‹ Réfutation de la doctrine de Montesquieu, sur la balance des pouvoirs, et aperçus divers surChapitre 32 sur 34 · IVI. leyicoqite de Chateaubriand parle d'un · texte numérisé non relu

IVI. leyicoqite de Chateaubriand parle d'un

ccblé formée sous le premier imnistère, et dâââ laquelle on professe la doctrine , que les Chambre^ ne sont qu'un conseil assenrdilé par le Roi, et qu'il n'y a point de gouvernement représenti^if ^ je certifie que je ne Fai jamais connue, et que je n'en ai jamais entendu parler. J en connaissalis bien une avant la révolution, qtd soutenait que ies Cours souveraines n'étaient, en effet, qu'une réunion de conseillers-nés, en quelque sorte, chez qui les monarques trouvaient des lumières souvent très -différentes de cfeUes de leurs conseils privés, et que ces mêmes Cours, lorsqu'elles invprouvaient les projets ,de lois qu'on leur envoyjût , devaient se borner à des remontrances portées jusqu'à trois fois aux pieds du trône. Je sais aussi, que bien des personnes ne voyaient pas sans un^ grand effroi , que des ministres ( car on ne parlait pas du Roi ) pussent passer outre, et fissent très-souvent, nonobstant les remontrances, enregistrer les lois par l'effet de la toute-puissance. Mais l'école dont je parle , et qui me touchait infiniment de près , répondait qu'il fallait qu icibas tout eut une décision ; que le but des Cours souveraines devait ctré<Vfftclairer l'autorité^royale, et non pas de la doi^iner; qu'on ne pouvait pas impunément séparer , à tout propos , les ministres de la. personne du Roi 5 que le Roi, ainsi relégué dans son palais , sans serviteurs pour la

sei-vir, et bientôt sans jjoldats pour lui obéir, ne serait plus qu'un simple individu réduit à sa seule force physique, et que la doctrine imprudente et exagérée, qui voyait sans cesse pouvoir arbitraire et despotisme , lorsqu'il n'y avait que nécessité d'un gouvernement , amènerait îm-? manquablemeht la plus épouvantable catastrophe. Ces avis demeurèrent sans succès. De jeunes gens remplis de loyauté et d'amour du bien , se croyant même royalistes, et n'ayant en effet jamais cessé de l'être dans le fond dé leur cœur ,' l'emportèrent sur des hommes d'un âge jnûr, royalistes aussi, non-seulement de cœur, mais encore d'esprit, et la rapidité des évènemens ne justifia que trop les maximes de la prudence , et k besoin qu'une nation tout entière aurait eu d'asseoir ses idées sur des bases plus profondes et plus appropriées aux volontés de l'impérieuse nature. i

J'avais , je l'avoue , présens à l'esprit les préceptes de cette école respectable , et je pensais à tous les maux qu'ils auraient épargnés , si on eût bien voulu les suivre^ et à tous ceux dont on était encore menacé , si l'on s'obstinait à les mépriser, lorsque j'écrivais, il y a huit mois, les paroles suivantes»

K Lorsqu'il existe des corps délibérans entre « le Souverain et le peuple, et lorsque ^ ne se

w bornant pas à de simples conseils et à de ce simples doléances, on autorise des rejets de v leur part j ne pas reconnaître un pouvoir dis- « crétiontiaire dans le Prince , pour les momens cf de crise, c'est affronter le mal sans le remède^ « c'est vouloir encourir le reproche d'une ab- « surde témérité. »

Ce n'était pas pour qu'on réduisît les Chambres à n'être plus que de. simples conseils, que je manifestais cette pensée : la preuve en est , que je cherchais les moyens de prévenir les înconvéniens attachés au pouvoir accordé aux deux Chambrjes, de rejeter les projets qu'on soumet à leur examen, et qui ne deviennent des lois que par leur approbation ^ et je ne raisonnais , on le voit, que dans le sens le plus étendu des concessions que la bonté du Roi nous a faites, et d'après le texte rigoureux du réginie constitutionnel qu'il nous a donné.

