‹ Réfutation de la doctrine de Montesquieu, sur la balance des pouvoirs, et aperçus divers surChapitre 27 sur 34 · CHAPITRE XXXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXII

Récapitulation de differens principes dévelop^ pés dans les précédens écrits de l'auteur.

Le principe de la liberté laissée aux citoyens de quitter leur patrie dans le changement des lois fondamentales de F état , a donné lieu à des objections. La même chose a eu lieu pour le principe de la soumission des sujets , sous la condition de L* équité du com" mandement. LI auteur retrace succinctement sa réponse aux objections contre le second principe; il renvoie au chapitre suivant celle qu'il doit faire aux inductions tirées du

, premier.

ÂPRES avoir amené tous les bons esprits qui ont lu mes précédens écrits à convenir delà vérité des propositions suivantes :

Que J.-J. Rousseau et ses sectateur» , en

( >So ) ppéiendant nous délivrer du despotisme des rois , nous ont conduits dans le despotisme de la multitude ;

Que ce dernier , le plus cruel de tous , est celui auquel il faudrait réellement assigner des conditions intransgressibles ;

Que , loin de là , ces sophistes téméraires nous livrent à tousses excès , sans nous permettre de résister , de nous plaindre , et même de fuir ;

Qu'on ne saurait autoriser cet asservissement, sous le prétexte de retenir les individus dans un même corps de nation , lorsque le Gouvernement vient à changer^

Que mes principes , sont bien autremeiit favorables à la liberté des hommes ;

Qu'en réduisant à un très-petit nombre , les clauses fondamentales qu'on accepte lorsqu'on se met sous la protection des Gouvernemens , on ne voit pas pourquoi ces mêmes Gouvernemens, seraient censés pouvoir changer;

Qu'en admettant , cependant , la nécessité de ces cliangeniens dans quelques pays minutieusement ou abusivement constitués , ainsi que la révolution faite en Suède par le roi Gustave III semblerait nous ^n donner un exemple, une majorité ignorante , versatile , indéterminée dans le nombre dont elle se compose , ne

serait Jamais rêlre en qui Ton devrait placer le pouvoir d'opérer ces grandes réformes j

Que ce pouvoir ne saurait résider en de meilleures mains qu'en celles du Souverain, qui déjà, chez toute nation sage et prévoyante , doit êlre reconnu comme possédant une autorité préservatrice er transcendante , dans les momens oii le salut dé son pays se trouve intéressé ;

Mais qu'enfin , si ce pouvoir de commander, et même de réformer, suivant sa volonté suprême, n'était pas un droit dont ses sujets eussent connaissance avant qu'il l'exerçât , il dievait êlre permi§ à ceux qui ne voulaient pas s jr soumettre , de se retirer dans d'autres pays ^ et d* aller chercher d'autres lois.

Après avoir, dis-je, amené de conséquence en conséquence, les bons esprits à reconnaître la vérité de|toutes ces propositions, la dernière, cependant, a trouvé d'abord des contradicteurs parmi les personnes attachées au pouvoir royal, et qui, à la crainte de voir , à la première occasipn , des émigrations entières dépeupler le royaume , ont ajoute de graves inductions dont je parlerai plus bas ; et en second lieu , ce qui m'a surpris davantage, elle en a rencontré pareillement parmi les rédacteurs d'écrits publics, qui se sont montrés le plus attachés à l'indépendance de rhommej c'est dans le Constitutionnel^ que, sur

cet article ^ comme sur beaucoup d'autres , on rn'a livré le combat le plus sérieux.

A cètie proposition , condamnable suivant eux , on en a joint upe autre , non moins dangereuse , disait-on , oii je soutenais que chacun en se soumettant au Souverain, ne le faisait que sous la condition bien positive, qu'il serait gouverne suivant l'équité , et j'ai eu lieu de croire que la crainte de voir adopter une doctrine qui renversait tous les principes populaires, avait grossi singulièrement, pour certains esprits, les inconvéniens qu'ils croyaient apercevoir dans ces deux propositions , je ne dis plus pour la liberté des hommes , mais pour la stabilité même des Goûvernemens monarchiques.

La seconde de ces deux propositions devant m'occuper moins sérieusement que la première, parce que j'ai déjà épuisé en grande partie, dans mes précédens écrits , les questions oii elle conduit , c'est par elle que mes réponses vont commencer. La matière qu'elle embrasse est assez complexe : je ne ferai que toucher, en passant, les différens points oii je serais obligé de me répéter; peu de mots suffiront pour le reste.

Je remarquerai d'abord que les restrictions que mon principe de soumission conditionnelle semblait assez naturellement apporter à l'obéissance des sujets , m'ont valu des félicitations sur

Tamour de liberté qui prévalait en lïioi malgré les préventions et les systèmes auxquels je me laissais entraîner.

