‹ Réfutation de la doctrine de Montesquieu, sur la balance des pouvoirs, et aperçus divers surChapitre 29 sur 34 · CHAPITRE XXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIX

Buonaparte et tous les usurpateurs de iarê^, i^olution étaient sujets de la dynastie des Bourbons. S'associer à leur rébellion était une action illicite. Les enfans des sujets d^une dynastie renversée du trône sont ooup^lé»

eni^ers leurs parens , sUls n'etjfArasserÊt la ùause de cette même dynastie: Ils riL<ont aucun droit sw le sol. Ce n* est ifu à la longue que le terrein subît une trans/brmation po^ litique. Idée sur la prescription. La près-' cription centeruure n'est pas de trop pour légitimer les droits des nouvelles dynasties^

AINSI donc , pour me borner au dernier gouvernement <]ue la révolution avait im|io$é à la France , ni Buonaparte , ni ses frères , ni sa famille , ni ses dignitaires , ni ^es ccxnsdilers, m'avaient aucuue allégation à iàiœ iraloir de l'infidélité d'un grand nombre de français : liés sujets, ils n'avaient aucun droit d'offrir en Franœ leur protection souveraine à qui que ce soit» sans lui proposer en quelque sorte de d^enir few

( 198) complice ; en un mot , rebelles eux-mêmes, ils régnaient sur des rebelles qui n'étaient excusables que par leur profonde ignorance^ les Français fidèles qui se condamnaient à la nullité par la nécessité de pourvoir à leur propre existence , ne pouvaient renoncer à rentière passivité de feur rôle dans rien de ce qui touchait directement à la cause de leurs rois; l'hospitalité qu'ils recevaient de la politique , ou même, si l'on veuty.de la bienveillance de grands criminels/ n'était pas un motif suffis^t pour les engager à se rendre eux-mêmes coupables , en participant -^ la vioIalMirqui ravissait le trône à ses légitimes possesseurs. Le présent de la vie, que nous recevons de la générosité d'un chef de meurtriers qui courent les grands chemins , ne peut nous autoriser à nous enrôler dans sa bande, ni même à lui promettre de ne pas défendre les voyageurs contre ses attaques , dès que nous trouverons la possibilité de le faire. Il est hors de doute que les sujets dévoués à leur roi eussent été répréhensibles de troubler mal à propos le repos des hommes ; mais lorsqu\in espoir bien fondé du retour de la justice venait s'offrir à leurs yeux , le devoir reparaissait avec toutes ses obligations , et la seule manière qu'ils eussent de satisfaire à la reconnaissance était de Tan ter public^uemeal lea bienfaits qu41s avaient

( 199 ) *4reçus, d'employer toutes les toîes de persuasion auprès des bienfaiteurs , pour les engager a rentrer dans une souraission qui mériterait l'oubli de leur faute j i^e protéger leur vie autant que la cause du prince pouvait le permettre , et de solliciter pour eux la clémence royale en faveur des nobles sentimens dont ils avaient à rendre témoignage. INos raisonneurs ^nodernes déclameront en vain contre la situation précaire où peut se trouver une nation dans de telles circonstances ; ils tonneroût ^ eà vain contre les mœurs dissimulées qui ne péu^ veut manquer de s'introduire dans ces temps dé malheurs publics: la nature plus forte que toute leur éloquence attester^ toujours , par de lon« gués et affreuses dissensions ^ la témérité sacrilège de renverser les dynasties j et elle l'attestera pour le bonheur des hommes , pour qui , sans l'indissolul^ilité des engagemens, il n'y aurait plus de société , et qui verraient sans cesse des soldats parjures , et d'audacieux conspira* teurs , tenter, par la révolte et par le crime, de se placer sur le trône , s'il ne leur' fallait qu'un coup heureux et qu'un moment de force paur avoir droit de s'y asseoir , et de régner avecii calme de la légitimité.

