‹ Réfutation de la doctrine de Montesquieu, sur la balance des pouvoirs, et aperçus divers surChapitre 30 sur 34 · CHAPITRE XXX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXX

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Les principes de V Auteur sont hien plus favo^ râbles à la légitimité , que les interprétations dogmatiques qu'on a voulu tirer dune source sacrée. Toute puissance vient de Dieu. Mais la force n* est pas, puissance sans le droit. Les paroles du Di\^in fondateur de notre Religion^ sur cette matière j ont été prononcées dans des circonstances entièrement conformes à celles dont V Auteur a parlé dans le préçé^ dent Chapitre^

Si quelques personnes , qui ne peuvent penser sans horreur aux usurpations , n'envisageaient quavec peine le lointain où mes principes cessent quelquefois de refuser jà la possession une con* solidation définitive , je leur dirais : quelle doc-» trine plus consolante et plus vraie pouvez-vous substituer à la mienne?

Ne voyez-vous pas au contraire, qu'elle est diamétralement opposée à ces maximes prétendues sacrées , dont les suppôts de l'usurpation ont offusqué les âmes timorées; moi, je dis

comme eux, toule puissance vient de Dieu^ puisque Tédifice que j'élève repose , dans sa base , sur la protection que m'offre un plus fort ou un plus puissant qye moij c'est de Dieu que cet homme choisi par lui lient cette force j c'est Dieu niéme qui le place pour être mon refuge , et pour me donner spp secours dans le sentiment que j'ai de ma propre faiblesse ; mais il faut que sa puissance soit suivant la justice ; le méchant me fait horreur , et ne reçoit pas mes engagemens,

R-endez , me disait-on , à César ce qui appar- ^ partieut à César 3 mais, lorsque Jésus-Christ prononçait ces paroles , la seule protection qui fût au monde, était celle de César. Ce César était le successeur d'Auguste ; depuis plus d'un siècle , l'existence réelle de la République avait disparu , et déjà l'on comptait une suite de plu- . sieurs générations depuis que Pompée avait subjugué tous les royaumes de l'Asie; et l'on a pu , confondant tous les évènemens et toutes les époques , faire de ces paroles une maxime 5 pour m'oblîger de respecter la force partout oii je la trouverais, et sans doute jusques dans les animaux féroces , puisqu'un tigre , dans le sens qu'on a voulu faire prévaloir, bien qu'il ne connaisse pas l'équité , ne s'en fait pas mpins craindre partout oii il porte ses incursions , n'en jouit pai

( ao8 ) nioins d*tin grand pouvoir, n'en est pas moms une puissance. On s'est empressé d'assurer le trône au premier occupant , pourvu qu'il fut un usurpateur heureux j et l'on a poussé la dérision , au point de calculer la légiiimité de la couronne qu'il se plaçait sur la tête , par le nombre de puissances étrangères qui consentaient à traiter avec lui, comme si la justice avait quelque chose de commun avec cette reconnaissance, et dépendait des paroles des hommes, comme si la frayeur ou la politique du dehors pouvaient commander à nos devoirs. Rougissons , ou plutôt , indignons-nous de voir qu'on ait essayé de Élire servir une religion de vérité à cette œuvre ^e mensonge , et quant une suite d'observations nous montre la nature et l'équité marchant d'un même pas dans les hautes questions du pouvoir, ayons toute confiance que des établissemens lents et successifs de nouveaux gouvernemens, lorsque l'inclémence du Ciel a voulu consomàier les grandeis subversions , sont le seul point de doctrine que consacre tmë religion aussi tointe.

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CHA-PITRE XXXÎ.

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Rectification de la maxime in niedio viriiis. La vérité est up€ : toute vertu est positive ^ et se porte dans une direction. U excès- faiJt le vice, attributs divers de la modératiorà.

Cette (Qualité n a rien de contraire à ^a cer^ iitude dei principes. IJ Auteur croit les siens incontestables. Le plus grand talent rie sau^ rait à ses jeux tirer parti de la causé défèn-^ due par ses adversaires.

Ici se teraiinent toutes les objections quon tn'a faites, dans tous les genres ; il en est cependant une générale que les esprits timides sont toujours tentés d'élever contre les théories qui ^ dans certaines questions , se prononcent d'une manière absolue ; cette objection ^ je veux la prévenir.