Mais , comme j'avais singulièrement limité les idées de conventions et de clauses, entre léà gouvemans et les gouvernés dans les engagemens politiques ; que j'avais banni de ces engagemens les détails minutieux dont on s'est plu à charger les constitutions modernes , et que même j'avais refusé positivement d'admeitre des pactes sociaux entre des populations tout entières, d'une part, et les souverains de l'autre (i)^ on n'a pas manqué de me faire l'observation que l'équité dans le commandement , dont je faisais la condition de l'adhésion du. sujet à l'autorité du prince , donnait lieu à un véritable contrat

dont je ne pouvais nier l'existence.

J'en conviens, et je n'ai jamais cherché à éviter cette sorte de traité individuel , j'en ai fait,au contraire, le fondement de toute autorité^ et je prie de remarquer combien , en* effet , mes principes sont plus libéraux que ceux de mes adversaires , qui nous enchaînent comme esclaves aux volontés de la multitude , iniques ou équitables , humaines ou féroces , il n'im-

(i) Voyez mon second écrit , intitulé : ISouveaux Déve-^ loppemens , etc» j depub la page 22 jusqn^à la pag. 37.

porte. Ouï , sans doute, j'aime la justice et la liberté ; et si je suis royaliste , c'est parce qu'en France j'ai bien autrement la certitude de les voir fleurir sous la royauté, même absolue , que je n'en aurais sous quelque forme de repu* blique qu'on veuille ^imaginer , et parce que , dans tous les pays même^, les conséquences des principes turcs ou maroquains sont , à mes yeux , bien moins effrayans pour l'inviolabilité des propriétés et l'indépendance des personnes , que ne le sont les anarchies , tout à la fois démocratiques et ultra-despotiques , qui fermentent encore dans toutes les conceptions des sectateurs de nos doctrines philosophiques. Mais ce penchant vers la liberté , cette idée , que je me fais de la sainteté des droits que l'auteur de notre être a imprimés au fond de notre ame , ne m'empêche pas de reconnaître la force de nos devoirs. J'ai fait remarquer dans la note ^ (^p. iSg) que le Prince était l'homme de tous , et qu'une injustice particulière ne pouvait faire perdre de vue l'éminente qualité dont il était revêtu , et ne laissait envers lui que les moyens de représentation , de résistance inerte , ou de fuite. J'aurais pu ajouter encore ^ qu'en s(3 soumettant au gouvernement du Monarque , on n'avait pas certainement entendu qu'il ne tomberait jamais dans l'erreur j ce qui réduisait les

injustices qui pouvaient être censées rompre le traité enïre le sujet et le Prince, à celles qui auraient été commises sciemment, et sur lesquelles le sujet , h son tour , ne se serait pas trompé dans le jugement qu'il en aurait porté; enfin, de conséquence en conséquence, il ne m'a pas été difficile d'arriver aux maximes que la religion elle-même fait entendre sur l'obéissance des peuples : souffrir pour soimême avec résignation , s'il est impossible de se soustraire à l'injustice autrement que par des? actions tendant au bouleversement de la société; éviter pour les autres toute participation à des actions criminelles de la part dû Prince; mettre sa confiance dans les institutions qui sont faites pour porter la vérité sous les yeux des rois , et pourleur faire sentir l'aversion universelle contre la tyrannie, et les dangers même qu'elle entraîne avec elle; ne jamais recourir à des ligues, qui, faisant naître la rébellion dans toutes les classes d'une nation , produisent nécessairement l'anarchie et la destruction générale , voilà le résultat de ma doctrine, qui établit si peu d'égalité entre les dangers que Ton court par le despotisme et ceux oii entraîne l'anarchie , que ce n'est que pour sortir de celle-ci, et par conséquent , pour n'y pas retomber , que les hoaimes se rangent sous les autorites gouvernantes ^ et si j'ai fait observer tant

de fois et avec tant de détails, que les moyeus à employer contre le despotisme tendaient nécessairement jplus ou moins vers l'anarchie , cela n'a pas signifié que lorsqu'on en faisait usage dans certaines circonstances , et dans l'institution de certains pouvoirs secondaires, il fallût pousser la force du remède à l'extrême , jusqu'à la dissolution du corps malade^ loin de là, la prédilection de mes principes pour ce qu'on appelle l'esclavage du genre humain n'a pas permis d'étendre au-delà des secrètes dispositions de mon ame , la mention flatteuse que l'on a faite de mon penchant vers la liberté, et les explications renfermées dans mon second écrit ont été trouvées si formelles, qu'on ne m'a plus représenté ainsi qu'on l'avait fait précédemment , comme plaçant en sentinelle l'universalité d'une nation pour se révolter à la première infraction du pacte d'équité qu'elle croirait apercevoir de la part de son souverain. On a abandonné ce point d'attaque , et le silence que j'ai obtenu , a prouvé que ma doctrine n'avait rien innové sur l'obéissance que les sujets doivent à leur prince, mais qu'au contraire, elle ne faisait que répéter littéralement les maximes que des temps plus heureux , et j'ose dire plus libres que le nôtre , avaient consacrées par une religieuse vénération. Les objections faites contre l'autre proposi-

( >87 ) tîon, seraient plus sérieuses, par les consdquences oii elles pourraient mener, si elles étaient mal résolues , et elles demandent , pour être traitées plus convenablement , un chapitre tout entier.

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