‹ Réfutation des Mémoires du maréchal Marmont, duc de RaguseChapitre 51 sur 189 · LIVRE TROISIEME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIEME

Ce que voulait Napoléon , il Ta dit solennellement dans ses proclamations, il l'a répété dans ses écrits, il l'a prouvé dans ses actes : la propagation des lumières de son siècle , le progrès de la civilisation européenne, le triomphe de l'esprit moderne sur rignorance, l'extension lointaine de l'influence de son pays par les armes victorieuses de la démocratie française, ce que saint Louis avait tenté d'accomplir, dans les mêmes contrées, en faveur de la civilisation chrétienne, par les croisades de l'aristocratie féodale. Loin de tenir ses regards constamment et exclusivement fixés sur les dépositaires du pouvoir en France , toujours prêt à accourir pour les renverser ou pour leur succéder, il se préoccupait sérieusement de la fondation d'un établissement français en Orient, et il se montra même tout disposé à y attacher sa destinée entière dans une circonstance mémorable, à l'époque du désastre d'Aboukir. Il était dans la tente de son aide de camp, lorsque cette fatale nouvelle lui fut apportée , et c'est là qu'il exprima sa sublime résignation dans les termes que Marmont s'est chargé de reproduire.

« Le général Bonaparte , dit-il , fut calme , et sans se déguiser l'immensité de la perte et les conséquences graves qui en résulteraient probablement,

iU RÉFUTATION DES MÉMOIRES DU DUC DE RAGUSE.

il s'occupa sur-le-champ à diminuer l'effet qu'elles devaient faire sur les esprits, et nous tint à peu près ce discours : « Nous voilà séparés de la mère patrie sans communication assurée; eh bien, il faut savoir nous suffire à nous-mêmes 1 L'Egypte est remplie d'immenses ressources : il faudra les développer. Autrefois l'Egypte, à elle seule , formait un puissant royaume : pourquoi cette puissance ne serait-elle pas recréée et augmentée des avantages qu'amènent avec elles les connaissances actuelles, les sciences, les arts et l'industrie ? Il n'y a aucune limite qu'on ne puisse atteindre , de résultats qu'on ne puisse espérer. Quel appui pour la République que cette possession offensive contre les Anglais 1 Quel point de départ pour les conquêtes que l'écroulement possible de l'empire ottoman peut mettre à notre portée I Des secours partiels peuvent nous être envoyés de France; les débris de l'escadre offriront des ressources importantes à l'artillerie. Nous de^ viendrons facilement inexpugnables dans un pays qui n'a pour frontières que des déserts et une côte plate et sans abri. La grande affaire pour nous, la chose importante, c'est de préserver l'armée d'un découragement qui serait le germe de sa destruction. C'est le moment où les caractères d'un ordre supérieur doivent se montrer : il faut élever la tête au-dessus des flots de la tempête , et les flots seront domotés. Nous sommes peut-être destinés à changer

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