‹ Réfutation de la doctrine de Montesquieu, sur la balance des pouvoirs, et aperçus divers surChapitre 33 sur 34 · C MM · texte numérisé non relu

C MM

f évolution, on avait peint fortetheht gârrot(3 dans toutes les parties de sbn Corps ; des démo-:* crates tenaient les liens dans leurs mains ^ et se livraient à leurs joyeux ébats ; le mouvement de deux doigts, qu'on arait consenti à ne pas attacher, était le seul qui hii i*estât , il les agitait, et . on. lui faisait dire : Je suis libre. D'autres personnes, qui avaient lé secret des inventeurs de cette figure, changeaient ces paroles en celles-ci \je règne. Et Ton aurait eu, même après la seconde restauration, et Ton conserverait peut-être encore le sacrilège désir de nous rejeter dans tous les désastres que prédisait cette grossière , mais trop, fidèle allégorie ! Oui , sans doute , on a eu ce désir , et Ton commence à peine à s'en défier ' et à en calculer les suites! Vous, qui, avez té-* moigné, tant d'alarmes , sur les entreprises: d'une assemblée à qui 1 on ne pourrait reprocher que des marques di impatience^ et non des envahissemens combinés , lorsque le ministère ne lui paraissait pas répondre aux vues qni l'animaient/ Vous, qui n'avez aucune indulgence pour les^ fautes et pour les imprudences, si Ton en commet en se livrant, de toutes ses forces^, à la restauration, de l'ordre et d^ la monarchie; vous, cj^iii avez presque fait entendre le mot de factieux , pour dépeindre les sentimens des plus fidèles ser-^ viteurs duBoi, parlez-nous donc enfin des sédi-

tîeuses pensées qui se manifestèrent tant cic foîsî dans l'assemblée de 1 8 1 4* Les avez-vous oubliées ? Vous en retrouverez l'exposé fidèle dans l'excel-^ lent ouvrage de M. l'Evêque de Langres, sur la responsabilité des Ministres j et vous avez maintenant assez recueilli d'observations , et assez profondément médité pour en frémir!

Espérons que ces reproches et de plus yio-' lens encore que, par fois, m^ont suggéré, dan» certains écrits et dans certains journaux, des paragraphes évidemment rédigés dans des idées de révolutions , seront bientôt surannés. Depuis un temps, je m'aperçois d'une amélioration sensible dans les principes ^ et pourquoi, en effet, désespérer de la raison y de l'homme, tant que la probité et l'honneur ne sont pas éteints dans son cœur? On est presque assuré que, lorsqu'on s'éloigne des époques qui ont ému sa sensibilité, disons-le , ses passions trop impétueuses pour liii laisser l'usage de la réflexioii, il se rapprochera des notions vraies et des voies de salut que lui ofire la nature. Je me^^rmettrais cet heureux résultat, même chez les gens privés d'éducation, et qui n'auraient pour guide que la droiture de leurs sentimens^ à plus forte raison dois-je l'attendre d'écrivains qui, la plupart, nous prouvent, tous les jours, qu'ils possèdent un talent très-distingué.

Mais , tout rapprochement exige (jrfon port# les yeux sur chacun des côtés que Ton regrette de voir éloignés. Il ne fau* pas que , lorsque Tun fait de notables progrès, Tàutrc s'est écarte, et même prenne im chemin qui le précipiterait , à grands pas, dans des erreurs qui sont bien loin du but qu'il se propose. M. le vicomte de Chateaubriand, tout occupé du bonheur dont il voulait faire jouir la France, et qui semblait échapper encore une fois à ses vœux , n'a point vu toute rétendue de la doctrine dans laquelle il s'engageait , et il n'a pas pris garde que , d'accord avec les adversaires , qu'il n'avait cessé de combattre , il donnait à la responsabilité des Minis^ très , une extension contraire à l'esprit dç, la Charte^ car il ne peut exister de responsabilié , lorsqu'on ne saurait être accusé ni jugé. Or, la Charte ^ par l'article 56 , borne les faits pour les-»quels on a droit d'accuser les Ministres aux seules trahisons ou concussions. Elle ne fait que confirmer ce qui est d'usage dans tous les paya, puisque , partout , les tribunaux sont en droit de poursuivre les Ministres, lorsqu'ils ont trahi le ^Souverain ou spolié les peuples. Dans les autres circonstances, le 'Monarque n'entend pas qu'on lui fasse la loi, et qu'on le réduise à n'avoir que Ini seul pour se servir» en l'obligeant de sacrifier

pes Ministres au gré des passions ambitieuses ou mécontentes des assemblées législatives.

Mais enfin , dira-t-on , cette loi que vous ne voulez pas qu on fasse au Monarque , prétendezvous que les Ministres la fassent aux Assemblées , et que, définitivement, ils remportent sur elles ?

Je vais faire frémir d'indignation toutes les arrières-pensées républicaines et démocratiques; mais, ce qui doit donner quelque poids à mon opinion , c'est la déclaration qu en entrant dans ces discussioqs, j'ai faite de mon entière îndé-^ pendance. Il n'est pas un seul instant de ma vie,, où je n'aie été pour la prépondérance du ministère, lorsque la volonté royale s'est définitiveqient prononcée ; mais il n'en est pas un non plus, où l'on puisse me prouver que , par le fait , j'aie été ministériel. Jamais je n'ai asservi mes pensées, mais j'ai toujours su me soumettre à la nécessité; et, c'en est u«e à mes yeuit, que $i un Monarque est tellement attaché aux prîn-^ eipes de son administration,, qu'il essuie lacon-»^ tradiction de plusieurs assemblées successives ,^ sans y rcmoucer , ces assemblées se taisent , ou inême que le Souverain leur impose silence plutôt que d'être dominé par elles , et de se lais-.^ ^er clicter impérieusement ce qu'il doit faire ;

car,^ remarquçï que je ne le sépare pas dcs^

âges» de son pouvoir, et que, pour me délwir- T^Si^r de la gêne deSes volontés, lorsqu'elles sont si éyidep>ment fixées , je né m'en prends pas uniquement aux Ministres.

C'est par cette njarcfee que uous sommes tombés dans <iat révolution > en rendant la royanté nuU^, e^ en sapp^nt tons : ses appuis 9- et, trcscertajin^ïïient, je ne veùxpasy revenir. J'ai d'autant plais. de confiance dans ma manière de voir, qu'il in;e.paratt impossible qrfari Roi, entouré dés Vœux, et des sivis de nombreuses assemblées , lorsque ces vœux et ces avis persévèrent , ne leur fasse pas toutes lei cDucessions, et ne eonseme pa$ à toutes les* modifications qtii ne sônît* pà^, à s^ yeuK, évidemmemt contraires au bonheur pubUc ;: >taais , .«'il- Je* foUait , je dirais , comme on l'audit à Copenhague t Plutôt cent foiis F^iu- * tqrité royale la plus absolue , que Je despotisme :4^S assemblées populaires.' -

,i , Je me sers exprès du mot despotisme 'par rà]fï- -port; aiu pouvoir Blimité des assmblées, parc<^ ^le ce i^Ql , comme je l'ai prouvé aille tirs , lui .convient par-dessus tont^ et qu'il est bien étrange :.<ju!Qn ne veuille l'employer que pour la royauté. - Mes principes, qui sont le fruit d'une beàiic^up plus longue méditation qu'on ne pense , 6iït prouvé fort au loiig^ que les ooupS' d-Étàt , auxquels le pouvoir royal est en droit de -recourir lorsque les choses en sont venues à cette èxtré-

mité, sont tout diflféreiis d'un despotisme pé*toanent, et qu'ils serveiit à maintenir les assemblées dans une juste modération. J'ai dit aussi qiie lés mœurs et les usages des nations étaient tes plus sûrs garans de la perpétuité , et par conséquent du retour de leurs institutions, lorsqu'elles étaient interrompues , surtout si ^ces interruptions étaient légalement autorisées , et je réponds par là à cette misérable confiance qui suppose que le meilleur moyen de prévenir l'introduction du despotisme est de créer des pouvoirs qui lui soient opposés , tandis qu'au contraire les entreprises de ces pouvoirs sont les vraies manières de l'exciter à se mettre iâyariablement au-ddtôus de toutes les attaques.

