‹ Réfutation des Mémoires du maréchal Marmont, duc de RaguseChapitre 117 sur 189 · LIVRE NEUVIEME · texte numérisé non relu

LIVRE NEUVIEME

quences qu'aurait pu avoir pour Napoléon une cou-» duite de la guerre moins inhabile de la part des généraux étrangers. Marmont a reproché amèrement aux anciens chefs de l'armée autrichienne en Italie d'avoir fait en grande partie la réputation de Bona* parte; il adresse un blâme analogue au prince Charles à propos de la campagne de 1800. « L'Empereur , dit*il , exerçait sur les facultés morales de l'archiduc une action incroyable , une espèce de fascination. L'anecdote suivante en est bien la preuve. Je la tiens de deux généraux , le comte de Bubna et le baron de Spiegel , qui servaient près de l'archiduc Charles en qualité d'aides de camp, et qui étaient investis de sa confiance.

» L'archiduc était entré en campagne sous les meilleurs auspices. L'armée française , au moins la grande masse de ses forces , et particulièrement les troupes qui avaient fait les campagnes de 1805, 1806 et 1807, étaient en Espagne et en Italie. Le corps seul de Davout, fort de trente mille hommes environ , et quelques autres troupes , organisées à la hâte dans les dépôts de France, se trouvaient en Allemagne. Ainsi les alliés faisaient le fond de l'armée française par leur nombre. Sans vouloir les traiter injustement , on sait combien ces troupes sont médiocres. L^ archiduc, ent^é en campagne avec une belle et nombreuse armée, bien pourvue, bien outillée , marchait avec la confiance que lui donnait

son immense supériorité; et cette confiance était universelle. Tout à coup, sur le champ de bataille de Ratisbonne j on fait un prisonnier français. On le questionne : il annonce l'arrivée de l'Empereur à l'armée , et dit qu'il est en personne à la tête de ses ' troupes. On refuse de le croire; mais un second , puis dix j quinze j vingt prisonniers disent la même chose. Dès ce moment, me dit-on, dès l'instant où la chose fut constatée, l'archiduc, qui jusque-là avait montré du sang-froid et du talent, perdit la tête, ne fit plus que des sottises. « Et moi, ajoutait Bubna, pour lui faire retrouver ses facultés, pour le remettre , je lui disais : « Mais , monseigneur, pour- » quoi vous tourmenter ? Supposez , au lieu de Napo- » léon , que c'est Jourdan qui vient d'arriver. » Cette histoire fort gaie n'est jamais sortie de ma mémoire. Elle ne fait pas trop valoir le maréchal Jourdan; mais Bubna avait choisi son nom parce que l'archiduc avait fait la guerre contre lui pendant deux campagnes et l'avait toujours battu. » (III, SI 6, 2i7,218.)

A peine préservé d'une ruine inévitable à Essling, par la fascination que son nom exerce sur l'archiduc , Napoléon va remporter à Wagram l'un de ses triomphes les plus signalés; et ici encore, d'après

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