CHAPITRE X
La puissance prédominante existe de fait èït Angleterre, Majorité. Le premier soin des ministres est de s'en assurer. Il n'existe dans fe parlement que des votes ^ et point d'opinions. Influence morale de la Chambre des Pairs.
U influence directe de cette Chambre ne peut empêcher les combats de la royauté et de ta démocratie : on ne gouverne pas l'Angleterre sans être sûr de la Chambre des Communes.
Nullité des résistances populaires dans ce, pajrs.
Cettiç puissance coercîtive , on se le dissimu? lerait en vain , existe de fait en Angleterre , sans paraître y exister de droit. Lorsqu'un Anglais eit appelé au ministère et prend en main la direc* tion de l'éitat , le premier et le principal objet de sa sollicitude est de s'assurer de la majorité dan$ les deux Chambres ; (i) et si elle n'annonce pas
(i) Il est reçu en Angleterre que b majorité forme titie sorte d^être invariable qui, si le ministère a bien pris ses. mesures, doit voter toujours dans^ son seqs. En an n^ot^.
devoir demeurer inviiriablement attacbée à seat plans et à sa manière d'administrer la chose publique , alors il a recours à de nouvelles élections qu'il a préparées de longue main. Il se sert , pour les conduire suivant ses vues , des personnes qui ont ïe plu* d'empire et de moyens pécuniaires dans les différentes classes de la société. Les pairs du royaume eux-mêmes sont les premiers à lui prêter leur înflence : car , il ne faut pas s'y tromper, la Chambre des Pairs, qui semble d'abord être Uniquement destinée à opposer une barrière avancée aux entreprises de la Chambre des Communes , sans que la majesté royale ait besoin de se présenter au combat ; cette Chambre, dis-je , est rarement employée à cet usage dangereux f une telle fonction ne pourrait au plus engendrer que l'inaclion, tandis qu'il faut que le gouvernement marche , et que
dans ce pays on n'a point une opinion , mais un vote , quand on est au moment d'aller aux voix; et ce vote est dicté parle parti auquel on appartient, quel que soit d'ailleurs l'avîs particulier qu'on peut avoir sur Tobjel de la question. £n réunissant à ce procédé la maxime de h toutepuissance du Parlement, on voit quelle doit être la force du ministre qui dispose de la majorité. Je doute cependant que cette manière de faire des lois , qui en général ne paraît pas très- honorable pour Tentendement hitniain, prévale j.amais en France , et je ne sais s' 1'; n doit désirer qu'elle s'y établisse*
la législation ait son cours. Et d'ailleurs aue Chambre des Pairs , entravant sans cesse une Chambre -des Communes , deviendrait bientôt odieuse au peuple, et ne tarderait pas à disparaître, dans les subversions politiques (2) ; c'est
(i) Voici une sorte de niaiserie mathématique qui n'est pas nouvelle , et qui ne mériterait pas d^étre citée si elle n'était reproduite par des pubiicistes assez jeunes, ce semble, mais qui annoncent devoir être un jour des gens d'esprit. Il est question de déterminer l'effet produit par l'action corjbinée des trois pouvoirs qui coopèrent en Angleterre à la confection des lois , et l'on se dit : le pouvoir démocratique est opposé au pouvoir royal , et réciproquement , donc ils se nuiraient entre eux et se combattraient; mais le pouvoir aristocratique est au milieu, il pare les coups. et maintient les choses. C'est celte dernière partie dont je nie l'exactitude. A-t-on oublié qu'il' faut, en fait de gouvernement, décider et agir : or, si le pouvoir démocratique s'oppose au pouvoir royal, ou veut régir l'Etat à sa manière , le pouvoir aristocratique, réuni à la royauté, emportera sans doute la balance ,^et l'on marchera (du moins , c'est ainsi , je \t pense, qu'on se figure que doit étre'l'effct de la machine); et si, au contraire, le pouvoir royal veut tenter des envahîssemens sur la démocratie et se passer de son assentiment , Taristocratie , jointe à celte dernière, le fera rentrer dan* ses limites. Que résulterail-il de là? Que 'ce serait l'aristocratie qui donnerait l'impulsion décisive , et qui , dans la réalité , serait le pouvoir gouvernant. Mais cela n^empêche^ rait pas le combat et la dwision entre un parti qui V emporte , et un parti qui^est vaincu et qu\ cède; et je doute fort que, M celui-ci Sl& trouvait être la démocratie , il re.stât dans ime
4onc le crédU et I^ richesse de ses membres , et Ji'empressement de 1^ foule qvii les entoure dans Tespérance de recueillir les fruits qu'elle se proipet de leur puis&aate protection, C'est ce crédit, cette richesse , ce concours , cet immense patronage dont les effets sont ressentis jusque dans les dernières bourgades des trois royaumes , qui donnent à la Chambre des Pairs une si grande prépondérance dans les destinées de l'Angleterre. Cette prépondérance se fait éminement remarquer dans les élections , puisqu'il est de notorrîété publique qu'il n'en est aucune oii les frères, parens ou amis des pairs ne viennent peupler la Chambre des Communes presque tout entière.
