LIVRE SEPTIK.ME
à l'exécution rigoureuse des mesures prises par Napoléon contre le cononerce anglais. Les instructions qu'il avait reçues lui parurent trop sévères; il s'en constitua le juge , et ne craignit pas de les modifier. Il s'en vante , du moins ^ et en des termes et avec des détails qui peignent de mieux en mieux l'orgueilleux détracteur de la personne et de la politique du maître dont il recevait les plus hautes marques de confiance et d'affection.
<i Ce fut d'abord aux marchandises fabriquées en Angleterre, dit-il, que l'Empereur déclara la guerre, les marchandises coloniales trouvant grâce devant lui. L'Empereur en vint à m'ordonner de faire prendre toutes les marchandises de fabrique anglaise existant en Hollande , de les faire vendre , et d'en employer le produit au profit de l'armée.* Dans son langage , c'était m' autoriser à en donner une partie en gratification, et a en prendre les trois quarts pour MOI; il y en avait pour plus de douze millions. Je me refusai à exécuter cette mesure odieuse , d'une injustice révoltante. Ces marchandises étaient devenues propriétés hollandaises: c'eût donc été un pillage exercé chez nos amis , chez nos alliés. Le nom français en eût été entaché d'une manière éter^ nelle, car les populations qui tiennent le plus à leur argent sont souvent plus sensibles encore au mode employé pour le leur arracher. Il y avait dans celuici une injustice capricieuse, une violence mépri-
santé dont les Hollandais auraient été plus irrités que de la perte éprouvée. Mais, comme la politique de l'Empereur voulait frapper l'industrie anglaise , je pensai atteindre son but en mettant obstacle au commerce au. moyen de mesures de rigueur pour l'avenir; tout alors était juste et conforme à mes devoirs. » (11,246,247.)
L'Empereur voulait exercer chez les alliés de la France ufi pillage qui eût entaché le nom français d^\m» manière étemelle. Marmont désobéit à l'Empereur pour sauver l'honneur français de cette étemelle flétrissure !
L'Empereur^ par son langage^ aiUorisait Marmont à prendre, dans ce pillage^ neuf ffiillions sur douze. Marmont , aussi délicat et aussi scrupuleux en Hollande t]u'il l'avait été en Italie au pillage de Pavie, refusa d'exécuter les ordres de l'Empereur, et repoussa avec indignation la facilité que son ancien général lui offrait pour la seconde fois d'arriver promptement à une grande fortune.
Mais où donc l'Empereur a-t-il tenu à Marmont ce langage qui lui laissait entrevoir un rapide enrichissement à la suite d'un scandaleux pillage ? Pour donner tant soit peu de vraisemblance à une imputation de cette nature contre un homme aussi sévère que Napoléon en matière de délicatesse, d'exactitude et de probité administrative, il faudrait une preuve authentique , irrécusable , une in-