LIVRE TROISIÈME
Brueys d*une manière indéterminée... . Brueys, dont les intentions étaient excellentes, ne voulait pas s'éloigner de la côte avant que le sort de l'expédition égyptienne fût complètement assuré. Il attendait des nouvelles , il patientait d'un jour à l'autre dans l'expectative d'une victoire ; il s'oubliait lui-même , il s'oubliait pour suivre d'un regard inquiet la mar^ che de nos soldats. Cette préoccupation le perdit. » (Histoire de l' expédition française en Egypte^ 1,273,274.)
M. Thiers , dont l'autorité se fonde à la fois sur la connaissance parfaite et l'appréciation impartiale des pièces officielles et des correspondances, n'est pas moins explicite sur l'existence de l'ordre envoyé par Bonaparte à Brueys d'appareiller pour Gorfou , s'il ne pouvait s'établir dans Alexandrie. « En quittant Alexandrie , dit-il , il ( le général en chef) avait fortement recommandé à l'amiral Brueys de mçttre 90n escadre à l'abri des Anglais , soit en la faisant entrer dans Alexandrie, soit en la dirigeant sur Cor-' fou; mais surtout de ne pas rester dans la rade d'Aboukir : car il valait mieux reconnaître l'ennemi à la voile que de le recevoir à l'ancre. » {Histoire de la Révolution française, X, 1 31 .)
C'est donc le général Bonaparte qui était dans le vrai, s'il mêla en effet quelque blâme au regret qu'il éprouvait de la perte de l'amiral ; et c'est sur l'aide de camp, qui a osé nier un fait réellement incontes-
table j que retombe le reproche d'avoir^ ici comme en tant d'autres circonstances , manqué tout à fait de sincérité.
S IV
Cet immense revers d'Aboukir fut presque contemporain d'une fondation qui a obtenu de la célébrité dans le monde intellectuel.* Tandis qu'il flattait momentanément les préjugés des musulmans en prenant part à leurs fêtes religieuses , le général Bonaparte travaillait d'ailleurs à répandre les lumières de la raison et de la science dans l'empire du Prophète par la création du célèbre Institut d'Egypte. « Il réunit les savants et les artistes qu'il avait amenés, dit M. Thiers, et les associant à quelques-uns de ses of&ciers les plus instruits, il en composa cet institut, auquel il consacra des revenus et l'un des plus vastes palais du Caire... Monge fut le premier qui obtint la présidence , Bonaparte ne fut que le second. » (X, 1S9-130.) L'illustre historien éuumère ensuite les questions importantes proposées par le général, et qui indiquaient la tournure de son esprit. Il montre les ingénieurs , les dessinateurs et les savants se répandant aussitôt , à la voix de Bonaparte , dans toutes les provinces pour commencer la description et la carte du pays; et il parle en admirateur de cette colonie naissante et de la manière dont le fondateur en dirigeait les travaux.