LIVRE TROISlèll£. ÎU
sont incalculables. Vous porterez à l'Angleterre le coup le plus sur et le plus sensible , en attendant que vous puissiez lui donner le coup de mort. »
C'est ce que Marmont appelle jouer un jeu extra^ vagant et qiAe le succès même ne saurait justifier !
Le succès , pour lequel l'aide de camp ne voyait qu'une chance sur cent , couronna en effet les efforts et les prévisions du général en chef.
a En résumé , dit Napoléon , l'expédition d'Egypte a parfaitement réussi. » Débarqué le i '"' juillet 4 798 à Alexandrie , Napoléon était le 1 ^' août maître du Caire et de toute la basse Egypte ; au 1 "janvier 1 799, il était maître de toute l'Egypte ; au 1 ^^ juillet 1 799, il avait détruit l'armée turque de Syrie , et lui avait pris son équipage de campagne de 42 pièces et i 50 caissons. Enfin, au mois d'août, il détruisit l'élite de l'armée de la Porte , et prit à Aboukir son équipage de campagne de 32 pièces de canon. Kléber se laissa imposer par le grand vizir : il lui remit toutes les places fortes , et consentit à une convention fort étrange, celle d'El-Arisch. Cependant le colonel Latour-Maubourg étant arrivé le i " mars 1 800 avec des lettres du premier consul, avant que le Caire fût livré , Kléber battit le grand vizir, le chassa dans le désert et reconquit l'Egypte. Au mois de mars 1801, les Anglais débarquèrent une armée de 18,000 hommes, sans attelages d'artillerie et sans
chevaux de cavalerie : elle devait être détrpite ; mais
Kléber avait été assassiné , et , par une fatalité désolante , cette brave armée avait pour chef un homme bon à beaucoup de choses , mais détestable pour la guerre
« S'il (Kléber) eût vécu lorsque l'armée anglaise débarqua à Aboukir, elle eût été perdue : peu d'Anglais se fussent rembarques , et l'Egypte eût été à la France. » (Mém. de Nap.j IV, 157, 158, 190.)
Mais l'évacuation de l'Egypte, déterminée par la mort prématurée de Kléber, n'enleva pas à l'expédition le caractère qu'elle avait eu dans la pensée de Bonaparte, ni les conséquences qu'il s'en était promises pour le commerce et la civilisation du monde. Le maréchal Marmont, ramené depuis sur les bords du Nil pendant sa longue expatriation , a pu voir par lui-même et admirer sur les lieux les changements prodigieux et les travaux gigantesques conçus , entrepris ou exécutés par les Français intelligents du dix-neuvième siècle , qui étaient venus en Egypte sur les traces des Français héroïques du dix-huitième. Le journal de ses voyages, en 1834 et 1835, en fait foi; il appelait grandes alors les pensées du général Bonaparte sur V Orient. {Voyages du duc de Raguse^ t. III, p. 98.)