Ainsi donc, lorsqu'on me fera cette question, presque ridicule , par le peu de profondeur , et je dirais volontiers par l'ignorance qu'elle dénote: Mais que faudra- tril donc faire , si les ministres veulent établir le despotisme? Je répondrai.: ayez^ de la sagesse,* ils le voudront rarement j aye» des mœurs et d'heureuses habitudes qui prouvent la bonté de vos institutions^, ils n'oseront pas l'entreprendre : on ne cherche pas des- résis* tances pour, le plaisir.de les vaincre. On n'essaye pas de faii*e marcher dans une routé ^aride et inusitée des n^^sses de population assises dans des idées et dans^des usagfes contraires; et les plaintes iélevées de; iputefe parts , et le cri général de toute \me uatjion avertirment biemôt Je Monarque de

( a49) la tjémérité des agens honorés de sa confiance. Maïs si le malheur des circonstances , ou le génie du mal, ou plutôt de fatales divisions déjà portées à leur comble , faisaient poursuivre un projet si désespéré, et s'il fallait inévitablement que le pouvoir royal , ayant pris en main la cause de ses ministres , arrivât à sa dernière extension et détruisît toutes les institutions modératrices, ou que les assemblées parvinssent à la domination, entre deux résignations qu'il faut savoir envisager ( car on chercherait en vain à le mér connaître , si ce n'est pour l'une , c'est pour l'autre que dans une pareille extrémité il faut se décider ) , je choisirais sans balancer celle qui m'offrirait le moins d'inconvénîens , et qui me laisserait encore plus de véritable liberté , et je saurais supporter le pouvoir du Prince, sans autre limite que l'équité naturelle ^ avec bic^T moins d'effroi , que la même puissance dans les mains des assemblées ou de la multitude.

Monsieur de Chateaubriand voit , il est vrai , un remède à tous ces maux, en faisant, ce me semble , consister, la responsabilité des ministres dans un simple renvoi , lorsqu'il n'ont pas pour eux la majorité des Chambres; mais, comme cela signifie que , même lorsque les Chambres seront factieuses , il faudra que le Roi leur sacrifie ses ministres, et que cette maxime ne peut que

les encourager tôt ou tard à le dfevenîr, en n'assignant aucunes limites à leurs prétentions , îl me permettra de regarder son remède comme un poison violent. D'ailleurs , il en existe un autre j c'est qu'au lieu de renvoyer les ministres ^ ^ le Monarque renvoie les assemblées , en dissol- ^ vont la Chambre des Députés, et en ajournant celle dés Pairs. Il est vrai . qu'en suivant la doc^ triiie de M. de Chateaubriand , dans toutes ses comséquences , ce moyen devient bientôt illur «oire , et que , si lé Gouvernement ne fait pas l'abnégation la plus absolue de sa manière de voir et d'administrer, nous retombons, comme je l'ai annoncé^ dans l'inévitable et triste nécessité de voir les Chambres s'emparer ostensiblement et sans aucun détour du maniement des affaires publiques , et la démocratie s'avancer à grands pas parmi nous. Mais, n'anticipons pas, et continuons à contempler les pertes successives que la puissance royale éprouve dans tous ses attributs, d'après un système qui n'est pas nouveau, mais que M. de Chateaubriand a renourvêlé: , sans avoir très*certainement aperçu ses résultais inévitables.

Uune de ses pertes consiste encore à donner aux Chambres :

U initiative de la Loi.

( aSï )

Je commence par répondra k une ob^rr atîoa gén^érale de M. de Chateaubriand; l'initiative royale est , dît4l , en contradiction avec la sano* tion de la part du Roi. On ne sanctionne pas » ^ ou , en d'autres termes , on n'approuve pas son propre ouvrage.

Oui , sans doute , on n'approuve pas son pro^ pre ouvrage lorsqu'il est terminé , mais lorsqu'on veut recueillir des avis iniportans sur ce même ouvrage , et qu'on le propose (ce sont les termes de la Charte ) comme un projet susceptible de recevoir des amendemens et des améliorations, on peut l'approuver définitivement lorsqu'il a subi cette épreuve, et, pour le. dire en pas-» sant, cette marche, qui est la marche constitutionnelle, sera toujours un argument presque irrésistible pour l'école qui ne voit que des cont-' peils dans les deux Chambres,

Toute personne qui , ayant médité un projet et même pris soin de le rédiger par écrit, lesou7 met aux avis d'un conseil avec . la ferme résolution de l'abandonner, si ce conseil le désaprouvè,et qui ensuite , satisfait de cette consultation , se confirme dans ce projet et le met à exécution j^ ne fait pas autre chose que ce que fait le Roi ^ en nous envoyant les propositions de lois. Le Roi propose la loi ( Art. 1 6 de la Charte )i il a donc

ïinîtiative , et cette initiative n'étant et ne pouvant être qu'une pf ojpôsition , il n^ a pas de contradiction dans les termes , lorsque le Roi sanctionne définitivement ce qu'il avait proposé pour savoir ce qu'en penseraient les plus graves personnages de l'Etat.

, Le Roi a l'initiative ; c'est un point hors dç toute contestation.

Mais , en même temps , il est vrai que les Chambres jouissent aussi d'une très-belle prérogative , qui consiste à pouvoir indiquer au Roi les lois que , suivant elles , il serait à propos de porter sur les diflférens objets qui peu^nt attirer leur attention.

Voici l'art. 49 ? qiiî leur donne cette prérogative.

«f Les Chambres ont la faculté de supplier le « Roi , de proposer une loi sur quelque objet <r que ce soit, et d'indiquer ce qu'il leur paraît « convenable que la loi contienne. »

Il est évident que , par cet article , il existe une différence marquée entre indiquer et /?roposer; et, comme l'art. 20 dit que cette demande au Roi devra toujours être discutée en comité secret j il n'est pas moins certain que, par ces distinctions et ces précautions , la Charte a très-positivement entendu éviter les inconvénieus

reconnus de rinitiative pure et simple , laissél^ entre les mains des Chambres.

Ces mconvéniens ne consistent pas seulement dans la manie de faire des lois, <jui doit nécessairement s'introduire dans une assemblée législative , par le seul désir de faire parler d'elle , et de faire briller Ses grandes lumières , toutes les fois qu'elle peut en trouver l'occasion. Et quoique M. de Chateaubriand nous croie guéris de cette fâcheuse maladie , je lui demanderai s'il regarde cette guérison comme radicale. Mais il n'a aperçu que la moindre partie des dangers de Finitiatijve exercée par les assemblées. Nous garantira-t-il qu'il ne s'en trouvera jan\ais de factieuses ? Je lui garantis le contraire : il est impossible que, dans le cours d'uu siècle, des esprits ambitieux ne s'emparent, à diverses reprises, des délibérations publiques, et n'en deviennent les dominateurs ) Tes siècles sont les années des nations , puisqu'elles sont destinées à vivre bien plus long-temps que les hommes. Or , c'est dans de pareilles circonstances , que l'initiative des assemblées devient un véritable fléau. Alors les propositions insidieuses ne font que précéder les propositions à force ouverte; et le peuple, ameuté de toutes parts, s'il n'est contenu par les armes ^ deyient l'aujiliaire irrésistible qui , chaque jour^

littracîie au pouvoir quelque nouvelle conôession , ou le dépouille de quelque prérogative , jusqu'à ce que le trône écroulé ne laisse , au milieu d'une nation , que des ruines qu'on ne peut plus relever, et des désastres auxquels les calculs les mieu3( assis ne sauraient assigner de terme.

