‹ Réfutation de l'histoire de France de l'abbé de MontgaillardChapitre 9 sur 21 · ASSEMBLÉE C0K8T1TUA1VTE · texte numérisé non relu

ASSEMBLÉE C0K8T1TUA1VTE

vent dans la position du poète , dont Botîeau disait , fa*il croyait voir en hii le diable^ que Dieu forçait à louer ks saétUs. Âinsi^au lieu «findîqaèr les démar» ches qui auraient présenté sous son véritiAle jour la conduite courageuse du maire et du commandaDt de Fteris , on milieu des désordres afiQigeaiits dont fut suivie k premlèré victoire des soldats de la révolution sur ceux de l'ancienne monarchie, il a mieux aisié signalerces deux foncfîoiiiiaires comme les esclaves du peuple, qui ee livrait ^ sous leurs yeux 9 aux derniers excès; de telle sorte que, si l'on ne connaissait l'histoire de cette époque ^e par kr Kvre de FaliM de Montgaillard, I^fayette et Bailly sembleraient n'avoir pas osé désapprouver, ou même avoIr'jèH'ftCtfman/ et tacitement approuvé les actes efiroyabte^^MHitre lesquels ils s'élevèrent avec tant d'indignation , après s'être efforcé vainement de les préviemr* J'aurais honte. Monsieur , de chercher à réfuter sérieusement une insinuation plus absurdk encore qu'atroce.

Vous saves, Monsieur , ^*après la formation des gardes bourgeoises parisiennes , le parti patriote; craignant d'être accablé dans la capitale, au milieu même de ses triomphes , par les troupes royales dont les che6 étaient exclusivement dévoués à la cour , sentit la nécessité d'organiser dans toutes les provinces une armée nationale, ou garde civique, sur le- modèle de trile de Paris. Vous vous rappe-

ta8\ ' CINQUIÈME LETTRE,

les âussi que pournepas laisser m eflMmift de

l'assemblée constituante le temps de mettre à profit les lenteurs de cette organisation, d'habiles meneum conçurent le projet d^armer, en un seul jour, la population entière delà France, et qu'ils vinrent à bout de réaliser cette pensée gigantesque, avec la &ble des brigands dont l'approche menaçante (ut annoncée au même instant sur tous les points du royaume. Que les hommes, dont les regrets sont irrévocablement acquis à l'ancien régime, ne voient qu'une combinaison machiavélique dans cette audacieuse conception; qu'ils en déplorent les effets incalculables sur la marche-d'une révolution que leurs intérêts ou leurs principes leur commandent de liaïr , nous ne saurions nous en étonner, ni nous en plaindre: mais qu'un écrivain, qui s'est fait le héraut de cette même révolution , pour la proclamer libératrice de r univers entier^ flétrisse les auteurs d'un plan admirable et émi* nemment utile, comme production révolutionnaire, c'est ce que nous pourrions trouver étrange ailleurs que dans l'ouvrage de l'abbé de MontgaiUard*« Qui » sont donc ces méchants , s'écrie ce dernier, vou- » lant par l'épouvante amener le désordre; par le déj> sordre l'anarchie ; par .l'anarchie le despostisme » de la multitude?... ( 109, 1 11). On a fidt honneur, » repond-il, d'abord à l'abbé Sieyes, ensuite à » rab)>é ïorné, enfin au comtQ d^ Mirabeau ,:d#

AssBMBiJi OQHBTvnrAim., 1789* 1*9

» rinferDale.jQppception dQ^cett^ .armée de brigand» » qui parcouraient le royaumei pour incetfdifir lea » moissons; noud n'ayons' pas( <ks renseignements » assez positifs pour émetti e une opinion fixe,^pur 1» déterminer à qui doit, rester, dsms Flûstmre, ^ » propriété ile fexécraèie- conception qui avait » pour motif, et eut pour résultat, d'armer, ei\un » clin dWl, les prolétaires, la masse de la. populace » de toutes les provinces du royaume ( 1 13, t. a Les prolétaires! ce mot poi4rrai|i faire croire que

