‹ Réfutation des Mémoires du maréchal Marmont, duc de RaguseChapitre 124 sur 189 · LIVRE DIXièllE · texte numérisé non relu

LIVRE DIXièllE

une terrible accusation , non pas à coup sûr contre la raison de l'Empereur, mais contre Tintelligence et la probité politique de son ministre.

Mais Decrès , quelque passionné et vindicatif qu'il fût, aijait de V esprit et beaucoup^ d'après Napoléon lui-même ; son administration était rigoureuse et pure {Mémorial) *y et l'Empereur, qui lui maintint son portefeuille jusqu'en 4 814, et qui le lui rendit en 4815, ne lui avait donné certainement aucun sujet de haine et de vengeance, ni en 1804 ni en 1 809.

Gomment un homme élevé si haut dans la coufiance de TEmpereur et dans le gouvernement de l'Empire, n'ayant que des raisons de se montrer dévoué à Napoléon et plein de foi dans la stabilité de son trône , aurait-ii pu dire à l'un des chefs de l'armée impériale, ivre de joie de son avènement tout récent à la première dignité militaire, que l'Empereur était fou^ tout à fait fou, et que l'Em* pire allait finir par une épouvantable catastrophe ^ alors que tout s'inclinait, peuples et rois , devant le génie de l'Empereur ; alors que tout , sous sa main glorieuse et féconde, améliorations intérieures et prépondérance extérieure, se développait avec éclat sous les yeux de la nation reconnaissante; alors que les plus anciennes , les plus orgueilleuses et les plus puissantes maisons souveraines de l'Europe, passant de la crainte au respect et à l'admiration pour le

vainqueur de tant de batailles , créateur de tant de merveilles 9 étaient prêtes à se disputer l'honneur de donner une nouvelle épouse à Théroïque parvenu en qui s'était incamée la révolution française , si longtemps menacée et harcelée par les coalitions monarchiques ?

L'Empereur aurait été pour les nations et pour leurs chefs le premier homme du monde par l'intelligence et par la gloire, et, à l'apogée même de cette élévation suprême, il n'aurait été pour l'un de ses ministres qu'un potentat sans raison et sans avenir, un fou courant au précipice et menant la France à l'abime ! et ce ministre aurait continué à servir, à flatter , à encenser pendant six ans encore le monarque frappé d'insanie, et conduisant le pays à d'inévitables catastrophes I

Il ne se peut pas qu'il y ait eu autour de Napoléon, sans qu'il l'ait deviné et congédié aussitôt, un conseiller aussi aveugle, aussi insensé, aussi ingrat, aussi déloyal.

Marmont ne fait dénigrer l'Empereur et prédire la chute de l'Empire, en \ 809, par Decrès, que pour faire dire qu'il n'abandonna lui-même, en 1 81 4, que ce qui était déjà jugé extravagant et impossible, cinq ans auparavant, par les meilleurs esprits.

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