Je n'appartenais donc pas à l'école ministérielle dont parle M. le vicomte .de Chateaubriand.

Mais, en réfléchissant sur la résistance à l'autorité, que depuis plus de trente ans j'ai vu être l'esprit domii^atlt d'un grand nombre de Français ; en cherchant vainement à me Cacher à moi-même tjue ces mêmes Français , par une fatalité propre à tous les peuple^, mais plus grande chez nous

^e partout ailleurs, persévoreni à lie connattrë dans le pouvoir que la gêne qu'il impose, et né soupçpnnent pas même l'existence de ses immenses bienfaits ; en les voyant aspirer sans cessei à obtenir de nouvelles concessions de la part de Tautonle royale , comme on aspire à se partager les dépouilles d'un ennemi , et en remar-» quant leur méfiance puérile poirf tout ce qui leur vient du èôté de la royauté, et leur complaisance lisible dans leurs, propres lumières et dans celles de tout homme qui se met en gardé contre les 3Âinistres , quels qu'ils soient , j'ai vu que les ma-^ ladies politiques qui nous avaient conduits aux. portes de la mort, subsistaient comme au premier jour ; qu'elles étaient dans le Cœur hu-' Inain; qu'elles ne guériraient jamais par de simple palliatif; que les assemblées, un peu plus tôt, un peu plus tard, eii ressentiraient lès funestes invasions , et que , sous peu d'années , elle^ compléteraient leur ouvrage , et feraient dispa-raitre la France du nombre des nations euro-^ péennes.

Le remède à des maux aussi grands, et qu'il est trop facile de prévoir, est en quélqup sorte sous la main ; on le trouve dains le texte et dans les dispositions de la Charte.

Il faut que les ressemblées sachent çue F on peut se passer d'elles*

Voilà pourquoi j'insiste tant sûr la ti^ansèen» dance du pouvoir royal.

H serait peut-être plus eoïiforme à l'uiaité dé force et de volonté qui doit régner chez une puis-* sance continentale , que les Chambres ne fussent que» des conseils ^"et ^très-certainement la Cha»te> qui ne les appelle qu à une simple participatiou dans la confection des lois , quelque élevé que soit un si noble emploi , ne leur ordonne pas d'y marcher les égales de la royauté. Mais, ce que je dis pour la dignité même des assenablees, et x^e qui est indispensable à nies. yeux, c'est que, désespérant de -vaincre, ^ elles s'abandonnent à la pensée des combats^ elle^ ne songetut jamûis à enlivrer, et quelles se renferment dans la plus belle fonction et la plus digû6 de laV:éilératipn des hommes, celle de dire la vérité *aux têt^ coiironnées , et de la dite , s'il le faut , avec l'austérité de magistrats incorruptibles et inébran*laBlés. Qu'elles ne craignent pas alors pour leiu: indépendance j leuar sagesse les^menva à^Fabri dés vicissitudes, et le respect des peuples, je dirais mémie des PriiaceB,- gàtttntîrâi tetu* existeiicie avfec bien pki$ d'effieadté qOfô Ae" lie ferom- jamais des m&idme$ qui ne ptvkvent ane t):<àniBlbi<th^r les templiBsr de 1» législation eîi des arènes où dèsgladiateurs politiqtfêS vieimentse donner eà spectacle aux- iiegërds^ de^ k' multitude , et mendier

les suffrages des plus odieux , et quelquefois des plus méprisables partis.

On voit que je diffère entièrement de l'opinion de M. le vicomte de Chateaubriand, sur le pouvoir des assemblées et sur l'idée qu'elles doivent se former de leurs fonctions ; je n'ai cessé d'invoquer la Charte , et d'en tirer des conséquences entièrement opposées au système qu'il développe. Ce système, je l'ai réfuté d'avance, et je njai besoin que de faire connaître quelques-unes des idées qui: lui servent de base, pour que , du premier mot , on sache mes réponses ; et s'il n'était indispensable d'appuyer sans cesse sur les vérités, pour les faire entendre de lecteurs prévenus contre elles, je pourrais être très-succint, puisque presque toujours , je n'aurais qu'à renvoyer à mes précédentes dissertations.