Soyez modéré, s*écrie-t-on ; nous xie< vous croyons plus , dès que nous vous voyons hors de certains tempéraniens qui nous charment; rêve*nez dans les milieux, in medio virtus g voilà 1» grand principe que nous ne cesserons de vous opposer.

Qu'entend-on par là ? Ce principe est à peine applicable en morale, il est hors de propos dans les sciences.

J'ai lu dans un profond penseur que la vérité était une j et j'en ai profité.

Dites à un mathématicien , v qu'il faut ob- «( server un milieu dans telle ou telle proposi* r tion de géométrie , » vous verrez ce qu'il vous répondra ; mais pour couper court à de vaines discussions , prenons des exemples dans la conduite même de la vie, puisque c'est elle seule que le précepte concerne.

U semble , en effet , que lorsqu'on dit à un homme : Ne soyez ni téméraire , ni pusillanime , ni prodigue , ni avare , on lui dit : Observez un juste milieu entre ces deux extrêmes.

Mais , en y regardant de plus près , on voit que c^ n'est point là le sens de la pensée que l'on a dans l'esprit , et que si on voulait en* tendre dans la rigueur l'expression : observez le milieu^ ce serait dire de n'être rien^ le milieu en vertu étant précisément la même chose que le point en mathématiques , et l'équilibre en politique^ c'est-à-dire., le néant , ou l'inaction la plus absolue.

Pour le faire sentir , rappro^ons-nous dan§ les expressions de ce même milieu , sans cependant nous y placer entièrement , et au liçu de

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dire : Ne soye» ni téméraire , ni pusillanime , ni prodigue , ni avare , disons : Ne soyez ni courageux, ni prudent, ni libéral, ni économe. Ne voilon pas que ces paroles n'ont plus de sens , et réduiraient Itiomme à une nullité complèie. ,

Toute vertu doit êlre active , et par conséquent , doit tendre vers un effet dont l'excès devient vice ; ainsi , dans le péril , il faut être courageux , mais non pas jusqu'à l'aveuglement. Il faut , dans les entreprises , peser le pour el le contre , en un mot , être prudent , 'mais non pas jusqu'à la faiblesse d'arae et à la minutie. 11 faut dans l'occasion savoir dépenser , mais non pas sans mesure et à tout venant^ il faut aussi régler l'usage de ses révenus , el les ménager avec soin , mais non pas jusqu'à des épargnes sordides et qui nous ravalent dans l'esprit de nos semblables. Ainsi , qu'on y prenne garde , le courage, la prudence, la libéralité, l'économie, sont toujours hors du"point de nullité , hors du milieu. Ce sont des vertus positives , et la vraie maxime doit être de les posséder toutes , de pratiquer chacune d'elles dans les circonstances qui lui sont propres , et d'en éviter soigneusement l'exçcs.

La modération ne consiste donc pas à n'avoir aucune qualité déterminée, mais plutôt à nous

efforcer d'acquérir toutes celles qui conviennent k rhorame, en ayant soin de ne pas les porter au* delà des justes bornes, car tout est bon en sortant des mains du créateur ^ et c'est dans Texcês que réside le jmal.

Cette modération, qu'on*nous recommande avec un sj grand soin , ne peut consister davantage à n'avoir aucune opinion fixe en politique) mais à savoir que tous , tant que nous^sommes , nous nous trompons fréquemment ; que nous sommes tous un peu plus» ou un peu moins faibles , que l'indulgence n^est méséante chez personne , et que la sévérité n'est bonne qu'envers l'opinîâtreie volontaire et la corruption. Telle est la modération , et je la professerai toute ma vie.

