Le grand-maréclial
« Comte BERTBAND. »
C'est de cette lettre que le capitaine Maitland reud compte en ces teribes, en s'adressant à l'anoirauté :
( 45 ) « Une proposition du gënëral Bei- « traiid de recevoir Napoléon Bo- « naparte, pour remettre sa per- M sonne à la générosité du prince « régent. »
Cette lettre du gënëral Bertrand doit lever tous les doutes. L'Angleterre avait ëtë prësentëe coiniiie un asile, en attendant le sauf-conduit pour TAmërique, que le capitaine Maitland prëtendait avoir demande , mais qu'il ne garantissait pas.
Le résume de T entrevue est tout dans ces expressions : a mais au de- « faut de sauf-conduit , il se rendra ^i volontiers en Angleterre comme « simple particulier poiir y jouir de « la protection des lois de voire « pays. »
Le capitaine Maitland reçoit cette lettre, et les restrictions verbales dont sa relation est remplie, restent déposées dans son esprit : il ne répond pas à la lettre du général Bertrand ; il se prépare à recevoir Napoléon.
Ce n'est pas un prisonnier qu'on enlève par la force des armes j c'est un souverain déchu , c'est l'homme le plus important de son époque , qu\ , renversé , menacé par les événemens , après une entrevue dont les résultats lui ont été transmis par des hommes dont il est sûr, déclare qu'il se rendra volontiers , comme simple particulier^ en Angleterre, pour y jouir de la protection de ses lois. Comment se fait - il que sir Frédéric
Maitland n'ait pas juge convenable de répondre à une lettre dans laquelle se trouvaient déposées de telles expressions , si en réalité rien n'avait été stipulé entre lui et M. le comte Las Cases.
Napoléon qui n'est pas encore au pouvoir des Anglais , écrit de telles expressions : on n'objecte rien ; on se prépare à le recevoir ; il arrive , et en mettant le pied sur le Bellerophoriy il répèle verbalement ce qui avait été écrit, ce qui avait été arrêté : « Je viens à votre bord me" « mettre sous la protection des lois « de l'Angleterre, » C'est ainsi qu'il se trouva au pouvoir des Anglais. Sa personne fut reçue ilon à merci d'un ministre ou même d'un prince : c'est
un étranger ({ui n'est le sujet d'aucun prince, qui dësormais est place sous la protection des lois anglaises.
Avant de se rendre sur le Belle-rophan , Napoléon avait remis au général Gourgaud sa lettre au prince régent. Cette lettre avait été communiquée au commandant du Belléro^ phon :
« Altesse Royale , en butte aux ce factions qui divisent mon pays et a à l'inimitié des plus grandes puis- « sauces de l'Europe, j'ai consommé « ma carrière politique. Je viens , fc comme Thémistocle , m'asseoir sur « le foyer du peuple britannique^ <v je me mets sous la protection de « ses lois , que je réclame de votre « Altesse Royale comme du plus puis-
« sant, du plus constant, du plus « généreux de mes ennemis. »
Le capitaine Maitland a^ôue hiiméme qu'il avait été convenu que le général Gourgaud aurait tous les moyens de remplir sa mission ;, qui était de remettre au prince régent luimême ces lignes si remarquables :
dans une attestation donnée le 4 août, abord du BellérophoUy il s'exprime ainsi : « Je déclare en outre ^ila été w convenu s^e, le général Gourgaud « aurait toutes les facilités pour rem- « plir sa mission et remettre à son « Altesse Royale le prince régent la « lettre dont il était porteur. En foi « de quoi j'ai signé la présente attes- « tation sur la réquisition du baron M Gourgaud, auquel V honneur ne
« me permettait pas de là refii-
« ser. »
Cette mission du gênerai Gourgaud complète à mes yeux* la convention qui conduisit Napolëon sous le paviHon britannique : il y Tut appelé , il y fut xeçu pour être conduit en Angleterre et jouir de la protection de ses lois ; et Fun de ses officiers devait toucher ie premier cette terre d'hospitalitë pour y remplir une mission auprès du prince qui la gouvernait. - . .
Comment le gouvernement anglais a-t-il enteudu cette convention et ses devoirs?
Les gouvernemens ne sont pas
. toujours tellemerit nationaux , que
rhonneur des nations doive, dans
tous lies cas , être flétri d'une sorte de solidarité avec Thonneur de leur administration ."Les méfaits d'un gouvernement peuvent faire rougir la nation qui les voit, les désapprouve, , et ne peut les empêcher ! La nation anglaise ne fut pas complice des actes de Castelreagh et de Bathurth envers Napoléon*; et quoiqu'elle eût appris depuis long-temps àwoir dans l'empereur des Français l'ennemi lé plus redoutable de sa prospérité', la grandeur des facultés de son ennemi , la connaissance de* ses immenses travaux , lui en imposaient : et en contemplant cette grandeur déchue , les véritables amis de la foi britannique ont déploré et déplorent encore qu'on ait violé en sa personne ce que le
droit des gens, ce que rhuroanîté avait de plus sacre.
Le général Gourgaùd ne put remplir sa mission. Voici ce que déclare encore le commandant du Belléro-
phon : « Les vents ont obligé le M Slaney d'entrer à Plymouth*, où « r amiral Keith refusa de laisser dé- « barquer le général Gourgaùd, quoier qu'il fût toujpurs considéré à bord « de cette corvette comme parlemente taire. »
Cette première violation d'une convention avouée était dictée au ministère anglais et à ses agens , par la crainte que Temperéur n'obtînt une entrevue avec le priuce régent :
cette entrevue aurait été décisive j toute la haine des ministres échouait
contre cet ëcueil (i) : le gênerai Gourgaud est repousse des côtes d'Angletei*re ; il revient sur le Bellérophon .
Cependant le gouvernement anglais adressait au capitaine Maîtland les félicitations les plus vives.