‹ Réfutation de la doctrine de Montesquieu, sur la balance des pouvoirs, et aperçus divers surChapitre 25 sur 34 · CHAPITRE XXT · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXT

Les cf'imes'^ politiques commis- dans les républ ques de la Grèce sont innombrables et hor de toute proportion avec ceux qu'on peu reprocher à des Princes légitimes dans de temps civilisés. Il faut /aire une grande dis

\ - Mnciion entre ces Bois et les usurpateurs Ceux-ci sont obligés par la force des cho ses- de ^e livrer à toutes les vexations et < toutes les violences. Avis donné à de jeune légistes. -On ne peut juger du gouvememen ^ d'un seul par le régne de Buonaparte. L, ■ positioade Buonaparte le contraignait à ter, ter toujours des choses extraordinaires, i

. . n'a pas été un plus grand tyran que les ré publicains ne l'ont été. Ils avaient perdu l. France avant lui. Us sont cause qu'il ne V, pas sauvée comme il devait le faire.

Ce sont maintenant des citations d'un au^r genre qu'il nous faut apprécier ; il s'agit des ini quités et des cruautés dont trop souvent le gou vernemenl d'un seul s'est trouvé souillé.

On n'en comptera pas un moindre nombr

lians le gouvernement de plusieurs , et surtout dans celui de la multitude ; on n'a besoin pour cela que de parcourir l'innombrable liste des crimes politiques dont les républiques de l'an* cienne Grèce ont été les sanglans théâtres , on trouvera que le genre de résignation que Socrate porta à un si haut degré dans ses derniers momens 9 atrouvé, sans nulle comparaison^ pins d'occasions d'être mis en pratique dans ces pays si vantés , que n'en trouverait de nos jours une résignation beaucoup moins pénible pour apprendre à supporter patiemment les petits abus qui, çà et là » peuvent se rencontrer dans une monarchie , et qui , ^près tout , sont inséparables du gouvernement des hommes , dans quelque main qu'on le place ; en un mot , si j'excepte les crimes attribués aux empereurs romains et aux usurpateurs du pouvoir souverain dans les autres pays , je ne sais s'il y aurait de l'exagération à soutenir que les actions tyrannie ques , disons-le , les forfaits exécrables qui entachent à jamais l'honneur des républiques grecques , ont été eux seuls en aussi grande quantité que ceux qu'en les reunissant tous, on pourrait reprocher à- tous les princes qui , dans des temps, civilisés > ont occupé des trônes légitimes dans toutes les parties du globe.

J'ai j dans mon prccédeut écrit , touché un

( >63 ) mot de l'affreuse nécessité qui oblige les usurpateurs (et les empereurs romains l'étaient presque tous) a prodiguer les crimes et à régner par la tyrannie. Ne pouvant arriver au trôoe que par la violence , la violence à son tour vient les menacer à tout instant : leur caractère de Rois ne saurait les rendre respectables; au contraire il les .condamne 9 il atteste leur perversité ; les vengeances les poursuivent de toutes parts , et plus ils versent de sang pour les contenir, plus ils en accroissent le nombre ; enfin , ce n'est que l'appât d'un gain sordide qui peut leur assurer des <5omplices. Sans cesse ils sont forcés de recourir à des moyens nouveaux pour assouvir l'avarice des chefs et la cupidité des soldats qui Icsont élevés à Tempireet qui le^^y maiotiënuent; dès qu'ils ont épuisé la source de ces méprisables achats, ils périssent. Pense-t«on qu'à moins de perdre le sens, des princes légitimes se jettent sans motif et sans but dans ces hasards ignominieux de forfaits , de haines, de salaires et d'exactions qui ne laissent prévoir que des catastrophes sanglantes , «t ne cessera- t-on jamais, quand on nous parle du pouvoir des rois, de nous citer les règnes de leurs spoliateurs ?

