CHAPITRE VI
Maxime erronée de Montesquieu. Le pouvoir est enclin à la bienveillance; h bie^n est dans sa nature j le main est qu'une exception.
Mais quoi , me dira-t-on , les avsintages que l'Angleterre croit retirer de sa constitution, ne sont-ils, suivant vous, que d^ pures illusion»? et prétendez-vous que les Anglais doivent se hâter de détruire, comme une superfluité vicieuse, Fédifice politiqtfe qu'ils ont mis tant d'années à çonstruire , et qu'ils ont cimenté de leur sang dans un si grand nombre de qùereUes et de catastrophes publiques? i^on, sans doute,^ je ne le prétends pas^ mais ces avantages, n'ayant que des rapports éloignés et très-inceïtains avec la liberté réelle des citoyens , amènent souvent avec eux un régime tout réglementaire, très -nuisible à cette liberté, ainsi que ^liis haut j'en ai fait la remarque j et , lorsqu'on ne les envisage pas sous leur vrai point de vue, ils peuvent devenir .la source
( '9 ) des plus grands malheurs. Je dois entrer , ici daH? des discussions étendues; je ne me dissimule pa^ que je cours le risque dctre fort peu d'accoçd avec le célèbre Montesquieu, qui, de son côté, esjt entfé dans de grands détails sur ce même obiet. Mais, quelque redoutable que soit un tel advj^rsaire, la vérité est encore'plus forte que lui, et je crois n'avoir besoin, pour le combattre et pour éclaircir entièrement le^ujet, que de m'empare^ de ^deux ou trois propositions dont il fait la basç de ses raisonnemens, et qui, pendant long-temps, n'ont que .trop prévalu parmi des esprits n^turelW m^nt portés à murmurer contre leur sort^,e.t h se livrer avidement aux innovations les plus irréfléchies et les plus dangereuses.
Montesquieu, pour pr^inâinaire de ce qu'il jse propose de dire sur le gouvernement d'Angleterre, commence par ^poser la maxime suivante :
ce C'est une expérie^ce éternelle , que tout i< homme qui a du pouvoir est porté à e.n abuser, a il va jusqu'à ce qu'il trouve des limite^. » Esprit des Lois y liv. 1 1 j chap. 5.
Moi, avec les lumières de la sin;iple raison, je commence par n'admettre qu'avec de grandes modifications la première partie de cette nj.axiuie ; er je m'étonne à juste titre que, dans une mq^archie , un magistrat ait osé émettre avec aussi peu de ménageniçnt une proposition, si mal sonnante
Si profère à présenter sous un jour odieux Tauf orîtc souveraine que son devoir lui ordonnait de faire respecter et chérir , et enfin si remplie de révolutions sinistres qui, malheureusement , n'ont pas tardé à étendre leurs ravages sur toute la surface du globe.
En thèse générale , il est faux que de lui-même , «t comme par une pente naturelle, le pouvoir se pioite aux excè^ et à l'oppression. Le faible peut être soupçonneux et fourbe , et devenir vindicatif €t crue| , mais l'être fort est au-dessus de celte ré^ gion de sentimens avîlissans , qui ne naissent d'or-r dînaire que de la contrainte et de la peur Le cœur se livre aux impressions douces et bienfaisantes, lorsqu'on n'a rien à combattre et rien à redouter , et, pour tout dire en un seul mot, la bonté de Dieu n'est fondée que sur sa toute-puissance.
Il est vrai que certaines passions de l'homme l'empêchent bien souvent de répandre le bonheur autour de lui. On ne voit, par exemple, que trop de princes qui , s'abandonnant à des mœurs déréglées, font sentir le poids des injustices à ceux de leurs sujets qui s'opposent à leurs désirs,- mais il ne faut pas s'exagérer le nombre des malheurs qui proviennent de cette source ; rarement ils dépassent les limites des cours j et, s'il appartient à quelqu'un de les faire remarquer avec une «orte d'a- <mertume, c'est à moi, qui ne, crois pas qu'où
doire, dans aucune circonstance , perdre^c vue la cause des individus , bien plutôt qu'aux pardsansi des systèmes populaires, qui se fon^ une loi de né jamais envisager que la prospérité des masses. Un autre reproche que le pouvoir, des rois peut fré* quemment encourir, est d'userde condescendance et de prodigalité envers des courtisans peu dignes de leurs faveurs. Mais ce maU dont cette fois-, f en conviens, les conséquences pèsent sur la généralité des citoyens, a cependant ses bornes^ etj^^si le sçan« dale atteint lin certain degré , il est presque im.possible que les murmures ne rétablissent pas so.ui peu de temps un ordre de choses plus désirable* Enfin Tamour d'une vaine gloire , le faste intérieur, les guerres de domination peuvent devenir des fléaux d'autant plus dangereux, que le vulgaire les encourage par son admiration; mais ce n'est pas seulement sous l'empire des rois qu'ils exercent leurs ravages, et le culte rendu à ces hojcnmes inquiets et audacieux qui sont nés pour le malheur et la ruine de leurs semblables , et; qu'on est convenu d'aduler . bassement sous les noms sublimes de génies créateurs - et de héros immortels y ce culte, dis-je, s'exerce avec bien plus de fureur et de continuité dans Ifes emportemens qui.font l'essence des républiques , que dans le cours ordonné et paisible des monarchies légitimes.
Ainsi donc , quels que soient les înconvéniens
attachés au pouvoir du prince , car c'est de celui- EL que parle Montesquieu dans le passage que f ai cité, ce. n'était pas un motif suffisant pour ne pas èb'faire sentir les immenses avantages. Je conçois, Sans douté, que ce célèbre publiciste ait été conduit à chercher le remède à des maux qui de temps à autre se reproduisent sous le gouvemetn'ent d'un seul : ils m'ont paru à moi même d'une iiature assez grave pour rendre indispensable l'existferice de corps intermédiaires chargés au moins, ffiihprimer aux volontés des rois le sceau des réflexions les plus mûres. Oest €e que j'^ai foi:*mellement établi dans les premiers développemens die nia proposition dû 18 janvier dernier. Mais icèlîte nécessité de remédier à des déviations ntrr- Sibles, et quelquefois même calamiteuses, n'arftorrsaît pas Montesquieu à s'abandoîmer à la morosité d'un siècle murmuratetir, à ne découvrir à des lecteurs superficiels que le côté dû mai sans leur ihontrer le bien pour principe , et à ne laisser in-^ duite que vexation ettjraïinie, 0^ régnent essentiellement protectian et bieûveîlUnçe.
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