D'abord , le premier point de dissidence entre M. le vicomte de Chateaubriand et moi, est :

Le Gouvernement représentatif.

C'est le nom qu'il donne aux Gouverhemens.

de l'Angleterre et des Pays-Bas \ et les inductions qu'il tire de ce qui se passe dans le Parlement Britannique , il les applique comme des axiomes incontestables à notre malheureuse France; mais xnoi , qui n'ai jamais connu l'école ministérielle

dont il parle, je dédareque je mefaîs luldesâàepted les plus zélés de la doctrine qu'on y professe , si cette doctrine interdit de rien conclure de l'Angleterré à la France j Car, en modelant la France sur r Angleterre, je ne donnerais pas à ma ihalheureuse patrie, trente années d'existence, sans la livrer à des dîssetitîons de toutes les espèces , et sans étendre' sur elle , le fléau des guerres civiles» Témoin, pour ne parler que des choses de notre temps, la bataille de CuUoden, donnée en 1746* et où il li'était question dé rien moins que d'une révolution totale en Angleterre^ témoin encore, la guerre d'Amérique, commencée en 1775, et qui était bien cértaineineut une guerre d'Anglais à Anglais, pour des querelles de constitution^ politiques. J'ai parlé pluis haut des troubles de l'Irlande > des Républiques flottantes, etc...., et j'ai fait remarquer que la leçon donnée par les calamités de la France, avait été le seul préservatif qui eût arrêté, en Angleterre, l'essor des doc* trines subversives. Combien cet état de choses durera-t-il? je demande au plus intrépide Anglo-^ mane, s'il oserait tenir un pari, pour autant d'au-nées de tranquillité intérieure j en Angleterre qu'en Autriche ?

De plus , je demande encore , quel atigure il faut tirer dé cette dénomination si obstinément reproduite, de Gouvernement représentatif.

( 5aS )

Ce n est pas seulement M. le vicomte de CM-!

teaubriand qui s'ea sert en disant qu'il n'entenil p^s défipir cette sorte de Gouvernement^ ce sont ençQçç d'autres écrivains que je pourrais citer, et qui , n'ayant pas d'idées plus nettes sur la repré- ^i^tat(ipA et sur les représentans , usent sans façoa du subterfuge conoinode, d'employer des mots sans y attacher aucupe idée fixe* Dèç qu'il existe , mç dit l'un d'eux, ^ assemblées délibérantes dans, un État , on se trouve sous un Gouvernement rçpr^eutatif; et conmie àÇon&tantinople le Divan délibère sur les afiaires publiques , je n'oublierai pas cç. précieux commeptaire , et \e rangerai la Turquie paipxii les pays qui jouissent du bienfait ' iaesti^i^able^ d'une représe^itatiox^ nationale. Ce- P^n^b^, je l'avouer^î, çoii^me je crains toujours, ipalgrQ Ijçs protestations, de tant de; brochures et de jo,i}fnau^, si sincèrement attachés à la lettre de 1%, Çl^^rt^ ;. conune je crains toujours, dis-je , de voir pra^quer daqs notre règle fbnd^ipentale, de oc^in^ exte^sioqs subversives 4^ ^P^ ^t mèQ]k& dçfi paroles,;, comme je cherche vainement 4ans.tout,le teixte d^la Charte, l,e Jm% ^^^Représen|;aflSj. et que. je n'y vois que cel^ 4^ Dépûtes; comme je sais d'après la déch^ation positive d'w ^nfiiçn ai^Ristrômip^ que ce mot ne pe^t pa^mêmeVy^ trouver, parcç qu'il estcontrajira aux prifM:ipes qui ont été suivis dan^