les dernières classés du peuple forent seuléB émues

et portées à s'armer, par la terreur panique qui se répandit simultanément sur toute k France, m commencement d'août 1789: mais si Ton réflédiit que Tabbé de Montgaillard vient de se démentir d'avance, deux pages auparavant ( iti^id.)^ endisant de Mirabeau, qu'// fit sortir , au premier coup de dffîet , tous les nobles de Imrs manoirs féodaux^ afin d'accroître en un seul instant la confiance , Ta force du peuple ^ t'est à dire des dusses intènné» diaires qui se levèrent entières comme un seul homme ^ il devient évident que les termes de prolétaires , et de populace j si peu condliables avec celui de classes intermédiaires^ n'ont été employés, ^ la page I x3, que parce qu'ils pouvaient aider l'intention injurieuse de l'historien, à l'égard des hommes qui eurent la première idée de l'armement uni-

t3ô cofQOilaiB iismuty

versel, dont il cherche à faire ici une conception mfemaleét exécrable,

' Puisque j'ai promonoé le nom de Mirabeau , qui savait tout et prévoyait tout, de l'aveu de madame de Staël , qui fut un prodige de ttJerU et d^immùra* lité\ selon Walter Scott, et que Tabbé de Montgaillard appelle un Machiavel dont l'esprit s'était imbu du génie de SyUa , je tous demanderai , Monsieur, si vous avez saisi en effet quelques traits de ressembl^ce, entre ce prince des orateurs modernes et le rivid duiiwouche Marins. Four moi, je confesse humblement que je n'ai pu comprendre eucore, par quel acte de ^ vie , le plu^ redoutable djes champions populaires, patriden transfuge, dont la voix poissante S|ppe1a le génie de la destruction et fit tomber la foudre sur l'édifice féodal , a donné lieu de croire qu'il appartint à l'école et qu'il se. fut nourri des maximes d*un aristocrate féroce, qui ne s'empara du suprême pouvoir, que pour décimer, à souliait, la populationpiébéienne de sa patrie. Il ne fallait pas moins que Pœil perçant de M. l'abbé de Montgaillard, ou de ses coadjuteurs posthumes^ pour faire une telle découverte, et signaler des rapports entre l'éloquent interrupteur du marquis de Dreux-Brézé et le vainqueur de Jugurtha.

Mais l'audacieux Mirabeau, indomptable à la tribune, succomba-t-il réellement dans les négocia* tions secrètes dont il fut l'objet , ainsi que l'as-

ASSEMBLÉE OONSTITUAJTTB , I789. x3i

surent les éerWains de tous les partis? et l'admirsble

interprété de l'enthousiasme national de 1789, ce* lui dont le nom seul représente encore* 4^m l'histoire» toute la révolution de eette époque, ne fit-îl que spéculer sur les troubles de son pays , mettre sa conscience à rcncan, et se livrer au plus in&me trafic^ là où nous le supposions dominé par de sublimes inspirations? Si nous étions obligés de prendre à la lettre certains passages de madame de Staeli de Walter Scott et de Montgaillard, cette explication d^oûtante d'un homme pi odigieux ne pourrait être aujourd'hui contestée. U est viai que les mœurs dissolues de Mirabeau, l'approchées des liaisons politiques qu'il eut avec la cour sur la i&n de sa vie , ont du le faire considérer communé* ment comme iib déserteur du camp révolution* naire, et le stipendié de TancieB régime, qui lui devait ses principales défaites. Mais madame de Suel et Walter Scott étaient iaits pour s'élever au-desw de l'opinion commune; ils auraient dû sentir que le héros de la révolution pouvait bien, comme tant d'autres, tpx^on ne Èonge pourtant pas à accuser d'apostasie, cherdber à modé^ rer Vélan démocratique quil avait contribué à communiquer aux esprits,, sans, devenir pour cda contre-révolutionnaire. Quand Mounier, qui avait pris, en Ûauphiné, l'initiative de l'insurrection; quand liecker , son ami, et les autres partisans de

