LIVRE SEPTIÈME
'fût possible de le rattà'cher à une parenté divine ? Ce qu'il a fait, après comme avant son couronne*ment 9 n'a*t-il pas donné un éclatant et perpétuel démenti à cette fable absurde qui le montre , à son avènement, dégoûté de la gloire, désenchanté de la puissance, trouvant tout mesquin et tout petit dans les plus grandes œuvres du génie humain , désolé d'être venu en un siècle trop éclairé pour ne pas trouver étrange sa disposition à s'attribuer une origine céleste? Si l'ingénieux historien qui eut l'idée de faire entrer Napoléon dans Vienne sous le titre de marquis de Bonaparte^ généralissime des armées du roi , eût imaginé le conte que Marmont a prêté à Decrès , il n'y aurait pas lieu de s'en étonner ; cette billevesée ne déparerait pas un livre où tout le monde est habitué dès longtemps à voir les fie* tions d'une certaine école prendre la place des réalités de l'histoire. Mais les ministres et les lieutenants de Napoléon , les témoins les plus proches de sa vie prodigieuse , ses coopérateurs les plus favorisés dans la distribution des services et des récompenses, ceux qui ont été admis pendant quinze ans à conférer ou à correspondre avec lui, tandis que son activité, sa sollicitude et son intelligence incomparables em-« brassaient le monde tout entier pour le faire marcher en avant sous l'influence progressive du génie civilisateur de la France ; les confidents privilégiés de ses hautes pensées , les serviteurs assidus de sa
vaste politique , les flatteurs* infatigables de sa toutepuissance, lui attribuer des tendances superstitieuses, des accès d'orgueil puéril, le représenter comme trouvant la terre trop petite et l'esprit humain trop avancé pour lui , et finissant par se laisser inspirer quelque croyance à une origine céleste; c'est de l'ingratitude poussée jusqu'à l'insanie par un grand coupable à qui rien ne coûte pour rapetisser le héros, l'ami, le bienfaiteur lâchement trahi, et qui se débat misérablement contre ses remords , dont il s'efforce en vain d'alléger le poids.
Du vivant de Napoléon , il parut un livre dont l'auteur, qui avait été attaché au cabinet de l'Empereur, lui faisait dire : Mon nom vivra autant que celui de Dieu. Quand cette phrase tomba sous les yeux du prisonnier de Sainte-Hélène , il s'écria :
ce Quel horrible blasphème 1 Qu'est-ce qu'une nation ? qu'est-ce qu'un homme à côté de Dieu ? qu'est-ce qu'un homme à côté de l'univers? » (Mémoires de Napoléon ^ VIII , 286 . )
Voilà comment Napoléon se croyait l'égal ou le fils de Dieu ! comment il trouvait l'univers trop petit pour lui !
S IV
Les cérémonies du couronnement terminées, Marmont retourna en Hollande. Il était chargé de veiller