CHAPITRE XL
Changement des ministres en Angleterre ; les nouveaux ministres suivent les erremens de leurs prédécessenrs. Lèpartianti-rninistériel, satisfait de la victoire^ se conténte'de quelques vaines concessions. La majorité rèi^ient du ministère. Toutes ces ^ transitions imprati^ cables en France. - La royauté préservée en Angleterre par là révolution française .
Cependant, maigre tant de soins et de prévoyance y il arrive quelquelois cpie , par l'accu^ mulatîon des passions et des obstacles , le mi^ nislre se regarde comme hors d état de sur-^r monter les attaqueis qui bientôt^ se renouvelleraient contre lui , et repousseraient .toutes ses mesums , même celles qu'il croirait les plus indispensables au bonheur publics Al<»f s le gouvernement cède , et le Roi ra>cher<>her sont nouveau ministre presque toujours dans les rangs les plus distingués de ceux qui se sont élevés contre celui quil vient d'abandonner.
Comme il parait assez peu naturel que le ma-
scandale , sa gestion sur celle de ses prédéces^, seurs. Le parti qu'il vient de quitter se contente de quelques vaines concessions en paroles bien plus qu'en realité , et s'affaiblit de tous les membres qui passent du côté de* leur ancien collègue i la majorité est acquise au gouvernement j et le peuple , entraîné par une volonté irrésistible dont il ne voit jamais interrompre le cours, imbu de l'inviolabilité des résolutions du Parlement , mais séduit par quelques formes populaires et par le titre de nation' libre , obéit avec, l'orgueil de la puissance et l'exactitude ^ 4^ l'esclavage.
Âuriôns*nous lieu de nous flatter que le^ niâmes précautions et la même marche dans le gouvernement de la France produiraient les mêmes 'résultat^ ? Je ne le pense pas. £t d'abord , malgré les motifs qu'un ministre, choisi dans les partis opposés à la royauté, aurait de revenir aux principes qui seuls peuvent conserver notre malheureqse patrie , est -il probable qu'il i^e vjouerait aux ^devoirs de sa nouvelle situation avec tout labaudon et tout le retour qu'un Anglais est libre dy mettre ? Autrefois , quoique les opinions d'un ministre, au moment qu'il entrait au ministère, fussent presque toujours assez généralement connues , elles n'étaient p* s cependant aussi solennellement prononcéc.^^
qu'elles l'eussent été de nos jours ; et il pou<^ vait s'en détacher bien plus facilement qd?il ne pourrait le faire aujourd'hui. Maintenant ce quepous pensons a été trop de fois et trop publiquement répété , et nous mettons une^trop grande importance à nos paroles , pour jqu'aur cun Français, et surtout l'orateur qui a brillé dans un« assemblée » se résolve à faire l^ sacrifice des sentimens et des manières de voir que ^ sa vanité ne lui permet plus de soumettre à l'examen , et dans lesquels il a placé les titres de sa gloire. Il est donc presque impossible de s'en promettre autre chose qu'un mélaogç; funeste^ de velléités pour la cause du motmrque , et de condescendances pour les amis du relâchement et des faux principes. .
Si de ce ministre nous passons ensuite à l'e^xamèn des manières de sentir et d'agir que l'impétuosité de notre caractère national ne manque pas de faire régner dans nos assemblées , nous croit-ôn capables d'imitéi* facilémêQt l'impassibilité anglaise? Et pense-t-on que le parti qui se verrait abandonné par le ministre tiré de son sein,: ne^rèdoubleràit pas de pétulance et d'animosit^s 9 et ne mettrait pas toutes les jouissances, (le son amour-propre à lui susciter des obstacles sans nombre ? Je ne sais par quelle fatalité y attachée à la malheureuse époque dans
