‹ Réfutation des Mémoires du maréchal Marmont, duc de RaguseChapitre 160 sur 189 · LIVRE DOUZIEME · texte numérisé non relu

LIVRE DOUZIEME

La folie des jours prospères a donc fait place à rinsauciance à Theure de l'adversité ! Napoléon porte avec lui les destinées d'un grand empire ; il tient la terre attentive au bruit de ses pas et aux mouvements de ses armées ; il a à répondre devant Dieu et à rendre compte à l'humanité de la vie de plus de cent mille braves , avec lesquels il peut sauver la France et en faire encore la reine du monde, et, avec le sentiment profond du rôle immense et suprême qui lui est dévolu dans le magnifique tableau des luttes européennes et dans le vaste drame de l'histoire, entre un combat glorieux de la veille et une bataille décisive qui se prépare pour le lendemain, il ne fait que montrer une sorte d'insouciance impossible à expliquer et difflcile à qualifier j et qui met le comble à tous les mauœ de ses héroïques soldats! Il reste indifférent, inactif, engourdi dans âa tente! C'est un de ses lieutenants qui l'a surpris dans cet état d'insensibilité et de torpeur, et qui a cru devoir en instruire la postérité , pour que rien ne manque à cette autorité souveraine dans la révision du jugement des contemporains sur le faux grand homme.

Mais quel jour ce lieutenant a-t-il donc trouvé Napoléon si peu semblable à lui-même , si au-dessous des exigences et des nécessités de la situation ? Interrogeons les témoins oculaires dont la véracité n'a pas été altérée par le besoin d'innocenter une

défection. Demandons* leur ce que faisait TEmpereur le 1 7 octobre , et s'il est vrai qu'il soit resté oisif et impassible dans sa tente , quand l'heure de la retraite était évidemment venue , et que c'était le moment de déployer la plus vive sollicitude et la plus grande activité.

« La nuit arrive, dit le secrétaire de Napoléon, la pluie tombe à verse sur les bivouacs. Un profond silence règne autour des tentes du quartier général , jusqu'au moment où le lever de la lune vient dissiper l'obscurité de la plaine. Alors le mouvement prescrit commence à $'eœécuter.

» Les équipages et les caissons se mettent en route pour traverser Leipzig et gagner Lindenau. On brûle çà et là des caissons vides qu'on ne peut emmener, et les explosions qui en résultent sur divers points achèvent de réveiller le camp.

» L'Empereur quitte son bivouac à une heure du matin j et se porte d* abord dans la direction de Leip^ xig. Arrivé à l'embranchement des deux routes de Rocklitz et de Grimma ^ il cherche à reconnaUre le jofcï* teaUj qui va devenir le centre de notre nouvelle posi" tion. Un moulin à tabac sur une éminence appelée le Thonberg Im parcAt un emplacement favorable pour son état-major.

» L'Empereur se fait ensuite conduire à Reudnitz^ où le prince de la Moscowa a son quartier général. Il le réveille et lui donne ses ordres pour le lendemain.

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