LIVRE TROISIÈME
la face de rOrient, et à placer nos noms à côté de ceux que l'histoire ancienne et le moyen âge rappellent avec le plus d'éclat à nos souvenirs. » (I, 389, 390.)
Marmont met ici le héros à découvert et fait disparaître un instant l'ambitieux égoïste , qu'il accuse presque toujours de ne consulter et de ne suivre que les inspirations de l'intérêt personnel. Mais à peine a-t-il cédé à ce mouvement d'intelligence et de justice qu'il semble le regretter, en se hâtant de restituer à l'esprit de dénigrement sa prédominance à peu près exclusive. Le général en chef, après les
nobles paroles qu'il venait de prononcer, se serait empressé, d'après Marmont, de rejeter la responsabilité du désastre sur le pauvre amiral qui venait de périr. « Cependant , dit-il , il ne trompa personne ; jamais l'amiral Brueys , le fait est indubitable , n'a eu l'ordre d'aller à Corfou ni de croiser. Peut-être plus d'efforts pour faire entrer son escadre dans le port vieux d'Alexandrie, chose rigoureusement possible , auraient pu la mettre à l'abri ; mais jamais Bonaparte n'a conçu ni manifesté l'intention de se séparer de son escadre. La manière même dont il accusait Brueys prouvait le peu de sincérité de son langage. » (I, 390.)
Le fait indubitable, au contraire, c'est que le général en chef avait donné à Brueys l'ordre formol de ne pas laisser l'escadre dans la rade d'Aboukir,
et de la faire entrer dans le port vieux d'Alexandrie, dont le capitaine Barré fut chargé de sonder les passes. Bonaparte comprenait si bien les dangers de la position d'Aboukir, qu'il avait enjoint à l'amiral d! appareiller pour Cor fou, si les travaux du capitaine Barré faisaient reconnaître l'impossibilité de pénétrer dans le port dont il sondait l'entrée, (c Le 24 messidor (12 juillet), disent les auteurs d'un livre qui contient les documents les plus nombreux et les plus exacts sur l'expédition française en Egypte, Barré, rendant compte de sa mission, annonça qtie l'entrée du port vieua) était praticable aux vaisseauœ; que V Orient lui-même, allégé de sa batterie basse, y trouverait un fond suffisant; il ajoutait que, pour plus de sûreté, il avait bordé et balisé les passes avec des bouées flottantes. Sur le rapport de cet officier distingué, Brueys convoqua le conseil : l'influence de son opinion personnelle fit prévaloir l'avis que , dans l'état des choses , un vaisseau aurait trop peu d'eau sous sa quille j^ et qu'une expérience de ce genre était trop grave dans ses résultats pour qu'elle fût hasardée. On renonça donc au port d'Alexandrie, quoique cette station eût été l'idée dominante du projet de Bonaparte. Alors il fallait opter entre V appareillage de Corfou et l'embossage dans la rade d'Aboukir. Cette alternative était indiquée dans les dernières instructions du général en chef, et l'un et l'autre parti entraient dans la pensée de