‹ Réfutation des Mémoires du maréchal Marmont, duc de RaguseChapitre 159 sur 189 · LIVRE DOUZIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DOUZIÈME

moi , le 1 1 octobre 1 81 3 , ne portaient-elles pas l'empreinte d'un caractère tout à fait extraordinaire ? N'ont-elles pas quelque chose de surnaturel et de prophétique ? Elles sont revenues à ma pensée aprh les événements d'Essonne. Elles m'ont fait alors une impression que Ton conçoit , et qui jamais ne s'est effecée de ma mémoire. » (V, 275, 276.)

Malheureusement pour Marmont , s'il se rappela à Essonne cette distinction entre l'homme de conscience et rhomme d'honneur^ Napoléon ne s'en souvint pas au golfe Juan; et quand il eut à qualifier le crime du commandant en chef des troupes d'Essonne, il ne se contenta pas de dire que ce commandant avait manqué à l'honneur en abandonnant son prince et son bienfaiteur, mais il l'accusa d'avoir trahi les lauriers de F armée et son pays, et il le flétrit ainsi comme homme et comme citoyen , sans ménager plus son civisme et sa conscience que son honneur et sa loyauté.

En vérité , cette défense anticipée que le duc de Raguse fait préparer à l'Empereur lui-même pour repousser l'accusation sous le poids de laquelle il accabla le maréchal Marmont dix-huit mois après ; cette défense prophétique de l'accusateur , imaginée par l'accusé longtemps après la perpétration du crime , ne peut inspirer qu'un sentiment pénible , en ce qu'elle décèle les préoccupations et les tourments d'une âme vaniteuse, réduite à tenter de

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ridicules efforts pour justifier l'audace de son apologie , et essayant sans cesse de se soustraire au remords par le mensonge.

SX.

L'Empereur partit de Duben le 15 octobre. Le lendemain il battit les alliés à Yacbau, dans un combat où Marmont soutint sa renommée aussi bien qu'Augereau, Ney, Victor, Macdonald, Lauriston et Poniatowski, cités avec lui dans le Manusmt de 1 81 3 pour leur conduite valeureuse en cette journée. (Manuscrit de ] Si ^ y II y 408.) Le 17, on s'attendait à voir l'ennemi recommencer le combat. L'Empereur, qui était en mesure de recevoir la bataille , et qui craignait de perdre ses avantages en allant l'offrir, passa la journée dans sa tente à faire ses dispositions pour repousser victorieusement la nouvelle attaque qu'il prévoyait.

- C'est pourtant à l'occasion de cette journée, passée dans sa tente par le chef de l'armée pour étudier et arrêter son plan de combat, que le duc de Raguse a dit : « Nous aurions dû dès ce moment commencer notre retraite , ou au moins en préparer les moyens, de manière à l'effectuer dès l'entrée de la nuit Mais une sorte d'insouciance de la part de Napoléon, impossible à expliquer et difficile à quali^ fier, mettait le comble à tous nos maux. » (V, 290.)

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