LIVRE DEUXIKUE
l'armée française ne cessât pas (P exister. Et c'est un soldat français , longtemps honoré pour sa brillante participation aux beaux faits d'armes de cette campagne ; c'est l'officier que la confiance et l'affection du général en chef firent assister à la conception des plans audacieux qui étonnèrent le monde; c'est celui des compagnons de Bonaparte qui a vu de plus près le déploiement rapide des ressources de son génie , qui en est venu à prétendre que les prodiges tant admirés par les gens du métier et destinés à faire l'étonnement de la postérité, tinrent en quelque sorte à un coup de dés , et que ce fut aux fautes des généraux ennemis, à leur ineptie et à leur négli<gence que laRépublique française dut principalement les succès merveilleux de ses armes en Italie !
Marmont suit admirablement la marche qu'il s'est tracée dans la rédaction de son livre. Ce n'est pas un journal qu'il. a voulu écrire, pour garder mémoire et se rendre compte des événements à mesure qu'ils se produisaient; c'est un plaidoyer qu'il a entrepris après coup , faisant subir aux faits accomplis les arrangements et les altérations nécessaires à la justification et au succès de ses cpnclusions. Gomme il demande à la postérité de reviser le jugement des contemporains sur le grand homme qui a osé le flétrir y après l'avoir tant aimé; il n'est rien qu'il ne doive tenter pour rapetisser le grand homme, pour amoindrir son génie et obscurcir sa
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gloire 9 afin d'atténuer le plus possible l'autorité de sa parole. Dans ce but, à chaque pas glorieux du héros j il s'attache soigneusement à démontrer que c'est l'aveuglement de la fortune ou l'incapacité d'autrui qui l'a fait avancer vite» monter haut, bien plus que sa force propre et sa grande supériorité. Le vainqueur de Montenotte , prôt à devenir le con* quérant de l'Italie , n'a pas été autant qu'on l'a cru le fils de ses œuvres. C'est l'inepte Beaulieu et l'in* habile CoUi qui l'ont engendré , comme Garteaux et Dugommier tirèrent du néant le vainqueur de Toulon ; comme Aubry et Menou donnèrent naissance -au vainqueur de vendémiaire. C'est toujours le génie mis en doute ou à l'écart dans ses manifestations les plus éclatantes; toujours le hasard élevant Bonaparte malgré ses fautes par les fautes plus graves de ses ennemis! La résolution de Marmont est si bien prise à cet égard, que, pour diminuer le héros dont la gloire absorbante l'importune , il en vient à s'efiforcer de rétrécir et à ne plus comprendre le drame grandiose dans lequel il lui fut pourtant réservé de jouer un rôle qui n'était pas sans importance et sans éclat. La lutte gigantesque de la révolution française et de l'ancien régime européen est toute renfermée pour lui dans la vallée de la Bormida. La fortune militaire de la France, portant avec elle les destinées du monde, lui semble attachée aux mouvements plus ou moins prompts de quel-