laquelle la Providence nous a condamnés à voir notre ?ie 5*écouIer , on a toujours les yeux ouverts sur les défauts des rois-^ et toujours fer* mes sur les passions des assemblées. Je ne sais par quelle opiniâtreté déplorable on se repré* sente ces rassemblemens orageux conune toujours prêts û rentrer dans les bornes de la modération ^ et à saisir de Qouveau les moyens termes , si quelquefois il leur est arrivé de s'ea écarter. Je ne m'arrêterai pas à démontrer que ces moyens termes ne sont pas toujours la voie la plus sûre pour arriver au bien, et qu'ils^ peuvent souvent rompre Tensemble des iheilleurs projets. Une seule réflexion suffira pour hive sentir quels ib sont d'ordinaire ; la voici*. Les factieux habiles savent très-bien qu'il est cer-» taines maximes que repousse le commun des hommes. Ils les font circuler et soutenir par les enfans perdus dé leur parti » et , restant eux* mêmes , dans leurs discours , en arrière de ces prétendus principes , ils empruntent des dehors de sagesse pour amener les esprits au point qui leur est nécessaire. Et qu'on no se laisse pas séduira par les dispositions qui régnent gênéralement aujourd'hui dans la nation française , et dont nous ne saurions* trop profiter pour éta« blir des règles de conduite invariables et des bornes qu'on ne franchisse jamais. Desâssem-
blées sûns factieux sont de ces prèscns rares que la bonté céleste ne consent à nous accorder que lorsque, 'apercevant le cnahgeiinient des cœurs, elle veut cesser de punir. En efiet , les hommes les plus froids et remplis des meilleures intentions , lorsqu'ils voient lès conseils du souveraîû ne point entrer dans leurs vues et rejeter leurs àvis , ont pleine à se défendre de roubH ou du moins de la suspension des principes , et de l'ambitionne Tautorîté, pour faire triompher , par la contrainte , ce que le bien public leur semble exiger invinciblement ; et , s'ils éprouvât ces tentations violentes d'incursions dans le pouvoir , que ne sont-elles pas pour ces esprits moins réfléchis , moins éclairés , moins attachés au devoir , qui , dans toutes les assemblées , même les mreux cornp'osées , forment en quelque sorte tin peuple nombreux , et qui n'otal quelque part aux prérogatives suprêmes que pour en désirer davantage ? J'ai dit que les rois ne songeaient à^ étendre leur puissance jusqu'à ses dernières limites , que lorsqu'on la leur disputait et que leurs sujets se montraient résolus à y irésister.* Croît-on que ces dispositions de mécontentement contre les obstacles y €i cfe?vœux ardens pour l'accroissement du libre exercice des volontés, se rencontrent avec moins d'emportement dans les membres d'une réu-
mon qui jouit de droits iraportans , mais qui doit toujours répugner à se les avouer comme n'étant que se<fondaires? J'ai encore dit que, daps une suite de rois enclins presque tous à la faiblesse , il s'élève de temps à autre quelque esprit remarquable par l'inflexibiUté de ses résolutions et l'audace de ses entreprises. Mais ce que le laps de temps jait nécessairement rencontrer parmi ces rois ^ . le nombre ne peut manquer de l'offrir dès V abord dans le sein d'assemblées dont les membres , cfioisis parmi d'autres ' assemblées , affluent de toutes . les parties d'urif empire. Ainsi, des chefs pflompts à tout enlrepreudre , viennent infailliblement ^-y placer au milieu de soldats qui n'attendent que la direction qu'on veut leur imprimer , et qi:|i ne sont déjà que trop disposés par eux-mêmes à commettre des hostilités , et à marcher dans des guerres d'invasion. Je le demande j au milieu de ces agitations , de ces passions immodérées et de ces élans vers l'agrandissement, oii lrouv:er le moindre motif- de .penser avec Montesquieu, que le concert s'établira nécessairement entre les assemblées et le prince ;. qu'égales au monarque , elles se renfermeront dans leurs limites , et que , forcées d'aller par le coul'S des choses , ces doubles et triples autorités inarcheront sans chercher à se surmonter dans la mar-
che? Qu^l étrange équilibre! quel délire d'en . avoir seùléftent conçu la pensée ! quel aveugle-
glement surtout de s'opîniâtrer à le regarder
comme le seul moyeft de salut , dans l'exaltation . qui nous entraîne sans cesse , et que les Français
ont montrée dans toutes les époques de leur
histoire ! (i)
