‹ Réfutation des Mémoires du maréchal Marmont, duc de RaguseChapitre 141 sur 189 · LIVRE DOUZIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DOUZIÈME

Ses douleurs attt)ces lui faisaient désirer la mort , et il la demandait avec instance. Je causai avec lui pen* dant quelques instants. Je lui parlai des personnes qui l'intéressaient, et, comme je lui montrais ma vive et profonde commisération j il me répondit : <K Va 9 mon ami, la mort serait peu de chose pour moi si je souffrais moins vivement, n (Y, HO.)

La loyauté et la franchise de Duroc aussi bien que son profond attachement pour l'Empereur étant incontestables, il n'y a qu'une induction à tirer de ce que rapporte ici le duc de Raguse , c'est que l'Empereur soupçonnait et accusait légèrement les caractères les plus irréprochables , et que la suspicion la plus légitime pourrait être dès lors opposée à ses jugements les plus sévères. Marmont ne raconte jamais y alors même qu'il semble le faire avec le plus d'abandon et d'entratnement ; il plaide toujours. Il vous mène au lit de mort de Duroc , dans une baraque; il vous fait assister aux atroces douleurs de son agonie et entendre ses dernières paroles, mais pour que vous disiez ensuite , à l'issue de cette

triste scène : « L'Empereur avait donc fini par inspirer

le découragement et rendre la vie pénible à ses meilleurs amis; Duroc ne se trouvait pas malheureux d'être séparé de lui par une mort prématurée , en 1 81 3 ; d'autres ont bien pu s'estimer heureux de s'en séparer d'une autre manière, en 181 4. » Mais Duroc, dont l'agonie est si ingénieusement

exploitée ici contre le grand homme qui lui prodigua jusqu'au dernier moment les témoignages les plus vifs et les plus vrais d'une affection profonde et d'une confiance sans bornes; Duroc a-t-il échappé lui-même à l'insatiable malveillance qui a voulu le prendre pour écho et pour instrument ? Le duc de Raguse le loue d'abord, il est vrai, de sa réserve y de son commerce sûrj de sa simplicité, de sa franchise^ de sa modestie^ de son désintéressement ^ de sa probité; mais, cela fait, il ajoute : « Son caractère froid l'aurait empêché de se dévouer pour un autre, de se compromettre pour le servir; dans sa position, c'était déjà beaucoup que de rencontrer si près du pouvoir suprême un homme sans malveillance. » (V,H3.)

Ainsi le sage Duroc, porté si haut dans l'opinion populaire , n'aurait eu , après mùr examen , selon le duc de Raguse , que les vertus et les mérites négatifs d'un homme exempt de malveillance ! Napoléon, qui le connaissait mieux , a justifié autrement , devant l'histoire, la haute faveur dont il n'avait cessé de l'entourer.

« Duroc , a dit l'Empereur, sous un extérieur peu brillant , possédait les qualités les plus solides et les plus lUiles; dévoué pour le bien, sachant dire la vérité à propos Il avait des passions vives, tendres , qui répondaient peu à sa froideur extérieure. Il était pur et moral, tout à fait désintéressé pour

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