C'est ce misérable sophisme que j'entends encore employer tous les^ jours avec profusion. Dès qu'on se déclare le zélé partisan du pou-

voir , aussitôt; on se voît assailli par nue foule de raisonneurs^ presque tous légistes imberbes,* qui font sourire- de pitié. L'homme qui vieillitdans les révolutions connaît le néant et le danger de leurs maximes. Voyez , nous disent-ils / où conduit le despotisme : notre patrie fume encore du sang qu'il a fait verser pour étendre sa domination sur tous les peuples ; nous avons failli périr. Qui nous commandait alors? uA seul homme. Quelle confiance voulez-vous donc que nous prenions dans une forme de gouvernement que nous accusons de tous nos maux ?

Avant de répondre à ces adolescens (car je m'adresse ici principalement aux jeunes gens qui , trompant Tespoir qu'ils nous inspiraient , veulent parler avant le temps , et dicter des préceptes avant d'avoir réfléchi ) , j'ai ^ leur dire en peu de mots : ne vous êtes- vous jamais aperçus que vos connaissances se réduisaient à de nombreuses lectures, dans lesquelles vous n'aviez pas encore eu le temps de démêler l'erreur d'avec la vérité ?Nous aussi-, nous avons lu les livres dii vous avez puisé presque toutes vos idées ; nous savons qu'ils appartiennent à un siècle que la postérité nommera par excellence le siècle de turbulence et de présomption : dans toute la partie du raisonnement , nous réduisons tous ces ouvrages si

vantés prcsqu'au seul mérite de nous avoir indiqué avec une orgueilleuse imprudence des questions que nos pères avaient ignorées, il dont ils avaient toujours évité de s'occuper directement -, mais ces questions , les auteurs qui les ont élevées» ne les out résolues que de la manière la plus superficielle, et presque toujours la plus fausse. Si deux chemins s'ouvraient dans quelque passage de leurs devanciers , il est bien rare qu'ils n'aient pas suivi celui qui n;iena]'t aux conséquences les plus déraisonnables et les plus subversives. Ces ouvrages , et les solutions qu'ils contiennent , vous les connaissez ^ mais nous les avons mis en pratique 'y nous les avons étudiés sous toutes les faces f et nous savons parfaitement à quoi ils peuvent servir. Arrêtez-vous donc, et apprenez aussi quelque chose de nous, car nous aurions beaucoup à vous dire. Nous nous contenterons de vous donner un seul avis , qui peut intéressjer votre gloire : ne répétez jamais, de confîancie , ce que vous n'avez pas profondément médité , vous risqueriez d'être un jour oubliés dans l'assemblage obscur de ces esprits médiocres qui, condamnés à reproduire sans discernement les opinions et les paroles des hommes célèbres de leur temps, n'ont jamais su que prolonger des er- / leurs, sans enrichir le genre humain d'une seule veriic.

Mais pour ne pas rester plus long-temps hors dn sujet qui nous occupe maintenant , vous prétendez juger du gouvernement d'un seul homme, par celui de Buonaparte j vous ne savez donc pas que la monotonie dun règne ordinaire l'eût perdue qu'en sa qualité d'usurpateur, il fallait qu'il se maintînt par la terreur et par les supplices , si par des faits éclalans, il ne changeait en admiration la haine que l'illégilimité de son pouvoir eût éveillé dans tous les cœurs. De grandes victoires lui devenaient indispensables, pour se faire pardonner par ses émules de gloire , et plus encore par les farouches républicains dont il était environné , l'autorité de souverain et les honneurs du diadème. Il remporta des victoires^ mais tant de trônes renversés ou avilis par lui « ne pouvaient plus laisser un seul moment de se-* curité aux potentats qmi n'étaient pas encore tombés ; bientôt il fallut que l'Europe entière changeât de face , ou qu'il disparût du nombre des Rois. 11 succomba. Voilà l'histoire de son règne. Par caractère , et .surtout , par nécessité, il se lança dans une carrière infinie d'entreprises guerrières; et j'ai dit expressément au commen. cernent de cet ouvrage , que les entreprises désordonnées, pouvaient faire incliner vers le despotisme les monarchies même les plus anciennes , et les plus affermies. Eu effet, je l'ai posé en