l3a CINQUIEME LETTRE ,

k conutitudon anglidâe, qui fonnaieiit âvec eux

Fentourage et le conseil de Monsieur ( Louis XVIII), se séparèrent du parti populaire à cause de son refus dfadop ter leur système des deux cbambres; quand ils abandonnèrent leur poste dans rassemblée uationale, ou dans les conseils du roi , firent-» ils alors acte de trahison; et devait-on les regarder comme vendus au parti, qu'ils avaient combattu jusque là, avec autant de zèle que de talents et de succès? Non, ces hommes d'état furent, d'après les accusateurs de Mirabeau , les seuls et vrais amis de la liberté; ils purent changer de position, sans changer de principes, et l'on ne saurait faire une semblable distinction en faveur du géant de la tribune française, qui eut lé tort d'insister pour ime chambre uniquey et de dédaigner ^introduction de la pairie itoglaise, si chère à Walter Scott, à madame de Staël et à i'aU>é de Montgaillard. Si Mirabeau eût laissé une fille, qui eût hérité de son génie, elle* n'aurait pas eu besoin de publier trois volumes, pour démas- <}uer cette injuste partialité, et pour recommander son père il- la reconnaissance nationale; il lui eût suffi de rappeler qu'au moment même où la défense des prérogatives du roi constitutionnel, par ce terrible adversaire de la yieillé monarchie, venait de faire peser sur lui le soupçon odieux de corruption , ses collègues et ses concitoyens s'empres-

ASSEHBXJBB GONSTITUAUTS, 1789* t3j

sèrent de déposer leurs préventions au pied de son cercueil, votèrent ou accueillirent , avec enthouf siasme, la translatiou de ses cendres au Panthéon^ L'opinion publique s'égara ^ dira-t-on ; il est avéré aujourd'hui que Mirabeau fut le pensionnaire de la couronne, et qu^il conspira, avecBouHlé, pour favoriser la fuite de Louis XVI. En supposant irréfragables ces divers chefs d'accusation,, il n*en résulte pas nécessairement qufr le défenseur du peuple eût vendu lâchement son éloquence, sa yaste capacité > et son crédit à la contre-révolution, et qu!tlJ6â|. renoncé à son indépendance, sous peine de perdre ses gages; on peut lUToquer sur ce point l'autorité de madame de Staël elle-même: «Mirabeau, » ditrelle-, soit quilil acceptât,, ounon^ Targent de la » cour, était bien décidé à.se faire le raattre, et non » l'instrument de cette cour. » Après l'achèvement de Tceuirrede démolition , lô plus actif des destructeurs s'éloigna, dans ses plans de réorganisation des idées alors dominantes. Il avait accéléré la ruine delà monavchie féodale;, il voulut k remplacer par la monarchie constitutionnelle,, et proposa de l'aire au roi, dans la distribution des pouvoirs, une part plus grande que ne 1^ désirait la majorité de l'àssemblée nationale, soumise encore k la tendance démocratique des esprits. Dépassé dès lors par BarnaVè et les Lameth, qui tientat refusèrent à leur touf de suivre le mouvement rapide de la ré-

l34 CUKyililfE LKITBXy

volation, il vit baisser son crédit, et se consola de sa disgrâce, en rappelant le voisinage du Capi* taie et de la roche Tarpéienne^ et en citant ses ingrats contemporains au tribunal de la postérité. La cour qui connaissait ses désordres et ses besoins, et qui sentait Fimportance de son appui, dut chercher à tirer parti de cette rupture éclatante du tribun avec le peuple ; non qu'elle pût se flatter de £eiire concourir Mirabeau au rétablissement des institutions surannées qu'il avait fait crouler sous la massue nationale; mais dans Tespoir d'obtenir , par la puissance de son talent, des conditions meilleures pour le monarque, dans la discussion de Vacte constitutionnel

Si Mirabeau accepta jamais les dons du trésor

royal, ce fut sans doute à cette époque; et l'on voit que cette faiblesse morale, loin d'équiyaloir chez lui à une défection politique, qui Taurait entraîné à détruire son propre ouvrage , ne faisait que l'angager à soutenir avec plu& de véhémence peut-être , contre les envabissenients de la démocratie, les doctrines monarchiques et constitutionnelles auxquelles il avait pu se ûxer, aussitôt qu^il était de^ venu urgent de substituer ime nouvelle organisation à celle qu'on venait de réduire en poussière (i).

(i) Jetronye, clans le livre môme de l'abbé de Montgaillard, la preuve authentique du fait que je présente ici comme simplement hypothéti^c. On Ut» à la page tome II : Lors de sa

ASSEMBLÉE COjJfSTITUAJJîTE , I789. l35

Ses rapports avec le trône; «awf raoocqplalkm des

largesses royales , s'of&ânt donc à mon esprit, avec

première entrevue secrète (il s'agit da roi) aux Tiuleries, avec le comte de Mirabeau^ oeloi^ci lui dit : « Avant tontes choses ^ » je prie votre majesté de me permettre de lui soumettreime ques- » tion : votre majesté veat-dle> désire-t-^e sincèrement être un

