‹ Réfutation de la doctrine de Montesquieu, sur la balance des pouvoirs, et aperçus divers surChapitre 16 sur 34 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

Les. principes sanctionnés par Vopinion des grands - hommes , sont les soui^erains du monde. Us ne sont pas toujours vrais. Il faut renoncer aux mots qui ont été la source de fausses idées. Les députés appelés à des fonctions législatives , ne sont pas autorisés à s'instituer représentans ^ quand bien même leurs décisions seraient d'accord ai^ec les in^ tentions de ceuac qui les ont nommés. Cet accord n'est que précaire et éventuel. Le nom qui leur convient est celui de magistrats politiqiues.

D APRES les dangers qu'offrent à mon imagination les notions mal définies et les théories vagues dans leurs expressions, mais cependant très-importantes dans leurs conséquences , que je viens de réfuter , on ne me saura pas mauvais gré de la longue dissertation où je suis entrée Je ne me sens point du tout porté à laisser le champ libre aux doctrines qui pourraient ,

(94) même contre la volonté de leurs auteurs , nous replonger dans les révolutions , et je ne suivrai pas Tavis philantropique de plusieurs journaux, qui veulent qu'on s'abstienne de réagiter les anciennes questions , et qu'on circons/crivit c toute discussion dans les limites de la Charte. C'est précisément parce que je veux le maintien de ce gage de la félicité publique aue je cherche de toutes mes forces à écarter les interprétations et les extensions démocratiques , qu'au grand scandale des bons Français, la plupart des livres nouveaux et même des feuilles pérodiques , ne cessent de se permettre. Pour en détruire l'effet autant qu'il est en moi , mon premier soin a dû être nécessairement de démontrer le néant de certaines locutions banales , dont le vulgaire est loin de soupçonner la perfidie , et je n'ai pu me dispenser de remonter jusqu'aux notions primordiales, mais fausses , d'oîi elles sont sorties. Je sais , aussi bien que les écrivains du jour , que les principes sont les souverains du monde ^ mais j'entends par ce mot des bases de raisonnement et de conduite universellement reçus, et non ces assertions sentencieuses avec lesquelles ces messieurs prétendent gouverner et fixer cette opinion légère et versatile qu'ils proclament dominatrice des peuples et des rois. Les principes dont je parle ont plus de constance et d'univer-

Salilc ; on les volt régner pendant des siècles entiers i ils ne sont pas toujours vrais , mais ils ont tous l'avantage d'être sortis de la création , et d'avoir obtenu la sanction des grands hommes j rien ne leur résiste , tant qu'on ne doute pas de leur vérité. Les clauses les plus formelles sont éludées lorsqu'elles leur sont opposées, et ils ont bientôt enfanté une jurisprudence politique ou civile bien plus forte que toutes les lois. La Charte périrait elle-nfiéme si ces principes qui fomentèrent notre fatale révolution , n'étaient pas enfin contredits. Il faut les détruire, dêlenda est Carlhago , delenda swit principia. Leur destruction est facile maintenant. C'est en vain qu'ils ont ébloui tant d'auteurs célèbres ; l'expérience et le raisonnement qui peuvent désormais se faire entendre , parleront plus haut que leurs apologistes. Un peu de constance encore , ils seront jugés comme ils méritent de l'être , comme de funestes inepties^. L'Europe rougira de l'étonnante incohérence des idées qu elle a laissé prédominer^ et, comme, les mots ont eu une grande influence sur ces idées ^ elle sentira la nécessité dé fixer la valeur de ceux qui sont connus par des usages calamiteux, et de les bannir quand il est impossible de déterminer leur sens d'une manière quelque peu raisonnable. M. Fiévée a présenté le combat pour sauver les mots de

rcpresenlallon el de représentans , ei j*ûl cm de» voir Tacceplcr. Quand le fil de mes ouvrages en serait înterronipu , je poursuivrai sans relâche les expressions dangereuses partout où je les trouve^ rai , et tant que ma voix pourra se faire entendre, i*en'prends rengagen7ent solennel , jerenouvelleraidans tous lesmomens favorables la proposition que j'ai déjà faite à l'auguste asseniblpe dont j*ai l'honneur d'être membre , de ne plus nous servir de termes qui n'ont prévalu qu'aux jours d'horreur que la convention nationale a fait luire sur la France (f). J'espcre qu'enfin je les verrai pour toujours relégués dans les actes et procurations civiles dont ils n'auraient jamais dû sortir ; le gouvernement monarchique ne disparaîtra pas dans la pensée des sujets , parce que le prince aura fait concourir deux assemblées aux résolutions législatives , et nous n'aurons pas toujours à redouter dans la prétendue réprésentation nationale un pouvoir chimérique, éclos du rêve insensé d'une méthaphysique populaire , et toujours tout prêt à se mettre en balance avec l'autorité souveraine pour l'écraser ensuite sous

(i) La convention nationale est la première assemblée quiait osé, en France, outrager ouvertement le bons sens et la vérité , en donnant à ses membres le titre de Représentons du Peuph.

le prétexte iout-j)uissant de son origine JHeiikôtïgère. : * «

. Un dernier scrupule , pbttf répondre à toutes les objections , m'engage à faire remarquer que des députés, dès qu'ils entrent dans des fonctions impératives à l'égard des commettans » ne peuvent , pour se targuer du titre de représentans , tirer aucune raison valable de* la conformité qui doit quelquefois se rencontrer entre leurs décisions et les întéûtîoûs des "personnes qui les ont élus. Cette CQnfgr^ité n est jamais qu'éventuelle , et né saurait les rendre représen-tans , plus que ne le sont les chefs de tous les gouvernemens , quels qu'ils soient , héréditaires ou électif, monarchiques OU républicaiiis , lOr^ que les ordres qu'ils donnent s'accordent avec le vœu de ceux qui doivent lés exécuter ou y obéàv; et si l'on refuse d'admettre la liberté despotique , parce qu'en effet , cette liberté n'est que précaire , et qu'elle ne subsisté qu'autant que le prince la laisse fleuri^^ il faut renoncer pareillement à imaginer des représentans et une représentation , quand bien même par momens, les députés-gouvernans porteraient des décisions concordantes avec ce que veulent les gouvernés* Il y a parité entre les deux hypothèses ; et la dernière conclusion qu'il faut tirer de toutes ces considérations , est de revenir à ce que j'ai déjà ani^

( 98 ) p^ement discale dans le chapitre précédeut, que les députés appelés à concourir à la création des jiois 9 dès< iàrquHLs ont des résolutions à prendre jsur les intérêts ^^ers de leurs concitoyens , en perdant la pa^^vité de représenians y ne sauraient en porter le nom , et que l|i qualité d'arbitres Ou de magistrats politiques est la seule qui leur CQnviepnç.

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