Il faut cependant convenir, qu'il est quelques occurrences où il est très-avantageux pour le bien public que les assemblées puissent désigner au Monarque, et provoquer en quelque sorte les lois qu'il est nécessaire de porter ; c'est lorsque , pour réprimer des désordres publics , la législation doit devenir rigoureuse. Les peuples , en voyant les députés pris dans leur sein, être le^ premiers à faire connaître au Monarque la gran-* deur du mal , et à en solliciter le remède , sont bien moins tentés de contester la nécessité de la loi , et de la considérer comme une entreprise que l'autorité se permçt contre leurs* 'droits et leurs libertés. C'est dans ce sens, que j'ai moi-même approuvé le zèle et la fidélité de vrais serviteur» du Roi , qui n'ont pas craint d'élever la voix dans les assemblées , et , de demander, suivant leur conscience , et pour la conservation de la monarchie , des lois qui leur semblaient indispen-^ sables. Mais je ne consentirai jamais à faire des principes pour des circonstances. Les circonstances passent, et les principes restent. Tant que

j^i cru qu'on n'aborderait pas de front la doctrine qui yeut remettre l'initiative aux deux Chambres, j'ai pu garder le silence; mais maintenant , je me vois forcé de déclarer qu'à mes yeux c'est au Roi seul que cette initiative appartient ; qu'elle ne peut passer aux Chambres sans une extension: anti-constitutionnellé , et que , par la Charte , les deux assemblées législatives n'ont d'autre droit h cet égard , que de présenter des Mémoires motivés et secrets. En vain ai-je trouvé tout à la fois ingénieux et enjoué le système de M. le comte Lanjuînais , qui prétendait que les lïiotifs sur lesquels on appuyait la demande d'une loi, pour être rendus plus lucides , exigeaient des alinéas ^ et qu'il était bon , pour Tordre dc3 idées , que ces alinéas fussent numérotés, et, par conséquent , convertis en articles. On m'a répondu victorieusement , en me faisant l'observation que , présenter au Roi des lois toutes rédigées , c'était circonscrire sa volonté d'une manière inconvenante , ne lui laisser que la faculté des amendemens, et l'exposer à des refus d'admettre ces mêmes amendemens , de la part d'assemblées qui déjà auraient consumé leur temp^ , et employé leurs débats à ranger leur travail dans un ordre précis et méthodique;, et ces refus, poursuivait-on, seraient d'autant plus inévitables, que l'amour-propre c% la paresse d auteurs sont encore plus forts dans

les assemblées, que chet lès particuliers. Je ikië disais aussi , qu'il fallait s'attendre que les assem-^ blées étendraient aussi loin qu elles le pourraient les facultés qu'on leur laissait , et que, puisque l'art. 19 de la Charte, leur permettait de déduire les motii^ des lois qu^elles indiquaient à la puissance royale, il était bien difficile d'élever des contestations sur une forme qui n'était peut-être pas rigoureusement déterminée. On m'a encore répliqué que c'était le cas de venir au secours^ des intentions manifestées par la Charte , si ses expressions étaient insuffisantes -, et qu'au lieu d'une jurisprudence dans le sens des discordes^ îl fallait en établir une dans le sens du pouvoir,

Puisqu'aujourd'hui , non-seulement il n'est 'plus question de quelques atteintes auxquelles il me semblait toujours temps de porter remède, que c'est même plus qu'une jurisprudence dont il s'agit, que c'est un principe certain qu'on veut établir, je me déclare formellement contre cette doctrine ; et je m'en rapporte , sur ses dangers ^ au peu de mots que M» de Chateaubriand en a dit lui-même j dangers qui, nécessairement, se renouvelleraient im peu plus tôt ou un peu plus tard, dans les assemblées volcaniques de la France y et qui bouleverseraient l'Angleterre elle-même ,, si la majorité perpétuelle , qui vote toujours dans le sens des ministres, n'arrêtait dans ^ source

tefFet âes propositions séditieuses. Or, comme je suis persuadé qu'en France, Thabileté la plus consommée ^era toujours insuffisante pour s'as^ surer de cette majorité sans les plus fréquentes et les plus inévitables interruptions , je retombe toujours dans la néc^sité que la pensée de la suprématie définitive du pouvoir royal / fasse naître ces dispositions conciliantes » sans lesquelles il n'est point de ministère qui puisse se flatter de conserver un seul instant son influence d^s les Chambres. Mais , loin de là , j'ai la douleur de voir que plusieurs fidèles sujets du Roi , dans les ouvrages qu'ils publient, s'égareig^t dans des principes tout contraires. Nous atteignofis le point où la doctrine de M. le vicomte de Cliâteaubriand devient j sans qu'il s'en aperçoive , du plus imminent danger : il s'agit de deux idées principales, qu'il ne sépare jamais dans son esprit, et dont il feit tout dépendre dans un gouvernement constitutionnel Ces deux points fbndanxentaux sont :

U opinion publique^ et la Liberté iHimitée de la Presse.

Le gouvernement représentatif, dit M. de Chateaubriand y est fondé sur l'opinion publique.

11 doit la suivre j c'est par elle qu'il s'éclaire , et k liberté de la presse la lui fait connaître.

Cette manière de présenter les procédés quQ Ton doit suivre dans les gouvememens, qu'on s'opiniâtre à désigner sous le nom de représentatifs, n'a rien de nouveau; elle remonte aux premiers temps de la révolution. Mais si on Tadmet dans toute son étendue, si nous sommes obligés d'adopter comme d'incontestables vérités des assertions aussi fausses , et dont les suites ne peuvent qu'être déplorables , il faut fixer l'époque où nous sommes reportés. Pour tout dire , en nn mot, nons revenons en lygS, ou, à proprement parler, nous n'en sommes pas sortis un.

seul instant.

Je somme tous les défenseiurs de ces principes, quelque rang qu'ils occupent, et quelques fonctions qu'ils remplissent, de commencer par déterminer avec précision, ce qu'ils prétendent nous dire en se servant de certaines expressions trèssonoïres, mais que le plus souvent on ne saurait définir. On fait des livrer en politique, c'est-àdire qu'on risque de faire périr des hommes par miUiers s'ils adoptent des principes inexacts ; et l'on ne connaît pas la chose dont on parle , et quelquefois , cette chose est une chimère contradictoire dans ses élémens, un non-sens, en un

( 259 ) mol, un* Gouvememcnt représentatif; et d^aùtres fois, elle est si vague, si indétenninée , qu'on ne §ait où la trouver, qu'au moment où Ton croît la saisir elle 'échappe , et qu'enfin, lorsqu'elle parait s'arrêter* et- prendre quelque stabilité , le moindre soufle qui trouble l'àir , le plus léger météoî^e qui brille à' ses' yeux et qui l'attire, la fait aussitôt disparaître et prendre dés formes nouvelles. Tel est ce qu'on appelle l'opiiiion publique.

Il est donc vrai que l'amour du bien pejit quelquefois devenir une passion aussi aveugle que les autres, puisque M. le vicomte de Chateaubriand , dont l'esprit est doué d'une si «rare sagacité, sfest laissé emporter dans des Jidées qui n'ont pas de fond, et qui, depuis un. demi-siècle, n'ont servi qu'à tourmenter le genre ];|[Uin^in , et à le conâidrQ au milieu d'abîmes où il a failli pjérir. . ; :

Monsieur Fiévée, quoiqu'il ait aiissi voulu bâtir des systèmes dans les vigaes Irégions de l'opiilion publique, nouis dit, dans •iinîpassagè dont 'far dé jàt eu l'occasion de parler :; <cRîëti dé J)lus bizarre i « que de demander à; un PréfSfet Fopinion de'sôit « département sur une mè^meikpreaére) comme Ksi un départemeni était ^ une Utiité, Sôïis i d'autres rapports ejùe la circonscription t&rri^ «toriale; comme si*un départeftUritf'as^àituhé (( opinion^ même sur les mesunès-pï^é^'eé^le^

( 26o > « éçènemens accomplis > ; Té....

fc 11 y a souvent dans un département cinq arrôn- « diésemcns qui n'ont ni le même intérêt, ni la « même manière de vivre ; et on dconande Topi- <r nion d'un département , t;andis qu'à Paris, rente fermé dans les mêmes murailles , on dLningue «Topinion de tel faubourg, de l'opinion de tel « autre faubourg , et même les sentimens de telle K rue, des sentimens de telle autre rue, etc^, «etc. » (Histoire de la Session de i8i5, p. 12Q et 127.)'

J'aurais ajouté : les sentimens de telle maison, et les sentimens de telle autre maison ^ et ceux de tel appartement , et de tel autre j et ce que M. Fiévée dit de tout département , je l'aurais dit de la France entière.

Ainsi, l'opinioi^ régulatrice de nos destinées, Topinion qu'il faut consulter sans cesse , et qu'il &ut suivre avec scrupule , n'e$t point celle qu'où peut déco^vpr che?* des personnes qui , d'après im intérêt bien di^ûnçt.^ Ont une manière de voir enûèrement fité^ç.. Les intérêts particuliers sont trop divisés, ppiir que^ l'on puisse en faire une seule m^sse, et^ tirer des inductions décisives; elle n'est pa^ no^ plus x^elle des personnes qui ont une ^4)>^iiabl^. cpnnai^eanca des choses ; ces individus

sont en trop petit nombre , et , souvent , ont de» sentimens trop éloignés des passions du moment , pour produire des effets remarquables , et pour être la puissance dont on interroge lès volorft^^. Cette opinion n'est donc autre que celle amie foule innombrable, il est rrai^ mais étrangère aux sciences politiques, enfcore plus qu'à toutes les autres^ injuste par ignorance, s&tis Être cependant diîpoarvue de tout désir de justice J incapable de se conduire elle* même; prompte à s'égarer dans tous les excès au gré de Ceux qui Vantent j n'ayant en un mot, aucun avis à elle , et prête à recevoir toutes les implosions qu'on lui donne.