Si Yori veut encore parcourir, quelques-unes des dispositions qu'elle suppose dans potre ame, on verra qu'elle nous apprend à ne pas préférer notre savoir à celui deS' antres , à étendre nos vues au-delà du genre de connaissances ou ^'industrie que nous cultivons , à n'jr pas renfermer runivoi*s, à ne pas disconvenir, dans les pays aii fleurit le commerce , que l'agriculture ne soit d'une haute importance , et chez une nation agricole, que le commerce ne procure de grands^ avantages ; à concevoir, pour gouverner, d'attt|eâ

moyens que la force , si V<on est militaîre ; et si Ton est homme de palais, à ne pas oublier quWant tout, le monarque doit protection et préservation à son peuple , et à ne pas voir réjat uniquement dans les lois, quelqu'in dispensable qu'en soit Texacte observation dans le cours ordinaire des choses : on recoimoîtra encore que cette modération ne cesse de nous tenir en garde contre la précipitation de nos jugemens ; qu'elle nous commande de ne point prononcer, avant d'avoir, autant qu'il est en nous, examiné les questions sous toutes les faces , et dissipé toutes les obscurités que notre conviction n'avait pas encore surmonJtées. En un mot , elle nous fait un précepte inviolable de la bonne foi avec nousmêmes , de l'aveu de notre ignorance dans ce que nou& ne connaissons qu'imparfaitement, et du doute toujours prêt à reparaître , même dans ce qui nous semble le plus évident , dès que des réflexions nouvelles se produisent et nous montrent des endroits faibles que nous n'avions pas soupçonnés.*

Si Fou n'a pas celte modération , on ne doit pas songer à réfuter mes écrits ^ car elle seuLe fait trouver la vérité; et je ne me suis pas contenté de la recommander aux autres , je me suis efforcé, moi-même ) d'observer dans mon tra* yail ^ sans y manquer un seul instant, les proeé-

dés , el I^a méthode dont elle me faisait un devoir. Mais une fois que je crois être cerf ain de ne m'en être écarte dans aucune rencontre , je ne crains pas d'avancer que les solutions où j'ai cherché continuellement à ramener le lecteur, sont pour moi des vérités incontestables et absolues dans la force du terme.

Elles ne sont pas en trës-grand nombre, mais je les regarde comme de la plus haute importance , parce qu'elles renversent par la base , les systèmes qui ont fait le malheur des temps mo« , dernes , et qui menaceraient de replonger le ^ genre humain dans tous les désordres de la bar* barie , si la fausseté des vains prestiges qui con^ vrent leur néant , n'apparaissait enfin à tous les esprits. Qu'on ne me sache donc pas mauvais gré de les avoir répétées dans toutes les pages du nouvel écrît que je présente au public; dans d'autres circonstances, je feusse rédigé tout autrement; je n'aurais pas voulu courir le risque de fatiguer la patience du lecteur , en lui remettant sous les yeux , avec une infatigable persévérance, des principes auxquels il aurait donné des l'abord , le plus entier assentiment. Mais aujourd'hui , des préjugés sans nombre , s'élèvent au dessus de ma faible voix , et détournent loin de mes paroles l'attention de xats concitoyens , je me rappellerai donc le

précepleque j'ai lu quelque part dans VoUaîre ^ et qui m'a frappé , quoique cet écrivain célèbre en fît usage dans un autre sens que le mien. Je redirai les vérités , et j'y reviendrai tant de fois, qu'elles ne seront pas perdues pour tout le monde ; dans toutes les assemblées oii m'^ippelleront des fonctions publiques , je tiendrai pour doctrine incontestable , que le Gouvernenient est le lien commun des citoyens d'un Etat ; qu'avant d'espérer dans l'appui de son souverain , de recourir à lui , el de lui promettre, fidélité, qui que ce soit au monde n'a songé à former une société directe , et des engagemens avec des hommes dont il ignorait souvent jusqu'à l'existence; qu'un gouvernement représentatif est une cpntradiction manifeste dans les mots , et une pitoyable confusion dans les idées ; que jamais on ne peut représenter celui à qui on donne des lois , et dont on n'exécute pas constamment la volonté textuelle y qu'en vain on est élu par lui , que cette élection , fait de l'envoyé un régulateur , un magistrat revêtu : de pouvoir , mais jamais un représentant ; que des pouvoirs indépendans sont nécessairement incohérens ; qu'il he marchent que parce qu'il en est un qui l'emporte sur les autres ; que ceux qui sont forcés dé céder momentanément se réservent la victoire

pot^r 4*2|utrcs circonstances ; qu'ils deviennçQt epnçmis ; que si , dans une semblable réuiiîon , des mains habiles ne parvenaient , par des prodiges de dextérité , à maintenjlr l'unilc dont la nature nous a 'donné l'exemple dans tous ses ouvrages , il n'est pas de pays oii le corps pôlitif|ue , après avoir vacillé au hasard dans i^n sens et dans un autre , ne péril bientôt au milieu des plus; affreux déchirçmens ; qu'il est cepepdant de la plus grande utilité quo fies corps , les uns , connaissant de près les besoins* du peuple , les autres , intéressés parr dessus tout au maintien de l'ordre public »

