d'avoir ren*
ASSEMBLÉE GO» STJTUAIÎTB , l?^* 91
versé la monarchie sans précaution , en se déclarant assemblée nationale. Sur le premier point, il me semble que^ pour effectuer une réforme générale, au profit du gros de la nation ou du tiers-état , et au préjudice des prérogatives du trône, du clergé et de la noblesse, il était indispensable que la suprême influence sociale, ou la souveraineté, échut au tiers-état, au moins pendant la durée de la destruction des abus et des privilèges. Quant à la question de prudence, elle ne pouvait se présenter au milieu du déchaînement des passions révolutionnaires, . dont rinterrention seule était pourtant capable d'opérer le vaste ébranlement, et de décider la démolition complète et définitive de l'édifice féodal. Les hommes qui. accusent l'assemblée constituante de précipitation et d'imprévoyance supposent toujours qu elle put s'isoler du mouvement social dont elle n'était elle-même que le résultat et l'expression, 6ire l'opinion publique dans ses comités, et maîtriser à son gré Texigeance de la nation. Ils oublient toutes les circonstances qui environnèrent les délibérations de ce sénat immortel , et semblent croire qu'il procéda à la régénération de la France, dans une entière indépendance des considérations tempôrairesetlocales; c'est adiré que, comme Moysei,Nuraa ouMahomet,il eut le temps de se livrer, dans le silence et le calme de la solitude, à delongues méditations sur ses plans législatifs, avant de les produire';
9» QUATEliME LETTEE,
et quM y joignit aussi FaTantagedepouvoif lesplaeer sous la protection d'une puissance mystérieuse, pour les rendre inviolables, et pour étouffer toutes les ré' sistances, sous* le poids des croyances ou des préjugés religieux. Madame de Staël elle-même, dont le iiQm çst si souyeut invoqué par les amis de la liberté, n'échappe point à cet écudl dans ses Considérations sur la rét^hition française. Dupe de S8^ rancune envers rassemblée qui eut le tort de ne pas persévérer dans sa première admiration pour Necker, elle tombe, à roccasion du décret du 17 juin, dans les mêmes inconséquences que la fureter de blâmer ou de médire a fistit coi!nmettre à M. de Montgaillard ; et elle se trouve ainsi entraîpée, par son idolâtrie filiale même, k exprimer une opinion qui devait obtenir l'assentiment d'un écrivain, obstiné à flétrir la mémoire de son père. « Ce décret, dit-elle, était la révolution elle-même : 3» combieun'importait-il donc pas de le prévenir Et cependant cette femme célèbre, ainsi que Ta observé judicieusement AL Bailleul, avait commencé $on livre en 4éclarant que la révolution de France était une des grandes époques de Tordre social , l'œuvre des siècles et dq développement des idées ^
(i) Madame de Staël s'exprime encQre ici comme onefoul^ de prétendus partisans de la révolution, qui persistent à la jugée da point de vue contre>r4volutioanaire^ et à la (considérer conu^ ^fk, viaDieur à éviter.
ASSEMBLÉE CONSTITUAUTE , 178g. g3
le triomphe des lumières^ et en on mot, Févéne* ment le plus favorable à la grandeur et à l 'amélio-' ration de l'espèce humaine. Ah! ne reprochons plus. Monsieur, àTabbé de Moiitgaillard ses violentes attaques contre l'assemblée nationale^ pour n'avoir pas^ prévenu la révolution qui était destinée à SflMpie|# et à i'afff ânchissement dunumde: il était eiLCusable, lui, de tomber dans Tabime des conti^ctions et des erreurs, que le génie lui-même
.^jhlMfties, plumes libérales, dont les productions Iprment aujoud'hui la bibliothèque sacrée des fUmÊjf^Êkt^i'^, adeptes du constinaionna&sme mijmmBH^ ^ont pas retraeé avec fidélité le caractère
des événements qui décidèrent la chute de Tancien l^gi||||f t,r4iMl)>iisseaaent de la liberté, il est con* «olant de i Toir justifier les premiers et les véritables
libéraux français , ceux dont les doctrines furent réellement utiles à leur pays, par des écrivains qui appâiFdÉliifiSt à une nation considérée jusqu'ici comme Féternelle rivale de la France. Walter Scott, rAngjji^^gj^ l^'firistocrate Walter Scott , dans un Uvre d>aillfiirs.rempli d'inexactitudes et de déclamations banales, a mieux apprécié la position el ki conduite des députés du tiers-état , à la séance du 17 juin tj&gyq&^iûL^oni osé le faire la plupart des histo- Hens qui affectent de se ranger sous les bannières d]Li^][i]j|éralisme. « £n raisonnant d'après les idées
94 QUA^TRIÈME LETTRE,
9 communes, dit-il, il serait difficile peut-être de
» justifier des représentants qui, convoqués pour » un objet déterminé, investis de pouvoirs rdati£s, » dénaturaient à ce point leur qualité primitive, et » se plaçaient, par rapport à la couronne et à la na- 3» tion , dans une position si peu conforme à leur » mandat. Màis i'iusenMeée nationale samit très » bien qu en étendant ses pouvoirs îiurdç\k des limi- » tes prescrites , elle ne faisait que seconder le vœu » de ses commettants , et qu'en assumant une au- » torité plus vaste, elle pouvait compter sur Tappui » de la nation tout entière , les classes privilégiées exceptées. » M. de Mpntgaillard n'a pas su se placer à ce point de vue élevé; il est resté dans les idées œmmunes (i).
