LIVRE HUITIKUE
victorieuse , et difierent*eiles beaucoup des regrets qu'auraient pu exprimer les généraux de l'armée vaincue ?
Poursuivons.
« Mais le danger eût été bien plus grand pour nous encore , ajoute le duc de Raguse , si les deux armées eussent opéré en arrière en se rapprochant , et porté le théâtre de la guerre au-dessus de Vienne. Au lieu de cela, l'Empereur, n'ayant aucun obstacle devant lui^ poursuivit le corps de Koutousoff, qu'il battit à HoUabrunn , et marcha à la rencontre de la grande' armée russe. L'ayant jointe aux environs de Brunn, et après avoir réuni le corps de Lannes, celui de Soult, de Bemadotte, une division de Davont, la cavalerie de Murât et la garde impériale, faisant ensemble au moins cent mille hommes , il attaqua l'armée ennemie, composée de quatrevingt mille Russes et de quinze mille Autrichiens. » (II, 338,339.)
Heureux Napoléon ! un hasard hors de tous les calculs^ aidé par la stupidité d'un prince autrichien et un peu aussi par la sotte confiance des Russes et par l'inexpérience de leur jeune empereur ^ entouré d'un état-major présomptueux (id.j 335), lui prépare, à son insu , l'un de ses plus importants et magnifiques triomphes , et le mène , par une voie qui ne lui ofire aucun obstacle y sur le champ de bataille d'Austerlitz,*pour qu'il y écrase à son aise une armée infé-
254 RÉFUTATION DES HÉlfOiRES DU DUC DE RAGUSE.
rieure à la sienne et qui ne compte que quatre-vingtquinze mille hommes au lieu de deus: cent mille dont elle aurait pu se composer. Ce n'est pas tout ; cette armée ennemie, ainsi réduite, ajoute encore à l'avantage du nombre qui appartient en cette journée à l'Empereur des Français , ei^ se battant avec courage sans doute , mais sons intelligence. « N'ayant pas assisté à la bataille d' Austerlitz , dit Marmont , je n'en ferai pas la description. Tout le monde en connaît les résultats. V affaire fut courte; les Busses s'y battirent avec courage^ mais sans intelligence^ et nous fîmes vingt mille prisonniers. » {Id., 339.)
Le récit de cette bataille ne devait pas, en effet, sourire au duc de Raguse ; si la relation officielle en est exacte, il aurait fallu louer tout le monde S ot ce n'était pas une obligation facile à remplir pour l'homme qui a écrit des Mémoires comme ceux du maréchal Marmont. Mais M. de Raguse , qui s'est abstenu de décrire la lutte héroïque d' Austerlitz parce qu'il n'y était pas> a cru en connattre assez les détails cependant pour dire ce qui pouvait diminuer plutôt que rehausser la gloire de nos armes.
* «t On n*ose nommer aucun corps , dit le rapport officiel, ce serait une injustice pour les autres ; ils ont tous fait Pimpossible. Il n*y ayait pas un officier, pas un général , pas un soldat qui ne fût décidé à vaincre ou à périr. » — Le bulletin constate également que la supériorité numé* rique était du côté des ennemis , dont Parmée s'élevait à 1 05,000 hommes , le contingent autrichien étant de 35)000, et non de 15,000 comme le dttcde Raguse Pa prétendUi
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Il a saque les Russes s'étaient battus ^ans intelligence j ce qui avait dû nécessairement faciliter notre succès. Voilà le prince d'Auesperg, le jeune empereur de Russie, l'état-major ef les troupes russes, bien con* vaincus d'avoir fait en Allemagne pour l'empereur Napoléon ce que Beaulieu, GoUi, Alvinzi et Wurmser firent pour le général Bonaparte en Italie. Heureusement le soleil d'Austerlitz brille d'un assez vif éclat dans l'histoire pour s'y maintenir radieux, sans avoir rien à redouter de l'approche des nuages au milieu desquels le duc de Raguse a déjà vaine* ment essayé de faire disparaître le drapeau d'Arcole.
Au livre neuvième de ses Mémoires^ Marmont rappelle son séjour à Gratz jusqu'à la paix, l'occupation du Frioul , ses excursions dans la Cannthie et la Car* niole et sur les bords de l'Adriatique , ses visites à Udine, à Venise et à Milan, etc., etc. Mais il ne peut pas se résoudre à entrer dans ce nouvel ordre de faits, sans se retourner une fois encore vers les vainqueurs d'Austerlitz , pour leur répéter que le triomphe retentissant dont ils s'enorgueillissent, dû sans doute à la rapidité des mouvements ^ àla vigueur des atta^ queSj à la bonté des troupes y fut pourtant aussi gran-» dément facilité par V incroyable confiance des Russes ^ dont la conduite fut contraire à tous les aUctUs de la
raison j comme il ta déjà prouvé j et qui compromirent par leur précipitation un succès d'autant plus probable pour eux que le roi de Prusse , entraîné par la violation de son territoire ^ était décidé à entrer en campagne, et à joindre ses armes à celles de la Russie et de TÂutriche contre la France. (II , 362.) Marmont raconte brièvement son séjour à Udine et son passage à Venise; il est pressé d'arriver à Milan pour y essayer le venin de sa plume sur le jeune héros dont il se réserve de substituer plus tard la responsabilité à la sienne dans les trahisons de 1814, sans craindre de révolter la conscience publique. L'habile empoisonneur prend d'abord une attitude bienveillante et une physionomie affectueuse pour aborder l'illustre victime qu'il est impatient de marquer d'un signe fatal. Il parle avec enthousiasme de la grande beauté et des rares vertus de la princesse qu'Eugène Beauharnais venait d'épouser. « Il faut être l'objet de la prédilection du ciel, dit-il 9 pour rencontrer une pareille femme , aussi accomplie de toutes les manières, quand on est marié par les combinaisons de la politique. Eugène se livrait avec ardeur à l'exécution de ses devoirs. Bon jeune homme, d'un esprit peu étendu, mais ayant du sens , sa capacité militaire était médiocre : il ne manquait pas de bravoure. Son contact avec l'Empereur avait développé ses facultés, il avait acquis ce que donnent presque toujours de grandes