éclairent la religion du Prince, et hii présentent l'irrésistible vérité ^ mais qu'ils ne doivent pas ignorer un seul moment que le Monarque peut , au besoin, se ceindre de loutç sa force, înipo^ersileuc^ aux factions , et sauver son peuple.

Voilà ce que je dirai et ce que je ne cesserai jamais de dire, jusqu'à ce que j'aye obtenu i

de l'orgueil humain de faire un retour sur ses pensées y et de les soumettre à de nouveaux examens. C'est assez faire entendre combien je suis peu disposé à accepter la qualiBcatiou ^erreurs , que donnent à mes principes les rédacteurs du journal qui s'est le plus parti-^ çu{ièrçment occupé de les réfuter j celte qua-

|ification , plus tranchante que raisonnée « ne

m'a que très*faiblement ému ; Montesquieu luimême aurait eu besoin y pour m'ébranler , (Tarmes plus puissantes que de simples allégations. Ce sont ^^s raisons et des démonstrations qu'il me faut ; je n'ai pu en trouver aucune^ dans les réponses de mes adversaires ; qu'ils ne s'en fâchent pas , elles sont toutes de mon côté : la seule chose qu'ils m'aient prouvée est qu'ils écrivent avec élégance.; c'était le seul parti qu'ils pussent tirer d'une cause qui, bien approfoqr ^ie , là'pflVe aucui^i mçyen de défense.

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SUPPLEMENT en réponse aux principes contenus dans V Ouvrage de M, le Vicomte de^ Chateaubriand y intitulé : De la Monarchie selon la Charte.

Cette nouvelle dissertation sur la théorie du pouvoir était entièrement terminée , lorsque , dé main en main , l'ouvrage de M. le vicomte de Chateaubriand , intitulé de la Monarchie selon là Charte^ est parvenu jusqu'à moi; et je déclare qu il faut que j'attache autant de valeur que je le fais à des principes sans lesquels je regarde la France comme perdue sans retour, pour que je me détermine à parler de cet ouvrage , après les circonstances pénibles qui ont accompagné sa publication.

Il n'appartient pas à mon plan d'entrer dans une discussion sur la partie de cet ouvrage qui traite des intérêts du, moment. Lorsque les délibérations de la Chambre des Pairs seront ou vertes sur ces importans objets, j'y porterai toute la réflexion dont je suis capable. Je ne m'occupe maintenant que de tjuestions générales , et la doctrine de M. de Chateaubriand étant , à beau*-

coup d'égards , très - différente de la mienne , je me vois forcé, je le répèle, bien malgré moi, d'en parcourir quelques paragraphes, qui prouvent évidemment, ou que mes principes sont des erreurs, ou qu'il s'est laissé entraîner par lé désir du bien, qui règne si éminemment dans son ame , e^ qui lui montre , pour l'opérer , un <;hçmin où je ne crois pas qu'on puisse s'engager sans le plus grand danger pour la monarchie.

Je ne sais quels antagonistes voudraient insi-* ïiuer que M. de Chateaubriand n'a que peu d'attachement pour la Charte , sur laquelle il a déjà fait de si beaux ouvrages*

Si le témoignage d'un homme d'honneur est de quelque poids après tant de nobles exJ)ressions ^t de raisonnemens sipressàns, dans lesquels M. de Chateaubriand montre tout ce qu'il pense à découvert , j'affirmerai qu'à la tribune et en particulier, je lai toujours vu, dans les principes qu'il développe dans ses ouvrages, notamment dans le dernier; qu'il est royaliste , sans doute , mais que la liberté et que tous les sentimens généreux régnent hautement dans son cœur; que, bien qu'ils régnent aussi dans le mien , j'ose lé dire , au même degré, j'ai peut-être réfléchi, avec plus de constance qu'il ne l'a fait lui-même, sur les dangers de Tanarchie et sur les innombrables tyran-

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