LIVRE DIXIKIIK. 2S
fui jadis en un demi-stèele de paiœ ; le duc Decrès , qui aura gravé dans sa mémoire cette parole de M. de Fontanes à Napoléon : Les années ^ sous votre règne, sont plus fécondes en événements glorieux que les siècles sous d'autres dynasties; le duc Decrès se hâtera de recommander au duc de Raguse de fouler aux pieds les souvenirs de 1804, et d'oublier des manifestations intimes , évidemment mal interprétées, pour célébrer ensemble les grandes choses accomplies par le héros qu'ils avaient cru halluciné et découragé , et qui les avait entreprises et menées à bonne fin , sans avoir besoin de se faire passer pour le fils du Phre éternel.
Le duc de Raguse vit en effet le ministre de la marine 9 et il a minutieusement raconté dans ses Mémoires ce qui se passa dans cette entrevue. Voici son récit :
ce Les paroles qu'il m'a dites , il y a bientôt trente ans, retentissent encore à mon oreille , et je ne puis m'empêcher de les consigner ici.
» Le duc Decrès, ministre de la marine, était mon compatriote ; nous avions des alliances communes ; j'avais navigué à son bord dans la traversée d'Egypte. C'était un homme-de beaucoup d'esprit. Nous nous étions convenus et liés intimement. Je ne ferai pas l'éloge de son caractère passionné et vindicatif; je connais plusieurs traits de lui blâmables; mais, personnellement , j'ai toujours eu à me louer de ses
â86 REFUTATION DES MCaiOIRES IIU DUC DE RAGUSE.
procédés envers moi. Il me vit bien satisfait, bien ardent dans mes récits. Après m'avoir laissé dire, après m'avoir écouté, il prononça ces propres paroles : « Eh bien y Mamwnt^ vous voilà bien content , farce que wms venez d'être fait maréchal. Vous voyez tout en beau. Voulez^vous que mm je vous dise la vé^ rite, que je vota dévoile V avenir? L'ëmpeiieuk bst fou, TOUT A FAIT FOU , et uous jettera tous , tant que nous sommes, cul par^dessus tête, et tout cela finira par une épouvantable catastrophe, i»
» Je reculai deux pas et lui répondis : a Êtes-vous fou vous-même de parler ainsi, et est-ce une épreuve que vous voulez me faire subir? — Ni l'un ni l'autre, mon cher ami : je ne vous dis que la vérité. Je ne la proclamerai pas sur les toits ; mais notre andenne amitié et la confiance qui existe entre nous m'autorisent à vous parler sans réserve. Ce que je vous dis n'est que trop vrai, et je vous prends à témoin de ma prédictk)n. » Et là-d^sus, il me développa ses idées en me parlant de la bizarrerie des projets de l'Empereur, de leur mobilité et de leur contradiction, de leur étendue gigantesque, que saisje? Il me présenta un tableau que les événements * n'ont que trop justifié. Plus d'une fois, depuis la Restauration, j'ai rappelé à Decrès notre conversatkm et son étonnante mais bien b^iste prédiction, p (III, 336, 337.)
Si cette anecdote était vraie, elle renfarmarait