AU CAPITAINE MAITLAND
£etoe W 24 ^nriUt
« J'ai reçu aussi votre lettre expo- «sant'les circonstances dans les- « quelles vous ëtiez placé , lorsque
(1) Voyez la note A à la fin de l'ouvrage .
(54 ) « vous^ vous ét^s laissé' persuader H de Teces^oir Napoléon h bord. • Je
« transmettrai ces lettres ' aux lords^ « commissaires de T amirauté , avec a confiance que le gouvernement de K sa majesté approuvera votre con- « diiite. »
* DETTXIÈME LETTRE
2)u même au même.
« Je saisis l'occasion du retour te de votre officier , pour vous féli- « citer, ainsi que la nation^ et vous « remercier de la manière parfaite « avec laquelle vous êtes entré dans «mes vues , tant à ce sujet que pour « la conduite du blocus^ pour le- « quel j'étais inquiet; »
Que promettaient, celte JQie,,*ces
. iiélicitations ? *
^ * Le Bellérqphx}n se ^ dirigea vers Plymoulh : toute T Angleterre se précipitait vers ce port pour y voir descendre Napoléon : des embarcations se pressaient pour porter les curieux \ la proximité du vaisseau. Tout à, coup r horizon se rembrunit .: jusque-là Napoléon , reçu à bord du vaisseau anglais et traité avec distinction , ne pouvait avoir eu
• aucun motif de défiance ; .mais bientôt les ordres les. plus sévères sont donnés j les communications avec la terre sont interdites:
• les embarcations repoussées avec violence : on tiré sur ceux que la curiosité ou Tadmiration avait
appelés (i). Quelques Anglais périssent dans les flots par suite de la brutalité avec laquelle on exécute Tordre d'isoler le Bellérophon.
Les journaux ne faisaient que fortifier ces sinistres présages.
Le 3i juillet, Maitland apprit à Napoléon que des ordres avaient été rdonnés pour le déporter à Sainte- Hélène : tel était Tasile que TAngleterre donnait à son ennemi , et plus tard , au lieu de la protection de ses lois , la tyrannie haineuse et cruelle de sir Hudson Lowe.
ce L'idée seule de Sainte-Hélène y « disait Napoléon , me fait horreur !
« être relégué pour la vie dans une
(i) Voir la note B à la fin de l'ouvrage.
« île entre les tropiques , à une dis-^ « tance immense de tout continent , « privé de toute communication avec « le monde, et de tout ce qu41 renc( ferme de cher à mon cœur ! c'est « pis que la cage de fer de Tamer- « lan !
a ...... Autant aurait valu signer
« tout de suite mon arrêt de mort, w II est impossible qu'un homme de « mon tempérament et de mes hâte bitudes puisse vivre long - temps ce dans un pareil climat. » (^ P. i56 et 1 57 de la relation du capitaine Maidand. )
Mais la mesure était irrévocablement prise : sî Napoléon résistait , il fallait employer la violence. Les satellites du ministère anglais avaient
reçu Tordre de porter leurs mains sur le captif; tout ëtait pr^u (i).
C^est alors que Napolëon dëposa entre les mains dtf" lord Keîth , cette protestation mëmor^^Dle du droit contre la violence , qui ne put arrêter l'attentat , mais qui Taccuse et le flëtrit à jamais aux yeux de la postérité (2).
Ceux qui abusent de ht force sont rarement ëmus gar les protestations de ceux qu'ils oppriment , mais les actes d'une noble résistance ne sont jamais perdus : et lorsque c'est le
sentiment de sa dignité personnelle et la' conviction profonde de son
(1) Voir la note G à la fin de l'ouvrage.
(a) Voir la note D à la fin de l'ouvrage. ^
(•59) droit qui les ont dictes , dans la suite
des teriips, la justice reprend son empire sur l'opinion des hommes :
la victime se graliidit par l'oppression même qui l'a brisëe», et ses oppresseurs sont jetës ignominieusement à ses pieds.
Napoléon est mort à Sainte-Hélène , dévore par le climat et par les persécutiofts inouies que chaque jour voyait renaître. «Mon corps se trouve « au pouvoir de la baiùe de mes en- « nemis , écrivait - il à M. de Las « Cases ; ils n'oublient rien de ce « qui rpeul assouvir leur vengeance :
« ils me tuent à coups d' épingle,; (c l'inisalubrité de ce climat , le manw que de tout ce qui entretient la « vie , mettront, je le sens , un terme
w prompt à cette existence , dont les « derniers momens seront Topprobre i< du caractère anglais. »
Et dans son testament du i5 avril 182 1, il écrit : « Je meurs assassiné « par Toligarchie anglaise et son si- « caire : le. peuple anglais ne tardera w pas à me venger ( i ) . »
Chacun le sait ; la captivité de Napoléon fut horrible dans ses détails.