la rédaction dé cet important ouvrage^ et comniê «nfin, je m'étonne, à juste titre, que tant d'Êft-a^ tenrs et d écrivains distin^iési, dans toutes lél classes et dans tous les genres , né daignérlt j^ffîali désigner notre Gottiemement par soft ffdtfci prîjprë de gouVeracttféitt monarchique, il itï'^t rtM dans la pêtiséé que répîthètè rèpfé}sfèntàt^,ip&ôi^ rait bien tfètre pas aussi innocente ^ et sittàsi riaïfê qu'on le prétend; que JJus d un triàliâ ésffirit éprouverait peut-être utte feertaiiie téllëïfé dé féa servir , cefinhl^ d'uii ïhdt à double étitehte $ et qu îl né serait |)às itttp'o^iblé qu'une àri'iërë-îndlêirtîdti de pôUtôir et d'ôrigîiîe {topulairé Se èàcMt àéns le siénS iiidëtértaiùé daîis lequel èh àîrfle à se rètraircher. Or, côlifiâissahM'ihêdiïvêfiîèliA, en tôiité science, dé laisser èii àrti^ré déS iStdtîÔhi iùdéfcisear et corifUsés ^ et dé^âtit que , inêftië en pdlitiqiife , iôrSqu on ne Mit pas biètt préëëéètlènt ëè qu on veut dire, on noté l'ériclroil et là éhbfee 6k l'éspYÏfc a côtnlnénéé à se perdre dans été vdînès tlébitldsités, je i^éiids acte de là défcferation Âë M. àtë Chôfeà-Ubriàsd^ qtie , Sâtis dêMir ce qii'éi* un Gôt^^^ vernement représentatif, il entéiid par ce met , lè GoUtérttèihéilt dé rAngletéhë ëf ^s Pàys*-^Bas. Nous Sàtiroïfâ au feéirfi' là chôsfé dé^t H téut parler, si ifiduà ëU ignorons la nature, Seulefïieùt, pour éviter tbtit iriauf aïs uSagfe d'une eiï][)rcssîon qui poùrrîrit fâire^croire^^'dna eu qtteïqtfinten-

tion de déterminer cette nature , je demanderai a M. de Chateaubriand la permission de changer une dénomination à laquelle il n'attache aucune valeur, et, d'après un expédient dont la révolution nous a fourni plus d'un exemple, je lui proposerai de désigner le gouvernement britannique et batave, sous la qualification de Gouvernement sans nom; ou (s'il désire conserver le souvenir du nombre de syllabes désormais insignifiantes qui composent l'épithète que je voudrais faire disparaître ) , de l'appeler tout simplement, le gouvernement Quinque^SjUahique : par ce moyen, nous aurions toujours un assemblage particulier de sons, pour en faire un nom, et citer, sans périphrase, le Gouvernement dont nous avons, dit-on , de si nombreuses inductions à tirer pour le nôtre^ Cest un point convenu, qu'en nous servant de l'adjectif représentatif, nous ne voulions pas autre chose, et si j'avais le bonheur que cette dénomination fût généralement adoptée , je serais enfin délivré d'inquiétudes, peut-être mal fondées, mais que les écrits de chaque jour réveillent dans mon esprit, et dont je ne puis me défendre.

En entrant plus avant dans la discussion de

- l'ouvrage de M. le vicomte de Chateaubriand, je

trouve un point de doctrine qui contrarie toutes

ïnes idées sur les devoirs de la Royauté ,( et qui

ravale à mes yeux la majesté "et l'importance de.

ses hautes fonctions, au-dessous de tout ce que je puis imaginer. Ce point de doctrine est ce qu'om peut appeler, pour me servir d'une expression usitée chez mes adversaires , sans pourtant en reconnaître Fexactitude ,

L'impassibilité du Roi.

C'est, si je ne me trompe, ce que nos bons aïeux auraient tout simplement désigné sous le nom de fainéantise.

Cette impassibilité constitutionnelle consiste à nommer les Ministres , et à s'en remettre ensuite à leur bon génie ou à leur bonne fortune, du succès de leurs entreprises , bien entendu que le Monarque n'y exerce aucune influence^ car alors le Ministre aurait à se plaindre de n'avoir pas été libre dans ses actions, et cette entière liberté est une justice qui lui est due puisqu'il est responsable. Du reste , le succès du Ministre est quelque chose d'assez indiffér€nt pour le Roi; car, s'il ne réussit pas , le Roi le renvoie et eu nomme un autre.

