MON OPINION
SUR LA RELATION DU CAPITAINE MAITLAND, EN CE QUI CONCERNE L'EMBARQUEMENT DE NAPOLÉON A BORD DU BELLÉROPHON.
Lorsque Napolëon, qui, depuis
quelques jours, était sur le BeUérth-
phoUy eut acquis la certitude que le
(2) gouvernement atiglais avait donne irrëvoeablement des ordres à ses agens pour le déporter à Sainte-Hélène , il envoya à lord Kéith une protestation ainsi conçue :
ce Je proteste solennellement ici, à la H face du ciel et des bommes, contre (c la violence qui m'est faite, contre
(c la violation des droits les plus safc crés, en disposant, par la force, de <c ma personne et de ma liberté. Je (( suis venu librement à bord du Bel- « lérophon; je ne suis pas priSôn-
ce nier ; je suis Fhôte de l'Angleterre.
« J'y suis venu à l'instigation même tf du capitaine, qui a dit avoir des ^c ordres du gouvemèmemt de«ie rec( (ievoir et de mé conduire «en An- % gkt^Fite Èiv^ mu 9<iite , si cela m'é-
(3) t< tait agréable. Je me suis prësetitë fc de bannë foi pour venir me met^* « tre sous la protection des lois d'An*ce gleterre ; aussitôt assis sur ie Bel-- « lérophon^ je fus sur le foyer du « peuple britannique. Si le gouver- K nement, en donnant des ordres au H capitaine du Bellérophon de me « recevoir ainsi que ma suite, n'a « voulu que tendre une embûche , il « a forfait à l'honneur et flëtri son « pavillon.
« Si cet acte se consommait, ce se- « rait en vain que les Anglais vou- « draient parler désormais de leur « loyauté, de leurs lois, de leur lî- « bertë. La foi britannique se trouve vera perdue dans l'hospitalité du « BeUéropkon.
c< J'en appelle à l'Histoire : elle At dira qu'un çnuemi qui fit viugt ans c< la guerre au peuple anglais, vint « librement/ dans son infortune, « chercher asile sous ses lois : quelle « plus éclatante preuve pouvait- il « douner de son estime et de sa con- « fiance? Mais comment réponditft on en Angleterre à une telle ma- « gnanimitë ? On feignit de tendre (f une main hospitalière à cet ennemi , ir et quand il se fut livre dé bonne f< foi, on l'immola. »
Signé, NAPOLÉON.
A bord du BeUérophon ^ à la mer.
Douze années s'étaient écoulées depuis ce moment ; en i8a6, lecapi-
taine du Bellérophon^ sir F. Maîtland, a publie un livre dont Fumqué objet est d* affaiblir cette protestation qui futimpuissantecontrela violence; mais qui retentit dans les deux mondes et que FHistoire a recueillie;
Lorsque Napoléon a péri sous le poids de sa captivité, rhospitalilé du Belléroplion est défendue! les droits sur la personne du captif sont proclamés, et Ton déclare {jfue la bonne foi de la nation anglaise ne fut point compromise dans cette occasion !
Un homme , dont le dévouement à la personne de Napoléon ne se montra dans toute sa force que lorsque Napoléon n^était plus qu'un empereur déchu , qui proportionna la
téndresâie de ses scÀùs à Fétendue même du malheur auquel il voulait se consacrer, et qui j avec son jeune fils y sollicita , et obtint comme une faveur d'aller se placer à Sainte-Hélène, sous la cruelle et vindicative surveillance de sir Hudson Lowe, M. le comte de Las Cases, croit de son devoir de ne pas laisser sans réponse les erreurs qu'il a aperçues dans le récit du capitaine Maitland , et il me demande d'exprimer l'opinion que je me suis fonnée sur ce récit et sur les renseignemens contraires qu'il m'a fait parvenir.
Napoléon était-il l'hôte , était-il le prisonnier du gouvernement anglais?
A quel titre , sous (Quelles conditions fut-il reçu sur le BeUérophon ?
La vk>l«ace qui port» Napoleo^a à.
SaiuterHëJl<çae , el qui l'y encl^tmfl^ jusqu'à sa mort , fijit-dle Vexejççiçei d'un droit , ou au çofttrairç , l^ vio,lation de la foi donnée, etp^çoQSC;^ queut unç sorte d^ tralp^isQQ, ?
Telles sont , les quç^lipats qui u^ sont pi^opos^ç.
Je n'^i pas à éii;i^t(re i^^a pQ(i$4^$ ^ur V'Çmpire. et $e$ loi(3 r $ur S£^ çhutç et sui; les sui^s d^ la re^tai^ral^on : je, n'ai pas même à juger ]>^^polëQA , quoique cç SQJ^t de lui que j'aîe à parler ; je n'aurais pas accepté une tâché qui sortirait trop du cercle de mes
travaux • et d'ailleurs bien au dessus
de mes forces.
Mais je répondrai à la confiance d'\ia homniç de bieiji , en 4i^a^| ayec
coDScience ce que je crois la vérité sur les circonstances rapportées contradîctoirement par M. le comte de Las Cases et par le capitaine du Beln lérophon.
Waterloo avait ouvert la France aux armées étrangères.
Notre armée avait été désorganisée par cette terrible journée : Napoléon abdique le 21 juin : le 26, la commission du gouvernement arrête ce qui suit :