CHAPITRE VII
Il est faux que les Rois {veuillent toujo^rs^p^orfe^ leur pouvoir auoc dernières limites.. U^indorç lençe.fait d'ordinaire le fond de leur carq.c-^ tère. Les princes entreprenans sont en petit nombre. Le pouvoir disputé est le seul xjfui cherche nécessairement à s'accroître^ /
Je ne crains pas de me tromper en attribuant à Montesquieu desprévention^ que ^on-seulement îl puîçait, ç^ j'ei^ juge bien, dans U manière dont rhistoiye ét^it lue de son temps, et dont elle Test encore généralement dans le nôtre , mais que peut être il nourrissait encore, sans le savoir, dans les nobles fonctions qui l'obligeaient par devoir à scruter Içs fautes des rois et des ministres. Du moins il m'a semblé que , dès que les princes, ne fût-ce qu'un seul instant,, voulaient dépasser çertairi^s. démarcations qui, 4*aprèslui, devaient circonscrire Leur .autorité, ils se convertissaient dans* sa penséç en despotes intraitables, et qu a ses y^u^i en un mot, l'abus du pouvoir était de chercher à en- reculer les bornes. C'est ce qu'on pourrait in»-
l^rer de la ma:siine que j'ai extraite plus haut, et dhns laquelle, sans spécifier quelle sorte d*abus tout homme qui a du pouvoir est enclin à en faire, il ajoute ces mots : «f II va toujours jusqu'à ce qu'il If trouve des limites. »
Je soutiens hautement que , ce dernier membre de phrasé n'exige pas moins de modifications que le premier. '
Je Ttii dit dans mes seconds développemens, lorsquua monarque est assis sur le trône de ses pères, qixe personne ne songe à lui disputer sa couronne, et que l'annonce de commotions fiinestes ne vient pas à chaque instant lui montrer la nécessité de maintenir et de faire prévaloir son autorité, loin d'avoir toujours le bras tendu et l'esprit en alarmes , il s'endort volontiers dans l'indolence innée chez tous les hommes, lorsque des circonstances violente^ ne les obligent pas d'en sortir : il s« garde d'entreprendre de tout décider par lui-même dans l'immensité des affaires particulières^ les règles générales viennent à son secours , les administrations s'introduisent ; et le malheur, qui menace alors lat chose publique, n'est pas, comme le dit Montesquieu , l'exercice d'un pouvoir qui n'aspire qu'à se porter aux dernières limites , mais au contraire une translation d'autorité dans des mains moins intéressées que ne l'est le prince à la ^Koité des T>eiiples. Voilà * on neut le dire^ l'état
dé choses le plus habituel, et, si de temps à autre, il s'élève «n* de ces princes épris de grandeur et avides de gloire, dont je parlais il y a peu d'instans, et qui, je Favoue, doivent chercher à étendre leur pouvoir pour arriver sans résistance à réxécution de desseins flatteurs poijr l'orgueil , mais onéreux pour les peuples, ce Roi trouvera presque toujours dans les institutions formées et consolidées sous le gouvernement de ses prédécesseurs, des obstacles à Timpétuosité de ses volontés et des retards à Tirréfléxion de ses entreprises. Ne craignons pas de le dire , le règne d'un tel princ^vl^uolque je l'aie considéré comme un malheur public , peut devenir quelquefois un bienfait de la Providence, et l'histoire offre sans doute plus d'un exemple où , si des rois entreprenans et impérieux n'étaient venus raffermir des ressorts faciles à se relâcher, le pouvoir, méprisé et envahi de toutes parts, eût laissé l'Etat expirer dans des désordres irréparables.