En vérité, je ne sais jusqu'où l'homme peut s'égarer dans ses pensées, lorsqu'on le voit capable d'imaginer que le succès des plans d'un ministère n'est pas de la plus haute importance, nonseulement pour les peuples , mais pour le Monarque lui-même; et que celui-ci peut voir ses ujets gémir sous des opérations de finances ma].

conçues., les armées et les soldats manquer d'armes et; d'approvisionnemens , les ennemis du dehors et les factieux du dedans accroître, de jour en jour, leurs triomphes, sans en conçeToir la moindre inquiétude d'esprit , et san^ recourir à d'autres soins qu'à celui de renvoyer ses IVJînistrès et d'en nommer d^autres, en leur enjoignant^ s'ils veulent être conservés, d'être plus habiles ou plus hepeux que leurs prédécesseurs.

J'avais à mon service un ancien cocher du Bailli ^'Est..^ Il me racontait souvent que ce maître^ dont il pariait toujours avee respect, n'était cependant pas exempt de certaines bizarreries {xlus risibles que condanmables. Il en avait une qui consistait à ne voyager jamais que de nuit et dans les plus profondes ténèbres. Il habitait ime province où les chemins étaient extrêmement dangereux et où de nombreux ravins les ren-^ daieut presque ipipraticables ; et, lorsqu'il montait en voiture , $a coutume était d'appuyer sa^ têtç sur 1^ cQnssins , et de dke au cocher : main^ tenant cela te regarde; puis il s'endQjfn>ait pro-^ londénfient. Or, ce eochei? wr ^on siège ^ et dans les embarras de la i^oute, ^'émerveillait du sang £:o\d de 3on m^tre^ .et peipi^it que le succès du voyagç le regajpcjait tom ftussi bien que lui Et moi^ je suis émerveillé, à mon touif, qu'un Roi p^îa^- ^e à. nu Mûiistre ;» Gpuvernesi j bien ou m^s îl Kv'TOportçj je ne ngi eu erobwasse paa^

pourvu que je n'entende jamais prononcer totfe nom par ceux qui pourraient troubler mon repos^ en exigeant de moi que je vouS ôte vôtre placé; c'est tout ce que je demande ,* et comme il est important pour vous de vous les rendre favorables » je vous conseille de faire ce qui leur plaira.

Quel peuple ne 'serait pas révolté d'un pareil langage et d'une aussi étrange apathie! A qui persuadera-t-on que les Rois d'Angleterre régnent de la sorte ; et qiù pourrait penser que » dans les jours calamiteux où le Prince de Galles a pris les rênes du Gouvernement ^ il ne se soit pas intéressé vivement aux opérations de soa ministère^ qu'il ne les ait pas approuvées^ et que^, dans les momens où il a pu songer à des cbangemens de Ministres, il n'ait pas pris des mesures^ pour qu'elles n en souflfrissent pas , s'il les trouvait bonnes ? En vain M. de Chateaubriand fût-il une longue énumération des hautes prérogatives d'un Monanjue constitutionnel , dans l'acception qu'il donne à ce mot Un simple particulier ijai se laisse interdire de la gestion de son patrimoine^ perd l'estime publique- Le Prince qiii s'endort sur le troni^ y par caractère ou par système^ ne peut être respecté par ses sujets , et encore nwins par des Français f et s'ils découvrent que l'eiUn preiiite de la main royale n'est qu'une sqrte de sceau , mécaniquement employé pour expédier

des brevets de chancellerie aux Ministres qulmposent les vrais possesseurs du pouvoir, ils ont bientôt brisé cet instrument avili et dispendieux ; et s'ils ne tombent pas dans les plus affreux désordres, ils s'en remettent de leurs destinées à ceux qu'ils connaissent de longue main , pour en être les arbitres et les régulateurs.

