LIVRE DEUXIÈME
que celui d'un vieux général résolu, décidé, et dont la vigueur était ranimée par la présence de l'ennemi !»(I, 162.)
On ne saurait assez applaudir sans doute à ce noble langage ; mais il doit être permis de se demander en même temps ce qui a pu déterminer un mouvement si généreux d'impartialité et d'admiration pour le vainqueur de Mondovi , chez un narrateur toujours si enclin à*signaler les défauts et les faiblesses , et à taire ou à diminuer les mérites et les services de ses anciens compagnons d'armes. Gomment Marmont, qui vient de s'essayer à enlever à Bonaparte luimême l'honneur des brillants débuts de la cam* pagne , en glissant dans ses récits des remarques et des insinuations évidemment destinées à faire consi"» dérer les triomphes de l'armée française comme le simple résultat des fautes et de l'incapacité des généraux ennemis ; comment Marmont est-il devenu tout à coup si ardent à rehausser l'habileté et l'intrépidité , les vertus et les exploits de l'un des lieutenants du grand capitaine ?
A coup sûr, l'orgueil jaloux qui tourmentait et gouvernait Marmont n'était pas aussi vivement aiguillonné par la position secondaire et la modeste fortune de Serrurier, que par l'étoile éblouissante de Bonaparte. Mais cet infatigable instigateur, dans ses excitations sataniques, n'a pas plus épargné, on le sait, les inférieurs et les égaux du duc de
7i| RÉFUTATION DES MËMOIRES DU DUC DE RAGUSE.
Raguse , qu'il n'a respecté le supérieur de tous. Si la victoire de Mondovi a valu à Serrurier quelques lignes brûlantes d'admiration de la part* de l'aide de camp du général en chef , ce n'est pas à une courte trêve obtenue de l'envie qu'il le doit. Ce qui précède et ce qui suit cet bommage^ exceptionnel l'explique à merveille , non par le relâchement passager d'une malveillance systématique, mais au contraire par la persistance invincible d^ne vanité ingénieuse et toujours en éveil. Si le brave Serrurier emporta Mondovi ^ c'est qu'un aide de camp vint auprès de lui du quartier général pour surveil-^ 1er les mouvements de sa dimion, et que cet aide de camp , qui V accompagna dans Vattaque , dont le succès fut complet, et qui se trouva prhs de lui dans ce moment périUeux , tout occupé à ï admirer y n'était pas autre que Marmont , dont le concours compléta la victoire que sa surveillance avait sans doute préparée. <c L'ennemi culbuté, dit-il, nous abandonna sa nombreuse artillerie : m la fis retourner et servir immédiaJtem^ent contre la ville ^ qui, après une canon-^ nade de quelques moments, nous ouvrit ses portes. » (1,162.)
Il n'y a plus lieu de s'étonner que le canon de Mondovi ait eu un retentissement prolongé en l'honneur de Serrurier dans les Mémoires du duc de Raguse.
Cependant le général Bonaparte, pour frapper