Il est asseu difficile que des autorités législatives , pour se régler dans les lois qu'elles doivent donner, s'astreignent à suivre l'opinion de personnel qui n'en om point, et il est à présumer que ceux qui l'invoquent avec tant de constance, se flattent de la former et de la diriger à volonté* Nôuqde j^ prétende qu'ils conçoivent ce dessein dé propos délibéré , et d'une manière distincte ; mais ils sentent leurs forces, et, il faut le dire, la confiance qu'elles leur donnent est imprudente ^lle| ne mesuresupas les obstacles, et dès lors, il est presqu'împossible qu elle| ne soi&^ pas malheureuse^.

Pour connaître cette opinion , on ajoute qu'il £aut que la presse soit entièrement libre y mais >, si

je ne roe trompe, la liberté de la presse faitconnaître Topinion des auteurs^ et très-peu, ou même point du tout , celle des personnes qui n'écrivent paS;j^ nouvelle preuve qu'on désine cette liberté, plutôt pour en profiter soi-même , et. pour exercer une influence, que pour écouter les avis, et Suivre les ordres qu'on dit vouloir chercher dans l'opinion publique.

Que des journalistes ( je parle de ceux qui, au lieu de se contenter de corriger nos mœ urs et de redresser nos travers , ont excité nos fiireur^, i^évo* lutio^naires ; s'il en existe encore de cette trempe, il est bon de les montrer |els, qu'ils sont : ceux qui ont. suivi d'autres voies, ou qui n'ayant commis que de simples erreurs , cherchent la vérité et sont prêts à lui rendre hommage, n'ont rien qui les regarde dans ce que je vais dire), que des journalistes, qui par eux-înêmes sont dépourvus de moyens pour jouer. ui;i grand rôle dans l'Etat, parlent sans cesse de l'opinion publique, qu'ils s'en prétendent les échos, , quoiqu'ils n'aspirent évidemment q^'à lui, donner l'impulsion; qu'ils cherchent à se transformer en pouvoir, en répandaiit au milieu du vulgaire ignorant des passions dont ils se flattent de faire une force irrésistible; q^e dans le secret de leur oi^gueil , ils se regardent comme des hommes plus importans que les Députés, les Pair3 et le Souverain môme , je n'en

SUIS pas surpris : il faut, non-seulement, que chaque profession nourisse son homme , mais encore que chacun prenne goût à la sienne et s'évertue pour en tirer tout le parti possible ; c'est dans Tordre. Mais /que , par une funeste manie qui, dès F Assemblée constituante , s'est emparée d€s esprits , des hommes d'état éprouvent au fond de leur ame une sensible peine de ne pouvoir descendre au milieu de ces combattans, qu'ils se figurent que de cette nouvelle place leur voix serait entendue de tout le royaume 5 qu'après trente ans de révolutions, ils ne sachent pas, ou qu'ils ou^blient, que les temps où l'on a admis en France le principe de la liberté illimitée de la presse-, ont été ceux où la raison fut entièrement étouffée .sous les innombrables libelles des partis les plus fougueux , les plus séditieux , et bientôt les plus criminels ; voilà ce qui m'étonne à un tel point , que je ne puis trouver d'expressions pour le rendre. Je dis que tel journaliste qui a passé la nuit à composer la diatribe qui doit paraître le matin dans sa feuille, se regarde souvent comme un être plus influent que le Roi. L'amour-propre, on ne le sait que trop , ne vit que d'illusions ,. et celle qui charme la pensée de ce compositeur d'écrits périodiques, n'est pas aussi ridicule qu'on le croirait au premier aspect j car ne gouverne-t -U

pas ropmîon; etFopînion, à Fentendre^ n^est^elle pas la reine du monde ?

Un mécompte vient cependant déranger uit calcul aussi flatteur; ce mécompte ne gît pas dans ta difficulté de faire tourner et yirer à son gré la déesse aux millions de têtes , si on était seul à lui parler f il n'est point de bévue, point d'impertinence qu'elle ne puisse approuver, ni de charlatan qu'elle n'écoute avec avidité, tant elle est crédule et bonasse, tant elle aime à se repaître de cbîmères. Mais malheureusement des compétiteurs^ souvent très-adroits, et, pour me servir du terme technique, très-ntiadrés, viennent aussi lui adresser la parole ; elle suit incontinent celui de tous qui lui fait les plus belles promesses , et qui sait les lui présenter sous un jour adroitement ménagé. Je l'ai déjà dît, et je crois devoir le répéter, trois • mois ont suffi pour faire expirer la Quotidienne sous les coups du Nain Jaune.

Je ne puis me lasser d'admirer le délire des publiclstes qui veulent faire dépendre le sort des états de l'opinion du moment : faudra-t-il^ passer ma vie à leur redire (ju'on s'égare nécessairement, lorsqu'on ne se défie pas de certains mots collectifs qui semblent nous présenter des ctres réels, et qui, au fond, n'expriment que de vains fantômes ; que Spinosa^ en déclarant Diea

rimirersalité des êtres du moiide, est le plus grand athée qui jamais se soit avisé d'écrire -, qiVà proprement parler^ il n^existe que des opinions individuelles; que par défaut. de lumières, de loisir, ou d'aptitude, la plupai^t des hommes ignorent jusqu^aux questions qu'il faut avoir approfondies , peut-être toute sa vîô ^ pour se mêler de politique; qu'ils natiraient de coihmun, en fait d'opinion, qu'un pur néant, s'ils ne puisaient quelques connaissances aussi fautives que superficielles, dans la conversation, ou dans les-écrits d'autres hommes , qui presque tous , n!ont à leur tour, pour toute science, qu'un amôur-propre ridiculement intrépide ; que ce qu'oU appelle l'opinion publique , ne doit une sorte d'existence qu'au va^e des idées ^ qui, cachant tou!;és lésdiffi- * cultes à la multitude, ia fait tomber machinalement d'ûccord sur ce qui lui présente quekju'ap^ parence de vérité; que «ette opinion se jperpétuenait avec une étonâanle confiance, dans les plus étranges erreurs, Si, patfois^, des contradieleurs ne venaient la diviser , et si des désastres instructi& , ne la portaient vers d'autres routes , mais que, pour comble de malheur, lorsqu'elle touphp au moment d'ouvrir les yeux à la lumière , des agitateurs intéressés à la lui cacher, viennent trop souvent soulever les passions, et :1a replonger dans les ténèbres. En effet , s'il est un principe

Incontestable, c'est celui qui reconnaît que ta vérité ne triomphe que par le secours du temps ^ et qu'il faut de longues années , pour que la raison et l'impartialité s'élèvent au-dessus des obsrtacles accumulés par les méprises grossières et les injuistices des premiers momens. Peu de grands hommes ont été dignement appréciés avant leur mort , et la médiocrité fiit souvent l'idole de tout un siècle. Balzac mourut admiré de ses contemporains , et Racine n'eut que Despréaux pour lui prédire le succès du chef-d'œuvre de la scène française : et parce qu'il arrive ordinairement une époque où les questions, à force d'être ramenées à la discussion et triturées, pour ainsi dire, finissent par s'éclaircir, et par avoir un assentiment général et mérité, on confond deux choses aussi distinctes-^ Y opinion y élaborée par les siècles ^ et Y opinion du jour ; on s'efforce d'attribuer à celle-ci une infaillibilité que l'autre n'a mêmepas en partage; on lui donne une existence souvent imaginaire , on dépeint ses fluctuations les plus éphémères comme une force irrésistible, et l'on en fait une .puissance permanente dans l'çspérance de la dominer.'

