‹ Réfutation des Mémoires du maréchal Marmont, duc de RaguseChapitre 102 sur 189 · LIVRE SEPTtÈllE · texte numérisé non relu

LIVRE SEPTtÈllE

DIS TEMPS MODERNES y présentaient le spectacle le plus auguste qui fût jamais. Rien ne manquait à la céré*monie : j'en ai vu depuis deux autres du même genre y elles étaient belles; mais, dans celle-^ci, la gloire des armes , le triomphe de la civilisation et l'intérêt de l'humanité en faisaient à la fois l'éclat et l'ornement. » (II, 241 .)

Gomment concilier ce langage enthousiaste sur la réunion de toutes les capacités et de toutes les gloires^ groupées autour du trône de Vhomme le plus mar-^ quant des temps modernes^ avec la persistance que le duc de Raguse a mise jusqu'ici à dénigrer toutes les célébrités contemporaines , sans en excepter celle qui domine toutes les autres ?

Est-il maintenant converti ? Le spectacle auguste du couronnement l'a-t^il éclairé tout à coup sur le mérite des hommes qu'il déchirait naguère ; et pou* vons-nous croire qu'il soit sincèrement disposé à ne plus écouter les conseils de l'envie, quand elle viendra l'exciter encore contre les gloires et les capacités dont la France est justement fière , et parti-» culièrement contre la plus haute des renommées des temps modernes ?

Le maréchal Marmont, après avoir peint sous de si vives couleurs l'imposante et majestueuse céré* monie du couronnement, n'a pas voulu quitter la plume sans nous avoir fourni immédiatement une réponse formelle aux questions que ce mouvement

inattendu de justice et de bienveillance , de la part d'un détracteur maniaque, devait nécessairement soulever.

(c Cette grande circonstance du couronnement, cette solennité si imposante à l'occasion de l'érec* tion d*nn trône , devaient faire une impression profonde sur Napoléon. Il semblait que son àme ardente dût éprouver sa plus grande expansion , être enfin dans la plénitude de ses jouissances. Eh bien , il en était autrement. Son ambition était si vaste, que déjà il trouvait la terre trop petite pour lui; ce sentiment, manifesté à cette occasion, n'a jamais cessé d'agir sur son esprit avec une nouvelle force , et au point de finir par lui inspirer quelque croyance à une origine céleste.

» Le lendemain de son couronnement, il dit à Decrès, ministre de la marine, en causant familièrement avec lui (et celui-ci me l'a répété après), ces paroles : <c Je suis venu trop tard ; les hommes sont j) trop éclairés : il n'y a plus rien à faire de grand 1 » — Comment, sire! votre destinée me semble avoir » assez d'éclat : quoi de plus grand que d'occuper le » premier trône du monde, quand on est parti du rang » de simple officier d'artillerie? — Oui, répondit-il , » ma carrière est belle, j'en conviens, j'ai fait un beau » chemin ; mais quelle différence avec l'antiquité ! » Voyez Alexandre : après avoir conquis l'Asie et » s'être annoncé aux peuples comme fils de Jupiter,

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