Mais enfin , me dira-t-on , en vous accor* cardant que les Français , nés sous le règne dt

nos princes , ont eu grand tort de se laisser entraîner à des rebellions , et qjie leurs devoirs de sujets n'ont pas cessé d'exister, étendez-vous jusqu'à leurs enfans l'obligation de respecter Bne autorité» dont à aucune époque de leur vie ils n'ont ressenti les bienfaits ni la prptection ?

Oui sans doute , répondrai-je , et la raison en est évidente : les pères de ces enfans ne peuvent pas argumenter des révoltes où ils ont pu tremper ; s'ils ont failli ou s'ils persistent encore, la raison ni la loi ne leur en savent aucun gré , jiine leur permettent d'en tirer aucun avantage; •^Ues doivent l'ignorer entièrement, dès qu'il Vi^git de régler leurs rapports çivec d'autres hommes. Ils sont tous au nombre des sujets fidèles^ QjC., s'ils ont unç ame droite, pourraient -ils supporter que leurs enfans s'armassent contre là cause qu'ils doivent défendre ? Ges enfans ne deviendraient- ils pas des parricides ? leurs perds n'auraient-ils pas le droit, que dis-je , ne serait-îl pas de leur devoir de disposer de leurs biens pour Je soutien de l'auiorilé qui les leur avait garantis , et d'exhéréder une descendance criminelle ? Ainsi .doBC ces fils dénaturés , et leurs "femmes^ussitx^upables qu'eux, pourraient, en se prétendant libres de tout engagement , renoncer à l'Mrjtf^ p^^ternel et aller dans des pays lointains çaebçr l*ur honte et le roi cor-

• ( aoi ) rupteur qu'ils voudraient se donner; mais , sur la terre natale , nul établissement public, nulle propriété , nul encouragement ne saurait leur advenir. Je sais que nos jeunes publicistes , qui ont sucé le lait de l'indépendance et de Tûnarchie, seront fort étonnés d'apprendre que, s'ils ne se rangent , dans la sincérité de leurs cœurs, sous, les lois de nos augustes et légitimes mai* très , ils n'ont, en justice rigoureuse, rien.à de-* mander des biens de leurs parens, et tpiih de* viennent des étrangers foulant partout un sol qui n'a ' plus rien de commun avec euK ; mais s'ils surmontent leurs préventions , comme ils le doivent , et s'ils ne veulent pas s'écarter du chemin que leur trace l'intraitable logique , ils conviendront de la vérité de mon principe , et ils en conviendront avec une conviction d'autant plus grande, que jamais, pour le défendre, ils ne me verront recourir à des notions diflFé* rentes de celles que nous fournit l'observation de la nature.

Il est connu en effet que , pat* iiistinct , par habitude d« famille et par devoir, les sentimens des pères isont presque toujours embrassés pa^ les enfans ; c'est ce qui^dans les révoluitiolis, pro^ longe très-souvent les discordes civiles pendant des lîièdes euiiers; mais dt;s sentimens crimi-^ nels cessent d'être respectables et ne doivent

pas se perpétuer ; il faut donc y renoncer ei ne ' raisonner que d'après ceux que , des cnfatis bien nés supposent toujours chez leurs pères , quelque, crainte qu'ils puissent avoir sur leur peu de réalité.

Cependant si le malheur des temps fait durer le pouvoir illégitime dans une suite de générations, alors je conviendrai à mon tour que, dans la marche de la nature , les traces des fautes et des crimes s'effacent , et je me rappclerai le principe que la faiblesse humaine dort adopter en toute chose : la prescription.

Ce principe est peut-être plus équitable , et s'étend plus loin qu'on ne pense. En effet , un bien usurpé, et enlevé par une violence ouverte, ne saurait jamais demeurer aux mains de celui qui s'en est emparé. Le crime est trop connu et la possession trop scandaleuse ; mais remarquons que la propriété n'offre pas une idée simple ; laissée à elle-même , elle ne consiste que dans uns matière informe et dans des champs incultes. Le labeur et les peines lui donnent seuls une valeur^ et lui créent une seconde existence : le fils de l'usurpateur , enfant au moment de l'usurpation , quoique par la suite il devienne coupable , en retenant le bien qui ne lui appartient pas , n'a pas trempé directement dans la spoliation : dès ses jeunes années , il a

