CHAPITRE IV
Continuation du même sujet. On obéit en Angleterre comme partout ailleurs. Liberté politique.
Mes adversaires évitent en vain d'aborder les questions décisives ; je les y ramènerai sans cesse. ^obéissance est un mot bien dur, bien acerbe, sans doute, mais l'idée que ce mot renferme, quelque pénible qu'elle soit, est une de celles qu'il faut savoir supporter : car la nature nou9 commande impérieusement d'apprendre à envisager avec calme et patience ce que nous ne saurions éviter , et partout nous trouverons , presque à toiis les instans, la triste nécessité d'obéir*
Je ne rappellerai pas ce que j'aL dit ailleurs , qu'il n'est pas jusqu'à la pure démocratie où le grand nombre ne soit exclu des délibérations publiques , et réduit à une obéissance passive. Je œe contenterai de faire remarquer, parce que je ne l'ai pas encore dit, ce me semble, que,
même parmi ks têtes délibérantes, nul ne fait SÔ9
entière volonté. Il faudrait en effet ne pas con- ^ naître les assemblées publiques , pour ignorer que chacun , n!iême dans la majorité , est obligé de sacrifier à tout moment des points très-essentiels de ses opinix^is ; qu'il n'a pas d'autre ma- .nière de concourir à former des résolutions qui ne sont qu'en partie les siennes , et que ces résolutions une fois prises , dût-on finir par conce* voir la plus grande aversion pour elles , n'en imposent pas moins \s^ stricte obligation de s'y conformer. En vain, pdur échapper aux fitrgumens . d'une volonté gênée et contrainte , même lorsqu'on appartient à la majorité, alléguerait -on de ces déterminations d'enthousiasme qui, quel* jquefois, semblent être l'effet d'un mouvemeiil général et^spontané dans les réunions populaires. Ces mouvemens, réppndrai-je, n'ont jamais lieu que Iqrsque les passions sont violemment agitées ; et si l'obéissance alors perd queU que chose dans le nombre de ceux auxquels elle 3'ctçnd, et qui- doivent se soumettre à ce qu'ils n'approuvent pas , elle en trouve une bien cruelle compensation dans l'excès d'oppression qu'ella fait éprouver aux malheureux qui voient régler leur sort dans ces épouvantables tumultes, et qui ne tardent pas à connaître ce que c'est qu« de vivre sous un régime où les citoyens ne sont que trop souvent tout à la fois législateurs^ ar-^ ^h^ et bourreaux.
de sfts volontés; et nous lui substituons une autre idée, qu'à la vérité nous ne savons pas définir bien exactement, mais qui nous éblouit par le nom même dont nous la décorpns. Ce mot que , suivant moi ^ l'on devrait ranger parmi ces expressions techniques employées par la prétention et le pédantisme bien plus fréquemment que par le savoir, tA hi liberté politique.
CBCAPITaE V.
Impossibilité de bien comprendre, ce que c*est .. que kl hiberté politique. Conséquence cA-sûrde de sa définition.
XosE affirmer que cette liberté est vi4e de sens dans l'esprit ,^% la plupart des personnes qui en parlent; et.npio.i-méjpe, quoique j'aie fait une étude assez particulière des interprétations qu'on lui donne,, jje. n'assure pas sans quelque hésitation, que la plqs universeUement adoptée consiste à regarder ^ çe^e même liberté comme im droit de vpter . dfms les dâdbérations .put^liques, ou du ^oins de faire compter activjçment sa voi:$; dans l'électioA de quelques *- ujQS; 4^ men^bres d'uQ
( »7 ) coqis faisant partie de la législature et usurpant, chez quelques peuples, le titre mensonger d'assemblée représentative.
Mais je demandé avec instance qu'on veuille bien s'expliquer de bonne foi. Supposons que, par suite de dispositions arrêtées dans le parlement d'Angleterre, quelque délinquant soirtondamné au dernier supplice pour les avoir enfreintes j ne sera-ce pas s'épuiser en paroles inutiles , que de lui faire observer qu'en marchant à la mort , il ne fait autre chose que consommer un apte émané , de lui par les élections auxquelles ses votes auront précédemment contribué dàifs les assemblées de Middelséx ou de Westminster; et si Ton pousse le raisonnement jusqu'à vouloir lui prouver que, sous un certain point de vue, il va librement se suspendre lui-même au potçaii fatal, ne suis-je^as fondé à prétendre qu'il n'écoutera pas sans impatience ces pauvretés systématiques, ou du moins qu'il n'en retirera que peu de consolation , et qu'il se trouvera très-mal représenté par les membres du parlement, si ceux-ci ne révoquent à l'instant la loi qu'ils ont portée , n annullent la sentence de mort, ou plutôt n'accourent l'épée à la main pour le délivrer de sa triste position. Tant il est vrai que , lorsqu'on s'abandonne à des principes
défectueux ou mal éclaircis , on peut %tre mené aux plus absurdes conséquences.