‹ Réfutation de la doctrine de Montesquieu, sur la balance des pouvoirs, et aperçus divers surChapitre 23 sur 34 · CHAPITRE XXITI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXITI

U auteur justifie le principe , que les remèdes à employer contre le despotisme tendent nécessairement vers l'indépendance anar^chique. Il répond à l'accusation de para-^ doace intentée contre sa proposition : que les lois , vu^s sous un certain

inclinent vers l' anarchie. ( Envisagées sous une autre face, elles peuvent être prises dans un sens tout opposé ; cela ne fait que con^ firmer l'adage : contraria , contrariis curanlm\ Les sectateurs de la liberté moderne , en croyant ne se déclarer que contre le des-^ potisme , sont 4 de toute nécessité , sur la . chemin de T anarchie. LorsquUls appellent leurs adversaires fauteurs des principes des^ potiques y ils ne peuvent refuser pour eux^ mêmes le titre d'anarchistes.

Cependant , faut-il le redire jusqu'à salîclé? Xaimc les règles solennelles que les Princes se prescrivent par les lois f j'y trouve les moiifs d'une éternelle sécurité qui n'existe point ail-

leurs , et je n'ai pas vu sans quelqu'irapatiencd lésrédacteursdu journal dans lequel on cherche à me réfuter, citer , comme si j'étais ennemi des lois , un passage de mon dernier écrit , où , parlant des remèdes qui s'ofifrent dans l'anarchie contre le despotisme , et dans le despotisme contre l'anarchie , j'ajoute que, sous un certain point de vue , lorsque le souverain parle par des lois au lieu de commander despotiquement , il tend, quoique d'un degré Bien faible, vers l'anarchie. Un me dit , et je l'avais dit moi* •même ,que cette assertion est paradoxale , tnais on doit savoir que tout paradoxe n'est pas une erreur ; assurément le premier algébriste , qui a avancé que moins multiplié par moins don- -naît plus , a étonné ses auditeurs , et même aujourd'hui , le maître qui répète ce principe à ses élèves , ne les étonne pas moins ; cependant rien n'est plus vrai , il ne s'agit que de s'entendre. De même, dès que je place l'homme sur une ligne terminée d*un côté par l'indépendance absolue ^ qui n'offre qu'isolement > obstacles et mort, et de l'autre par l'obéissance pareillement absolue, qui, à son tour, met la liberté dans l'état le plus précaire , il devient évident que les moyens à employer contre les maux attachés à cette dernière ex-

-( 46) trémîié , doivent plus ou moins rejeler ver»

Tau ire (i).

Nous en voyons un exemple frappant dans la

(i). Je ne sais pourquoi on montre tant de répugnance à convenir (^e Topposition de ces deux extrémités , le despotisme et l'anarchie ^ lorsque Ton convient généralement comme d^un principe incontestable , que dans les monarchies constitutionnelles y la démocratie est toujours aux prises avec le pouvoir royal. Il est clair que cette démocra* lie , n^est autre chose qu'un esprit dMndépendance indivi-^, Quelle, c'est-à-dire l'esprit d'anarchie, à moins qu'on ne suppose qne ce soit le désir d'établir le pouvoir despotique d'une Chambre sur tout le reste de TÉtat, ce qui^^ tris-certainement , ne pourroait être goûté , tout au plus» i^É^^ que par les membres de cette même Chambre. Ce serait

doAc une inconséquence bi^n grande , que de ne pas ad-> mettre mon axiome comme une vérité évidente par elle-^ même. Si on ne veut concéder aux amis de la royauté dans toute sa plénitude, que le mot de despotisme, pour qualifier ce qu'ils envisagent con»me la. ressource de l'état, aa moment que tout va périr dans les discordes civiles, il faut bien se résoudre à subir des représailles , et à laisser désigner, sous le nom le plus énergique, la chose dont on prend la défense. 11 est vrai que , dans cette imposition de noms , l'avantage n'est pas égal pour les deux parties; car il est manifeste qu'on ne peut voir d'un côté que des efforts , pour animer la source de l'unité et de la vie dans le corps malade , et que, de l'autre^ on n'aperçoit qu'une tendance opiniâtre vers ce qui dissout et fait mourir ; mai» on ne peut changer la nature, çt il faut bien supporter le» Tériiés jumelle iiou^ dévoile»^

balance clés {)Ouvoirs imaginée par Monles(|tiiétl) et qu'il croyoit avoir découvert#Ie premier eu Angleterre. Pour tous ceux qui aui'ont lu mou ouvrage avec impartialité , il sera impossible , je m en flatte, de disconvenir qu^au degré oii l'entend Montesquieu , cettebalance inventée contre le despotisme ne soit une véritable anarchie établie dans le gouvernement. Je n'entre plus dans la question de savoir si elle allège ^obéissance du peuple, ou plutôt si elle ne multiplie pas les occasions de la mettre à l'épreuve ; je n'examinô plus jusqu'à quel point est praticable ou dér^isoire Tacçord de pouvoirs rivaux , lorsqu'ils st croient égaux entr'eux , et je laissé désorm^s lô lecteur décider si définitivementJjm- né prévaut pas toujours sur les autres ^ il suffit qu'ils soient réciproquement indépendans, pour qu'il y ait anarchie fondamentale dans les autorités; car , on se le dissimulerait en vain , l'anarchie prij^e dans son sens universel n'est pas autcô chose , à l'exception qu^elle est plus étendue , et qu'on doit la définir : l'indépendance de tous les hommes , indép<;ndance qui toutefois se-» rait elle-même un accord céleste s^il plaisait à la divine Providence de nôUs placer tous dkxis un même intérêt > et de n^ùspirer à tous les individus qu'une seule et même opinion> Voilà donc ^ d'^aprës les préceptes do Montçsquieu i