principe : dans le cours ordinaire des choses , Tobservalion des réglés et des Joîs , elles institutions , ne peuvent qu'être précieuses au monarque , pour présenter à ses yeux un avenir stable et connu, et pour favoriser même son irtdalencc; mais au contraire, lorsque des entreprises périlleuses sont commencées , et qu'il faut les soutenir, bientôt les ressources usuelles deviennent insuffisantes ^ la simple lenteur dans les délibérations se transforme en obstacle , enfin, l'on peut arriver jusqu'au point de se trouver dans la nécessité de périr , ou d'écarter par la violence les lois et les usages' qui donnaient une marche régulière au gouvernement intérieur d'un empiré. De tous les motifs qui me font attacher un grand prix à l'existence d'institutions modératrices, le désir de voir arrêter, dès leur commencement les entreprises téméraires, est le plus puissant à mes yeux (i). Mais Buonaparte, arrivé au trône par la témérité, et par le faux éclat qu'il

(i) Une réflexion bien peu flatteuse pour les révolutionnaires de tous les temps et de tous les pays , est qu'ils xie se plaignent presque jamais de la violation 3ts principes et des lois , que sous les Princes les plils pacifiques et les plus amis de l'ordre. Ils ne sont tous évidemment que des esprits inquiets , qui n'aspirent qu'à la guerre , et qui la font dans le sein même de leur patrie, $*ils "^ peuvent la faire au dehors.

savait en tirer , ne .pouvait se maintenir que par elle , et la témérité ne peut souffrir ni discussions ni résistance; Toilà tout le secret dfe son despotisme , et je n'ai jamais entendu d'aussi pitoyables raisonnémens que ce<ux que l'on cherche h puiser dans la comparaison d'un soldat s'arro* géant Ja souveraineté par la force , et d'un roî montant au trône par un droit légitime, et par Tordre établi qui fait tout son pouvc^i^^s.

11 est encore un reproche qu'on; doit adresser à ces esprits orgueilleux qui ne sontcennemis de Buouaparte, que parce qu'il réduisit au silence toutes les doctrines populaires ; moi aussi , bieii que par un autre motif, jesui&soO'eçnemi ; cette qualité ne me rend cependam pjas injuste à son égard : il a commis de grands crimes, il les a commis de sang froid ; telle étoit toutefois sa position, que, s'il n'eût pas occupé les esprits par des guerres toujours renaissante^ , il eût peut-être été forcé d'en commettre davantage ; mais les républicains sont d'autant moins autorisés à parler de ses forfaits, que nous connaissons, et toutes les machinations, et toute la tyrannie ,. et toute la barbarie qui souillèrent les temps désastreux de la république , et dont nous fûmes en partie délivrés sous sou règne. 11 a perdu la France , dit-on , par une ambition démesurée ; .mais vos coryphées , par une ambition plus folle;

et plus cruelle , rayaient perdue avant lui. Ne sah* on pas à quel état elle était réduite , lorsqu'il saisit les rênes du gouvernement ? un moment , il la sauva , et c'est dans vos maximes empoisonnées contre les rois légitimes , qu'il puisa Tespoip qui l'empêcha de l'établir pour jamais au-dessus de toutes les nations. Cet espoir , il vous le doit tout eptier , il eût été sans lui un héros immortel ; ayez donc quelque pudeur envers un homme qui peut lui-même , par deux fois , vous reprocher sa propre perte ^ et sachez qu'il n'est rien en depotisme, en imposture et en férocité » qu'il ne puisse rétorquer avec un avantage centuple, contre un parti dont les principes sont inséparables de tous les fléaux qui peuvent désoler rhumanité»

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