LIVRE DIXIëME. S9i
l'Empereur rencontra devant lui le pygmée orgueilleux qu'il avait méprisé, et qui s'était glissé partout pour gêner la défense et faciliter le renversement du colosse, a Partout^ écrivit-il à son frère Joseph le 3 mars 4814, fai des plaintes du peuple contre les maires et les bourgeois , qui les empêchent de se défendre; JE VOIS LA MÊME CHOSE A Paris. Lc peuple a de r énergie et de V honneur ^ je crains bien que ce ne soient certains chefs qui ne veulent pas se battre. » {Mémoires de Napoléon ^ VIII, 359.)
Mais en i 809 , les yeux fixés sur son étoile qui le menait chaque jour à la découverte de nouveaux horizons, l'Empereur poursuivait avec confiance la réalisation de ses vastes desseins , sans laisser arrêter son génie dans sa marche audacieuse par la prévision alors impossible d'accidents, de désastres, de défections et de trahisons inouïs. Les frondeurs qui prirent le duc de Raguse pour confident de leurs sinistres prophéties ont pu se vanter plus tard d'avoir pressenti et prédit mystérieusement ce que le grand homme ne prévoyait pas. Les événements, pour si funestes qu'ils aient pu devenir à l'Empereur depuis 1812 jusqu'en 1 81 5, n'ont rien changé pourtant à la nature des idées régénératrices, au caractère de la mission politique et sociale de Napoléon ; ils ont laissé intact, tout à fait intact, au contraire, tout ce que les frondeurs précoces s'étaient hâtés de déclarer voisin de l'insanie et de la ruine:
292 RÉFUTATION DES MElilOIRES DU DUC DE RAGUSE.
la foi que le grand homme avait en son étoile et qu'il faisait partager au peuple; la foi qui le faisait se considérer comme le propagateur de la démocratie moderne par la force des armes et son organisateur par la puissance des institutions; la foi qu'il commençait une ère nouvelle.
Bien des gens, à coup sûr, quoique placés fort près de l'Empereur, n'apercevaient pas cette étoile. Le duc de Raguse assure que le cardinal Fesch était de ce nombre , et il raconte à ce sujet une petite scène qui se serait passée au château de Fontainebleau entre le dignitaire de l'Église et le chef de l'Empire. Je ne veux pas reproduire des détails aussi inconvenants qu'invraisemblables. Mais la part de l'imagination et de la malveillance une fois constatée et écartée , je ne trouve nullement improbable que l'oncle de l'Empereur, lié au saint-siége par son titre et par sa croyance, et blessé de la résolution de son neveu à l'égard du pape , n'ait pas vu ou compris ce que Napoléon voulait lui montrer dans le ciel , quand il lui disait : « Regardez là-haut! vous n'y voyez rien^ et moi fy vois mon étoile. » (III, 339.)
Napoléon avait la foi de Bossuet; il croyait au gouvernement des choses humaines par la Providence. Il s'appliquait à lui-même l'idée qu'il avait eue d'Alexandre, de César et de Charlemagne, en ouvrant leur histoire; l'idée d'une mission provi-