Après avoir lu Tespèce de protestation que cet écrivain a lancée contre le titre d'assemblée natio* nale, je m'attendais , Monsieur, à quelque déclama-
(i) Le prodigue et anti- Français Calonne , selon les expressions de M. de Montgaillard ( tome II, page 399) , envisage anssi la conduite du tieis^état sous le rapport de sa légalité , et ne pent pardonner aux états-généraux de s'étce oonstitués en assemUée nationale , au népris des termes de leur mandat ( De l'état de la France ^ Londres, 1790). Mirabeau voyait de plus haut; aussi, pour rassurer les consciences timorées qui pouvaient se trouver dans l'assemblée, se contenta- t-il de rappeler rexeinj)]e de Torateur romain , qui , ayant outrepassé ses pouvoirs , répondît à l'interpellalbn de serment que lui Élisaient ses accusateurs : Je Jure que /ai sauvé la patrie*
▲SSBMBLiB COVSTITDAirTE , I789. gS
tion violente contre lesei'ment du jeu de paume ^ qui ne bit que la conséquence du décret du 1 7 juin. Mais cette crainte ne s'est point réalisée, et je m'en applaudis. M. de Montgaillard se borne ici à con< stater le fait, ajoutant seulement que le comte Mathieu de Montmorency fut le cinquième à jurer; et si l'abondance de sa bile vient aussitôt Toppresser et le contraindre à Texhaler encore, il évite du moins cette fois de la déverser sur l'étendard et les défenseurs de la révolution , pour en couvrir les courtisans de Versailles et les ministres du roi , qui provoquèrent l'énergique et solennelle résolution des membres du tiers-état , en faisant fermer la salle où se réunissaient les hommes qui venaient de se constituer les représentants de la France (i). jVIalheureusement nous ne pouvons
( 1) Ua émtam Meonumadable, comme jarisooaaiilte , vient de publier im Inrre sur la lêgislMion cipife, eommereit^ et cri»
mine/le de la France , dans lequel il signale le serment du jeu de paume, comme un acte de félonie^ et applique à Martin d'Auch le Justum atque tenacein propositi virum , etc. Le même uHeiir dédare que la constitution de l'an 8 est nue des plus fortes eoaoeptimift qni soit sortie des téies humaines, et s'extasient an aonvenir du corps législatif, dn tribunat et dn sénat , il s'écrie : « Jamais la dmsimi des pouvons, laquâle la garantie sociale » dépend, ne fat mienic entendue ; jamds on n'aratt ftit une » plus ingénieuse alliance entre deux choses qui paraissaient mu- » tuellement s'exclure; je veux dire entre une administration » forte et la liberté pnbUqae.» Il est juste de dire que cet admi-
^6 QUATRIÈME UETT&E,
chemiaer long-temps en paix avec notre abbé. A peine sommes-nous disposés à le féliciter d'un éclair de raison et de justice, qu'il nous faut déplorer la courte durée de cet intervalle lucide, et subir de nouveau les écarts de son imagfination désordonnée. Que pensez-vous, en effet, Monsieur, des lamentations que Tissue de la séance royale du a3 juin lui arrache ? a Cette séance , dit-il , détruit les espé- » rances des véritables amis de cette vraie liberté s» qui s'unit à Tordre; Mounier, Malouet, Dupont » de Nemours, ISarochefoucaut-*LiaDCOurt, tous » placés alors à lavant-scène ( page 48, tome II ). » £t il s'agit ici de Tune des plus grandes défaites de la cour ! de cette journée mémorable, où la réponse foudroyante de Mirabeau aux sommations d'un domestique du roi, selon l'expression de M. de Mont-'
ratenr dt,IaiiiiMiaiiBhie pondérée de Napoléon, que ce rigoureux censeur des états - généraux , est un baron de J'empire (M. Locré). Si je n'éprouvais quelque honte d'avoir toujours à signaler ies libéraux de mon pays, comme juges moins éclairét et moins équitables que le détracteur de la naiion finmçake léî«' même, k Tégard des fondateur» de notre liberté ^ je dimis que Walter Scott a mieux senti que le liaion Locré t^ ee qu'il y eut de grand et de sublime dans la'ééance du j'en de paume. « La magnanime fermeté dés représentants , dit en effet l'écrivàin » anglais, leur unanimité cour.i^-euse j lit voir en eux des hommes » déterminés à souffrir le martyre plutôt que d'abandonner Ift » défense de leurs propres droits et des droits du peuple. » ( rie de Napoléon^ tome I, page 198 ^ édition in-ia.)
gaillard lui-même , attéra les ennemis de la cause {populaire et leur apprit 1 -irrévocable résolution de fassembléé nationale > d^acfaever la révolution , qtti devait affranchir le monde! et c'est Tliomme qui traça ces mots prophétiques» qui consaora des pa* ges si éloquentes à célébrer lés résultats merveilleux de cette révolution, c'est lui qui s'afflige mainte- • nant de l'un de ses principaux triomphes ! Que Ton vante tant qu'on voudra , sur la foi de certain jour* ital , le libéralisme de cet homme , je me vois encore fol*cé ici de préférer au protégé du Constitutionnel^ le tory anglais que je. Vous citais tout à l'heure ^ et dont personne, que je sache, ne s'est avisé de re* pousser le témoignage , comme- trop favorable au parti de la révolution. Waltei*> Scott qui, par or-* gueil national , comme madame de Staël, par excès de piété iiiiale , ne montre pas un moindre engouement que l'abbé de Montgaillard, pour la consti-» tution anglaise, dernier terme des civiques efforts de Necker et de Mounier; Walter Scott se garde bien néanmoins de signaler comme funeste à k vraie liberté, le jour qui vit le tiers^tat, inébranlable dans ses résolutions ^ vaincre par un nouvel acte d'énergie l'opposition des ordres privilégiés, et ' forcer le conseil royal à sanctionner les décrets qui devaient servir de base à la régénération de la France* «Si tous les membres de l'assemblée natio^^ j» nale , dlt^il , eussent été animés d^ntentions loyales
g8 QtJiUllÈlfE LEttUlS,
» et pures, comme nous croyons que rétaient •a» plusieurs d'éntreux^ ou même le plus grand » iiombre^le gouvernement français^ alors étaichl « sans vie à leurs pieds , aurait pu, comme la statue j> de Prométbée , recevoir de .leurs mains une se«- » coude existence» » L'écrivain écossais^ tous le voyez, Monsieur, ne regrette pas, avec Thistorien Irançais^ .que la majorité du tiei*^tat^ ait été assez orgueilleuse pour ne pas rester soumise à ses nua> dats ( /|9 ) , ni qu'elle ait porté une main trop irrespectueuse sur le colosse monai-diique et féodal. Au contraire^ il déplore que rbarmonie n'ait pus'é* tablir parmi les destructeurs de l'ancien régime , pour faire surgir, à leur voix, un nouveau corps social, pl0ittdeTie.etde £Drce, du sein même des ruines que le cours irrésistible des événements contraignit l'assemblée nationale d'amonceler soudainement autour d'dle. S'il giourmande les mandataires de la nation , ce n'est pas pour avoir étendu à leurs pied3 le cadavre de la féodalité, au mépris de certaines formes ou traditions^ et sans consulter le morceau de papier qu'ils durent recevoir de leurs commettants; mais plutôt à cause des divisions in« testines qui rendirent- infructueux leurs essais de réorganisation , et frappèrent de 'stérilité toutes leurs mesures constitutives. Il était essentiel , Monsieur, de bire ce rapprochement, qui peut servir 4 démontrer, d'une manière incontests^, que
àSSlBMBliE toHSÏItUANTK, I 7S9. 99
fabbé de MontgaiUard , dont tant de libéraux ont prôfié ncomplaisammentle patriotisme et l'impair tialité, ne s'élève pasméme a k dèmi-justicede Tau- \^ rjt*s lettres de Paul^ quand il s'agit de caracté- ^iseititasépociiies décisives de la révolution <ie 1789. L'opioSon de M. de MontgaiUard siir la séance du a3 juiaxenferme d ailleurs une double erreur. Non teideflieiit il n'est point vraii^ les partisÀii» dù système anglais fussent seul» les vrais aiiiis de k liberté, et que le succès d'une réforme suffisante fiiaitUp^héià.radoption de leurs doctriiies; mais il est encore inexact de placer le désespoir Aé ces i^i^tres champions des deux chambres^ à l'aurore i]iiS|pMdyf^i%f^vj^ ne fut au contraire. (i^W
près k vive, apostrophe de Mirabeau au marquis de Dre|ix-Brés&é , et le mot si simple et si profond de Si^^l^^!(lîo|a|«]^^ q^nônsélètms »; hier; délibéitifis. » €é ne fîit qu*a près la victoire complç^^p.l>tçnue par le tiers-état , à la suite de éettt aB^ppi^gease persistance de ses députés^ que GlerfiiloiA-'rôlinerre et LaIli«Toiendal se réunirent à rassemblée nationale, et que Mounier , Malouet, et leaAii|r«aM^AÛdents de Necker, secrètement favorisés par Monsieur , dans leur prédilection pour la charte^ anglaise, parurent avec éclat sur la scène po- Ut|qiM^ji«l||N^ fouirent d'un grand crédit. Certes ces llQ«mieé étaient loin cTavoir dés^péré de la cause de Ja vrMe Jil^erté, lorsqu'ils s'écriaient à la séance
lOO QUATRlèHB zmttM t,
du i3 juillet: « La constitution sera, ou nous ne i> serons plus ! «Lorsque, sUr les débris fumanis de la Bastille, ils répondaient au roi qui appelait les mouvements de Paris une révolte : « Non, sire, c'est une » révolution. » Lorsqu'enûn ib entraient tous, ou presquétous, dans lecomitéde constitution, dont les travaux, selon leurs propres expressions, devaient bientôt assurer lebonheur de l'empire. Je vous citeici les paroles de Larochefoucault-Liancourt etdeCler^^ mont-Tonnerre ; j'aurais pu y joindrecelles de Mounier et de Laiii-Tolendal, sur le renvoi et le retour de Necker: mais tous ces détails seraient superflus. Le Moniteur est là, pour attester aux lecteurs trop confiants de Fabbé de Montgaillard, que les tmgh" mânes de l'assemblée cotistituante avaient -si peu fermé leur cœUr à l'espérance, dès le juin, qu'ils entonnaient le TeDeumk la mi-juillet, et croyaient plus que jamais k FacÈom plissement de leurs vœux et à l'adoption de leurs projets.