. Ainsi , au Heu d'avoir à craindre une marche ferme, et tendant avec constance à Fasservissement des peuples, c'est une marche tout opposée qu'on doit le plus souvent redouter/ U n'est pas, ]'e l'avance sans hésiter, un seul empire que cette tendance au relâchement et que la timidité ne fît promptement disparaître , si l'auteur de la nature n'avait placé le remède à
côté du mal, et si la guérisan ne s'opérait ordinairement paï les mêmes voies qui ont amené le danger. Je ne parle plus ici de ces princes, altiers qui, nourrissant de vastes projets, veulent trouver avant tout des sujets soumis j et rétablir l'obéissance si elle a été perdue. Ce serait im bonheur qui, venons-nous de dire, ne serait pas impQS$ible, mais que Ton devrait regarder comme purement fortuit, si, au moment même»
où un état touche à sa ruine par le délaissement du pouvoir que les souverains ont indolemment abandoiïné, un roi de ce caractère venait à monter sur le trône , et à réintégre^r la ^ot^ce et l'unité presque entièrement disparues. Mais le^ cours ordinaire des choses e§t tel qu'ici bas tout « ses bornes , même la faiblesse des rois; et si, après de longues condescendances , ce qu'ils ont rësçlu^ pour le bien de leurs peuples et pour la sage direction des affaires publiques vient à essuyeif des oppositions malveillantes; s'ils s'aperçoivent qu'on leur conteste leur autorité , et que des maîtres subalternes vont les réduire. en servitude,, alors leur ame commence à s'indigner, ils repoussent le joug, et cherchent enfin à jouir, dans toute son indépendance, de la puissance que l'honneur , le devoir et la sécurité leur commandent de conserver inaltérable..
11 s'ensuit donc que le pouvoir paisible et
Sans concurrence n'est pas celui qui s'occupe infatigablement de l'extension de ses droits, et qui cherche à s'établir au-de^us de toute forme, de toute règle et de tout partage dans Texercice de la souveraineté. Mais c'c;3t k pouvoir disputé qui devient jaloux et inflexible^ et c^est à lui seul qu'appartient la maxime posée par Montesquieu d'une manière si générale : fc Le pouce voir va toujours jusqu'à ce qu'if trouve d^ « limites. ^
tE
CH4î?ITRE VIII.
erreur et conséquence funeste du principe ifue la nécessité de marcher établit le conceM entre des poussoirs rii^aux. uillégorie.
Mauïtênaïït quel remède trouve-t-îl à cette
%ôîf d'autorité , d'oppression et d'envahissemfenft
^'il attribue si outrageusement et d'une manière
*i peu judicieuse à l'autorité souveraine ? Le voici.
<f Po^t ^'on ne puisse afbuser du pouvoir , il -* fëut que ^ par 'la disposition des choses, fe
•r pouvoir arrête le pouvoir. » Espnt des Lois s liv. II. chap. 4-
On le voit, il ne s'agit pas ici d'institutions qui obligent les volontés du monarque à subir îépreuve des retards et des discussions ; il n'est pas même question de ces oppositions et de ceé résistances que ces mêmes volontés peuvent rencontrer de la part de pouvoirs secondaires, et que, dans les premiers développemens de ma proposition du i8 janvier dernier, j'ai admises comme n'étant point un mal irrémédiable , et comme offrant, au contraire, plusieurs côtés avantageux , pourvu toutefois que, dans les temps de crise , le prince puisse sa mettre au-dessus de tous les obstacles, et, s'il Ig MW î t , recourir momentanément à des-mesures arbitraires et abso-
lues. Ce dont iP s'agit, c'est de pouvoirs égaux entre eux , et dans l'indépendance la plus entière des uns envers les autrçs.
Montesquieu n'a pas îgnpré les rivalités et les combats qui devaient s'établir entre des pouvoirs s'arrêtant ainsi mutuellement dans leurs volontés, et il a reconnu formellement qu'un tel état de choses tendait de toute nécessisé à introduire la plus "grande stagnation dans les affaires publiques.
« Ces trois puissances » ( les deux Chambres .d'une part, qu'il représente comme deux frac-
tîotts de la puissance législative, et de Fautrc le prince, qu'il qualifie de puissance exécutrice, et qu^il réduit , quant à la législation , à la faculté d'opposer un simple "veto aux volontés des deux autres pouvoirs ) ; « ces trois puissan- * ces , » dit-il , « devraient former un repos ou une r inaction. »
<f Mais, » ajoute-t-il incontinent, avec la même confiance que s'il eût trouvé une raison péremptoire contre une aussi grande difficulté , « comme, fr par le mouvement nécessaire des choses, elles % sont contraintes d'aller , elles seront forcées « d'aller de concert. * Esprit des Lois yhy. m. chap. 6.
Pour rendre palpables les défectuosités de cette réponse à l'objection qu'il s'était faite lui-même, je me suis servi quelquefois de réflexions imitées de l'apologue de Ménénius sur le mont Aventin. Qu'il me soit permis de les répéter, ici^ j'aurai ensuite un assez grand nombre d'autres considérations à y ajouter pour faire sentir victorieusement , j'ose le dire , . à quoi il faut définitivement s'en tenir sur toute cette prétendue découverte des contrepoids, dont on a fait tant de irait, et dont les essais devaient être si funestes k l'humjanité.'