Oui , me dira-t-on , nous vous en faisons Taveu , nous avons failli , par une grande présomption ^ et nos opinions n'avaient pas reçu la sanction de

r^xj^rience. Mais cette expérience , nous l'avons * acquise ; vos craintes , vos avertissemens , eussent' ' mérité, il y a trente ans, qu'on leur prêtât une ' oreille attentive ; mais nous connaissons maintenant le danger, et nous nous garderons de nous y précipiter.^

Les évènemens de 1814 m'ont appris Ip fond ^ ^que Ton, doit faire sur cette rare prudence ; mais je veux bien toutefois (ce dont je ne suis que* très^faiblement persuadé ) que , pour quelques * temps, nous sachions nous contenir dans nos illusions et dans nos passions 5 j'accorde , que les actes de la révolution sont jugés comme ils doivent l'être , et qu'il n'en est aucun, qui ne porte son véritable nom; enfin, je ne suis pas loin de penser qu'aujourd'hui, plus d'une question J)olitique tire à sa fin , et , réduite désormais à sa juste' valeiu:, ne présente plus les mêmes dangers qu'en 1789; mais comptez-vous pour rien le repos de vos enfans.qui oublieront et vos conseils et vos malheurs; et vos découvertes , et qui ne manque-^ ront pas, de tourner contre eux-mêmes j les prétextes de désordre , et les armes que vous leurlaissée avec ime imprévoyance si cruelle ? et^ d'ailleurs, pensez-vous avoir épuisé tous les objets* 'de discussion qui peuvent enflammer les esprits ,^ et les entraîner dans des voies de à é ê osw e et de calamités ?

Il n'y a pas un siècle que là France étsât presquen feu pour des questions que vous méprisez maintenant comme de vaines subtilités, quoique , sous ce rapport , tous n'ayez aucun reproche à faire à vos bons aïeux. Je le ^emànde^ cpnnaissez-Yous dans les choses tous les points ^ toutes les faces sur lesquels Tesprit humain peut porter ses contemplations , et qui peuvent loi fournir d'abondantes discutions et de yiolens démêlés ? Du temps de Démosthcnes , ou de César ^ avait-on l'idée de la grâce efficace, et de la grâce suffisante ? Eh bien ! vos philosophes ne blâment pas l'autorité , ils la louent , au contraire , d'avoir imposé silence aux partis qui étaient prêts d'en venir aux mains , sur des points de doctrine infiniment au-dessus de notre portée. Croyez^vous que votre scolastiqûe politique n'est pas capable d'engendrer des querelles aussi interminables qutf celles que vous reproches à la scolastique théolpgique, et faudra-t-il que lé gouvernement ne' mette aucun frein à la liberté de dispsu;et etd'écrirt^ et qu'il n'admette pour modérateur du genre humain , que la lassitude dès guerres civiles ?

Vous vous effirayez mal à propos, me £t-oli encore; nous sommés^ tout aussi bien que vous, ennemis des abus de la presse , mais noÛ!^ Mfias en garantirons» par de bonnes lois , immani lege^ dit M. de Chateaubriand ,^ et en punissant rigoureuse-

ment les audacieux v qui se permettront des délits dans ce genre, car nous reconnaissons que la composition d'un livre peut être tout aussi bien un délit , que tout autre action des hommes.

Cest-à-dire que vous comptez empêcher par la terreur , ce que vous n^empcchez pas par votxe vigilance j car je sais que vous êtes trop instruits en droit public , pour vous figurer que l'homme entend venger la justice , et compenser le mal , en infligeant des peines j vous n'ignorez pas qu'il ne clierche qu'à prévenir de nouveaux délits, et de nouveaux crimes, par les conséquences funestes xpit leur promettent d^éclatans exemples.

Ainsi, vous avez votre manière de prévenir le mal , et moi j'ai la mienne ; et jç pense que vous l'adopteriez , si vous voyez une troupe d'assassins prendre ses poignards^ pour égorger la garde endormie. Si vous et vos amis, vous étiez assez forts pour leur arracher leurs armes, vous ne manqueriez certainement pas de le faire, et vous leur diriez : ce c'est en vain que vous réclamez l'exercice entieç de vos facultés , et que vous alléguez votre droit de n'écouter, dans vos actions, que votre m)re arbitre, quittes ensuile, lorsque vous les aurez commises, à être exposés sur la roue. » Noias savons par£sâtement , que lorsqu'une fois les juget, le$ «rchers » et les offîcicîers de justice seraient égorgés,

la punition s'évanouirait , et que vous seriez les maîtres ; c'est précisément ce que nous ne voulons, pas. Nous ne vous rendrons pas vos armes. Allez, redevenez bons citoyens, et vivez en paix; peutêtre, quelque jour , en réfléchissant sur votre conduite passée , nous aurez-vous une grande obligation, car vos desseins étaient affreux pour Içj pays , mais ils étaient aussi fort périlleux pour vous-mêmes.

La comparaison est exacte sur tous les poiâts ; non que je prétende que les personnes qui réclament aujourd'hui la liberté de la presse avec tant de persévérance, ayent de sinistres projets, et - voifl^ X *fe*^alheur de leur patrie: c'est tout le contraire; mais ils lie voyent pas les hommes qui , derrière eux , les seconderaient volontiers , de tout leur pouvoir , s'ils osaient parler. C'est à ceux-là que mon discours s'adre3se^ leurs arsenaux de la Belgique sont tout remplis d'armes, et nous savons l'usage qu'ils savent en faire, dès qu'il se présente un moment propre à jfavoriser leurs entreprises.

Disons-le de bonue fpi, la liberté de la presse, ne doit être illimitée que pour les théories abstraites qui, dans les différentes sciences, traitent des questions générales; mais si ces théories se rattachent à des circonstances du momèpt , elles

doivent rentrer soiis la vigilance du protecteur , et du préservatem" suprême, et no^re Charte y a pourvu, par la faculté d'user, au besoin, de lois répressives , et par les mesures que le Monarque a toujours droit de prendre , en cas de trouble et de notable préjudice dans la demeure.

J'ai moi-même rendu, à plusieurs reprises,. un hommage sincère à la maxime qui dit que la vérité jaillit du choc des opinions; je ne suis donc pas d*avis qu'on retienne les pensées captives^ mais il est des bornes à tout : si Esope fit servir à son maître un dîner tout en langues, parce que l'usage de la langue est la meilleure chose du monde, le lendemain il fit servir les mêmes mets, par la raison toute contraire. Il faut donc que le Gouvernement royal soit attentif à discerner les occasions du bien et du mal, et je redoute d'autant moins qu'il abuse de son pouvoir pour comprimer nos paroles, sans une très-grande nécessité,, que des réclamations et des plaintes, sans nombre viendront l'assiéger jour et nuit, dès que notre vaniteuse loquacité éprouvera les ! moindres retards.

Gardons-nous aussi de croire, que lebût des assemblées politiques, dans leurs sollicitudes , pour conserver chez tout un. peuple la liberté de tout i^crire, soitjau;iais d'éclairçir les pensées difficùl-

tueuses , et de fixer les doctrines. La vraie science marche à pas lents dans la retraite et dans le silence; elle est sans doute très soigneuse des ina-^ tériaux qu'elle a recueillis ; mais lorsque Fautorité craint leur explosion , elle met à n'en point faire un usage public beaucoup moins de résistance que n'en'' mettrait l'ignorance même; celle-ci, n'ayant jamais su qu'on se trompait souvent , et qu'il existait des dangers, est biesi autrement présomptueuse , et ses désirs ont une impétuosité bien plus irascible ; mais cette retraite , ces longues veilles, et ces profondes réflexions « qui font l'apanage du savant , aucune assemblée n'en trouve le modèle dans son enceinte ; elle ne les connaît que par ouï-dire, et s'en met rarement en peine : ce sont moins les Imnières qu'elle cherche aa dehors , que les «acouragemens des flatteurs , si ce n'est même l'appui des auxiliaires. Avertis par les égaremeas de nos devanciers, défions-^nous des maximes qu'ils ont fait passer jusqu'à nous , et voyons surtout » si elles peuvent avoir quelqu'appHcation dans le régime où nous vivons.