Quels étaient donc ces jours heureux où les vén^ tables-itmis <h la vraie Ubertéj selon M. de Mont* gaillard, unis aux patriotes les plus purs de la France, selon rbistoire impartiale, adressaient leurs remerciments au ciel pour ies bienfaits qu^ promettait à leur pays? Où Mounier et Malouet, Lafayette et Baiily» confondaient leurs sentiments dans une allé^ gresse commune 1 où Louis XVI, brisant ]a triple baie de courtisans qui le -séparait de son peuple^
ASSEMBlAb OOWSTfTUAKTE , 1789. tfii
apportait solennellement son adhésion au vœu national, et semblait partager Tenthousiasme que sa oondescendaDce^ quoique tardive , faisait éclater d'un bout du royaume à l'autre 1 Ces jours furent signalés par des mouvements insurrectionnels , dont un jeune écrivain.,, passionné pour la liberté, avait établi le foyer au Palais-Royal, et qui eurent pour rcsul tat la^prise de la Bastille et le rappe 1 de Necker. C'est à ces deux événements surtout qu'il £iut attri* buer les fêtes patriotiques célébrées alors dans tout l'empire, et les discours touchants prononcés, en bette occasion^ par les partisans les plus modérés delà révolution française. Voyez cependant sous quels.traits hideux. M. de Montgaillard, confondant les attroupements populaires de 1789, avec ceux d'une autne-époque , et : s'étayant de .quelques excès individuels , présente l'ensemble de& hommes qui se levcprent àla voix de GamilleJDesmoiilins ^ arborèrent les premiers la cocarde de la natiem, et volé» rent à la conquête d une forteresse, dont l'existence au milieu de Paris attestait le despotisme de l'anciengouvernement et l'esdavage de nos pères, a Au* » jourd'hui., dit-il, ce lieu de dissolution ( le Palais- 3» Bx>yaI) estd^vfinurantvedubrigandageetlefofer> » des ajssassins(ts« Ce .lieu rassemble des hommes » saQsmoeui*s et sans humanité, accourus de toutes » les proAinces.de- la France . et de diverses parties 1^ de l'Europe, qui , jour et nuit , y forment impuné-i
lO;^ QUATRlÈMii LETTllE,
« œeDtdeftcomplotiideiiieortre elde dévastatioDS
» nous verrons bientôt cette puissance ignomi* » nieuse,néedaQslafangede la prostitution, dicter m des loiaà la capitale^ comme la capitale àPempire. a Mais sans excuser la manière barbare dont le peuple usa de sa victoire à l'égard de quelques hommes ^ sans répéter lemotefirayant d'un orateur, qui devint bientôt l'auxiliaire de la cour: v Le sang qui coule, s était-U donc si pur ? » ne pourrai-^^e pas, sinon jiisti-^ fier, du moins expliquer, autrement que parf intervention d'un ramas de brigands, les actes déplorables qui souillèrent les triomphes révolutionnaires du i4 juillet? Je ne Yeux point recourir ici aux écri<« vains qui , en peignant exactement la situation res-^ pective des partis à cette époque, me paraissent avoir suffisanmient répondu aux déclamations des ennomis et des faux amis de la cause populaire; jo n'emprunterai rien à llabaud-Saint-Ëtienne, ni à MM. Mignet et Thiers: je sens le besoin d'opposer àPaUbéde Montgaillard une autorité qui, pour lui ^ eût été plus respectable, c'est à dire la sienne propre^ EhbienI jeti^auxpages 6 a, 63, 64» 65,66, 67, etc. „ du second volume de soaHùtxjire de Erance, que les projets les plus affreux étaient alors médités dans le voisinagedu trône, et que le peuple pouvait se croire à la veille d'une Saint-Barthélemy polii tique. « On tient du baron deBreteuil, dit-il, quo » le duc d'Orléans, le marquis de la Fayette, lo
AflssuBiiB cumrruAim, 1789. io3
••comte de Mirabeau, l'abbé Sieyes, Barnave , » Oiapelîer,LaUf-Tolendaiy Moonier, et huit ou » dix autres membres de rassemblée nsrtionale » étaient désignés comme victimes impérieusement 9 réclaHiées par le salut du trône et de Tétat. Une 9 compagnie de canonmers atait été caseraée aux » écuries de la reine, et l'on ne cachait pas que cette compagnie étaitdestinéeàmitraiUer. rassemblée.» Peu de jours après la séance r03prfe du a3 juin, le même ministre à qui l'on doit cette horrible confidence^ aviût dit k Versailles^ selon M. de Montgaillard: e Le roi ne doit ancun compte de ses ac- » lions à ce qu'on appelle la nation ; il est maître 9 abeolu de son royaume, et si les sujets se révol- » tent, c'est pae*les plus terribles châtiments qu'il j> doit les faire rentrer dans l'obéissance. » — « Lorsque le maréchal de Broglie, ajoute notre historien, eut pris lé commandement des troupes destinées à dissoudre l'assemblée' des états-généraux, le baron deBreteuil qu'on pouvait considérer, en quel*» que sorte comme premier ministre, par l'influence sans bornes qu'il exerçait sur l'esprit de la reine et sur celui du roi ^ le baron de Breteuil disait, portes, ourertes : « Au surplus , s'il &ut brûler Paris, » on brûlera Paris , et l'on décimera ses habitants: a aux grancls maux , les grands remèdes. » — « Comment se refiiser à l'évidence des projets tramés k Versailles, continue M. d(3 Montgaillard,
