‹ Réfutation des Mémoires du maréchal Marmont, duc de RaguseChapitre 12 sur 189 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

d'enthousiasme et d'ivresse , que ne dut en laisser apparaître l'empereur Napoléon faisant asseoir à côté de lui 9 sur le trône , une princesse que les combinaisons de la politique amenaient seules dans sa couche. Mais si le contentement que le général éprouva de son premier mariage sembla le rendre fier de s'allier à une illustre famille , ce sentiment ne lui vint pas à coup sûr de ce qu'il aurait toujours été soumis aux préjugés nobiliaires^ même lorsqu'il faisait le républicain , et de ce qu'il aurait cru faire un grand pas dans l'ordre social j selon l'expression du duc de Raguse ; cette fierté ridicule d'un parvenu vulgaire n'allait pas à l'âme grande et forte de l'homme qui savait n'avoir pas besoin d'alliance pour s'anobhr, et qui attachait si peu de prix à la noblesse originelle , dont le hasard de la naissance l'avait d'ailleurs gratifié, qu'il répondit un jour à des généalogistes italiens , empressés de lui décou* vrir des ancêtres et de lui trouver de nombreux quartiers, que sa noblesse ne datait que de Montenotie, c'est-à-dire de la première bataille qu'il eût gagnée, comme général en chef, sur les ennemis de la France,

Bonaparte, devenu l'époux de Joséphine, ne pouvait être et n'était réellement fier que de son bonheur; fier d'avoir fait partager son affection à une femme dont il était éperdument amoureux et qui brillait et régnait dans le monde par les char-

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mes de sa personne , par les grâces de son esprit et par les belles qualités de son âme , beaucoup plus que par les attraits de son blason.

Quant à l'accusation d'hypocrisie républicaine, glissée en passant dans une phrase incidente pour rendre plus saillante Vincroyable superstition aristo* cratique du héros populaire, elle n'a pas plus de fondement et de portée que le reproche de soumis^ sion intime et persévérante aux préjugés nobiliaires. Bonaparte , écrivant le Souper de Beaucaire^ pratiquant Robespierre jeune, donnant les noms de la Convenu tion et des sans-culottes à ses batteries , ou déplorant la réaction de thermidor, ne faisait pas le républicain^ IL l'était !..• il l'était sincèrement parce qu'il fallait l'être alors, et non pas seulement le faire ^ pour figurer au premier rang, avec vigueur et puissance, dans la lutte terrible où la révolution et la nationalité étaient menacées de périr ; parce que la république, en ces jours d'orages et de périls, était voulue de Dieu et du peuple , comme la forme logiquement indiquée par la force des choses , comme la seule institution qui pût donner à la France, attaquée de tous les côtés par les troupes étrangères et par les conspirations intérieures , la surexcitation politique et la fièvre guerrière dont elle avait besoin pour passionner les masses populaires et tirer de leur sein d'innombrables défenseurs de la patrie, d'héroïques gardiens de l'honneur national, d'in-

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