]^n effet, quelles sont les fonctions des deux Chambres? Ces fonctions ne sont autres que de connaître les besoins des peuples , et d'y porter remède par les lois que l'autorité soumet à leurs délibérations; mais, de bonne foi, est-ce une

>agu (! > 'f^i aml ) itic^3c opinion , est-ce la liberté de la presse qui nous instruit de ces besoins ? De» traités scientifiques , des systèmes péniblement «nfantés, ou les productions plus légères que les marcbands de nouveautés étalent avec profusion pour piquer la curiosité du lecteur, les romans, les diatribes , les pamphlets , nous apprendrontils mieux que nous ne le savons nous-mêmes la situation du cultivateur et du simple journalier dans nos diverses propriétés , ou celle des manufactures de la ville ou du département qui nous a choisis pour Députés ? Si nous avons besoin de renseignemens positifs , que n'écrivons-nous sur les lieux pour qu'on nous envoie des Mémoires relatifs aux differens objets que nous avons à . traiter dans le coiurs de nos sessions ? Et les simples citoyens, comment craindraient - ils de ne pas être entendus dans leurs réclamations ? nonseulement, ils peuvent les envoyer directement aux ministres, mais encore à ceux des Députés ou des Pairà qu'ils croyent le plus enclins à embrasser leurs intérêts^ et, ce qui est bien plus fort , le droit de pétition , s'ils en veulent faire usage, leur assure que, tout entières, les deux plus puissantes assemblées de la France prendront connaissance de leurs griefe et de leurs demandes pour les faire valoir, s'il y a lieu, par.de

solennelles recommandations. Sous un régime

aussi paternel , quel est donc ce prétendu besoiù y ou plutôt ce désir immodéré de paroles, ^au mi-^ lieu des places publiques , et quelles sont ces traditions révolutionnaires que Ton adopte sans s'apercevoir quelles ne doivent leur naissance qu'au désir d'assembler des partis sous les mêmes couleurs , de leur former un esprit commun , de leur prescrire , et non pas de consulter leurs pensées et leurs opinions , et d'en faire les instru- ^ mens aveugles de son ambition , et les bnijans échos de sa renommée. Je le dis hautement, et je le proclame de toutes mes forces; plus on approfondira ces grandes questions de la liberté de la presse , plus on reconnaîtra que ce n'est jamais pour le progrès des connaissances humaines qu'on l'invoque le plus instamment; que c'est pour répandre avec pk-ofusion des écrits de circonstance ; que ces écrits n'ont jamais rien produit de stable ni de sagement raisonné, qu'ils n'ont que bien rarement en vue le bonheur des hommes , qu'ils n'éclairent pas , mais qu'ils ameutent.

' Mais , dira-t-on encore , si la presse n'est pas libre, ne peut-il pas arriver qu'on soit attaqué sans pouvoir se défendre? Vous-même, ne réclameriez-vous pas la faculté de répondre à celui qui rép«hdrâit des calomnies sur votre compte, et q[«i^^ous noircirait dans l'esprit pid)lic ?

Je ne vois pas, répliqûerai-je, que, pour me justifier, il faille établir une lutte où je sois rc* duii à combattre seul de ma personne , et à ne faire usage que de mes armes personnelles que j*employerais peut-être fort mal et de manière à blesser mes voisins , fort étrangers à Taffaire. La sagesse des lois est venue à mon secours^ elle me donne de puissaus auxiliaires ; je trouve un barreau tout entier pour me défendre , et des juges pour me rendre justice.

Mais , poursuivra-t-on , si , par hasard , vous aviez et les avocats et les juges et le Gouvernement contre vous , il faudrait donc essuyer Tinjustice , sans jamais avoir ni les moyens ni l'espoir d'enâriompher ?

Je ne sais pas répondre à une objection qui fait la supposition d'une ligue tolitc entière contre tnoi. Je sais qu'ici-bas, jusqu'à la consommation des siècles , il se commettra beaucoup d'injustices ; qu'il s'en commettra moins sous un Gouvernement régulier que dans l'état de nature , et qu'il ne faut point appeler l'anarchie au secours , parce que, dans l'état de société, on a de justes plaintes à former; il est malheureusement trop avéré que, de quelque côté qu'on porte les yeux , de grands sacrifices sont imposés à l'homme; la nécessité est une loi qu'on ne peut enfreindre j

«t notre bonhenr ne consistera jamais qu'à rendre notre condition la moins mauvaise possible.

Ce n'est point une vainc supposition , m'objectera-t-on encore , que cette action combinée des autorités contre les hommes les plus respectables par leur caractère et par les fonctiotis dont ils sont revêtus.

Ne voyons-nous pas tous les jours des feuilles périodiques se permettre, sur les Députés et les Pairs, des inductions , des sarcasmes et des censures outrageantes ) et blâmer avec audace l'esprit et les opinions qui prévalent dans leurs chambres ; n'est -il pas évident que le ministère se prête à ces attaques, qu'il les favorise même, puisqu'il n'aurait qu'à dire un seul mot pour y mettre fin?

Depuis quelque temps , il me semble apercevoir en général une amélioration dans le style des joumanx, et, s'il en est ainsi, je ne doute pas que le ministère n'ait porté quelqu'attention à un mal qui, je l'avoue, prenait à mes yeux des accroissemens blâmables. C'est, au surplus, dans le sein de l'assemblée dont j'ai l'honneur d'être membre, que je m'expliquerai à cet égard, si ce mal me semble exiger qu'on s'explique j car il ne faut pas oublier que les abus dont on se plaint ne pour-; ront jamais être portés à de grands excès, puisque les Ministres éviteront toujours ce qui donnerait

( 277 ) lieu à des plaintes trop vives de la part d'assemblées si puissantes. En attendant , Tidce de M. dç Chateaubriand pour la création d'un journal officiellement consacré aux séances des deux corps législatifs, me paraît mériter attention^ cependant, à moins que les discours qui y seraient rapportés n'eussent été imprimés par ordre dçs Chambres , je ne vois pas que , parce qu'ils émaneraient d'un Pair ou d'un Député , l'autorité n'eût pas le droit d'en retrancher ce qui lui paraîtrait dangereux. Si cependant ce Pair ou ce Député réclamait pour rétablir les passages supprimés, et s'il alléguait qu'il faut que la France connaisse tout ce qu'on dit pour ses intérêts, la ressource, ce me semble,, devrait lui rester, de s'adresser à la Chambre et d'en obtenir, si elle le jugeait à propos , une autorisation pour faire réintégrer son discours daws sa totalité , à moins qu'un ordre formel du Roi ne vînt le défendre expre^ssément ^ mais il est bien, entendu qu'alors les Ministres auraient le droit d'enjoindre à leurs journaux de réfuter, sans toutefois se permettre aucune personnïilité , les asser-^ tions et les principes que ce membre de l'une ou de l'autre Chambre aurait avancés , et soutenus avec tant de persévérance ^ et remarquez que je n'établirais aucune réciprocité de la part du> journal des Chambres , et qu'il n'aurait pas droit de répondre à ceux du gouvernement, car il faut qua.

les discussions se terminent, et que le dernier mot reste du côté du Souverain et des personnes qui , consultant de plus près ses intentions et ses volontés, sont en même temps chargées de les faire exécuter.

Il est évident, par cela seul, que, quel que soit mon avis particulier sur les opérations du ministère actuel, je ne puis le blâmer d'établir en principe et même beaucoup plus hautement qu'il ne fait , qu'il a le droit de diriger l'esprit public et de l'éclairer sur toutes les opinions dans quelque lieu qu'elles se trouvent. Ce principe est de tous les temps et de toutes lès circonstances. Nous autres membres des Chambres législatives , nous avons le droit , et il est de devoir pour nous de parler avec francliisc <^t liberté dans l'enceinte où nous siégeons, d'y réclamer le redressement des injustices, et d'y exprimer nos alarmespour le Monarque et pour le bonheur de la France^ c'est de là seu-r lement que notre voix doit êtr€ entendue; mais, hors de ces murs , nous ne sommes plus que des particuliers n'ayant de plus que les autres qu'une grande considération dans la société, et il ne nous appartient pas de nous ingérer dans des soins que le Prince ne nous a pas confiés.

