‹ Réfutation des Mémoires du maréchal Marmont, duc de RaguseChapitre 186 sur 189 · LIVRE QUATORZIKIIE · texte numérisé non relu

LIVRE QUATORZIKIIE

veillance qu'il suppose à son bienfaiteur déloyaiement abandonné.

Ce tourment intime du duc de Raguse se révèle surtout dans les détails qu'il donne au sujet du duc de Reichstadt. « Un intérêt (Taffection et de curiosité , dit-il j tenant au plus beau temps de ma vie , devait me faire vivement désirer de voir le fils de Napoléon. » (VIII, 374.) Mais cet intérêt d'affection allait-il amener tout à coup Tingrat repentant aux pieds du fils du bienfaiteur trahi? Marmont, qui paraissait se complaire à dire que Napoléon avait exprimé l'espoir de voir son aide de camp favori revenir à lui f étak-il disposé à réaliser dans les bras du fils les espérances qu'avait conçues le père?

Oui, il est impatient de rencontrer le fils du grand homme qui le combla de ses faveurs et dont il provoqua la chute; mais ce n'est pas pour déposer dans son sein l'aveu expiatoire , l'hommage réparateur vainement attendu par le père. Oui, il sera libre de voir et d'entretenir le fils de Napoléon. Le prince de Mettemich, l'ennemi le plus constant et le plus< dangereux de l'Empereur et dé la France, lui a dit « qu'on ne pouvait mettre le jeune prince en meil-^ leures mains que les siennes » (VIII, 378); etMarmont a déjà justifié cette haute confiance du doyen des diplomates de la vieille Europe. Il a rencontré le duc de Reichstadt dans un bal donné par lord Cowley, ambassadeur d'Angleterre, et là, bien loin

(jl^ei^alter Torguail du jeun^ homme ^ rendant pleine justice au génie de son père y ce qui aurait

pu devenir eompromettaut pour le aMiti qm européen f il lui ft< eu quelques phrasea le résumé de tout le système de dénigremeut qu'il avait adopté à regard de l'empereur Ni^poléou » et qu'il était en traiu de développer dans de nombreux velumea.

(( Jl'eus bien soiuy dit-il, de jeter promptement mes idées générales sur le caractère et la carrière de Napoléon^ qui préientent des changements telle^a^ent complets dans sa personne^ que l'on peut conaidér^ en lui fhuoQ /KMf»7}m« Son élévation , due sans doute à ae« taknts^ vx^i» puissamment favçrnéepar k imnkpsi où il a paru , fût l'ect^prefimon sentie par H>ut le monde des boftoina de la société d'alera. A ce titre chmcun Paida, k smtmk ei h fawnsa; fiwis qus sjt chote

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affANTi* Enfm^ ce beau géme, li mk^ÀBémr dims te pfem&xesi (mnée& efe &a prasdetir^ f^i oftscicrrî pm ks itttmonA d» l'iHrgwil^ qui ont fmmé 9iim j^mmlu » (Yni,3î7.)

L'^empreasement du duc de Raguse à appreoher la fils de Napoléco^ est nwntenaBtt expliqué, sans quVm ait besoin de recourir à VintérU d'affseHotk que la maréchal donnait pour sim principai ufi^biki en celte Circonstance. Marmont a réaolu d«b ftôre revenir te mmde de seoi admiration exduaîvo pour l'Empereur) il tient dana ce but neuif volumes en

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réserve pour la postérité ; et , comme l'idolâtre de Napoléon le plus dangereux serait certainement celui qui pourrait se prévaloir de son nom , de sa gloire et du prestige de son souvenir, le premier enthousiaste à convertir dans l'intérêt de la sainte alliance qui a fait mourir Temperoar Napoléon à Sainte-Hélène, c'est évidemment le fils même de Napoléon. Le duc de Raguse vient de commencer cette conversion difiicile et délicate. Il a dit, en quelques mots, dans une soirée de bal, au duc de Reichstadt, ce que c'était que son père tant prôné, tant adulé , tant gâté par le vulgaire. Il lui a présenté, au milieu des chants et des danses, l'analyse rapide de tous les griefs principaux qu'il a ressassés infatigablement dans ses Mémoires contre le favori du destin, contre l'idole de la multitude. Le prince de Mettemich sera content et pourra rassurer toute la vieille diplomatie: le fils du conquérant, qui abusa fa|nt contre les anciens rois de l'engouement des peuples régénérés, sait à présent que son père, malgré ses talents^ eut besom pour s'élever d'être favorisé par le temps ^ aidé et 9(mtenu par chacun; tandis qu'une fois réduit à ses propres inspirations et à ses seules ressources , il devînt bien vite l'artisan, et l'artisan unique, de sa raine. Le duc de Rs^ose assure avoir démontré à Napoléon II qu'il y avait deux hommes dans Napoléon P, deux hommes dont il n'oubha pas sans doute d'esquisser le portrait

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devant ce jeune prince, et qu'il a déjà peints en entier et confrontés dans ce passage qui termine le vingtième livre de ses Mémoires.

« Il y a deux hommes en lui (Napoléon), au physique comme au moral.

» Le premier, maigre , sobre , d'une activité prodigieuse, insensible aux privations, comptant pour rien le bien-être et les jouissances matérielles, ne s'occupant que du succès de ses entreprises, prévoyant, prudent, excepté dans le moment où la passion l'emportait, sachant donner au hasard^ mais lui enlevant tout ce que la prudence permet de prévoir ; résolu et tenace dans ses résolutions , connaissant les hommes et le moral qui joue un si grand rôle à la guerre; bon, juste, susceptible d'affection véritable et généreux envers ses ennemis.

» Le second, gras et lourd, sensuel et occupé de ses aises jusqu'à en faire une affigiire capitale , insouciant et craignant la fatigue , blasé sur tout , indifférent à tout , ne croyant à la vérité qUe lorsqu'elle se trouvait d'accord avec ses passions , ses intérêts ou ses caprices, d'im orgueil satanlque et d'un grand mépris pour les hommes, comptant pour rien les intérêts de l'humanité, négligeant dans la conduite de la guerre les plus simples règles de la prudence , comptant sur sa fortune, sur ce qu'il appelait son étoile^ c'est-à-dire sur une protection^oute divine; sa sensibilité s'était émoussée, sans le rendre

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