Ce formidable adversaire de l'Angleterre 5 celui (pii Favait mis^ à deux doigts de sa perte , compromis son créîjit, men^.cé son existence, était tombé d^ns le piège (pie lui avait préparé des mains ennemies . Il a connu ce
que dans Famé de certains politiques,
■ I . . »i ■ ■ I I II II» 1 11 ■■ 1 1 . p
(1) Voir la note G, la dernière de Touvrage. .
la haine peut produire de cruauté Les réclamations déchirantes de ceux qui le voyaient périr lentement , restèrent,sans réponse. Après sa mort, son corps lui-même a été comme frappé d'exil, et ses dernières volontés méconnues. L'empereur Napoléon avait •sans doute des ennemis nombreux au sein du pays qu'il avait gouverné ; parmi les défenseurs des principes <ie la révolution française, combien lui ont reproché d'avoir reconstruit sur les ruines de la république une monarchie armée de lois menaçantes pour ces principes. Son administration si énergique, son sénat qui ne protégeait, qui ne conservait aucune liberté, le long silence du corps législatif, qui fit entendre si tard, et
peut-être si intempestivement quelques paroles, ces longues guerres-qui ont produit tant de gloire, mais ^\ ont coûte tant de citoyens, la doublé invasion du territoire français, déplorable résultat de ces guerres, voilà des accusations qui ont dû partir du séîn de la France même : la postérité, qui mettra tout en balance, portera son jugement 5 mais ce qu'on peut dire avec certitude , c'est que les âmes généreuses de toutes les opiiiions n'ont eu qu'une même indignation contre le long supplice Infligé à un si illustre' captif. On y voyait non seulement de la Shaine contre Napoléon , il y a avait aussi une sorte de mépris et d'osteatation contre la France dont il avait été le
chef, et qu'on paraissait vouloir hu- ' milier en lui : certes ces traitemens iii^ignes , ces prëcautions si humiliantes, cette vigilance farouche du gouverneur, chosi avec- un si cruel discernement, ont dû surtout huiAilier TAngleterre elle-même : n'Ataitrce pas Faveu le plus Solennel de' la terreur que le captif avait "inspirée à ses hommes d'ëtat. Le gouvernement anglais se serait honore par un traitement digne de la confiance qu'ontuî avait accordée. ^On l'avait cru gënér reux, parce qu*il était fort. La vengeance qui , punissant Napoléon de cette confiance, l'a poursuivi jusqu'à la mort, eût été, dans tous les cas, ignominieuse et incompatible avec tout sentiment de générosité : Fera-
pum verô^ nec generosarumj ppcèmordere et urgem projectos.; ele- * phantes y leonesque, transevnt quœ împulerimi, (Seneque, de Clem.^ liv. VI, chàp., 5 (i).
Mais il ressort de ce grand évene* ment autre chose qu'une question de délicatesse et de générosité. Je vais dire en quelques mots quel est le caractère que la morale et le droit des gens ont imprimé à la déportation
de Napoléon à Sainte-Hélène;
Le ministère anglais , sous Castelreagh, crut avoir établi ses droits sur
(i) Les bétcs féroces seules décliirent rcnnenii reaverse; toutes encore ne sont pas sans générosité: les élephans et les lions passent devant les vaincus et ne s'acbprnent pas sur lui.
la personqe de Napoléon en faisant ,
• écrire, par ses agens, dans des actes .
