‹ Réfutation des Mémoires du maréchal Marmont, duc de RaguseChapitre 166 sur 189 · LIVRE TREIZIEME · texte numérisé non relu

LIVRE TREIZIEME

Ce ne fut pas l'armée française qui courut de grands risques à Brienne , mais plutôt l'armée prus* sienne 9 dont le généralissime faillit être fait prisonnier dans les rues de la ville. « Dans le nombre des prisonniers, dit le Manuscrit de 181 4, se trouve le jeune d'Hardenberg, neveu du chancelier de Prusse ; et Ton apprend par lui qu'il vient d*étre pris au milieu de Tétat-major général prussien , à côté du maréchal Blûcher lui-même. Notre vieil ennemi Va échappé belle! » {Manuscrit de 181 4, 495.)

Le duc de Raguse racontant un brillant fait d'armes qui suivit la bataille de Brienne, et dans lequel son corps d'armée repoussa héroïquement, à Rosnay , sur la Voire , des colonnes ennemies bien supérieures en nombre , termine ainsi sa narration :

a L'Empereur, extrêmement satisfait de ce succès *, récompensa les officiers que je lui désignai. Ce coup de vigueur, fait avec si peu de monde , prouvait qu'il y avait encore un reste d'énergie en nousmêmes , et que , si le nombre nous accablait , nous n'avions pas dégénéré. » (VI, 45.)

' La satisfaction de PEmpereur est constatée en ces termes dans le Manuscrit de 1814: « Si de temps à autre la muse de Thistoire croit devoir arracher quelques feuillets de son livre, qu*elle conserve du moins pour l'honneur du duc de Raguse la page où le combat de Rosnay se trouve inscrit ! Cette journée suffira pour justifier la confiance que Napoléon mettait dans Pintrépidité de Marmont. » {Mamisaït (fe 1814, 102, 103.)

Cette confiance dans la bravoure du duc de Raguse c'ait légitime; ce n'est pas Viotrépidité qui a fait défaut à Marmont.

374 RÉFUTATION DES MÉlfOmES DU DUC DE RAGUSE.

Mais qui donc, si ce n'est le maréchal Marmont, osa jamais prétendre que l'armée française des der** niers jours de l'Empire eût dégénéré ? N'est-ce pas lui qui disait naguère (V, 303) que l'esprit militaire était éteint et remplacé par rabattement et le dégoût ? N'esirce pas lui qui, venant à peine de dire que l'armée n'avait pas dégénéré , ajoute à la page suivante : V Malgré les efforts de courage si récents dont les soldats devaient être glorieux , un découra" f/ement général se faisait sentir par un symptôme effrayant. Deux cent soixante-sept soldats du S?"" léger désertèrent pendant la même nuit; des cuirassiers en firent autant avec un officier supérieur prisonnier^ qu'ils étaient chargés de garder. » (YI, 46, 47.) Les gazettes étrangères ont-elles insulté plus odieusement l'armée française ?

La bataille de Brienne n'eut donc pas de funestes résultats^ et ne doit pas être comptée comme une faute injustifiable^ ayant amené, avec celles qui furent commises ensuite, d'après Marmont, à Laon et à Arcis, la chute de Napoléon et le renversement de l'Empire.

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