Je ne crains pas de le dire , l'avilissement de la royauté aux yeux des peuples, sera toujours le plus grand malheur qui puisse leur arriver. Il faut que, dans les jours d'orage, toutes les espérances se réunissent dans la personne du Prince et dans son pouvoir souverain^ et jamais la frêle machine d'une monarchie constitutionnelle, telle que l'entend M. de Chateaubriand , ne suppléera par de vaines étiquettes, et par l'usage mensonger de frivoles protestations, aux sentimens de respect et de vénération qui pénètrent jusqu'au fond des cœurs , Bt qui , sans efforts, maintiennent tout un peuple sous les mêmes lois et dans la même direction.

Le premier besoin de cette machine (et un besoin tel que si l'on n'y pourvoit avec une attention continuelle, les ressorts s'entrechoquent et se brisent en mille pièces ) , ce premier besoin , dis - je , consiste à se procurer de la part du ministère:

ha majorité dans les Chambres*

' Je ne l'ai pas dissimulé : c'est par-là que l'Angleterre subsiste; mais ce moyen précaire, même pour elle , est bien moins assuré en France qu'il ne Test chez nos voisins. On sait combien le pai-^ nistère anglais s'oppose à la réforme du mode d'élection qui, jusqu'à ce jour , s'est pratiqué pour la nomination des membres de la Chambre des Comnounes^-et^i a de bonnes raisons pour cela; car les vices même de ces élections sont^ ce qui lui en assure le succès. On a espéré chez nous suppléer au défaut d'influence du ministère dans les élections, en composant les collèges électoraux de riches propriétaires. On ne connaît pas l'esprit de la nation française si l'on fait un grand fond sur ce moyen. Nous tenons tellement à nos partis ou plutôt à nos illusions, que les électeurs , s'ils ne sont pas de l'avis du ministère , nommeraient plutôt les perturbateurs qui seraient prêts à boulverser leurs fortunes , que de céder en rien de leur manière de voir , et de tie pas suivre jusqu'au bout le fil de leurs idées et de leurs espérances. Il n'existe pas un peuple plus irrascible lorsqu'il s'aperçoit qu'on prétend l'influencer , et il n'en est pas^ un seul qui paye un tribut plus constant à l'humaine faiblesse de ne voir^et de ne croire ja-^ mais que ce que Ton désire. C'est ce qui a perdu tous les partis et qui les a jetés dans les démarches et dans les entreprises les pl^$ irréfléchies; ca^r»

pat exemple , il existe des gens remplfe de l'idée de leur propre mérite qui , après avoir rappelé Buonaparte de l'île d'Elbe-, travaillent peut-être encore de toutes leurs forces ^ quoique sans succès, à nous ramener de pareilles catastrophes, et il est bon de les avertir qtie leurs illusions sont bien autrement folles et ridicules que celles qui les faisaient sourire avec tant d'hnmànké , lorsqu'ils se racontaient les espéranciBS dont se berçaient les malheureux émigrés, puisqii' aprè^ tout , ces émigrés auraient eu raison si les cabinets de l'Europe eussent été vingt ans plutôt éclairés sur lëtifs véritables intérêts. Je crois donc ^ue , sur ce pôiiit , on n'a rien à se reprocher , et ^ que c^ qii'On aurait de mieux à faire serait de cheitîher dans tous les partis à se cotrigeï d'un penéhànt qui peut encore nous perdre tous. Les rapproehetoéns les pins hcureui pourraient peut-être l'ésuUer dé cette amélioration^ mais^ en attendant, qu'espérer de ces imaginations bouillantes qui n'apei^çoivent pas lies obstacles , ou plutôt qui sont àsseiî faibles pour redouter de les envisager? Et yëut-^n lâi^ei* lé terrain libi*e à des eu&ns etueAs qui Ue éhëtcbént qu'à «'entrêdechii'ér?

Mais , dès^ là qUé l'ârdèUr de liM Hhkéùlas nous fend incapables i^e suivre léà chéÈotins ^u rians que dans tous les pays l'iidntîinis^tàtiott est toujours iwcée d'indiquer, €ft que ^ tf Un au^re coté , notre

( ^57 ) délicatesse frémirait à la seule pensée de certaine moyens qui ne sont pas inconnus chez le^ Anglais^, il suit que jamais un ministère en Fmnce ne peut être assuré que les élections Ikii proeureront la majorité si désirable, et sans, laquelkt Iqs préteudus principes des Monarchies constitutionnelles eussent depuis longr-temps fait tomber FAnglet<erre dan^ toutes les horreurs de l'anarchie dénjLOcratique.

