LIVRE DBUXiilfE
ques divisions, aux combinaisons plus ou moins habiles de quelques généraux. Dans ces deux armées aux prises , il ne voit que deux machines indépendantes de la situation morale et des ressources respectives des États belligérants, et dont le jeu peut à chaque instant, suivant le ralentisse** ment imprévu des moteurs ou le dérangement accidentel des rouages , faire du moindre accident un événement décisif, annuler l'influence des causes premières et l'action des forces générales , et clore inopinément dans une gorge du Piémont, par le rajeunissement du passé et l'avortement de l'avenir, l'immense conflit longuement préparé et universel* lement soulevé entre la jeune France et la vieille Europe. Ce soldat de 92, qui combat vaillamment et étourdiment sous le drapeau de 89 sans savoir y lire la prophétie de Mirabeau et l'annonce du tour du monde y assiste en myope , en même temps qu'il s'y môle en brave , au grand duel de la République française avec la coalition monarchique, et il ne distingue pas plus le grand homme et ses incalculables moyens dans le général de vingt-six ans dont il est le familier, qu'il n'aperçoit la grande nation et ses inépuisables ressources derrière la petite colonne de Yoltri, qu'il croit laissée en Vair à la discrétion de V ennemi.
S IV
En suivant pas à pas le duc de Raguse sur les champs de bataille de l'Italie , on retrouve de plus en plus dans ses rédits , à chaque nouveau triomphe du général en chef, le double cachet de l'orgueil et de l'envie qui altérèrent tout d'abord les brillantes facultés de l'aide de camp favori de Bonaparte , et qui ont laissé des traces si déplorables dans ses Mémoires.
Je faisais remarquer naguère son laconisme à l'égard de Serrurier, dont il n'avait pas osé passer sous silence la bravoure et l'honnêteté, mais sur les talents et les succès militaires duquel il était resté absolument muet.
Une fois pourtant, le détracteur habituel du glo* rieux état-major de l'armée d'Italie s'est montré moins avare de louange et de justice pour ce vieux guerrier, et il s'est laissé entraîner jusqu'à célébrer l'un de ses faits d'armes les plus éclatants avec toute la chaleur d'un sincère enthousiasme. Il s'agit de la bataille de Mondovi gagnée par Serrurier. « Former ses troupes en trois colonnes, dit Marmont; se mettre à la tête de celle du centre , se faire précéder par une nuée de tirailleurs, et marcher au pas de charge, l'épée à la main, à dix pas en avant de sa colonne; voilà ce qu'il exécuta. Beau spectacle