Toutes ces opérationspréliminaires une fois coaspmmées , au gré du ministre j et le parlement
grande tranquillité après un premier échec , et quUl ne se défit bientôt des privilégiés qui prétendraient lui imposer le joug : aussi ne gouvertie-t-on l'Angleterre qu'en s'assu» rant des Communes , et non pas en se bornant à les heurter de front avec une Chambre des Pairs. C'est par l'influence morale , bien autrement que par l'emploi d'une force directe dans la législation , que les Pairs jouent un si grand rôle dans ce pays. £n vérité, l'on rougit pour la raison humaine , quand on voit réduire à des tours d'équilibre le maniement des affaires publiques , et l'impertubable effet que nos spéculateurs cherchent à découvrir dans le troi* sième pouvoir, ne me semble pas mériter que j'en dise un seul mot de plus dans 1^ cours de mon ouvrage*
coÀp^posé de panîène à seconder ses yues et à &ai^tentr son admini<»^tfatic)n, Il njarche a?e€ sécurité^ il connaii la maxime de la toute-puis^, sance des résolutions qa'il est sur désormais de conduire el ^e maîtriser daHs les intérêts de la gloire et de la puissance du trône. El , si les conceptions de notre Montesquieu sont parvenues jusqu'à lui , il en sourit întéridurement en voyant que , pour lé bonheur de sa patrie ^ il est parvenu à ramener à Tunité ce qui , d'après ce pubiiciste célèbre , devrait demeurer en équilibre , e^ dan& une indépendance absolue ; puis , tournant ses regards sur la soumission des sujets , il se rappeHe un apologue qui dans la politique ne mérite pas moins d'attention que celui de Ménénius : le Dragon à plusieurs têtes et le Dragon à plusieurs queues. (?*) Satisfait d'avoir réuni la multiplicité des têtes dans un seul ensemble et sous une même direction , il laisse subsister les divisions partout oit les résistances pourraient naître. 11 supporte , il protège même les corporatioi^s , les associations et les sectes j il ne craint pas de se trouver mêlé dans l'impolitesse de leurs discours et dans la brutalité de
(i) Ce sont les rédacteurs du Ùmstitutionnel eux-mêmes qui, dans leur feuille du i3 août dernier, ont rappelé cet. apologue , et ils ne pourront contredire la justesse de Tapplication que j'en fais.
leurs imputations. Cette licenee, que les Anglais prennent pour la liberté , est uH sûr garant que leurs que;relles et leurs animosités personnelles , qu'elle ne cesse d'entretenir, les empêcheront d'entrer d'un commun accord et d'un même esprit dans des ligues formidables contre le monarque. D'ailleurs , un système particulier de finances enchaîne à la stabilité de la chose publique toutes les classes élevées au-dessus des simples prolétaires ^ et, si, enfin, quelque maladie contagieuse et subversive de l'ordre et.de l'autorité , menace d'une invasion universelle les diverses régions du corps politique , alors il s'ouvre une puissante ressource, qu'un ministre habile tient toujours' en réserve, et que dans ces niomens difficiles il ne manque jamais de mettre en usage*, celle d'une diversion offerie à l'orgueil national dans des démêles extérieure et daas des guerres étrangères.