J04 Ql]AT&|]kM£ LETTBf ^
lorsque la déposition même d^<^prentters acteurs
vient les constater? la lettre du maréchal do Broglie au prince de Coudé ( lettre imprimée et publiée à Paris et à Londres en ^789, lettre qui n'a jamais été démentie jusqu'à ce jour ) ne saurait laisser le moindre doute àcçtégard) a Monseigneur, je l'avais toujours prévu, et je
V l'ai dit une fois à Y. A. que la plupart des 9 députés natio»au3( seraient des loups s^ifaonés^ » qui, las de pousser des hurlements , cherdieraient » une victime , et que cette victime serait la haute » noblesse... Avec cinquante mille hommes je me
V chargerai volontiers de dissiper tous ces beaux » esprits qui calculent sur leurs prétentions, et I» cet(e foiile d-imbéciUes qui écoutent, applaiH 9 dissent et encouragept. Unesalve de casons, ou » une décharge de coups de fusiî aurait bientôt 9 dispersé ces argumen tuteurs, et remis la puis-» 9 sance absolue qui s'éteint à la place de cet esprit » républicain qui se forme. Mais il ne faut pas s'en? >? dormir au. sein des dangers^ il faut que des 9 hompies entendus, fermes, sûrs, et en petit nom-. » bre, travaillât à la révolution et se chargent de >i l'exécuter. Jamais conspiration ne fut plus utile: 9 je dirai sur cela ^ V, A. des chos^ fortes^ vraies 9 et senties. 9
Quelque terrible que ^fut ce langage, quelque odieuses que doivent paraître ituiç hommes Imt
ASSE^QH^iB OOljrSflllTÂSTI, I789. loS
IMurtiaux les mesures annoncées ou conseillées par le nuiréchal de Brq^e eWe baron dé Breteuil, il serait peu raisonnable aujourd'hui de copier les pamphlets du temps, et de signaler ces derniers défenseurs de la monarchie, comme des é|res naturellement féroces, altérés du sang des patriotes: aussi me garderai-je du top d'aigreur et d'irritation dont l'abbé de Montgaillard lui-même ne s^ést pas dé^ fendu, en parlant de ces ennemis nés de la révolution, iVIais après avoir tenu compte de leur naisaance, de leur éducation et de leurs préjugés, aux partisans opiniâtres de Tancien régime ; après avoir expliqué la politique incendiaire et homicide de quelques grands seigneurs, par l^pire des circonstances et les sentiments naturels qui devaient ^n^ traîner alors la majorité de la noblesse aux moyens ex$réme$, pour défendre sa position sociale violemment attaquée: il est juste aussi de reconnaître que le tiers-état, non moins passionné pour ses intérêts^ ne dut pas apporter moins d'ardeur à leur défense, et que menacé de dévastation et de inort, il put songer à son tour à conjurer le danger par la violence, sans mériter d'être flétri comme une horde de brigands (i). Quand le peuple parisien
(i) M. Cbarles Comte dît àce sujet , dans ion Bistoin de la
garde nationale de Paris : « Lorsqu'une population uombreiise » a été soulevée toul entière, et que le besoin de sa conserv.ition 9 Va mise sous les iM:mçs , ii est difiiciU qu'elle tombe subitement
Io6 QVAXBXkMB LXTTRS ,
se porta sur la Bastille, les desseins de la cour luiavakutété réréàés depuis trois jours par le renvoi de Necker et Fapparition subite d'un corps de troupes étrangères au milieu de la capitale, a Le la » juillet, le prince deLambesc,^liomme de moeurs » féroces et dissolues, dit M. de MontgaUlard, iait » une expédition au^ Tuileries ; il s'avance fièren^ent » à la téte du régiment royal-allemand et d*un corps » de Suisses; il traverse au galop la foule de bour- » geois paisibles qui remplissaient les allées du 9 jardin» donne ordre à ses soldats de- sabrer; et » sabre Im-méRie une fenmie qui se trouvait sur « son passage; un vieillard tombe aussi sous ses » coMps, dangereusement blessé. Au meurtre! s'é* ». crie-t-oiji;^ vengeance! vengeance! » Voilà toute l'explication des événements du mois de juillet! vcHlà le mot qui caractérise l'insurrection au milieu de laquelle tombèrent Delaunay, Solbray, Fies* selles, Foulon et Lertier; et si nous gémissons encore^ au souvenir dusort afïrem<pi^ le peuple ût
« dans le calme , et que chacun des individus dont elle se com- » pose ^ restant toujours maître de lui-même, consenre dans. » toutes les cjccas&oiisrempîra de se nison. » Ces judioieiiieiié» flenoDs précèdent une descriptioii de Fétat de la capital», après, la prise de la Baaiitte; deseriptio» que rameur a puisée dans les. mémoires inédits d'un membre distioguO de rassemblée constituante , et qui confirme tout ce que j'oppose ici aux dcclomationa, de l'abbé de Montgailli^d*
ASSOIBLiB GOKSTITUANTE , I7Ô9. IO7
subir à 8« mnemis -vaincos, n'allons plus diercher
la cause de leur supplice , dans la férocité native d'une foule de scélérats, qui seraient accourus à Paris des divers points du globe, pour s'y constituer les représentants de la puissance révolutionnaire; mais voyons-la plutôt dans Texplosion delà colère nationale, malheureusement provoquée à des actes de cruauté , par une agression meurtrière.
