LIVRE DEUXIÈME. iK
fermée avec un de mes camarades, pendant que nos gens apprêtaient nos chevaux. Une fois tout le monde à cheval y nous sortîmes ensemble , et nous aurionn certainement passé sur le ventre de dem> escadrons ^ si cela avait été nécessaire. Le général Bonaparte ne se fia pas à cette combinaison^ et, je crois y à tort. Il sortit à pied par une petite porte, rencontra un dragon qui fuyait, lui prit son cheval, et arriva ainsi seul au pont. Si Tennemi eût été dans le village*, comme on devait le supposer, il aurait été perdu. De ce jour, il prit la résolution d'avoir à lui et toujours avec lui une forte escorte : il forma ce corps de guides qui . raccompagnait partout et qui a été le noyau du régiment des chasseurs de la garde impériale. Voici maintenant la cause de l'alerte. Deux des quatre régiments napolitains servant dans l'armée autrichienne venaient de Goïto et rejoignaient le gros de
l'armée; en passant devant le village de Yalleggio, et marchant avec précaution , ils voulurent s'assurer si nous l'occupions , et s'en approchèrent. Des canonniers français , envoyés pour ramener quelques pièces abandonnées par l'ennemi, les voyant pa* rattre, tirèrent un coup de canon sur eux. D'un côté, nous fûmes ainsi avertis de ce qui se passait, et , de l'autre , les Napolitains virent que Valleggio était occupé par les Français , et se retirèrent. Sans -cette circonstance, l'ennemi serait probablement entré dans le village et aurait pris le général Bona*
91 RÉPLTATION DES MÉyOlUS DU DUC DE RAGUSE.
parte: Quelle consécpience n'aurait pas -eue sur sa destinée, sur celle de TEurope, sur celle du monde, un événement qui changeait sa situation et toutes les combinaisons de son avenir ! Et cet événement eût été Touvrage d'un très-petit corps d'une très* mauvaise armée d'un très-petit souverain 1 puissance cachée du destin! les anciens avaient bien raison de t'élever des temples !» (1, 482-183-184.) Ce qu'il' y a de vrai dans ce récit, où tout est finement calculé pour faire croire que le soldat de Lodi , après s'être eiSrayé du bris d'une glace , était homme à ne songer, dans une alerte , qu'à sa conservation personnelle , c'est le fait même de la surprise de Yalleggio; mais les détails fournis par le duc de Raguse , et artistement arrangés par lui , ne lui sont venus que de son imagination et de sa malveillance. Les coureurs ennemis firent plus que se rapprocher de ce bourg, ils y pénétrhrenl, et parvins rent même jusqu'au logement du général en chefj ou le piquet i escorte n'eut que le temps de fermer la porte cochère et de crier : Aux armes! ce qui lui donna le temps de monter à cheval et de sortir par des jardins de derrière. Les soldais de Uasséna culbutèrent leurs marmites, passèrent le pont. Le bruit des tambours mit en fuite les hussards autrichiens. Sebostendorf fut suitd et mené battant toute la soirée : ils perdirent beaucoup de monde. Tel' est le récit simple et vrai de cet épisode de Yalleggio. C'est Napoléon qui l'a dicté lui-