destines à être communiqués au par-
l^nent , qu'il n'y avait eu aucune convention, que le captif s'était livré à merci , et qu'ainsi la foi britannique n'était pas f^f^gagée. La déportation violente de Napoléon à Sainte- H^ne et "sa détention dans cette île seraient-eiles dotic justifiées par ces mots : f( Le gouvernement anglais » n'avait rien promis; il pouvait tout » faire. » Certes ce n'est pas ainsi qu'un gouvernemeot établit ses droits sur la vie ou sur la liberté d'un étran-
• ger } sans avoir violé une promesse, on peut avoir violé ces principes d'éternelle justice qui n'ont pas besoin d' être écrits dans des codes pour se ma-
nifestër à la conscience des hommes , et qu'on a appelés du nom de droit des gens«
S'il ëtait vrai que Napoléon n^eût pas été appelé sous le pavillon anglais par le capitaine dn Bellérophon ^ qui s'était dît autorisé à le conduire, en Angleterre , le gouvernement de ce pays, qutn-eûtétéliéparaucunppjTOmesse, pouvait repousser par Fali^^ SiU Tétrânger qui lui demandait un asile : le recevoir, Faccueilliry eùtété un bienfsiit; Napoléon n'avait pas le droit de l'eiiiger , et le ministère de la Grande-Bretagne pouvait certaine^ ment se refuser ^ une hospitalité qu'il aurait cruimpmdeùte^ Là s'arrêtaient ses droits ; mais lorsque ne se contentant pas de, repousser Napoléon de
son territoire , le gouvernement ati^ glais arrêta qu'il serait exile sons Sa garde U l'extrémité du monde , et Je condanxna à une (Captivité perpétùelle — Quel droit avait' dotac ce gouvet-nement de lancer et de faire éi^ctiter un si terrible décret? '
'" La protestation de Napoléon était
légitime / la violence qui foula aux
piefds cette protestation fut lin abus
. de la force et un attentat au droit dêis
• \:>ii
gens. ■ ^
■ ' Napoléon eût-il dû être considère comme prisonnier de guerre , ies droits sur sa personne ne poiivaîent survivre à là guerre elle-même, La Sainte- Alliance avait déclaré qli'elle ne faisait pas la guerre à ta France ^ mais à Fhomme qtii s'était replacé à
la tête de ses armëes et de soa gourer-* " nenient; cette guerre fut terminée le jour où, abdiquant le pouvoir qu'il venait de ressaisir, Napoléon se démît ^ de tout commandement. Les débris de ses armées étaient encore assez formiçlables pour que sa deuxième abdî- ' cation parût dfe quelque prix: làfinis-?
saient les hostilités , je ne dis pas contre la France, puisqu'on protestait r que l'invasion n'était pas dirigée contre elle , mais contre le général Juî-même dont on redoutait l'ascen- » dant , puisqu'il avait accordé par suitede ses désastres, et pour épargner les horreurs de la guerre civile , ce <[ue l'Europe liguée était venue demander avec des millions de soldats.
La guerre , pendant sa durée , ex-
( 69 ) lîuse beaucoup d^attentals; sous sou règae de.âaug , la justice et Thumauîté se couvrent d'un voile : il existe néanmoins dans cette horrible carrière des limites que le droit des gens
* a posées et que la loyauté ^ne permet pas de franchir à un gouvernement qui se respecte ; [X)iir faire à T ennemi
' le plus dé mal possible , tous les
* moyens ne. sont pas excusables. Fabriciiis refuse les secours d'un empoisonneuT qtii olîre au génëcal romain de lui sacrifier une^ existence qui mettait en péril cette patrie pour laquelle tout romain- était prêt à se sacrifier lui-même. Rome délivrée par un empoisonnement aurait eu trop à rougjir de sa victoire.
Les temps modernéa, eGlairés par
la morale du christianisme • recounaissent un droit des gens non moins gëniéreux et bien plus humain ; car r.es^lavage des prisonniers.de guerre se tïDuve relëguë dajas des contrées barbares. Cependant, il faut le dire, quoiqu à regret, l'Angleterre si éclairée d'ailleurs .en morale et en législation , si éneqgî(jue pour kt projecr- • tion de ses citoyens, a'à p^j^ei; tou- « iours à la tétç de ses affaires une.adr n^inistrafion scrupuleuse lenvOTS. ses ennemis : json droit publié envers les étrangets n'était pas digne 4e sagr^n*deur. , i . : ^
\fii preniière guerre . d'iAmériq^e fut souillée paj; beaucoup.de çruai^r tés; lorsque l'illustre Franklin invo- * quait, en 17779 les, droits sacrés, de
yjbumanité pour' les Américains tom- * bes^u pouvoir dès Anglais, çt,qu'#n' envoyait nnourir en*Àfriquç, s'ils ne consentaient à s^aï'mer contre J^urs frères , il obtenait pour réponse :
K L'a^nibassadeur du roi ne reçoit » point des lettres des rebelles , ex-* » cepté lorsqu'ils viennent implo-; » rer \Bt clémence de son màîtfe. »
Cette inhumanité dédaigneuse n'eut rieo de prophétique. Dans42udeuxième guerre d'Amérique , la^torcTie qui .
djévora les principaux édifices de Washington, excita une rumeur 4juis TEurope entière: c'étaitfaîre la guerre à la manière des Barbares.