Peut-on croire, en effet, Monsieur, que si les excèâ que nous déplorons n'eussent pas été considérés dès lors comme le résultat inévitable des violences du parti aristocratique et de l'irritation popu« laire; que s'il eût été possible de 1^ attribuer exclusivement à une poignée de brigands, n'ayant pas même en leur faveur l'excuse tirée deTexaltation universelle des esprits ; peut-on croirequ'unhonmie, du caractère de Barnave, quelque part que l'on fasse à sa jeunesse et à sa première exagération, se fût laissé entraîner jusqu'à absoudre, du haut de la tribune, cette lie du genre humain , en contestant la pureté du sang qu'elle aurait versé ? est-il plus vraisemblable ensuite que Tàrdievéque de Paris eût proposé un TeDeum, et que les Bailly, lesLafayette, les Meunier, les Lalli et les Larocbefoucault y eussent assisté avec enthousiasuie , si la journée méinorable qui plongeait la nation dans Tivressa de la joie, n'eut fait que livrer les rênes du char révolu^ tionuaire à des hommes sans mcem eisans huma*
I08i QUATRIÈME LETTRE,
mt4 f commele prét^d M. de Montgaillard? j'oserat invoquer aussi les mânes de Camille Desmoulins ;
je rappellerai son patriotisme sincère, ses vertus privées, ses généreux ef)[orts pour réconcilier la liberté et la démence « sa mort glorieuse enfin ; et je demanderai si le lien où cet homme communiqua $es inspirât ion$ civiques à la foule qui Teutourait, Qe fut réeliieipent alors que Contre du brigandage et le foyer des assassinats ; si les citoyens qui, à son exemple, art>orèrent le signe de ralliement dont on fit plus t%rd la. cocarde ti^colore, et formèrent la première armée nationale que la révolution put opposer aux troupes soldées de l'ancien régime, ne firent que céder à Tinstinct ou à Thabitude du meurtre {i) et de la dépostation. Quoi! Tes" muses patriotiques qui déçernèrenjt limmortalité aux
(i) Les homm«» cpit eniangfaaitërent U triomphe dm 4 juijkt étaient- si peo habitué au crime et résolus à trouver yîctimes, qae le général La&yette parvint un instant à Içîur fiiiie aliandon-
ner leurs projets homicides. « Déjà, dit M. Charles Comte, aux » rugissements de ces tigres , suocédaient des applaudissements n. tumultueux^ lorsque foulon, qui, ainsi que son défenseur, ». était fort en ^e, dans un moment dejoie e^dç reconnaissance^ » cmt la ^este pensée 4'appUadi(lni-méae. A. ce geste» toutes » les espérances s'ér^noni^t; nne Toiz i(*écria : vq^nex-vouf , îi&r » i'entendenL Ces mots, qui ftafait répétés de tontes parts, » forent Panrét de la TÎctime. Quand Pezécntion fot terminée, dit » le même auteur, les hommes qui venaient de donner un exem-t ^ie de fféjTQçilé , «lonnèrcntun exemple de probité non moins
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ASSEMBLSÊE œnSTlTÙAirTE^ '7^9* )^
Taincpieurs de la Bastille, n'aUraieiit chanté que ces hommes hideux que Von voit toiy'ours^ au premier tumulte, sortireomme de dessous terrel et le berceaa de la liberté qui doit grandir pouT'èe bonheur du monde ^ se trouverait dans la fange de la prostitution 1 Non) non^ M. de MontgaiUard , laisseznous jeter un voile sur le portrait dégfoâtant et mensonger que vous faites ici des premiers volontaires nationaux, par qui la France fut sauvée des projets affreux que naguère vous dénoncies vous-même à l'exécration de la postérité. Le soleil du 1 4 juillet a aussi son éclat: en vain vous cher* cheriez à le ternir, c S'il fut jamais dans Fhistoîre
♦ des hommes, a dit un écrivain célèbre ^ une épo- » que fertile en souvenirs d'un immense intérêt > ^ en causes lointaines et profondes « en résultats » illimités, c'est l'époque du i4 juillet, c est cette
-» remarquable. Ua homme apporta aa comité des électeurs une » tabatière en or, et un aoulier avéC une boucle d'argent , et il ^ en demanda nn re^ Un autre appôrla un chapeau» un mou- % èhoiPi'ime paiire àt gants , deux montres en or, nfte boursè » renftfnant donxe lonis> deux pièces de six sols et nn médail-
• loQ, des flacons garnis en or et qnelques autres objets; il s* en » fit également délivrer un reçu, pour qu'on ne soupçonnât pas » qu'il eût pu détourner quelque chose à son profil. » Voilà les pillards cl les scélérats de profession de l'abbé de Montgaillard! Voilà les hommes dont la criminalité» purement accidentelle , lut fiût attribuer les actes révohitionnabes du peuple paxîsifen à quelques misérables fiiçonnés à tous les forfaits {
IlO QUATRIÈME LETTRE,
» première journ^ de la liberté française, où , par
D uae explosion soudaine, un moment de volonté » vraiment nationale vainquit un despotisme de tant » de siècles et ouvrit un nouveau cours aux des* » tinées de Tespèce liumaine.... Déjà hurlaient au » sein de Paris ces hordes de satellites étrangers, » avides d'esclavage , d'ivresse et d'or; déjà reten* » tissaient les menaces , prélude insolent du car- » nage; déjà coulait le sang 4es citoyens désarmés 1 » il coulait sous la main féroçe d'un rejeton de cette » maison de Lorraine, de ces Guises, machina- » teurs accoutumés des forfaits de la cour , et des ca* -» lamités de la France. Tout à coup, dans cette vaste » commune, sous Tombre silencieuse, les citoyens 9 deviennent soldats; le peuple n*est plus qu'une » armée. Il arbore les couleurs nationales. Tout se » rassemble, tout s'ébranle , le tocsin sonne riieure » de la liberté; Tairain des esclaves tonne: mais les » tyrans, les esclaves, l'airain, les tours inexpugï) nables, tout cède à la valeur du peuple; et sou- » dain de rue en rue, de bouche en bouche, se pro- » longe, avec la rapidité de la foudre, ce cri tou- » chant et sublime: f^we la liberté! la Bastille est » prise! » Voilà la véritable histoire de cette journée : on sent passer dans son ame , à la lecture de cette page brûlante , l'émotion vive de l'écrivain , et l'on a^iste avec lui aux scènes imposantes qu'il retrace.
jkS8É)lIBUÉE COKBTltniJVTE , 1789. iîï
Les émis de la révolution^ à la manière île TaJjbé de Moiitgaiflard> récuseront , il est vrai, letémbi-^
^nage de Ghéiiier , qui osa ne pas désespérer de la Hberté à sa naissance > et dédaigna les bienfiûts de la charte anglaise; mais lias hommes (}ui comphen<nent le civisme et le génie attesteront que l'auteur de QwHes IX et de Tibère^ sjrsete d'encens potirun grMÉd homme , dont TaBsliitioil avait hit un roi ^ et fier, à juste titre, de n'avoir chanté que la gloire^ et jamais la puîssanoe (i) , n^ fiit point chercher des inspirations pour sa haute élocpienbe dans' k fenge ide la prostitution , et n'avilit pas à la fois son caraotèraiietSiBn talent jus^'à faire, du triomphe de •quelques -aé^érais , la fite du genre kumàin. Je m'arrête. Monsieur, pour ne pas violer l'engagement que f ai pris de réfuter froidement un livre •écrit avec passion. Quelque ferme que soit, en effet, ma résolution à cet égard, je ne me sens pas capable de contenir plus long-temps mon indignation,
[ I ) Je ne puis réikter «u èént de citer ici les Yen de la Promenade, où Chénicr, cédant à un noble orgueil, rend lal-méme «et hommage à l'indépendance de &on caractère :
Je n'ai point caresM sa brillante infamie ; Ma Toix des oppresseurs fat toajonrs ennemie ; '£t tandis qa*4l voysit des flots d'adorateurs, Loi Tendra avec Téut knn Tcrs adalatean ; le tyran dans sa oonr ranBarqoa mou absence , Or je dianle k gUira , et non pas U poissanee.
It!k QtATftiiiÉB iETTRl:, etc.
en ^yatit salir rhistx>ire des événements les p\ué mémorables de lia révolùticm , par des hotnmes qui
se glorifient de n'avoir jamais partagé Teiithousiasme et Télan universel des Frairçats( qui déiiaturent rexallaâMi patriotique^ dont ils osent se vanter d'avoir été les témoins impassibles , et qui fondent, sans rougir, leur prétendue impartial!^ ^ sar le soin inéme qu'ils 4vrent à se tenir prudem^ ment élôignés de la scène politique , tandis que la masse populaire ^ qu'i\s transforment aujourd'hui en une horde de biigands , parce qu'elle ne snt pas combattre ët vaincre, avec modération , un ennemi furieux, scellait de son sang, la conquête de cette liberté, à 4aquelie ib apportent leurs bruyants * et tardifs hommages, quand le jour du danger et des sacrifices est passé.
J'ai rhouneur j etCé
CLNQUIÊMË LETTRE.