Montesquieu, qui s'était aperçu que la stag-
Iftation et les rivalités étaient contradictoires ave<2 J'unité de résolutions et d'exécution sans laquelle les peuples ne sont plus que des masses incohérentes vouées à la destniction, aurait pu, sans beaucoup de pçine, remarquer dans la nature une image de différens pouvoirs mus dans un même sentiment qui les fait tous agir avec un accord inaltérable.
Cette image se trouve dans l'organisation des animaux ^ et particulièrement dans la structure du corps de l'homme : assurément le pouvoir des mains qui saisisssent , est trèsdifFérent de celui des pieds, qui soutiennent et qui marchent ; j'ajouterai même que, jusqu'à un certain point , on peut considérer les membres de notre corps comme doués de' volontés particulières. Si je fuis devant mon ennemi , la lassitude ne se fait pas sentir dans mes bras; c'est la région inférieure qiiî, froissée , meurtrie et livrée aux contractions les plus violentes , souffre cruellement et n*aspire qu'au repos. Mais ce repos est trop dangereux pour que le régulateur suprême le concède.
Ce régulateur c'i3St la télé , oii vient aboutir tout le syst^e nerveux , et ces nerfs , dont la fonction est de^faire parvenir au chef les besoins , les douleurs et les désirs des parties les plus éloignées, et de reporter JAtsqu'aux
.deruièf 63 extrémîiés des ordres aissssi mode** rés qu'il se puisse , mai^ cependant indispensables f ces nerfs, dis»* je, me semblent pouirOir être comparés, avec quelque justesse , à ces jassemblées intermédiaires - chargées d'exprimer au monarque les souffrances et les yœùz de leurs sujets, et de ramener au milieu du peuple le respect pour robéissance , l'allègeirieot du poids qu'elle impose , et la conviction de sa nécessité. Mais, fe prie instamment de Je remarquer, quoique tous ces pouvoirs et toutes ces facultés qu'exercent les mémlu'es et les organes du corps humain^ soient distincts , ils ne sont pas indépendans , ils ne sont pas rivaux, ils ne sont pas rassemblés pour se Huire emtre eux , et .pour se flatter chacun *en partiiculier d'une existence prédominante par l'afiaiiblissement des autres : le créateur ne leur a pas laissé concevoir la pensée de profiter des circonstances , même les plus périlleuses y pour arrs^cher de nuisibles concessions ^ et pour faire acheter leur , cqncours j ^et , après leur avoir assigné leurs difflirentes destinations , il ne Icîs a pas divisés de prjçtentiotis et d'intérêts , et il ne s'est pas rassuré sur une xiiéc^sité d'agir qui ;1qs ferait aller de concert. .
Poursuivons 1^0 tre allégorie , et voyons oi».
(Sa)
dans le cours invincible des choses ^ nous con« duirait cette nécessité.
Je suppose toujours le corps humain composé de différentes parties ayant toutes des pouvoirs et mêmes des volontés , mais sans que cette fois la tête ait le droit de les soumettre à ses décisions» et je place ce corpç en quelque sorte multiple au haut d'uu édifice oii il sera parvenu parles combinaisons de l'intelligence et par le travail des membres inférieurs parmi lesquels les pieds se distinguent comme les plus essentiels à la marche de l'homme , et en même temps comme les plus foulés , et , {^ar une conséquence, trës-naturelie / tomme les plus grands murmurateurs. Le feu prend à l'édifice , la tête veut qu'on gagne les degrés et qu'on prenne lé seul* chemin que la raison indique pour se soustraire au danger dont on est environné. Mais les pieds préfèrent le vague des airs , comme la voie la plus prompte et la. moins pénible, «t ils reconnaissent avec, plaisir que l'incendie s'accroît de toutes parts , et que l'urgence du péril est près de forcer leur antagoniste à s'abandonner a leur téméraire et trop ignorante volonté : en effet après, de longs débats et une immobilité désespérante » la tête , voyant 1 impossibilité de vaincre le délire qui lui oppose une si fatale résistance» et n'ayant plus
( 33 ) dP-dulre moyen d'échapper à la destruction , 5« détermine à tenter les chances d'une chute qui ne lui présente ps^ une perte certaine; mais la léte les membres et le corps fracassés apprennent aux esprits aveugles et présomptueux ce que c'est que de marcher de concert, lorsque le ^cbef^peut se voir contraint de céder aux passions des su*
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