‹ Réfutation des Mémoires du maréchal Marmont, duc de RaguseChapitre 103 sur 189 · LIVRE SEPHEME · texte numérisé non relu

LIVRE SEPHEME

» à l'exception d'Olympias , qui savait à quoi s'en D tenir, à l'exception d'Aristote et de quelques pé- » dants d'Athènes, tout l'Orient le crut. Eh bien^ ».moi^ si je me déclarais aujourd'hui fils du Pire » étemel^ et que f annonçasse que je vais lui rendre » grâces à ce titre, il n'y a pas de poissarde qui ne » me sifflât sur mon passage; les peuples sont trop » éclairés aujourd'hui^ il n'y a plus rien de grand à » faire. » Tout commentaire est superflu après un semblable récit. » (II, 242, 243.)

Oui, après un semblable récit, tout commentaire est superflu , il n'y a que de la pitié à exprimer pour l'imagination délirante et la jalousie furieuse du narrateur, que rien ne peut plus arrêter dans ses inventions de plus en plus odieuses et ridicules. Mais que sont donc les grands esprits, les beaux génies des temps modernes, si le plus marquant d'entre eux en était à prétendre à une origine céleste^ et à dire qu'il n'y avait plus rien de grand à faire , parce que lés peuples étaient trop éclairés? Mais il n'y a pas un écrit , pas une parole , pas un acte de Napoléon , depuis Toulon jusqu'à Sain te -Hélène, qui ne renferme une protestation contre ce blasphème et qui ne témoigne de l'admiration constante du général , du consul et de l'empereur, pour les splendeurs de la civilisation, comme de la sollicitude persévérante du conquérant-philosophe pour les progrès de la science et la propagation des lumières. Songez donc que si

cet homme vous étonna par la grande ambition qu'il développa devant vous, ce fut précisément parce qu'il se sentait jeté au milieu d'un siècle et d'un peuple où il y avait quelque chose de grand à faire , et que s'il n'eût pas cru la grandeur possible sans l'appui de la superstition , il se fût retiré bien vite de la scène du monde civilisé , dont il savait le merveilleux irrévocablement banni , au lieu d'y entrer avec éclat et d'y aspirer au premier rôle pour s'y livrer incessamment à la conception ou à l'exécution des plus grandes entreprises. Napoléon , au moment de son couronnement , ne voyait plus rien de grand à faire , parce qu'il ne pouvait pas s'attribuer une origine céleste sans s'ecoposer à être sifflé par les pois* sardes sur son passage ! Mais estimait-il donc si peu tout ce qu'il avait déjà fait pour devenir le premier homme et le premier potentat du monde , sans avoir eu besoin de se donner pour le fils du Phre éternel? Et ce qui remplissait sa tête immense , ce qui bouillonnait dans son âme ardente , ce qu'il rêvait , ce qu'il méditait , ce qu'il préparait pour continuer à préserver et à étendre la régénération française , et pour triompher enfin de la vieille Angleterre acharnée à perpétuer les coalitions européennes contre la nouvelle France , tout cela était-il aussi sans impor* tance et sans grandeur, tout cela lui apparaissait-il comme indigne de son ambition et de son génie, parce qu'il pouvait le tenter et l'accomplir sans qu'il

Page 1