Monsieur 9 ' *
Vous me féKcitez d'avoir pu clore ma dernière lettre assez àtçmps, pour ne pas tomber dans les déclamations que je suis obligé de reprocher si souvent à FaUbé de Montgailhrd. Quoique votr^ .opinion soit entièrement conforme à la mienne ^ sur les événements qui précédèrent et suivirent 1^ prise de la Bastille; quoiqu^en lisant la phrase odieuse que je vous ai signalée, vous ayez aussi senti voire piuls battre plus vite qu'à l'ordinaire, vous avez craint un instant que je ne cédasse trop £EU:ilement à l'irritation légitime que vous partagiez, et que je ne finisse par donner le caractère véhément d'un jdaidoyer .à l'examen impartial que je vous avais promis. Le danger était pressant, en effet, et il ne fallait pas moins que le sentiment de son imminence, tel que je. vous l'ai exprimé, pour m'imposer la brusque interruption à laquelle je me suis soumis, en dépit de Taboudance et de la vivacité d^ impressions qui m'as*.
siégeaient. Cependant vous l'avouerai-je, Monsieur, je n'éprouve nul repentir d'avoir repoussé, avec quelque émotî^iiA le. tableau hideux où la révôlution du i4 juillet, pour me servir des termes du duc de Larochefoucault-Liancourt, ne s'offre plus à nous que comnvs un soulèvement de lazarronis, et le signal des plus horribles saturnales. Sans doute, il serait peu convenable aujourd'hui de réveiller les passions de cette époque, en se prononçant avec trop de chaleui* ponrTun ou Feutre des partis qui divisaient alors la France, et surtout ën adoptant le langage hostile qu'ils employaient respectivement dans leurs débats; mais on n'encourt pas la responsabilité d'une excitation aussi coupable, parce qu'on refuse de condamner son sahe à^tou£fer tous ses mouvements de répugnance ou de sympathie, par déférence pour la froide raison , quand il s'agit du récit ou de l'analyse de Pim de ces faits extraordinaires et décisifs, qui» pour étré dévenus historiques, ne se présentent pas, avec une physionomie moins animée, à tous cenr 'qiie itéuéjhent et makrisent Phonneur national'et les'iritéréts permanents t de Thumànité. Permettez- moi. Monsieur, d'exposer ici, une fois pour foùtes, ïnâ manière d'envisager l'hiétoire de la' i^éVôKitidri:"Cê sera une espèce de profession de foi, qui 'pourra servir d'explication à la double crfti^e'tjiié j'aurai' sbutént ooiasion d'appliquer
k oertaint toits, qui portent encore le cachet des
clubs ou de Goblentz , et spécialement aux assertions contradictoires de Vabbé de Montgaillard ^ sur les ailûs^ les ennemis d%ku liberté. ; jfe ppnsidère la crise terrible dont nous sortons kft^9^'QWme un fait inévitab)^ ^ geiive hlUBMA. Préparée par les conquêtes, de la raison , c'est à dire par les travaux et les succès da^tréforoiateurs et des philosophes , depuis liecoq et>liipcil| WMslef; et Lutber , jusqu'à Diderot et JAlembert, Voltaire et Rousseau, elle devait éclater OM^^t que Ji^ progrès des lumières aurait. .a^^ £vft>lWl^L'ii)i^KNQ ancien]^ ^institu-
tions avec des idées et des besoins nouveaux, pour pw4«ir|E5^Hft,ffl^ise universel j et, <|i^^ia iuqident,
par exemple, ou l'opposition parlementaire , viendrail^iij^grvw la, ,^p[wir£estation des .vqeux, le dévç;.
passions révolutionnaires. Les tribuns succédèr^t
en effet aux spéculateurs , dp)|f; iis^s'efforcèrent de i:éaliimA^^dQQll«^ irré|istil^e que
KîC le «umvemem; imprimé aux esprits , quelque
sab^Mfli^cs qu'en dussent être les résulats définitifs ,
4 Mfli^||p(t^ll|i^t^r Le»
privilèges et les abus , que ^ss masses nationales
étaient impatientes de déti-uire, formaient l'héritage
Il6 GUrQUlÀME L£TXE£y
que dépouillée de son influence morale , continuait d'occuper les sommités de Tordrepolitique. Signalés comme d'odieuses usurpations par les écrivains populaires, ces privilèges et ces abus n'étaient que des éléments d'ordre et des droits irrévocablement acquis, pour les deux classes dont l'existence so-* ciale reposait sur le maintien rigoureux du statu quo. La majorité des vieilles notabilités suivant donc la pente naturelle de ses affections , de ses pré« jugés et de ses intérêts, dut s'opposer, de toutes ses forces, à la dépossession qui la menaçait; car, si du sein de la noblesse et du clergé surgirent des hommes assez éclairés et assez généreux pour donner l'exemple de Tabnégation personnelle, et sacrifier leurs prorogatives au vœu national, on ne saurait raisonnablement conclure de ces glorieuses exceptions, que la masse aristocratique tout entière pût s'élever à ces hautes opnsidérations philosophiques et à cet héroïque désintéressement. Les ordres privilégiés résistèrent aux innovations , comme l'avaient prévu ceux des publicistes du i8® siècle, qui joignaient, à Fétude approfondie de l'histoire, une connaissance exacte du cœur humain. A côté de quelques prélats et d'une poignée de gentilshommes qu'une éducation {dus libérale, une intelligence supérieure , des dispositions philanthropiques , ou même des vues ambitieuses , avaient enti'abés'sonsrétendard jHébéieD,onvitle8 Gazalès
ÂSSEMBhàB GONSIITUAJITB , I789. II 7
-et les Mafirjr, les Lafereel les Montloster, se constituer les véritables orgaaes, et appeler sur eux la 'ifeooapaîssÉnce de leur corpS'f par la véhéodeoce ile ^feur oppoMtîonaux véfonnes qu'opérait rassemblée <:onstituante. Mais cette lutte pariemeutaire , trop inégaietf^ toujours funeste aux orateurs du coté ' dfoit , neéhiffisait pas aux intérêts et aux passiom contre-révolutionnaires. Vaincus dans les états-généraux, les partisans de l'ancien régime voulurent pdrte^ lH'i^iïeM nui* un àutre théâtre. Ile disposaient de la force armée par leur alliance avec le trône, /|u^^ danger commun avait rapproché de raristomtWîib entourèrent rassemblée nationale de baïonnettes françaises et étrangères, répandir^nt^kt A<or dans 1^ casecxies, et eonseillèrràrAwélAûlM^ à la dééliiration
des droits de l'homme. Ce fut alors que MM. de firo^Ui^ et, 4^ Bret^uil^ aussi Sincèrement dévoués kjsk cour, que.MM, LaÉiyette et Bailly l'étaient à la cause nationale , proposèrent les moyens extrêmes, indiqués^pari^abbé de Montgaillard. Ces moyens, doiitl^mploin^fct fait sans doute qu'accélérer la marche de la révolution qu'on voulait étouffer (i) ,
(i) M. de Montgaillard justifie lui-même cette conjecture, par •es réflexions sur le traité de Pilnitz : « La convention de Pilnitz , • dit-il, qui avait pour but, de la part des puissances alliées, de » démembrer k Fkance et de consolider le despotisme royal , » devint pour les rèrolntionnaires de l'assemblée législative et