Pendant les longueS'hostilités qui,
dans ces derniers temps , ont divisé
' la France et l'Angleterre , sans rap-
peler tant d'iatrigues ourdies contre nous àl' intérieur comme à ^étranger, ou peut dire avec assurance que la politique de Pitt et de Càstelreag ne montra pas toujours assez de probité : faire le plus de mal possible à la Franc^, tel était son but; les moyens les plus efficaces lui paraissaient les
. plus justes.- Cest surtout contre Nap^^léôri que toutes les armes , que toutes lôg fraudes furent employées:
* rinfluenca de son génie sur le continent , ses menaces de soulever l'Irlande j la direction de ses immenses facultés vers le projet d'abaisser l'Angleterre , tout le rendait le plus redoutable de ses ennemis : C'est lui qu'il fallait abattre ; serait-il vrai , ainsi que l^a écrit avec l'autorité
de son caractère , Fay , dont la France porte encore le deuil , qu'après la rupture du traite d'Amiens , les ministres d'Angleterre eussent soudoyé et transporté en France w dés M assassins chargés d'attenter à la vie » de Napoléon Bonaparte ( i )
Il devait tarder, cerne semble, à un gouvernement de sortir d'une telle carrière : la guerre finie , il est temps que la jiistî ce reprenne ses droits : la force et la ruse ne sont plus les arbitres du monde.
Lorsque Napoléon avait abdique son pouvoir et que son armée avait déposé les armes , le gouvernement
(i) Histoire de la gtuiTc de la Peniusiile, lomc 1, page i^4.
des Bourbons qu^l avait renverse par son retour de Tîle d'Elbe , aurait pu Faccuser au nom des lois qui frappent les conspirateurs; mais sorti des mains jie ce gouvernenient , placé hors de toutes les nations , rpi détrôné, n'étant le sujet d'aucun prim^, la police de l'Angleterre n'avait sur sa personne ni droit ^ ni juridiction : aucun gouvernement ne pouvait l'atteindre déspnnais cju' autant qu41 violerait les lois spéciales de œ gouvernement.
Les hommes qui prennent l^urs ji^getnens dans leurs affections ou dans leurs inimitiés, doivent trouver naturel que le,gouvernement anglais^ en i8i5, n'ait consulté d'autre conscience pour disposer de la personne de Napoléon que les sentimais que
cette grande existence politique lui avait inspiras : la haine et une sorte d'effroi ! . • . Ces sentimens expliquent à peu près tous les attentats ,, mais ne sauraient les légitimer. Quand le tuinulte des passions politiques sera apaise, la déportation de Napolëon à Sainte-Hélène, sa mort accélérée par sa captivité ( i ) seront jugées avec sévérité : on ne dira pqy& seulement que le ministère anglais ne. fut pas généreux ) ou dira qu'il fut inique et qu'il viola le/iroit des nations.
Ce ministère ne prétepdit pas avoir
voulu punir sur le captif ses torts , soit
envers la dynastie des Bourbons , soit envers les libertés de la France.
i^y y oyez la notfr £ à la iln de Touvrage.
( 76 ) Que Napolëon eût choisi le rôle de Washington , l'oligarchie anglaise l'en aurait haï davantage, si, sous sa présidence, la France avait pu prétendre à une élévation plus durable.
On a voulu , dit-on , garantir la paix du monde et lui sacrifier un homme qui la menaçait? Lorsque, dans l'intérieu* des états il s'agît de violer les lais contre un grand citoyen , ou contre une classe, c'est le salut de Vétaty le salM public qu'on invoque : c'est au nom de lapaioc du monde, que la politique de quelques gouvernemens dispose des existences qui la gênent , alors même que ces existences ne sont pas sousjeur juridiction. Ainsi, Lafayetle à Ocmuhz ; Ipstlanti, dans les prisons de la même
puissance^ et pendant quelques jours, sous la main de la police française , Santa Rosa qiii ne demandait que la liberté d'aller mourir en Grèce pour une sainte. cause , -ont payé avec. tant d'autres par leur captivité leirr tribut à la paix du monde. Grâces au ciel , le prestige des mots est passe. Dans d'autres temps, peut-être , la paix intérieure d'un pays put se 'raontï^ attachée à la vie ou à la mort d^'uu
homme : Henri Uî le croyait ainsi , Ipfsqu'il fit assassiner les Guise j et 'Cepen4ant il commit un ciime sans utilité. De nos jours, les populations ^ qui raisonnent, ne se mettent plus à la suite d'une existence quelle qu'elle soit. La paix des étate , la paix du monde est attachée à d'autres con-
(80) û'bntpas été plus légUiines; qu'est-ce donclorsquecette détention ne devait être que le suppliqe de R^gulus avec un peu moins de violence, mais aussi avec beaucoup plus de durée.