( .t48 ) un moyen de ^s'exempter du despotisme qu'on va chercher noA-seuIement dans une tendance à l'anarchie, mais qui plus est dans une anarchie bien caractérisée et très-grave, quoiqu'elle ne soit que partielle. Moi, qui^ je l'avoue, regarde ce moyen comme des plus dangereux , et qui voudrais qu'on ne lui permît pas de de* passer certaines limites , j'en, trouve un autre qui me plaît, infiniment dans les lois et dans les formes, qui doivent présider à leur création. Placés de toute nécessité entre deux points extrêmes, opposés l'un à l'autre , il est clair que nous ne pouvons pas prendre des précautions contre le despotisme , en nous portant de sou côté p il est donc d'absolue nécessité que les lois aient en elles quelque chose qui incline , jusqu'à un certain point vers l'autre extrémité : la preuve s'en tire de la facilité qu'elles peuvent donner aux factieux d'user , pour le désordre , de l'entière liberté qu'elles laissent dans tout ce qu'elles ne prohibent pas. S'ensuit -il , comme on semblerait l'insiùuer , que je ne veuille pas de lois , et que j'entende soumettre le cours habiuiel de la vie et les actions de chaque citoyen aux volontés immédiates et à l'arbilraire du souverain. En vérité , cette imputation serait bien étrange , et je ne crois pas qu'on me la fasse se* rieusement quand j'ai posé en principe que le

despotisme, quoique moins fatal que l'anardiie, quoique même la dernière et seule ancre de sa-* lut , lorsque la société se livre à tontes les tempêtes et à toutes- les discordes , n'en était pa^r moins un malheur , auquel il fallait obvier par lés institutions dont le germe existait dans tous les pays , et que la nature développait plus ou moins chez tous les peuples.

Il 11 y avait qu'une seule objection à me faire , lorsque j'ai présenté les lois comme offrant quek que point d'appui à l'anarchie , c'était de faire remarquer que je ne Içs considérais que par rapport à la soumission totale et absolue qui fait l'extrémité contraire à l'indépendance anar^ diîque. Or, il fautj.ccpendsmt, convenir que , relalivementa cette flceqnao CKtrcmi . t e^ elles restreignent cette indépendance \ que , par conséquent , sous un certain aspect , on a droit de les ran garder comm^ des moyenspris jrontre l'anarchie même \ que , vues^ae ce côté et dans une portion des actions des hommes , elles se rapprochent éminemment d une volonté absolue , à laquelle il faut demeurer soumis , ou pour mieux dire quelles n'en sont qu'une modification très-précieuse pour le bonheur public , otM que , vues de l'extrémité opposée et pour d'autres^ actions , elles assurent une indépendance qui y toute restreinte quelle est dans le

nombre d'objets où on peut réxercer , n'est ce*

pendant pas toujours sagement . employée ; il

nelk reste pas moins avéré / qu envisagées com-?

me remède contre ranarchîe^)4^comnie remède

j contre le desporisnie , eîî»modèrent la promp-

^ f^ lilude de Fobéissance , et laissent sur beaucoup

' de choses le champ libre aux factions et à la

mauvaise volonté.

Il suit donc que I^ remède est toujours dans une tendance ou dans un recours vers Textrémité qui lui est opposée \ que, par conséquent , lorsque j ai été amené à considérer les lois comme un moyen salutaire contre les effets du despotisme, je devais seulement y chercher des résultats d'indépendance ^ , qu'on ne peut rien trouver à redire',' lorsque' f pour mieux faire ressortir l'exisience des deux limites , le despotisme et l'anarchie , j'ai peint les lois dans leur influence anti-despotique , livrant quelqnes faibles chances aux entreprises anarchiques ; qu'en vain il est pénible pour lés esprits du siècle , quand ils exaltent la liberté , de se trouver, sans pouivoir réviter,sur le chemin de l'anar^ chie \ que dans l'exacte vérité , lorsqu'ils appèlent leurs adversaires des fauteurs du despotisme , ils deviennent eux-mêmes des anarchistes, el qu'enfin mon principe contraria con^ trariis çurantur y s'il afflige les an:^ours-propr«

qui craignent de s'avouer ce qui leur déplatt ^ n'en est pas moins exact , et reparaît toujours plus incontestable lorsque , pour l'attaquer , on l'examine de plus près.

Page 1