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pris rhabîtude de considérer cette propriété , dont presque toujours on lui a voîlé la source impure , il a pris Thabitude , dis-je, delacon* sidérer comme l'objet de ses soins et la ressource de sa vie; les fils du propriétaire dépouillé ont porté ailleurs leur industrie et leurs vues ; les petits-enfans et arrières petits-enfans , à leur tour , perdent encore davantage la mémoire des faits , et s'identifient de plus en plus avec la situation des choses ; enfin il vient un /temps où la longue possession, l'assiette dans les mêmes biens et la suite de mêmes travaux héréditaires , l'emportent sur les vices de Torigine de jour en jour plus obscurs j je crois qu'on peut dire alors , avec vérité , que la propriété a changé dans sa nature.

Ainsi , lorsque par suite d'un changement de dynastie » les enfans chargés de malédictions s'emparent, comme par force, de la succession de leurs pères, toujours censés , aux yeux de la justice^ être morts dans des sentimens de fidé-^ lité à leurs princes, celte génération nest pas exempte de violence et de crime; et, si elle veut rentrer dans la ligne du devoir , elle ne saurait hésiter dans le choix du gouvernement auquel elle doit se soumettre; mais enfin , plus les gêné* rations se succèdent , plus les obligations vont en ^'affaiblissant. Il est vrai que cette foi;^ , l'ori*

gîne des choses es4 si éclatante et si peu capable d'être oabliée , que le laps de temps n'est qu'an léger remède à un si grand scandale; mais, d'un autre côté, la plqpart des individus qui ont vécu aux jours de Tusurpation , n'en ont été que des inst rumens presque passifs j il serait dur pour un grand nombre d'entr'eux, lorsqu'il leur a été ^ impossible de changer le cours des évènemens , de penser que leur descendance n'aurait jamais de titre suffisant pour se perpétuer dans l'héritage de ses pères ; on peut donc , ce me semble» avancer <Kimme un point de doctrine fondé en raison, que par l'extinction de l'ancien gouver-

I nement, une nouvelle société s'étant formée,

non pas dans la personne des sujets révoltés (car leurs premiers liens n'ont jamais été dissous ) ,

4^^^^^ dans leur descendante , il vient un temps où cette même société , sans manquer à la justice , peut enfin dominer sur un sol qui , peu à peu , a subi une sorte de transformation politique , mais dont la première possession , très-coupable chez plusieurs, fut toujours entachée d'irrégula* rite , même dans les familles le moins ^pelées, ce semble , par leur rang et par leur puissance , à influer sur les évènemens , et k faire de grands sacrifices au devoir.

Ce changement de protection et de société , légitimé par la succession des temps , peut servir

de réponse à certains démagogues qui y chez nos voisins , ne voient d'autre titre à la maison ré« gnante que le choix d'un peuple souverain.

Disons-le , l'origine du pouvoir de cette maisoa fut nécessairement vicieuse , mais les sujets de la précédente dynastie étant tous morts , et leurs descendans ayant vu plusieurs générations, ef* facer ce qu'il y avait d'illégal dans l'occupation du terrain , les «hoses ont changé de face , et la prescription est parvenue a la plénitude de ses droits. Si cependant il était question de fixer parmi les peuples le temps oii cette prescription doit être au-dessus de toutes les allégations , les trônes usurpés sont à mes yeux, je Favooe, quelque chose de si effrayant pour la tranquillité des nations, que je demanderais en matière aussi grave la prescription centenaire comme la seule qui , par la mort de tous les contemporains et de tous les témoins oculaires , n'a plus rien à redouter de la mémoire des hommes. La Providence a voulu que le trône de Saint-Louis fût rétabli dans notre France , long-temps avaut que l'apparence d'une seule question douteuse put y être élevée : en considérant les malheurs de tous les pays ou la légitimité s'obsc]i;»'cit , nous devons lui en rendre d'éternelles actions d^ grâces I

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