‹ Réfutation des Mémoires du maréchal Marmont, duc de RaguseChapitre 114 sur 189 · LIVRE HUrriÉllE · texte numérisé non relu

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misire qui atteignait les grands eux-mêmes , et dont ils cherchaient à s'affranchir par les concussions, les dettes, etc., etc. Glausel^ en écrivant sa lettre , avait sous les yeux le tableau vivant de Raguse , et il Id peignait, d'un mot, en soldat de l'école de Napoléon ; Marmont, en rédigeant ses Mémoires, avait tout à fait perdu de vue ce tableau depuis longtemps , et il le refaisait d'imagination, selon ses convenances du jour, en soldat de l'école de Pichegru et de Moreau.

Mais le général Marmont ne se contentait pas de mal penser du pouvoir dont il était l'un des agents les plus favorisés , il mettait toujours seâ actes en harmonie avec ses préoccupations hostiles dès que les exigences de son amour-propre se trouvaient enjeu. La subordination qui lui était imposée envers le vice-roi d'Italie n'était point franchement accep^ tée par lui. C'était à peine s'il donnait un acquies-* cément de bon aloi à la nécessité hiérarchique dans ses rapports avec l'Empereur. Le vice-roi , par ordre de Napoléon , pressait la formation d'une légion dalmate. Marmont agissait peu pour satisfaire au désir du prince. Blessé de cette négligence, Eugène écrivit à Marmont :

« Je vois avec beaucoup de peine ^ monsieur le général Marmont, que le décret de Sa Majesté pour La formation d'une légion dalmate ne s'exécute

pa^ Vous devez sentir de quelle importance il

serait, dans les circonstances actuelles, que le ôé^

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cret de Sa Majesté reçût son exécution Veuillez,

je VOUS prie , vous occuper des moyens qui pourraient faciliter la levée de cette légion, vous en entendre avec le provéditeur, et me faire <x)nnaitre quels sont les obstacles qui s'y opposent. // est vraiment ridicule que^ dans un pays où les Autrichiens ne se gênaient pas pour faire marcher les hommes à coups de bâton, nous ne puissions rien obtenir par les mesures les plus douces, et pour ainsi dire par des politesses. » (III, 105, 106.)

Cette lettre d'Eugène accuse et dément à la fois le général Marmont. Elle l'accuse de ne pas vouloir ou de ne pas savoir faire exécuter les ordres les plus importants et les plus formels de l'Empereur ; elle atteste la douceur du régime français, que Marmont appelle oppresseur, et qui avait remplacé en quelque sorte par des politesses les brutalités du régime autrichien.

Mais l'Empereur eut à se plaindre directement à son tour des négligences de son lieutenant en Dalma« tie. <c Je reçois votre état de situation du 1 5 janvier, lui écrivait-il de Paris , le 9 février 1 808 ; comment arrive-t'il que vous ne me parlez jamais des Monténé* grins ? Il ne faut pas avoir le caractère roide; il faut envoyer des agents parmi eux, et vous concilier les meneurs de ce pays. » (III, 160.)

Marmonl trouvait oppresseur le pouvoir dont le prince Eugène vantait la douceur, et c'était lui qui

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altérait le caractère et compromettait le succès de ce pouvoir par sa roideur personnelle.

La correspondance de l'Empereur et celle du vice* roi avec le général en chef des troupes françaises en Illyrie mentionnent d'autres reproches que Napo-^ léon et Eugène eurent à adresser à Marmont.

Le payeur de la guerre du royaume d'Italie avait été contraint, par ordre de Marmont, de prélever sur les fonds qui lui avaient été faits pour les dépenses de la solde et des masses des troupes italiennes, une somme de quatre cent soixante-treize mille deux cent quatre-vingt-deux francs pour les dépenses de l'artillerie, du génie, des approvisionnements, etc. , etc.

Napoléon fit écrire à Marmont par le ministre de la guerre pour lui témoigner qu'il désapprouvait sa conduite en cette circonstance. « L'Empereur, disait le ministre, quipaiie un œil attentif sur toutes les dé^ penses de ses armées, a remarqué que celles de V armée de Dalmatie étaient considérables , et que cette armée coûtait plus qu'une autre qui aurait le double de sa force. Sa Majesté veut y général j, que V administration de V armée que vous commandez soit plus régulière, et qu'&n^ucune manière il ne soit fait de violation de caisse. » (III, 162.)

Cette lettre était partie de Paris le 1 7 mars 1 808. Le 30 du même mois, Marmont répondit à l'Empereur et au ministre pour se justifier. Le 8 mai suivant, au milieu des préoccupations des affaires

t6d RÉFUTATION DES MÉMOIRES DU DUC DE RAGUSE.

d'Espagne , Napoléon écrit de Bayonne à Marmont pour lui exprimer directement sa désapprobation du prélèvement qu'il avait imposé au payeur du royaume d'Italie. « Monsieur le général Marmont , lui dit-il f la solde de l'armée de Dalmatie est arriérée parce que vous avez distrait quatre cent mille francs de la caisse du payeur pour d'autres dépenses. Cela ne peut marcher ainsi. Le payeur a eu très-*grand tort d'avoir obtempéré à vos ordres. Comme c'est le trésor qui paye ces dépenses , ce service ne peut marcher avec cette irrégularité. Vous n'avez pas le droit, sous aucun prétexte , de forcer la caisse. Vous devez demander des crédits au ministre; s'il ne vous les accorde pas , vous ne devez pas faire ces dépenses. » (III, 172.)

Cette expression si nette et si énergique de ses rigoureuses et légitimes exigences en matière d'exactitude et de régularité administratives ne suffit pas encore à Napoléon.

Il en est à poursuivre l'exécution de son plan de rénovation européenne , à méditer, à tenter une grande révolution dans un vaste empire; il va porter la main sur l'héritage de Charles-Quint , et substituer sa propre dynastie à celle de Louis XIV au delà des Pyrénées, et au moment de se jeter dans cette gigantesque entreprise, il persiste à reporter sa pensée sur une somme de quatre cent mille francs dont un de ses généraux, au fond de

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