» roi constitutionnel , ou votre majesté regrcltc-t-elle le pouvoir k absolu de ses ancêtres? Dans ce dernier cas , je n'aurais ni s coKmLS A poNiTEBi vi suiTicES A OFFRIR. »— « Je ne veux point '9 du pouvoir absolii; je serais satinCût, très satisfait d'ètreraî con- 9 stitntionnel» pourvu que la couronne ait les prérogatives et 9 les attributions de force et de dignité , sans lesquelles ^ ne 9 serait qu'un siniulacre : mon intention est de r^^ner d'après 9 les lois constitutionnelles. » Nous garantissons cette anecdote , parce que nous l'avons lue , écrite de la main de la reitte , dans sa lettre à M. le marquis de Bombelles. » A Tappui de cet auguste témoignage , je citerai une note politique ÇM) , inédite, ' trouvée dans les papiers d'un ami de Mirabeau , et dans laquelle cet bomme célèbre consdlle d'amener le roi à s'annoncer de bonne foi , comme adhérant à là révolution ^àla seule oondition iTen être le chef et le modétûteur.

Mirabeau eut aussi des entrevues avec Marie- Antoinette. Moutgaillard prétend que la première eut lieu dans les caves de Saint^Cloud-; madame Campan dit que ce fut à un rond-point qui est encore sur les hauteurs du jardin particulier de cette maison royale; et M. LacreteUe assure que la reine reçut Mirabeau dans son appartement même* D'après fattestatimi îrr^ ensable d'une parente, dont le nouveau courtisan se fit accompagner en cette circonstance, je crois pouvoir affirmer que la dernière version est la plus vraie , et que l'entrevue se passa en effet dans les appartements du château.

l36 CINQUIÈME LETTRE,

le mémè' éarttôtére qu^ lesnégociatiotis successives^

entamées plus tard avec Louis XVI , par les feuillants, et même par les girondins (i). J'y vchs la justification de ce que je vous ai dit tant de fois^ que la révolution , marchant plus vite que ses meneurs, la lassitude et l'embarras de ces derniers durent les exposer souvent à de &usses démardies, comme hommes d'état, sans les faire renoncer, comme citoyens, à la direction plus ou moins libérale qu'ils avaient donnée à leurs opinions et à leurs actes.

Cest assez parler d'un homme, Monsieur; je reviens à l'assemblée nationale, pour reprendre Texamen de ses travaux , et j'arrive à la nuit du 4 août, dont le souvenir retrace à nos yeux, dans le tableau des dernières heures de la féodalité, l'un • des plus beaux mouvements d'èxaltatîon et de désintéressement civiques qui puissent orner l'histoire d*un peuple libre. « On peut envisager cette . » nuit de destruction, dit Montgaillard, comme » l'explosion d'une troisième révolution politique, » OU comme une troisième éruption du vc^can ou-

(i) A rëpoqne des propositions faîtes à la conr par les amis de Vergnîaud, un citoyen recommaiidable, M. Dyanière dit à Condorcet, en parlant des conseillers de Louis XYI : « S'ils ac- » oe^taîent, c'en serait fait delà liberté.»— «Ke craî^ez rien, » lui répondit le philosophe, Tignorance et la vanité le leur dé- > fendent»

ASSEMBLÉE OOKSIITUASTE , I789. tij

» vert sous la France. C'est le complément de la » journée du 17 juin, où le tiers-éut s'investit de 9 Tautorité souveraine^ en ^attribuant tous les » droits de la nation (i); c'est le sceau de la jour- » née du i4 juillet, où les Parisiens en armes, se » Êûsantles interprètes de l'opinion générale, ont » déployé la force populaire, renversé la Bastille, » et précipité sur ses ruines le pouvoir arbi- ]» traire ( ii8 et 119). » Viennent ensuite des réflexions amèressur les fondateurs de ce pouvoir , sur le système si faussement posé du superbe Richelieu et du fastueux Ltmis XIV; ce qui semblerait indiquer que notre historien , revenu à sa haine pour les puissances de l'ancien régime et à sou enthou-*

