‹ Réfutation des Mémoires du maréchal Marmont, duc de RaguseChapitre 125 sur 189 · LIVRE DIXIEUE · texte numérisé non relu

LIVRE DIXIEUE

Le duc de Raguse , résolu à reculer le plus possible le commeucement de la décadence de l'Empire, invoque à cet effet d'autres autorités que celle de Decrès. L'opinion publique elle-même ne lui parut pas favorable au gouvernement. « On appréciait cette campagne de 1809, dit-il ; on était satisfait de la paix, mais on était blasé sur la gloire militaire. On voulait du repos, on désirait plus de liberté, une existence plus calme, et on voyait V avenir encore chargé de tempêtes. » (Ib.^ 336.)

Qui voyait ces tempêtes ? qui formait ces désirs ?

Marmont s'exprime de manière à faire croire qu'à son retour de Wagram il trouva le peuple de France dégoûté de la gloire, demandant la liberté et présageant des révolutions. Il s'en faut que ce fût là l'état général des esprits à cette époque. La nation ne fut jamais plus fîère des triomphes de ses armées et de la grandeur de son chef. Satisfaite dans son culte pour l'égalité , elle ne songeait pas encore à faire rouvrir le temple de la liberté , et elle ne cherchait pas surtout à se faire peur de prochaines catastrophes. Si le duc de Raguse rencontra quelque part des aspirations libérales et des prédictions révolutionnaires de cette nature , ce ne put être que dans quelques groupes isolés où l'esprit frondeur,

toujours prêt à contester au génie lui-même le droit de gouverner le monde , ne voulait rien voir de ce qui était l'objet de l'admiration universelle, et s'obstinait à signaler des symptômes de décadence que personne n'apercevait. Il y eut en effet à Paris, peudant toute la durée de l'Empire, des comités au sein desquels siégeaient des hommes éminents par le savoir, le caractère et le renom, et dont la mission consistait à entretenir le feu sacré de l'ancien régime dans la petite église des salons, en s' efforçant d'attacher les signes de la déraison et de l'instabilité aux oeuvres prodigieuses de l'ordre nouveau. Les fidèles étaient soigneusiement pourvus chaque matin d'un bulletin de fantaisie et d'un mot d'ordre pour être partout en mesure d'opposer le scepticisme aristocratique à la foi populaire.

L'Empereur savait cela et ne s'en inquiélait pas; il était au faite de la puissance, remaniant à son jgré la carte de l'Europe, renouvelant les rois et les peuples, et se croyant di^ensé, au milieu de ses gigantesques entreprises , de prendre au sérieux la guerre sourde de quelques anglomanes et les coups d'épingle des coteries. Il attadiait si peu d'importance à l'opinion solitaire et aux agitations ténébreuses de cette société exceptionnelle , qu'il avait laissé entrer quelques-uns de ses membres les plus influents dans l'administration de son Eknpire. Ce fut peut-être une imprudence, car, au Jour des nevers^

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