exigeaient uae œitaioe force de caractère qui nan» quaitav moctarque (2). Cependant TagreiSion dm,
prince de Lambesc sembla n'être que le signe de l'attaque sérieuse et décisive qu'on méditait depuis quelque temps dans les ooneilialniles du parti mo^ narchique et féodal. L'issue de cette imprudente •provocation, qui amena la défection d'iwe partie de9 troupes roydes et Torgansatîon des gardes
» de la conveotion nationale, le stimulant le plus fort; ils dcve- » loppèrent une énergie et une résistance si prodi^euse, ^ne la » nation entière fut mise sons les armes ^ et les soureraiiis cpit » ayatent signé à PUnitz le partage de la Franee , Tirent lenrs états » envabis et leors capitafes prises par les toloats de la réiolu- » Itou. (398, tâBi. II.) » ' ' •
(«) Waller Scott prétend qfBe-LséisX^, au 14 juillet, aîi« fait (^ù imiter Georges III , qui, en 1780, voulut marcher luimême à la tète de sa garde, contre la populace de Londres, déchaînée par lord Gordon; mais Georges n'avait qu'une émeute à réprimer , et Louis était en présence d'une véritable însurrec» tîon nationale. On peut donc répondre k VécriTaîn anglais, qui siéeonnah le earaôtère des érénements de Paris, après en aToir cependant expliqué et développé judioieàsenMnt les causes pt»-> inières; on peut lui répondre , comme le du6 de Liancourt au roi de France : « Ce n'ctail pas une révolte, mais une révolution.» Walter Scott repousse d'ailleurs ainsi l'objection tirée des périls personnels du .monarque, dans le cas où il ajasait consenti à employer l'armée contre la capitale et à payer de sa personne : « Si Ton nous demande ce que nous aurions youlu qu*il lit » contre cette multitude de furieux , lions fépondrons âTCO.lé > vieil Horace .* quUi mourét /•
ASSExHBLlÎE CONSTITUA.JVTE, I789. I IQ
bourgeoises , apprit aux hommes des anciens jours que la force physique leur échappait avec la puissance morale. On dira qu'ils auraient du se résigner après cette fatale expérience, et se convaincre de l'inutilité de leurs efforts, en voyant la nation se lever spontanément pour prêter son appui aux fondateurs du nouvel ordre de choses. Si les masses pouvaient s'éclairer subitement, déposer tout à coup leurs affections et leurs idées, raisonner et agir comme im seul individu, on concevrait la possibilité d'une pareille résignation. Malheureusement il n'en est point ainsi. Les prêtres , les nobles et les courtisans , quoique battus au dedans et au dehors de l'assemblée, n'en conservèrent pas moins leur attachement uivincible pour des institutions que rendaient sacrées, à leurs yeux, l'empire de l'éducation , de l'habitude et de l'intérêt personnel. Plus aigris que corrigés parleurs défaites, ils ne virent qu'un délire accidentel , qu'un mouvement convulsif et passager, qu'un crime national, dans le soulèvement universel qui allait consommer la ruine de leurs privilèges , minés depuis plusieurs siècles par les progrès de l'esprit humain , dont les rois eux-mêmes avaient été souvent, à leur insu, les plus ardents auxiliaires. Résolus par conséquent à faire cesser, le plus tôt possible, l'état do vertige dans lequel ils supposaient que la nation était tombée, et obstinés à recon^iérir les avanta^
GklTQlnàMt LlTfEE,
ges sociaux dont on les dépouillait, ib s'agitèr«iit, tantôt oimrtemetit, et tantôt en secret, ourdirent des coin]plots, formèrent des rassemblements, allumèrent la guerre civile et appeterent Fétranger. Pendant que Fesprit insurrectionnel , auquel les royalistes se trouvaient ainsi obligés à leur tour de recourir, passait du camp de Xalès dans la yendée,'des corps nombreux d'émigrés bôrdaient les frontières de la fVance, les Prussiens entraient en Champagne, précédés du £uiieux manifeste de Brunswick, et la contre-révolution paraissait aux portés de ftris , armée de la flamme et du fer. ■
Que faisait cependant, que pouvait faire la révo- Ivtioin, en présence .des obstades et des dangers dont l'entouraient ainsi ses opiniâtres ennemis ? fière de voir accourir sous ses drapeaux un peuple immense, qui s'empressait de .venir constater sa légitimité, elle ne devait pas abandonner, sans combattre, les bienfaits qu'elle avait annoncés; surtout lorsque k nation, qui avait pris acte de ses promesses , lui offrait tous les moyens de les remplir. La foi, dont ses partisans étaient embrasés pour le dogme de la liberté et de réalité, n'était pas moins vive que celle des royalistes à l'égard du droit divin ; les intérêts moraux et matériels qu'elle avait créés n'étaient pas non plus de moindre importance pour l'universalité des citoyens, que ceux
ASSEMBLÉE CONSTITUAIf TE , I789. 121
de rànden régime pour les privilégiés ; èt Pendiéu*
siasme du patriote , qui sentait combien son existence était liée au triomphe de la réforme, était certainement dé nature à donner à ses dispositions ré voliitldtin aires un caractère aussi violent que celui dont l'aristocrate reyétait sa résistance à la régénéfittÉiAi pays, é ià 1|lfelMe de ses seigneuriaux. Aussi les hommes d'état impitoyables et les soldats intrépides ne manquèrent pas plus à kiiMMii»-qu%^là cbnti^révoiution; ils furent même de beaucoup plus nombreux, plus habiles et plus audacieux dans les rangs populaires,* ainsi quVNn éê^milèeiff'Mmàrpj eii songeant que vingtïÀa&t^w^^Ê&otfêi b2té)rens, soulevés, au nom du Ijteii public et de la raison , contre le privilège et le préjugé^y iptfnjjiniilit néeessairiement plus d'héroisme ef de^ 4tai^Me^^es que quelques milliers de ftmilles, armées pour des intérêts spéciaux, et cherchant vainemwt : il<'am!tèbir ice ipà tombait de vétusté. Si rantiqri#ldliiiwrtwè eut ses Liaembourg, Breteuil; Broglie , Bouillé , etc. , le peuple lui opposa Danton et leS;CordeUers, Robespierre et les jacobins, Saiiit- Juit) ffiMÉÉd et les comités^ Une guérre à mort s'établit, et comme de chaque coté l'on croyait cornbattre,pQ|ii^.la cause juste, pour la cause sainte, toute trêve et toute transaction devinrent impossibles, jusqu*à l'entière défaite de l'un des deux partis. Tant que dura la bataille, les champions les
laa ciNQUià]vi£ lettre^
plus fougueux de TaiiGien régûve et de la révobt-