if) Monfgaillard insiste encore ici sur la prétendue usurpation que commirent les mandataires du tiers-état , en se déclarant les représentants de la nation. U est faux , d'abord ^ que le tiers* état ait Tonln exercer seul U souTeraineté; il invita , an contraire, les députés de la noblesse et da clergé à se rénnir à lui dans le sein de l'assemblée nationale, et ses instances finirent même par triompher de la répugnance des premiers ordres. Si , après cette réunion, il eut pour lui l'avantage du nombre et du talent; s'il dirigea exclusivement la marche de la révolution , et ne laissa au patriclat et au sacerdoce que le droit d'assister et de prendre part a Tabolition de leurs privilèges, o'est que les supériorités ecclésiastiques et féodale^ devenues fiictices, ne représentaientplusles supériorités réelles, les existences prédominantes de l'état social de cette époque , sdon les propres expressions de Walter Scott ^ -dont on trouvera plus loin les paroles remarquâmes à ce sujet

l38 CUîQUiÈME LETTBEy

siasme pour la révolution, qui a marqué Fère des gouvernements constitutionnels^ apporte des dispositions plus libérales dans sa manière de juger le compilent et lesceauAe 17 juin et du 1 4 juillet, que dans rappréciation de ces journées elles-mêmes. Gardons-nous cependan t d'admettre trop légèrement cette présomption; l'abbé de Montgaillard veut bien s'élever avec son acrimonie habituelle contre le pouvoir arbitraire 9 pour faire un crime de son établissement au ministre et au successeur de Louis XIII, mais il n'entend point renoncer par là au droit de blâmer le peuple français , qui fut asses insensé pour appUmdxr at^ transport aux décrets qui précipitaient le pouvoir arbitraire sur ses ruines ; et si, plus indulgent envers les êtres collectifs qu'envers les individus, il consent à pardonner à la nation son allégresse, en considération de son ignorance des mojens d'amener la félicité publique , il reste du moins inexorable à l'^rd de ses représentants , trop fougueux défenseurs des droits généraux^ dit*il , ardents et ambitieux tribuns , dont les ' uns sont séduits par des abstractions , et les autres nourrissent des intentions perfides ^ et qui,, tous , procèdent avec une fahuse f tireur au renversement de toutes les institutions y détruisent tous les appuis de la morale f de V ordre public, ébranlent le respect du àja propriété^ abattent VéJUficse avant d^avoir

formé le plan de reconstruction (i) , oublient dans leurs aitapÊâs contre laféodalUé, la doctrine de la prescription (a) , et poussent Hnconsidératton et la légèreté jusquà dédaigner V autorité du jurisconsulte DonuU, en matière de révolution et de ré^ormation sociale. Ainsi , Monsieur, la troisième yictoire da parti populaire 9 qui fut le complément des deux autres, et mit le sceau à la révolution , n'est encore qu^un événement déplorable pour le détracteur de la vieille aristocratie, pour le prophète libéral, à qui les principes et les bienfaits de cette révolution inspiraient , il n'y a pas long-temps y la prédiction de laffranchissement du monde.

(1) M. de Montgaillard qui reproche incessamment aux démolisseurs l'abus des théories et la manie des abstractions , les accuse id de n'avoir pas formé un plan de reconstruction , et •emUe ne pas sTapercevoir de la eontiadiction que renliernie celte doolile imputation. H ne eomprend pas d'aiHenrs que la réédificaticHi ne pouvait être toit^ utilement qu'après la d«itrnction totale, et le déblaiement des ruines; et que si les premiers essais de réorganisation ne produisirent que des formes passagères, ce fut précisément parce qu'ils étaient prématurés» c'est à dire trop liés aux travaux de désorganisation qui restaient m faire, et par conséquent trop empreints du cachet révolutionnaire.

(a) On ne devait pas s'attendre à voir invoquer la doctrine

de la prescription , en faveur des titres et des droits féodaux,

par l'auteur de V Introduction historique , où les usurpations féodales sont flétries à chaque page, au nom des antiques franchises nationales et des droits iflqpreseriptililes de l'humanité.