(i) Lorsque j'écrivais ce paragraphe , Fordonnance da Roi, du 5 septembre n'avait point encore paru, et la nouvelle assemblée des Députés n'avait pas encore été çoo^ voquée; et je ne dissimulerai pas que, craignant de 'voir celle qui vient d'être dissoute adopter , par l'amour du bien même , des maximes hasardées et introduire des exemples^ dangereux pour l'avenir, je voulais lui montrer tout ce qu'on pouvait redouter d'assemblées moins bien intentionnées, tant que les vrais pt-incipë sir él aio nt pas irrévocablement fixés^Mais , maintenant qu'elle n'est plus , je dois lui rendre justice y et je ne veux pas qu'on croie que je reconnais comme véritables les imputations qu'on a élevées contré elle avec beaucoup plus de ^èle que de preuves. Je sais qu'elle a montré un grand désir de réparer les injustices,' mais jamais aux dépends des particuliers : c'est le trésor public qu'elle voulait ; charger de' ces réparations, autant que les circonstances pourraient le permettre. Malheur a toute nation qui ne met pas la justice au premier rang de. ses devoirs, et qui ne voudrait lui faire aucun sacrifice! la violence est bientôt la seule loi qu'elle connaisse , et ses générations sont destinées à périr dans des- jours de dis-' cordes et de calamités. Nos révolutionnaires sont presque tous morts pour des intérêts mesquins, et d'immenses ri« chtsses ont été englouties et se sont perdues à jamais pour
Je dois dire ici, ma peqsée toute entière. L'Anr gleterre elfe-méme , malgré les soîms et la vigilange de ses grands ministres pour niaiul,enir , sans interruption , la prépondérance d'iup^ seul * pouvoir j et pour établir par le fait Tuniié dont la nature nous offre dans toute organisat^oo, le parfait modèle , l'Angleterre , dis-je , aurait payé !e défaut de n'avoir pas une déclaration solen* ndleeomnèefest notre Charte, oh l'on retrouve formellejftient qUe Fautorrté appartient essentiellement au roi , et que , dans, les naomens de troublés , il peut tout faire pour la çoiii^içrvaû^n, de l'état y et depuiis long-temps.^ dftns l'incertitude de se& maximes fondaniçmalcfis , etle ne sef aiit
se pa^ sa-vojjT «acrificlr une obole« On reprocher aiissi à cette assemblée des, défiances tX des. alarilics qui, après to«f , ne prouvent que âon sèle pour la royauté. 11 est vrai, que la crainte de; ne p^ ét^c écoutée s'est plue d^une fois Itfàm-^ festée (jlans^ son ei^ceinte, et je viens d'ajvouco ^ele-désif de sauve; U France avait éveillé quelques fausse» idé^ dapof plusieurs de %ft% meiabrîes qui. ayaSeut encore besoÎA de méditer sur la souveraineté des rois 4 et d^exaniiae« les véritables basts sur lesquelles elle repose. Jtfaia ces bas^ e|, cette souveraineté par qui étaitnt-elles corniues- d^oné UASnj^e distincte? Qu'on lise les débats de rassemblée de 1&149 à laquelle on n'impute riert 9 et l'on verra oe que c'est que des discours, de dévolution et des principes, sabrversifs* Au surplus; je conviens que^ vers la fin de la session^ |I commençait à se mêler une certaine exaspération dans les paroles et dans les pensées, et c'est le danger qu'ofioT.
quW théâtre d'anarchie , sans an préservatif tout^puissant qui est Yenu éclàh*er les esprits , et les porter dans une route directement opposée à celle oii ils se trouvaieïirt engagés. Ce préseif^ Tatif , auquel il semble qu'on n'a jamais (âtit étr ^tenliion ^. tandis qu'on s'esl é{>uisé à dénombrer tous ,ks autres , a été la Ri^oilutïoi^ whAîiqAiBn^' Je m'en isàpporte à ceux qui ont étudié les dispositions de la nation ^anglaise , avant que çet^ terrible leçon fui donnée à tous le^peuples^ Les Au^I^, pour ]a plupart;, sfemblaient atoîr perdu de; v«e ce que leurs aneétres slv^ieat so\^^
ront toutes les assemblées qui n'auront pas une . connai»r sarrce bien précise de retendue de leurs drofts\ qur seront contrariées dans leurs intentions , et (fùé des jbiirb^ux lùsti-^ avisés régenteront okarcoii à leur manièté. G'ést^ cfepéÉilItfal aj^ec mi grand pbisir que j'att vu« la piupanpt de» esprits tomber d*a£Goï)d quUl fallait pourvoir à l'agr^^isàemefijt de la puissance royale, et je ne doute pas- que les membres de la nouvelle chambre , de plus en plus éloignés de toutes lés chimères- dé représentation nationale et de pouvoir po'-r pntaire,. ne deviennent les modKlesr invariables de lèdti successeurs ^ eit' ieiir montrant les limite» qu'ont ne dbit jamais: dépassdff. S'ibne le font pas ^ Us perdront U France; car le besoin de U royauté Joe se fera pas toujours sentir comme nous l'éprouvons maintenant , et Parabition des assemblées s'éveillera à mesure que la trace de nos mal— hetirs serai moins marquée. Ellcte voudront régner , si on ne'lètfreii^a pas àié d'avance tous les moyens: cela e^ dàfisPhomiBe ^ cela eat infadlUUe,