‹ Réfutation de la doctrine de Montesquieu, sur la balance des pouvoirs, et aperçus divers surChapitre 18 sur 34 · CHAPITRE XYII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XYII

La Charte n*est pas dans F esprit de Montesquieu, La Constitution de 1791 était V application fidèle de son chapitre sur la Cons^ titution d'Angleterre, Mes principes sont conformes aux dispositions de la Charte.

Je n'ai plus qu'un mot à dire sur toute cette question des pouvoirs , qui m'a entraîné dans une si longue discussion. Peut-être parce que^^ la Charte parle de différens pouvoirs , des esprits superficiels s'imagineront -ils qu'elle est tontraire à mes assertions , et que l'esprit même de Montesquieu revit en elle ? Ce serait , suivant moi , faire une injure grossière à la suprême sagesse qui l'a dictée et qui nous l'a donnée , que de lui faire partager les spéculations bizarres et les pensées hasardées d'un publiciste justement célèbre 9 mais dont les idées, dans l'immensité de ses travaux, ne portent pas toutes également l'empreinte de la réflexion et de la profondeur.

C'est la Consiîtulîon de 1791 qu^on relrouve presque liltéralenient dans le chapitre de Montesquieu^ sur le gouvernement d'Angleterre. Il était impossible que cette œuvre de méfiance contre l'autorité tutélaire des rois pût avoir nne longue durée j et je crois en avoir donné des raisons péremptoires , en combattant les principes qui avaient présidé à sa création.

La Charte , au contraire , maintient l'autorité royale dans toute son élévation : elle parle bien de difFérens pouvoirs. Eh ! qui ne sait, en effet , que les lois ne se font pas comme elles s'exécutent ; que le militaire n'est pas le juge , ni le juge le ministre ? Mais la Charte ne laisse pas ces pouvoirs dans l'incohérence les uns envers les autres : elle consent à communiquer à deux Chambres une participation dans l'exercice de l'un d'eux , mais elle leur oie le prétexte des origines populaires , en ne reconnaissant que des Députés sans mandats. Elle institue un grand nombre de moyens efficaces pour prévenir l'explosion des passions , ou pour interrompre leur cours. Enfin , elle parle toujours d'en haut, et pourvoit extraordinairement, s'il le faut , à la sûreté de l'Etat. Mes principes n'en sont-ils pas en tout point les fidèles interprètes? et si , depuis deux ans , je ne vois de toutes parts que des feuilles et des écrits toul

( 109) remplis d'arrière - pensées de démocratie mal déguisées , ou d'un relâchement trop suspect , n'ai- je pas^roit , malgré les appels a Fobservatîon de là Charte , dont tous leurs paragraphes sont couverts , d'adresser ces paroles à leurs Weurs : (i) tf Vous qui , de même que moi , ne connaissez qu'un seul port de salut , mais qui le criez sans cesse lorsque je me contente de le dire , soyez donc les premiers à marcher dans la route qui vous est tracée , et à seconder les moyens de puissance qui sont expressément établis pour conserver et maintenir l'objet de votre affection. »

{i) Ceci est dît pour me débarrasser, une fois pour toutes, d'un certain jour sous lequel on avait présenté les premiers développemens de ma proposition du i8 janvier dernier. L'amour de la paix m'empêcha de relever plusieurs expressions qui faisaient entendre très-positivement que mes principes n'étaient pas conformes à ceux de la Charte. J^aurais pu démontrer qu'ils étaient les seuls qui fussent propres à la consolider , et que les extensions démocratiques étaient les vrais moyens de la détruire. Je crois devoir dire^ à la louange de l'esprit public , que cette dernière vérité est regardée maintenant comme évidente. C'est pour éviter que des réfutations deviennent jamais des insinuations, que j'ai fait cette digression ; et il me semble qu'il n'e$t pas difficile de prouver un véritable accord dans ma manière de penseï^ et dans les vues aussi fermes que politiques qui, si j'en juge bien, se découvrent dans la Charte aux yeux d'un -observAteaip attentif.

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