l4o GllTQUIElfS LBTTRXy

Et Walter Scott ! dites-vous; comment a-t-il eiivisagé la journée des sojcrifkesl II se prononce pour les écriTains qui Font appelée la journée des dupes (i), vous répondrai-je; et cela fait déjà pressentir son opinion. Il descend en effet , cette fois encore, au niveau de Tabbé de Montgailtard, et le 4 août n'est pas mieux jugé que le i4 juillet. C'est Tenthousiasme qui a tout fait dans cette grande circonstance, et l'enthousiasme devrait être banni des conseils d'une nation, pour y laisser régner exdusivemsnt la raison sévère et la réflexion. J'avoue^ Monsieur, qu'il serait peu convenable, en thèse générale, et dans l'état normal, que des législateurs votassent par acclamation: mais je conçois aussi qu'il est des cas où l'entraînement est inévitable», et peut même devenir utile. Il fallait bien , par exemple , que les prêtres et les nobles, jusque-la si opposés à la révolution, cessassent de régler froidement leur conduite dans l'assemblée nationale, sur l'exigence de leurs intérêts, et quils éprouvassent, à leur tour, la ûèvré patriotique, pour se dépouiller eux-mêmes des privilèges dont l'abolition était universellement réclamée. On n'arrive point à de semblables déterminations par une discussion longue et méthodique; elles sont toujours le fruit

( I ; M. Mignet obserTC avec raison que cette jonmée, signalée

par quelques écrivains comme la Saint-Barthélemy de la pro^ priété, nç fut que la Saint- BarUiéùiiny tles abus.

AsssatBLÉM eonmrnjàwn, 1789. 14 1

d'inspirations soudaines, que la sécheresse et la lenteur d'une délibération ordinaire étou£Eeraient sous le poids des combinaisons et des calculs (i). Aurait-on mieux aimé que le peuple leur arrachâf;. par des violences et des excès ce qu'ils . abandon* atrenl Ji^MfareusementîiÉt^ange ai^eoglementde* la plupart des hommes qui ont écrit l'histoire de nos discordes xiviies>i Si la nation^ irritée tparr Ja jrésisr. tance-ou: f^griesaon ûe. Tari^tocratie y 'iâélnent^w instant son caractère humain , et n'exprime plus sa yolonté et sa puissance que comme leDieu d'israël, au jisylt ideJaiaudrft etideslempétes^, ils Àe voient plus en elle qu'une société de brigands; et lorsque . rarifitû£ralie.yaiin de prévenir d'immiuidotes.fisJan mîléft^idDniift 'le signal des concessions et des saorî* fices, elle n'est plus, à leurs yeux, qu'une étourdie et qu'une dupe, dont un accès de démence provoqu9^ et fit toute. la générosité! £n vérité» Monsieui^les grets que l'on manifeste ici au sujet de la condescendance conciliatoire des nobles, des. pril^ et des abbés qubnégeaientdai^b«rqprés«kf^onnat^^ pourraient .£aire croire qi^e.sles malheurs, cau^.

(t) On repvodue «vx députés de 1789 d'avoi^ déchaigé le pemple fina^tft d'une foule de droitf onéreux et abniifii, ayee trop de ptécî|Mlation, et les hoannet qui répètent complaisamileiit celte aceoeation fiitisoent de knr reconnaissance > en

1827, l'aristocratie constitutionnelle qui vote, en deujL jours, un budjet d'un milliard.

l4a CINQUIEME LETTRE,

par Topiiiiâtreté des piitis et la persMtance ulté-

i4enre des privilégiés, n'ont pas toujours inspiré, à nos modernesJérémies, une cbuieur aussi sincère, qu'ils voulaient le persuader par leurs éternelles lamentations.

Je ne vous parle pas. Monsieur, de raboUtion de la dime; l'assemblée nationale n'est pas mieux traitée sur ce point par Walter Scott et MontgaîU kuxl, qu'elle ne l'a été à Toccasion de la nuit mémorable du 4 9U>ût. Il est curieux de voir ces deux écrivains examiner cettehaute question d'ordre politique , du point de vue des canonistes et des prar tidens, à qui Técrivain firançais affecte partout d'appliquer Fépidiète de misérables légistes. L'un et • l'autre rappellent l'opposition deSieyes en cette circonstance, et citent avec admiralion ce mot si connu: c Us veulent être libres^, et ils ne savent ;o pas être justes. »

Je terminerai cette lettre, Monsieur, en appe* lant votre attention sur les réflexions injurieuses auxquelles l'abbé de Montgaillard se livre contre les geâs de finance, à propos de l'emprunt de 3o milUons, décrété le 9 août 1789. Dansun pamphlet toneuf volumes, où toutes les classes (i) et tous les partis (a) sont immolés sans pitié , où les nobles

(i) Les pnpnétûics aenk séat eafmw sapfAt dèTaltbé de Moatgaillarâ.

(9) n finit excepter les anémones, ^

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