Mais ce n'est pas assez que d'avoir conquis la majorité par un heureux succès dans les élections, il faut pouvoir la conserver j et, comme il e^st impossible qu'un ministère soit toujours entièrement d'accord avec chacun des membres de cette majorité sur la naanière d'administrer lie royaume, et que les plus légères contrariétés effarouchent notre impétuosité et nous blessent cruellement dans notre amour-propre, il n'est pas un seul instant où le ministre , pour lequel nous avions le jrfus deconsidération, ne soit en danger de perdre notre confiance et de devenir l'objet de toutes no84hîmkiés> C'est précisément le contraire du flegjne' anglais qui. n'a pa$ d'opinion lorsqu'il s^agit d'allé aux voix, et qui, suivant le parti- auquel il -appartient, vote toujours pour lie niinîsli^^u-pour 1-bppoâ*^ tion.

Ainsi ce secret si important, qu'avant- de ^è* char-' ^er du poids inmaense (ksaffiiieei^ipuhliquiesi, tbut ministre doit connaître, dasi^tme momrchie cons»

titutionnélle, cette nécessité de s'assufei? d'àvaùde de la majorité , ne nous mène en France qu à beaucoup de peine pour l'obtenir, et à une aussi grande incertitude pour la conserver.

Attendez, me dit-on, nos mœurs se façonneront

sur celles d'Angleterre^ nos ministres prendront dô

^ rhabileté y et finiront par diriger convenablement

cette machine dont le jeu vous paraît si embar*-

rassé.

Oui ; mais voilà deux points qui ne me paraissent pas tellement désirables qu'il faille faire les énormes sacrifices qu'on exige pour les obtenir.-

D'abord, les mœurs et les coutumes anglaises conviennent parfaitement aux Anglais 5 mais je crois que, sur plus d'un article, nous ferions aussi bien de garder les nôtres que d'en changer.

En second lieu, il est toujours désirable d'avoir d'habiles ministres ; mais on doit souhaiter encore plus vivement d'habiter uu pays assez sagement constitué pour qu'avec des ministres médiocres (et l'on aura beau faire , ils seront toujours en plus grand nombre que les autres), on puisse vivre avec tranquillité eCjSans risquer de voir sa patrie détruite par les discordes intérieures et par le fer des étrangers.

Quelle foli^que de changer l'existence paisible à laquelle la France a droit de prétendre avec

( ^39 ) Texistence précaire quelle peut emprunter des maximes et des institutions anglaises; car nou* bliez jamais que vous périrez où TAngleterre se conserve -, j'en ai tant de fois déduit les raisons , que je ne veux pas les répéter. Mais ouvrez le premier atlas géographique., et vous en verrez la principale.

Nous prendrons les mœurs anglaises , nous aurons des ministres habiles; mais, si nous sommes détruits avant de pouvoir acquérir toutes ces choses , quelles seront nos consolations ?

A peine un an s'est écoulé depuis que nos discordes ont failli nous perdre à jamais, et le péril est encore imminent.

Une voiç de salut est ouverte; c'est de recueillir toutes les paroles de souveraineté qui sont dans la Charte, et de les opposer aux interprétations anarchiques qu'on ne cesse de lui donner.

11 faut (je le répète, c'est le seul remède qui puisse vaincre le mal) que les assemblées sachent qu'on peut se passer d'elles, parce qu'alors on ne s'en passera jamais, puisqu'elles ne seront plus tentées de sortir dé leurs limites et de devenir dangereuses. '

Mais ce remède, M. de Chateaubriand, offusqué par les idées anglaises, ne Ta pas aperçu. Il veut qua les minisU'es soient tonjourf en possession de

la ms^orite des Toix , et il méconûaît le seul moyen ^uL «dste en France pour la leur assurer.