El que M. de Chateaubriand veuille bien çaaintenanl suivre , de conséquence en consé-

qiience , le fil dejies idées , il verra qu il ii peut se dispenser de proclamer encore jflus fortement que je ne le fais, le principe que c'est au ministère de diriger l'opinion publique, et de ne pas cesser un seul moment de le faire . En effet, il ne veut certainement pas quon abandonne la façon de penser que Ton croit raisonnable et bonne: il rejelerait comme un usage indigne de la droiture française , que lorsque les ministres sont changés , parce que la niajdtrité s'est déclarée d'une opinion contraire à la leur , celte majorité ftt ensuii.q au nouveau ministère , ainsi que cela se pratrquc chez les Anglais , le sacrifice de sa manière de voir , et devînt voter aveuglément dans le sens qu'elle avait improuvé. Cette majorité serait d'autant plus coupable de suivre une pareille marche , qu'elle ne serait pas maîtresse de son opinion^ 7"/^ suivant M. de Chateaubriand , ne peut être différente de V opinion publique ; c'était le point où je voulais le conduire. 11 s'ensuit que , si le ministère ne s'empare de cette opinion régulatrice et souveraihe qui fait la loi définitive , il ne pourra jamais recouvrer la majorité s'il la perdue, et que ses successeurs ne le pourront pas davantage s'ils poursuivent des plans qui, après tout, peuvent être indispensables pour le salut de l'état ; et dès

lors qui ne senl qu'il faudra que les partis des^ cendent au milieu du peuple , et qu'on se résolve à vivre au hasard dans les tourmentes de la démocratie. J'avais promis de faire arriver mes lecteurs à cette conclusion , et je crois avoir tenu parole.

Je n'ai plus qu'un mot à répondre à ceux qui , sans aucun discernement , citent toujours l'exemple de l'Angleterre , et s'en prévalent comme d'une autorisation sans réplique pour introduire des usages anarchiques dans notre régime^constitulionnel. (Je prie certains journaisK qui 3ont dans cette manière de voir , et qui voudraient établir la liberté illimitée de la presse , de remarquer que, malgré leur ponctualité pour la stricte observation de la Charte, c'est encore une extension contre son texte formel qui fait l'objet de leur désir.) En Angleterre , les sectes et les corporations sont en $i grand nombre , qu'il n'existe pas dans ce pays , comme en France , une masse effrayante de public prête à obéir à toutes les impulsions qu'on lui donne : le danger de la liberté, de la licence même de la presse ^ ne peut donc pas s'y cortiparer avec celui qu'elle présenterait chez nous ^ et je conviens que , par un concours particulier de circonstances , les inconvéniens ^e cçtte liberté chez les Anglais ne $ont pas

d'une aussi grande évidence qu'ils le seradetit chez d'autres peuples : le plus marqué de ces inconvéniens parait être dans ce moment Tinurbanité dont les mœurs de nos voisins se ressentent , et qui se manifesterait bien autre^ ment sans les lois étranges qu'on observe chez eux avec la dernière sévérité contre la calomnie, ou plutôt même contre la médisance, quelque légère qu'elle puisse être. De la manière dont^ parmi nous , pn entend que la presse doit être libre , je ne fais ^ucun doute que , sous l'amajs confus des insinuations, des imputations, des récriminations , etc. , etc , dont les feuilles publiques retentiraient , et dont tous les murs seraient placardés , on ne pourrait bientôt plus distinguer en France Thomme de cœur du lâche , le citoyen religieux de Thypocrité, le père de famille réglé dans ses mœurs du libertin précautionné, l'honnête homme du fripon^ etc. Tout serait également vil et méprisable , et l'insensibilité pour l'honneur et pour la bonnp réputation viendrait mettre le comble à nos maux.

Je le répète , grâce à ses lois répressives , l'Angleterre n'est pas arrivée à ce comblç d'infamie; mais que son inurbanité , soit exagérée dans les tableaux que par suite de nos anciens démêlés avec elle , nous aimons à en retracer , ou que ces peintuires soient exactes ^ il n'importe; c'est sous

le point de vue politique que j'examine la ques-^ tion ; nous trouverions la mort où TÂngleterre n'est que troubléef^ et, pour trancher d'un seul mot toutes les difficultés^ il est une observation préalable que j'ai déjà faite avant tout, et qu'il ne faut jamais perdre de vue. Un pays qui , avant la révolution française , n'avait pas trente ans de suite à nous citer sans bouleversemens ou sans commotions civiles , ne doit point nous servir d'exemple , et si nous avons, quelque chose à prendre de lui , c'est l'unité , qu'avec un peu de pén étration ou découvre dans son gouvemcm ent; c'est la force du pouvoir qui fait tout marcher dans une même direction , et ce nt sont pas les maximes et les coutumes qui nous conduiraient infailliblement , et sous très-peu de temps , à la désorganisation du corps social et à notre entière destruction.

M. de Chateaubriand , fidèle à son amour pour tous les sentimens des âmes élevées , et livré tout entier au désir d'arriver au bien en passant par dessus tous les obstacles , non-seulement ne veut pas que la presse soit sous l'inspection du ministère de la police , mais ce mi« nisière, suivant lui^ ne saurait être assez promp* tement supprimé. Je ne vois cependant, dans ses raisonnemens ', d'autres conclusions à tirer^ que la nécessité, de pourvoir aux dépenses de la

Police, si ses moyens pécuniaires sont illicites , de renvoyer le Ministre s'il est infidèle , et de réformer les employés s'ils font mal leur devoir • Mais, c'est se laisser emporierhors de soi-même, c'est arriver à des solutions qu'on ne peut regar-? der comme sérieuses , que de prétendre que , dans notre situation présente , la police est inutile et qu'il faut s'en passer. Il est vrai que M. de Chateaubriand ne parle pas de supprimer toute police , et qu'il cousent à en laisser une isolé-? ment entre les mains de chaque tribunal et de chaque, procureur du Roi ; mais , n*a-t-il pas vu qu'il ny aurait plus d'ensemble dans la vigir lance et dans la poursuite des crimes , et que, dans des temps de conspirations, il faut pouvoir çiu besoin tout surprendre et loutarrêlcr àlafois. On cherchera vainement à fermer les yeux aux vérités pénibles j il spra toujours certain, que plus la n^tqre du Gouvernement prêtera aux dissensions, et aux troubles , plus il faudra , pour prévenir les malheurs public^, une police active et marchant avec unitOi Moins un gouvernement a de force , plus il tend à la division, plus il a besoin de connaître pour arrèterle mal dans sa source : beau sujet de méditation pour ces 3ectaleurs de liberté , qui ne veulent en France que des institutions faibles, etdes interprétations anarchiques de la Charte.

En un mot , M. de Chateaubriand ne peut Ignorer que les gens de bien dans tous les temps , et particulièrement dans le nôtre, sont toujours en guerre avec les méchans , et que le Prince est le chef qui doit les diriger. Or, que dirait-on d'un gênerai qui serait tenu de laisser parler jusqu'au bout , et sans les troubler, les émissaires et les embaucheurs soldés par Tennemî , et qui serait privé des moyens de donner aucune direc-» tion à ses éclaireurs? On dirait, sans doute, que cette armée ne serait pas un jour sans se disperser , et que le général périrait infailliblement : voilà les conséquences d'un système adopté dans l'irréflexion de la jeunesse , et poursuivi en haine du despotisme de Buonaparte et de la tyrannie révolutionnaire oii Ton retourne par le plus court chemin , sans y prendre garde.

Pour me résumer, et pour rassembler dans un seul paragraphe les conséquences qu'à la fin des principales questions j'ai tirées contre la doctrine de M. dé Chateaubriand , nous remarquons d'abord que ï impassibilité^ ou , plus exactement , Yinaction du Monarque est absolument incompatible avec l'intérêt qu'il doit porter au bonheur de ses peuples; puis, sans nous appesantir sur une idée trop affligeante, puisqu'elle tendrait à diminuer notre profonde vénération pour la royauté, nous voyons , suivant la même doctrine ; que le

point essentiel , et dont il ne faut jamais se dépar^ tir dans tout gouvernement constitutionnel , est que la majorité dans les Chambres soit en faveur des Ministres ( et rien , en eflet , n'est plus désirable ); mais le système de M. de Chateaubriand ne laissç aucun espoir pour qu'en France cette majorité persiste long-temps dans les mêmes sentimens , puisque Tambition , naturelle aux assemblées , ne trouvera , d'après lui , que des principes capables de l'exalter au plus haut degré , en lui donnant des espérances sans bornes ; et dès que, cette même majorité sera perdue , on n'aura plus de moyen de la ramener dans le sens des Ministres tant qu'ils resteront eu place, ou que leurs successeurs persisteront dans les mêmes plans. C'est ce que nous avons prouvé dans plusieurs endroits par le caractère d'une majorité française qui , sans avoir le même ensemble dans ses votes , que la majorité des Chambres en Angleterre, est pourtant beaucoup plus inflexible qu'elle dans tout ce qui peut contrarier ses illusions. Nous l'avons prouvé encore par l'impossibilité que ces illusions et que les diverses maladies politiques qui régneront dans cette majorité , ne s'étendent pas au-delà des Chambres , et que les Electeurs n'en soient pas travaillés comme tout le reste de la Nation , ce' qui ,

( 386 ) le plus souvent , ôtèra tout espoir de rassetn-t bJer des hommes plus concilians , et plus favorables au ministère.