tion, les chefs et les héros des deux camps ^ quoique-poussés aux moyens extrêmes par une conviction également profonde, monarchique oo républicaine, s'appliquèrent à l'envi Tépithètede^célératSy et se désignèrent réciproquement par les sobriquets de ctotftW ou 4e terrq/istêSf Aekckewdierf du poignard ou é^hommes de sang. Long-temps en^ core après la cessation des hostilités , cette injustice et cet acharnement mutuels ^rent cpnsenrer pei odieuses qualifications. U était difficile,* en effets qu'une généralion , don( les opinions et les habitudes s'étaient formées ai^ milieu, de cette lutte sanglante, renonçât soudainement aux sentiments de répugnance ou d'affection. qu elle y avait puisés. Mais enfin d'autres générations sont tenues» qui» étrangères aiu passions dont les combattants fu*^ rent animés, et recueillant les fruits de cette grande querelle, pour les transmettre aux siècles à venir, en dépit de quelques tentatives de rétrogradation aussi vaines que passagères, ont pu réformer les jugements de l'esprit de parti, et classer, avec autant d'exactitude que d'impartialité, les choses et les hoaimes de la révolution. Il a été permis alors de rendre hommage à la loyauté et à la bravoure des vendéens, sans s'exposer au reproche d'être partisan de la chouannerie, et l'on a proclamé, la bonne foi et ia sincérité patriotique dc&
▲SSEMBLfiB QQHSXIXUàlVZEy I7â9« Xa3
plus furieux démagogues , tan» pataer pour ub apologiste des s^tembriseun. 11 ne manquait axUL bmimea qui enl reoipU digaernont ce «iniitoff de modération, et qui , en se plaçant MirdMOs 4e
tQutes k;s préveiitioiis , n ont lait qu'exprimer la
pttMéaidniHWiii de lemv egnloiit^Qmiiis^ d^A^r?!^ piiiied , atWfii dwtme i-éwlulitMUMtii ^» ^'étaî»» frta
irrévocablement fixée, en i8i4> p^^r Itîs impres-
fioiiitittiifitiannii As toit palteiriieL,«i fMyrJté^uctfiim dës^Iléges.<m^d(BliMiide^feBipire> ît^m^iwaip
quait à ces hommes, dis-je, que de voir sanctionner i^HlmiideJhn iréWliilîon^ par iee baulas capaciléMi
les grands caractères qui suivireiil avec éclat les
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cours de 182G et de 1827. M. llvde de NeuT^WK pro^j^Ut^sUtde foispauTisafiinal térabic^èvou émeut; àila II lÉMii Hfriii a ertugfrdSfitiwitaKy» toOiéit
Lune , la supériorité de la France régénérée sur la rAOïce dttiltecien régime; eit£^udis que sa voix éliJir qiwilMfteMiabk^flanehisJi exeitai^i'adaiiratÛHi: de «es concitoyens, son illustre ami , M. deCihateatt-^ briand , déclarait,, à la chambre des pairs, que T/élaigmtimfcrfjunilrl trtinqiéefTfaraqi:^ettè) avait .pris uik mouvement national , provoqué par les besoins du siè|cle, pour^un^scdition accideutciie de 1^ populace, pour un acte de mutinerie. D'autre^ oralipirs» qui
tâ4 . cnrQmiiiCE lbitax,
portent aussi des noms honorablement inscrits clans les &stes chevaleresques, et qui ne sont pas moins remarquables par leur talent et leur savoir que par l'élévation de leurs sentiments , les Beaumont, les Alexis de !NoailleS| les Gambon, les Lézardières, etc., ont également reconnu la nécessité de tenir compte , en politique , des idées et des be» soins nouveaux, amenés par la marche de la civilisation ; ils ont constaté les améliorations survenues dans notre état social, sommé les ministres de les respecter , et confessé ainsi que la révolution avait eu sa raison légitime. Ges vues larges et impai'tiales nie s'appliquent, il est vrai, qu*aux choses; les préventions contre les hommes devant subsister plus loBgotenitis, cômM fondées sur le souvenir vivace des aeles d'hostilité qu^on eut à subir de leur part. Je suis loin aussi de prétendre que les nobles délités dont je vous pavie puissent abjurer leur profonde aversion pour les personnages révolutionnaires, qui opposèrent les cachots et le glaive de la terreur, à leurs conspirations intérieures et à leurs armements sur les frontières. Mais ce cfue ne peu-» vent faire de loyaux chevaliers, qui appartiennent tous à la génération nobiliaire, élevée sous les tentes de Gondé, ou dans les champs de la Vendée, nous îe devons nous, héritiers des bienfaits de la révolution^ et quand les plus violents aristocrates qui combattirent, par tous les moyens possibles, le
irctu général de 1789, nous trouvent disposés à expliquer leurs pensées et leurs actes , autrement que par la penrersité et la noirceur de kurame,. ayons au moina le courage de reporter cette indulgence^ ou plutôt cette justice , sur les implaiblesdu parti populaire» qui, agissant aussi aou». l'empire d'une forte con^ctioM, ne repoussèrent des attaques meurtrières par des mesures terribleS) que pour £ûre triomjrfier la cause, procbunée aujourd'hui la cause nationale, par les jdius édairéi de ses adversaires.
Voilà, Monsieur^ coomient il me semble que devrait être jugée la révolution française par lea écrivains qui aspirent à l'impartialité et à - la dignité de rhistoire. Ne perdes pas de vue cet exposé rapide: s'il contient le secret de la guerre un peu vive que j'ai faite à l'abbé de Montgaillard au sujet du 1 4 juillet, vous y trouverez également le fond de ma pensée, dans toutes les attaques que je serai encore obligé de diriger contre lui, à raison de ses fréquentes erreurs ou injustices, sur les événements ^les hommes les plus remarquablea de notre nou* velle ère politique.
Je vous ai rappelé, je crois, sans m'y arrêter , le meurtre deBerthier; je dois pourtant appeler votre attention, Monsieur, sur les réflexions perfides dont Tabbé de Montgaillard accompagne le récit et les horribles détaiis4e cet attentat. « Les a<g>sains,
laÔ GUIQUlàHX LETTEE,
» clit41> le lâassaGrèmt sur la pkoe dé Grève,
» coupèrent sa téte et déchirèrent son cadavre en 9» lambeaux ; ùn des moqueurs de la Bastille, dont ]i le nom a échappé à rezécratk» de la postérité « » ouvrit la poitrine de Berthier à coups de sabre, » et en arracha le cœur ; ce cœur fut présenté san- » glant à M Bailly et à M* le marquis de La£eiyette, » maîtres, ou plutôt esclaves proclamés de ce peuple 9 qui les opoU élus maire et commandant de la viUe y> de Partit, » Vous vous attendiez sans doute , Monsieur, à trouver à la suite de cette dernière phrase , rexpression do l'horreur qu'un aussi affreux spectacle dut causer à des hommes teb que Laf ayette et Bailly ; c'était le cas de rappeler les efforts qu'ils firent l'un et l'autre de concert avec les électeurs , ^oor amoher et Bertliier et Foulon à la fureur populaire ; et Thistorien ne devait pas omettre surtout la démission que le commandant général de la garde, nationale s'empressa de donner, en voyant méconnaître ses exhortatioiis et ses ordres, lifais cet hommage à la vérité aurait fait perdre à Fabbé de Montgaillard l'occasion d'essayer indirec*tement ses dispositions haineuses sur deux illustres citoyens qu'il n'osait attaquer en face , et dont les Vertus paîitliques et privées, devenues incon.tes« tables , en le condamnant quelquefbis. à Msaer entrer la louange dans une bouche nalurellement pleine de ûel et d'amertume , le plaçaient trpp sou?