En suiyant son système de point en point , les ministres eussent-ib réussi à mettre de leur côté là riiajorîté dans les Chambres , dès là que cette majorité rfest pas éternelle, quelle peut varier, et qu'aitisi que cela arrive même en Angleterre , il peut y avoir des momens <f interruption dans une si précieuse possession , je soutiens qtfau moment où cette interruption commence, M. de Chateaubriand, d'après sa manière d'envisager les gouvernemens constitutionnels , ne nous laisse pli^ de mansère de sauver la France , et de ne pas tomber dans la démocratie la plus inyincibEe' y c'est ce qui' (fevicndra évident lorsque je serai arrivé à Ift conclusion qu'il faut tirer de sesr principes; je* vais continuer à les parcouriiî er à les réfuter k mesuré- qulls me pafôeront sous les yeux.

La personne du Roi est, dit M. de Chateaubriand, sacrée et inviolable^ mais, comme il faut se préserver du despotisme , on s'en- prend' aux Ministres de tous les empîétemens de l'autorité, et Fbn a pour préveuiip de pareilles entreprises ,

La responsabilité des Ministres.

Je ne parlerai plus de cette absurde disposition d'esprit.,, d'être toujpurs. en garde contré ce qui

émàtie du ministère, et , disons-le , de l'autorijé royale , et de. ne pas conserver la plus légère défiance contre le penchant aux incursions dans la souveraineté et aux usurpations de pouvoir qui dirigera toujours les assemblées, et qui les fera tomber tôt ou tard dans les pièges de la démocratie , si la puissance souveraine ne se maintient pas au-dessus de toutes les atteintes j je dirai qu*il faut savoir se circonscrire dans les bornes qu^assigne la charte | t4 — qu'il est inexplicable qu'une foule de feuilles périodiques et de livres , qui né cessent de nous exhorter à nous tenir littéralement à ce qu'elle nouS prescrit , aient , jusqu'à ces derniers temps , mis Une si longue persévérance à invoquer la responsabilité des ministres , comme si nous pouvions penser que les rédacteurs de ces journauisL et les auteurs de ces ouvrages soient assez stupîdes pour ignorer qu'un homme assis siur le trône ne trouve de force que dans la fidélité et dans l'obéissance dô ses serviteurs , et que faire dépendre leur sort deS volontés d'autrui , c'est annuller le pouvoir royal , c'est nous replonger dans laplus effroyable anarchie.

Demandez à ces rédacteurs et à ces auteurs ^ qui , sans vouloir passer pour les tyrans de leurs familles, prétendent, à coup sûr, ne pas être comme des statues et de vils automates dans l'administration de leurs affaires particulières , demandez-leur ce qu'ils diraient au mauvais plaisant

^î viendrait leur témoigner les égards dûs a tout maître de maison , et qui , en même temps , s'ingérerait , non-seulement de donner des ord^pis à leurs domesticjues , mais encore de leur signifier que lui seul , dorénavant , disposerait de leur sort y quils seraient dans sa dépendance, et qu'ainsi ils eussent à lui complaire et à lui abéir en toute chose, puisqu'autrement il les obligerait d'aller chercher fortune ailleurs.

Voilà pourtant la condition misérable et l'état d^aviKssement que ces écrivains, vraiment incôr* rigibles, semblaient encore très -récemment se complaire à préparer aux Rojs^ Tout ce qui pouvait entraver le pouvoir de leur Souverain, il* l'admettaient comme âes institutions précieuses à l'humanité j et ^ après trente ans des plus ef-. Croyables malheurs, les mêmes auteurs, qui avaient reproché à nos maîtres si miséricordieux , de n'avoir rien appris, étaient encore si éloignés, da. progrès des connaissantes humaines, qu'ils ne savaient pas eux-mêmes, ou du moins, qu'ils paraissaient ignorer que l'autorité du Prince est le seul garant de la sécurité et de la prospérité du peuple. .

Puisque, dans mie matière aussi grave, il faut recourir à toutes ses armes y je leur rappel! ersi» cet homme que, dans les premiers temps de la^

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