Je suis donc Wen loin de penser, alors même que Napoléon se serait rendu sur le Bellérophon , s^ins aij- . cune espèce de stipulation , que la police de l'Angleterre pût avoir aucun droit sur sa vie ou sur sa liberté, après la pacification de la France . Son t à repousser Napoléon ire : le frapper d'une te , ou le coQdamver à 1 perpétuelle, sont à mes yeux des actes également illégitimes et contraires au droit des gens.
Mais il meparaîtimpos»ibie d'ad-
(81 ) mettre la supposition de sîr Fred.
Maidand. Après avoir lu attentivement son livre et les documens qu'il renferme, , j'y ' ^ puisé quelques moyens de plus d'afferpiîr ma conviction sur la sincérité du. rçcit de M . le comte de JLas Cases . Oui , la * vérité à mes yeux est que^ sur la proposition même du commandant du Bejlérophon^ il fut convenia^.que' Napoléon serait conduit sur le sol de l'Angleterre , pour y jouir de la protection de ses lois , et qu'un de ses officiers recevrait toutes les facilités de remettre lui-même une missive au prince régent.
Cette conviction profonde appelle»
pour moi, sur la question morale
que présente la déportation et ladé-
téntion à Sainte-Hélène , une saliitiaq incontestable : la protestation 4e Napoléon et la lettre du général Bertrand suf^saient pour faire connaître cette convention au gouvernement anglais ; cependant il n'en fit 9^iLC.un cas : le sol anglais fut interdît à Napoléon , et la plus horrible captivité fut décrétée. Machiavel seul a pu écrire qu'on n'est tenu d'exécuter les traités qu'autant qu'il y a intérêt à le faire : c'est le matérialisme politique, c^est le mépri$ de tout principe moral , c'est l'immoralité même, réduifô en système : les publicistes , qui se sont occupés à rçeharclierconsfôiencieusQment les principes du àxxyk des gens ,, imposent a»x vaincus: eux^-m^mçs l'obligation
d'exécuter certains traites dîclës par la ijîctoire : le prisatinier de guerre, qui a obtenu, une trêve à js» eaptivite , sous la (Condition de venir reprendre sa chaîne , est lié par sa parole : des rois ont donne F exemple de cette fidélité. S'il en est ainsi poiar le faible , cem qui ont fait la loi , qui ont dicte la coûveption , seraient-ils seuls déliés de leur promesse.
Napoléon fut appelé , teçti s«.f le BeUérophon^ pour être condtiit en Angleterre^ : sa pergfonne était désormais sacrée : le déporter sous les tropîcpiès ^ et le condaftmer jidscjtf à sa ûio*t an supplice d'une hori^ible éâptivité , c'est plus qu'un manque,^ de générosité , il y a eu manque de foi
• et violation, de tout ce qu'il y a de sacré parmi les hommes.
L'Angleterre , qui a pris une position si avancée' dans, la civilisation , valait mieux qu'une telle politique :
c'est ce qui 'explique cet effroi de voir le captif tovcher le sol de ce pays, et obtenir une entrevue du prince régent : mais l'école de Pitt et de Castelreagh ( i ) ne dirige plus les
affaires d'une grande nation j la Grande-Bretagne n'a plus à craindre , de voir sa foi compromise par cette politique sans probité , qui n'a d'autre mobile que l'intérêt du moment, et que les scrupules n'emb^irrassèrent jamais : les préjugés nationaux
* (i) Voyez la. note F à la fin de l'ouvrage.
t 85,) lui fournirent des alimens , mais ces prejugçs eux-mêmes s'affaiblissent ; le patriotisme . s*agra»dit et s'iépure de jour en jour , la mopale*" pënètre la politic[Ufe , et unira par la dcsninet : les hommes^ d'ëtat sont condamnes, à l'avenir, à yëpondre <Je la justi<}e de leurs actes devant l'opi- * nîon du g^nre humain : pour juiti- (ier un attentat , il ne suf&rait pas de prouver qu'il étaifc utile.