Les nouveaux Ministres (et c'est la conclusion où je suis arrivé il y a peu d'însians * et que je n'ai jamais perduide vue parce quelle est pércmptoire h mes yeux contre le système de M. de Chateaubriand ) , les nouveaux Ministres , dis-je , si les anciens cèdent à l'orage , seront donc obh'gés de renoncer aux opérations et aux vues de leurs prédécesseurs i quand bien même le sort de la couronne et le bonheur du peuple y seraient attachés. Il faudra qu'il s'enchaînent aux volontés des Chambres. Or^ ces Chambres seront placées dans l'alternative suivante : dès que l'opinion doit être leur prenlière loi , il faudra qu'elles la forment , et que , pour y parvenir , elles prennent' en main la direction des aftaires publiques et qu'elles gouvernent , en un mot , comme l'ont fait les assemblées de la révolu* Uon , ou bien il faudra qu'elles se résolvent à modeler tous leurs décrets sur ce que celte opinion viendra leur dicter ; et qu'on rie s'y trompe pas , c'est ce dernier résultat où mènent invinciblement les principes dont M. de Châ- . teaubriand ne s'est pas assez défié; car (je l'ai déjà rendu manifeste), l'opinion une fois pro-

( =87 ) élamce souveraine , le journaliste , Forateur des clubs , les saltimbanques des carrefours , dès qu'il est de règle qu'ils ont la liberté de tout dire et de tout publier, ont sur elle, une influence bien plus directe et bien plus grande que les Députés du royaume et les Pairs de France. C'est dans les places et dans les jardins publics quil faut aller dresser les tribunes des assemblées législatives ; voilà désormais le siège du Gouvernement , ou plutôt le théâtre des combats; et les fureurs des premiers jours de la révolution revenues , par les mêmes voies qui les avaient produites j» vont replonger encore une fois notre malheureuse patrie dans les dé* sastres d'horrible mémoire , qu'attestent les mânes de nos amis> de nos pères, de nos Piois égorgés à la face de l'univers , mais que la poslérilc , malgré les témoignages qui lui paf-» viendront de toutes parts , rejetera peut-être comme une indigne calomnie contre la nature humaine.

Je sais , qu'à une noble aversion pour la bassesse ei l'esclavage , M. le vicomte de Chateaubriand réunit une trop juste prévention contre l'immoralité et la corruption de son siècle.

Moi-même je la partage à un haut degré , j'ai vu , avec la même douleur que la sienne , pen^ dant la première restauration, régner au milieu

du Peuple français la plus profonde insensibilité pour le malheur , rirrévérence la plus grossière pour la vieillesse , le mépris le plu^ outré pour la vertu et pour la fidélité , Tapathie la plus stupide pour cette religion sainte qui fait notre consolation dans l'infortune , et qui , seule , nous donne la force d'accomplir tous nos devoirs. J'ai vu l'avarice la plus imprévoyante la plus inhumaine . toujours prête à sacrifier des générations entières , pourvu que le trésor public ne se charge jamais de la réparation des ipjustices; le dédain le plus inepte envers ses ennemis , et le plus propre à leur inspirer le désir de prouver tout ce qu'ils peuvent être , lorsqu'on les offense; l'orgueil le plus humilie du rang qu'il occupe , quel qu'il soit , et le plus impatient de détruire ce qu'il ne peut atteindre, et la présomption la plus étendue dans tous les genres , et quelquefois la plus voisine d'une honteuse ignorance. Enfin , j'ai vu plus d'un Ministre suspect dans sa fidélité, endormi dans sa surveillance, laissant l'esprit public errer à l'abandon , et très-certainement peu versé dans la science de la puissance royale, puique les personnes les plus attachées à la légitimité ont fait à cet égard des progrès si peu sensibles. C'esi dans ces tristes pensées que j'étais plongé lorsque le second retour de la famille royale

"tn V^nti fesitiVét en carie «Aie Mi\^ ftiMÏ6:é âa i^iertë \btale. Long-tempé , je'Mt^tfé'; yâî conservé Aies âlartnéà ;'cfej)éhdànt i:*sc(it qhe les auteurs dû tdal ^ forcée de quitter le pàj^s qu'ils nvaiêht sî long-teiîlpsperterti, aîeïit-pérâu une partie de leur prèttïîfere îtifluencej éoit , pliilôt , qu'il y ait dans le d(!éhr dé ITiorhme môîîàs aè dépravation que |è iii'é'le finirais ,'a'dprès tant d*évëhéraens désààtrèùi , et qu*îî soi^ vrai Hè dire (^tie nos pltis gràtîiïè'égàrèmén^ §é4edûîçept lé plus souvent à déis fetltes de faibïéÇfé/^dè^pré- TÎpiiaiion et d^effeiTéscëiicë , j'ai crîx'fôWïè pliis çrand ni3mbre de ïâcs compatrioïei tourrièr léiirs règàrdsWèrs âfe meîHéui^s prîiicîpés , éi re-^ venir à dépîtrs nôolë^ Se^ntîrtife'tisVLâ transition i pottr léé àddplër énrièretttfht , ést pept-êïrc ce quî.c'oôtè lè'pruS'à'lédï atooùr-prop^^ Est-il dohé sî;pétiîblé de;'lloiià avouer ^' nous-mcnies itjue tlôtà nous ioiïirtiél; li^ômpés , ïors,^ue nous sériions cependant qtië, iïiêmé au ipiliëiii dés pl^us effroyables tempêtes qtiè les passions puissent soulever, Famour diibién a toujours vécu dans ïe fond db nôtre aide? Si )è niihîsferç a 'bien auguré des Frâïiçaiâ î éé iitsi pas a moi a m'en plaindre , et j'cii tout lieii de penser quûn de* voir bîeti doux pouf tiaôî sera d'avouer à mon tour que Ces Français , je rie les connaissais pas comme lés Ministres les connaissent ^^ q^^

( ^9o ) mes reproches allaient jusqu'à l'injustice. S'iLea était autrement, le temps qui s'écoule tous les jours, et qui apporte avec lui de bons conseils et des réflexions salutaires.^, me donnerais enr core un grand espoir d'amélioration, et, les Ministres , n'eussent-ils aucun autre titre à la reconnaissance publiquis, me paraîtraient dignes d'éloges , pour une année presqu'entière que nous venons de passer avec un calme assez peu interrompu , et sans commotions trop violentes. Mais, quand mon espoir serait vain , quand les Mini^tre$,ne s'occuperaient que d'intérêts étrâîngQrs à U royauté , je ne les renverserais pas .par des voies irrégulières à mes jeux; mes principes ne -peuvent changer , mais je parlerais dan$ l'Assemblée dont je suis membre , avec la franchise et la loyai^té d'un Pair de France ^ et mes alarmes et mes plaintes, qui parvien* draîent jusqu'au trône, auraient, je n'en doutç pas , si elles étaient fondées , le résultat que tout homme de bien peut attendre. ,

Que tant d'écriypiiDS , qui furent jadis attaches aux idées de la révolution, et qui désapprouvent aujourd'hui le livre 4c M. de Chateaubriand, en sWrayant de ses conséquences , reviennent donc sans détour et sans réticence a\i dogme inaltérable de la souveraineté définitive dans la personne du Monarque.: qu'ils reconnaissent

que ce livre , qu'ils blâment parce qu'il? crôieût y découvrir le germé d'évènemens qu'ils redoutent, est Y exacte traduction de leur^s secrètes maximes y et que les mîemies sont les seules qui puissent faire subsister et dominer éiernellement cette Charte 9 dont , malgré de vaines allégations , je suis le texte de la manière la plus rigoureuse 5 et qu'ils . avDuent , enfin v ou que, pour la 'foire régner sur lioiis âved' * âssjii- Yance, il faut, admettre mes principes v et qu'ils se trompaiient en se flattant de la soutenir p^r d'absurdes rivalités de pouvoirs; ou que, depuis long-temps, ils eniconnaissaiehties endroits vulnérables: qUe rien de ce qu'ils eh ont dit n'était sincère, et qu'ils n'en voulaient que poui* puiser eli élle-iùétne les moyfeûs de Ici détruire 4^

Page 1